article écrit pour l'Opéron par Jean-Noël JOFFIN
fiche technique dans "Microbiologie alimentaire" paru au crdp de bordeaux
Les milieux utilisés, Enrichissement, Isolement, Identification,Techniques récentes, Bibliographie, Adresses utiles, Bilan global de l'analyse
La recherche ou le dénombrement des Listeria prend un relief particulier en raison d'épidémies soit rares mais qui font la une de l'actualité en raison de la mortalité qu'elles entraînent. Il semble utile de faire le point sur les techniques utilisées.
Listeria est à l'origine de listérioses, soit néonatales, soit concernant des malades plus ou moins immunodéprimés (par l'âge, les cancers, le diabète, l'éthylisme, les traitements immunosuppresseurs...).
Listeria est très répandue dans l'environnement, et peut être commensal de l'homme. Listeria monocytogenes, seul vrai pathogène, possède les caractéristiques suivantes :
- de 13 h à 25 h à 4°C
- de 5 h à 8 h entre 10 et 13°C
- de 0,70 h à 35°C.
Un texte récent concernent les Listeria. Il en existe peut être d'autres malheureusement non trouvés.
NOTE DE SERVICE DG.AL/SVHA/N 88/N°8026 du 10 février 1988
(non parue au JO, p 229 d'Hygiène alimentaire : Laits et produits laitiers)
Cette note définit les protocoles de contrôles officiels et d'autocontrôles à mettre en place pour la recherche des Listeria monocytogenes.
L'enrichissement sélectif utilise le bouillon de Frazer. Interviennent comme inhibiteurs l'acide nalidixique, l'acriflavine, le chlorure de lithium et une concentration assez élevée de chlorure de sodium.
Deux enrichissements peuvent être faits :
La composition de ce bouillon est la suivante :
composition
bouillon de Frazer
Composition pour 1 dm3 :
Le citrate de fer III ammoniacal (ammonium-fer(III)-citrate) est ajouté après stérilisation. (10 cm3 par dm3 d'une solution à 50 g.dm-3)
Cet ajout ultérieur est fort curieux puisque de nombreux milieux, y compris ceux qui suivent, l'incluent directement dans la composition du milieu autoclavé
mode opératoire
La prise d'essai de 25 g est placée dans 225 cm3 de bouillon de Frazer, puis incubée à 30°C durant 24 heures.
milieux d'isolement
Les milieux d'isolement utilisés contiennent de nombreux inhibiteurs pour éliminer un maximum des germes présents en grande quantité dans le produit initial. (fromage, viande, ). Ces inhibiteurs sont souvent des antibiotiques antibactériens ou antifongiques, ainsi que le chlorure de lithium et l'acriflavine
Gélose OXFORD-CURTIS
Composition finale pour 1 dm3 :
Les composants thermosensibles sont ajoutés extemporanément sous forme d'un additif en solution eau/éthanol. Ce sont l'acriflavine, le cefotetan, la colistine , le cycloheximide, la fosfomycine. (en italique dans la composition)
Sur ce milieu les colonies de Listeria apparaissent au bout de 24 heures sous forme de colonies grises ou gris-verdâtre luisantes, de 1 mm de diamètre environ, entourées d'un halo brun-noir. Après 48 heures, le diamètre devient de 2 mm, les colonies sont incrustées dans la gélose et présentent une dépression centrale.
Le milieu OXFORD est le moins sélectif : d'autres bactéries comme certains Streptococcus ou certains Staphylococcus peuvent présenter des colonies proches de celles de Listeria.
Gélose PALCAM
Composition finale pour 1 dm3 :
Les composants thermosensibles sont ajoutés extemporanément sous forme d'un additif. Ce sont l'acriflavine, la ceftazidime, la polymyxine B .
Sur ce milieu les colonies de Listeria ont le même aspect que sur gélose OXFORD mais sont verdâtres.
Gélose Mox (Gélose OXFORD modifiée au moxalactam)
Composition finale pour 1 dm3 :
Le composant thermosensible est ajouté extemporanément sous forme d'un additif. C'est le moxalactam.
Sur ce milieu les colonies de Listeria ont le même aspect que sur gélose OXFORD.
isolement
Le 3° jour, soit après 24 heures d'incubation des bouillons d'enrichissement, quatre isolements sont réalisés :
Ils sont incubés à 35-37°C.
