-Les ressources aquatiques menacées par la domestication de l'eau

-Les ressources aquatiques menacées par la domestication de l'eau. Canaliser l'eau, l'arrêter par des barrages ou encadrer ses débordements n'est pas neutre pour les ressources aquatiques.

R. Dumont, bien connu pour son combat en faveur de l'écologie, dressait en 1977 un portrait noir du barrage d'Assouan qui, en retenant l'eau pour l'électricité et l' irrigation, retient aussi les limons qui fertilisent le sol et nourrissent le plancton du delta du Nil, lequel nourrit les sardines. Dumont

expliquait ainsi le fait que le rendement de la pêche de sardines soit passé, en quelques années, de 30 000 à 6 000 tonnes. Il mettait aussi en évidence d'autres conséquences du barrage: alors que les limons qui arrivent sur le bord de mer font gagner de la terre sur la mer, depuis la construction du bar- rage c'est le contraire qui se produit; enfin, l'irrigation, en permettant l'intensification de l'agriculture, a provoqué le développement d'un parasite de la vessie, du foie et des reins: la bilhardoze.

 

Cet exemple du barrage d'Assouan est intéressant, par ailleurs, pour illustrer les difficultés d'arbitrage entre les nuisances. Dumont lui-même écrit, quelques années plus tard: « On a beaucoup critiqué le haut barrage construit à Assouan (...), oubliant que l'eau ainsi retenue dans le lac Nasser a sauvé l'Égypte ces dernières années d'une famine qui eût été plus effroyable que celle de l'Éthiopie et du Sahara réunis » (Un monde intolérable, le libéralisme en question, Seuil, 1988, p. 152).

 

Il -l'AIR

 

Par « air » on entend l'ensemble de l'enveloppe atmosphérique qui entoure la planète. Rappelons que, hors vapeur d'eau, il est composé, près du sol, d'oxygène (21 %), d'azote (78 %) et de gaz dits « rares » (I %) comme l'argon et l'hélium. La composition de l'air ne semble pas avoir beaucoup changé depuis vingt millions d'années.

Si l'air est menacé localement dans sa qualité par des pollutions diverses, le rôle régulateur de l'enveloppe atmosphérique est également affecté par le développement des activités humaines.

 

AI Dangers locaux

 

À la composition naturelle de l'air s'ajoutent des concentrations variables d'éléments polluants: anhydride sulfureux, oxyde d'azote, hydrocarbures, plomb, chlorofluorocarbones, méthane et particules en suspension qui se déposent plus ou moins lentement selon leur poids ou leur volume. Ces pollutions sont naturelles (éruption volcanique, incendie de forêt, radioactivité naturelle et poussière des déserts) ou provoquées par l'activité humaine.

Alors que nous pouvons éventuellement traiter l'eau avant consommation, nous sommes obligés de respirer l'air qui nous entoure, ce qui donne au problème de sa pollution une dimension particulière.

 

.Smog et pluies acides

Le tenue de « pluies acides » fut inventé en 1853, pour désigner des pluies tombant sur la région de Manchester. Ces pluies corrodaient les métaux, décoloraient le linge sur les étendoirs et semblaient responsables de la disparition de certains végétaux.

-La mesure de l'acidité. L'acidité de la pluie se mesure à l'aide d'une échelle logarithmique qui va de O à 14. On mesure un coefficient nommé "pH". Si le pH est inférieur à 7, il est acide; s'il est supérieur à 7, il est basique. L'acidité des précipitations dépend de la concentration en cations d'hydrogène (H+). En principe, les pluies devraient avoir un pH neutre de 7. Elles sont considérées anormalement acides lorsque le pH descend au-des- sous de 5,6.

C'est en Europe de l'Est que l'on relève la plus forte acidité (pH moyen de 4,2). Une corrélation a pu être établie entre l'acidité de la pluie et la concentration d'acides sulfurique et nitrique dans l'air, eux-mêmes dus aux oxydes de soufre et d'azote (SO2 et No2) lâchés dans l'atmosphère par combustion de fuel et de charbon. Les oxydes de soufre sont aussi responsables des smogs, ces brouillards que l'on retrouve en milieu urbain dans les climats tempérés et froids. Citons, enfin, toutes les particules en suspension (plomb, amiante, etc.), qui affectent plus particulièrement l'air des villes.

-Les conséquences économiques et écologiques. L'air respiré par des millions de citadins partout dans le monde est malsain, donnant naissance à ces pathologies de la fin du XXe siècle que sont les irritations des yeux, de la gorge et des bronches, mais aussi les décès prématurés des personnes âgées, des asthmatiques et des cardiaques. À Athènes, le nombre de décès est six fois plus élevé que la moyenne les jours de forte pollution. En 1952, on attribua au smog la mort de 4 000 personnes en trois jours à Londres.