Le 4° jour, soit après 48 heures d'incubation des bouillons d'enrichissement, les opérations décrites ci-dessus sont répétées.
milieux et galeries d'identification
milieu TSAYE
= bouillon Trypticase-Soja à l'extrait de levure
Composition pour 1 dm3 :
Gélose au sang frais de mouton
La gélose de base est la gélose TSAYE additionnée de 7 % de sang de mouton défibriné.
Gélose mobilité (SIM)
Composition pour 1 dm3 :
milieu pour les fermentations
Composition pour 1 dm3 :
Les glucides testés sont : D-xylose, L-rhamnose, Glucose, Maltose et mannitol. Ils sont ajoutés :
milieu pour la recherche de l'uréase
milieu Urée de Christensen
milieu pour la recherche de la 3-hydroxy-butanone (VP) et le test de RM
bouillon Clark et Lubs
milieu pour la recherche de la nitrate réductase
bouillon à l'extrait de viande et peptone additionné de 1 g par dm3 de nitrate de potassium.
identification culturale et biochimique
À partir des colonies suspectes (5 colonies s'il y en a plus de 5, toutes sinon), isoler sur gélose TSAYE. Incuber à 30°C ou à 37°C durant 24 h.
Les colonies de Listeria doivent présenter en transillumination oblique un aspect bleuâtre avec une surface granuleuse. Leur taille est de 1 mm. Elles sont translucides et non pigmentées.
Schéma de la transillumination oblique
Les colonies suspectes sont alors réisolées sur gélose Trypticase-Soja à l'extrait de levure puis incubées 24- à 48 heures à 30°C.
Au microscope, les Listeria doivent alors se présenter sous formes de bacilles minces courts, animés de mouvements rotatifs ou d'une mobilité en pirouettes. Cette mobilité peut être réduite ou nulle si l'incubation a été faite à 37°C. On comparera à une souche témoin et l'on réincubera à 30°C.
Les colonies typiques sont soumises au test de la catalase (qui doit être positive) et au Gram qui doit révéler des petits bacilles Gram positifs.
Toujours pour les colonies susceptibles d'être des Listeria, seront recherchés ou effectués :
Les résultats obtenus divergent entre la FDA (Food and Drug Administration et le LCHA (Laboratoire central d'hygiène alimentaire) comme le montre le tableau d'identification. A>CTUELLEMENT seul le camp test fait avec Rhodococcus equi est réalisé.
identification immunologique
L'identification de l'antigène pariétal et de l'antigène flagellaire est réalisé par des laboratoires spécialisés (un par pays), ce sérogroupage étant délicat.
identification par les phages
Le lysotypage n'est pratiqué que par six laboratoires dans le monde
pouvoir pathogène chez la souris
Il est étudié par inoculation intrapéritonéale de souris blanches de race suisse avec 0,1 cm3 de suspension concentrée de 1010 Listeria par cm3. Les souches pathogènes tuent en moins de 7 jours.
La suspension concentrée est obtenue par centrifugation de 20 cm3 de culture en bouillon Trypticase soja à l'extrait de levure, le culot étant remis en suspension dans 1 cm3 d'eau physiologique.
| Espèces |
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| L. monocytogenes |
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| L. ivanovii |
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| L. innocua |
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| L. welshimeri |
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| L. seeligeri |
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Les techniques modernes, sondes et PCR, peuvent être très précieuses dans la recherche des Listeria monocytogenes en raison de leur spécificité, de leur sensibilité et de leur rapidité.
La voie de la PCR semble prometteuse dans l'immédiat avec la découverte d'une sonde spécifique de Listeria monocytogenes, sonde correspondant au gène de la listériolysine O, cytotoxine de cette espèce responsable de la survie intracellulaire. Découverte à l'Institut Pasteur, cette sonde a été construite à partir d'un fragment de 651 paires de bases du gène. À partir de ce polynucléotide, un oligonucléotide de 18 paires de bases a été sélectionné comme amorce de la PCR. (voir La Recherche n°223)
De la même façon, deux sondes DNA complémentaires de séquences du RNA ribosomial de Listeria .ou de Listeria monocytogenes. ont permis la mise au point de tests immunoenzymatiques conduisant à la détection dans les aliments, après enrichissement, de ces bactéries.
Dans la technique développé par la société Diagnostics Nouveaux alimentaires, le protocole est le suivant :
Cette technique est commercialisée pour Listeria , Listeria monocytogenes., Campylobacter, Yersinia enterocolitica, Salmonella pour le contrôle alimentaire.
Comme pour de nombreux autres microorganismes ou leurs produits de sécrétion, TRANSIA commercialise un test immunoenzymatique de détection de Listeria.
La méthode est très classique : des anticorps monoclonaux anti-Listeria sensibilisent les puits d'une microplaque. L'échantillon (en général bouillon d'enrichissement) chauffé 20 min. à 100°C est ajouté. Après lavage, des anticorps monoclonaux couplés à un enzyme sont ajoutés. Un nouveau lavage précède la réaction enzymatique de mise en évidence du "sandwich" ainsi formé.
AES laboratoire distribue un test, le ListerTest, basé sur l'immunocapture des Listeria puis l'identification des colonies par réplique suivie d'un immunomarquage. L'intérêt particulier de cette technique est la possibilité de numérer les Listeria, qui, d'après AES Laboratoires, peuvent être tolérées en faible nombre : 40 à 60 % des viandes hachées crues contiennent au moins 1 Listeria par g, la majorité en ayant moins de 100 par g.
La technique utilisée peut être décrite en deux étapes :
immunocapture
L'échantillon initial peut être préparé selon un protocole propre à chaque produit et selon la sensibilité désirée : il est en effet possible de centrifuger au préalable l'aliment afin de concentrer les microorganismes (lait) ou de filtrer le broyat (qui peut aussi être dégraissé)
Elle est réalisée grâce à des billes magnétiques microscopiques porteuses d'Ac polyclonaux. Après incubation agitée de 2 heures, les billes sont récupérées par leurs propriétés magnétiques. Ainsi les Listeria de l'échantillon sont-elles entièrement captées, donc très concentrées, sur les billes (si la quantité relative de billes est suffisante).
Après lavage, les billes sont étalées sur une gélose sélective constituée d'un bouillon coeur-cervelle additionnée de chlorure de lithium, de ceftazidime et d'acide nalidixique.
identification immunologique des colonies
Immunoempreinte
Des colonies visibles étant développées à la surface des milieux incubés, une membrane de réplication est déposée sur la boîte, avec un repérage qui permettra le retour sur les bactéries. Après 10 min. de contact, la membrane est retirée et plongée dans un bain d'éthanol qui fixe les bactéries prélevées et les tue. Après lavage, des anticorps monoclonaux anti-Listeria sont ajoutés. Après un nouveau lavage, des anticorps anti-anticorps précédents et marqués par un enzyme sont ajoutés . L'addition du chromogène permettra la mise en évidence des Listeria sur la membrane : les colonies seront alors récupérées à partir de la gélose initiale.
Des témoins positifs et négatifs permettent de valider le test.
sensibilité, remarques
AES laboratoire note :
Des techniques moins classiques vont peut être améliorer la détection des Listeria. Il s'agit de l'utilisation de la PCR ou d'hybridation DNA-RNA directe qui nécessitent des sondes DNA, ou d'anticorps monoclonaux. Ils vont peut être amener la recherche des Listeria vers le dénombrement puisqu'il semblerait que la simple recherche soit souvent insuffisante pour affirmer le danger de la consommation d'un aliment. J'espère n'avoir pas oublié d'autres applications actuelles de cette recherche des Listeria dans les produits alimentaires. Il est certain aujourd'hui que d'autres viendront sur le marché rapidement et que des progrès de sensibilité importants seront réalisés, progrès qui risquent de renforcer les nécessités de la numération et de l'identification précise du ou des taxons compté.
- pour le sérogroupage
Centre national de référence des Listeria, Professeur COURTIEU, Centre hospitalier régional de Nantes, laboratoire de bactériologie-virologie, immunologie-hygiène hospitalière, hôtel-dieu, place Alexis-Ricordeau, 44035 NANTES Cedex
- pour le lysotypage
Laboratoire des services vétérinaires d'Indre et Loire, 46 avenue Gustave Eiffel, 37023 TOURS Cedex.
- techniques particulières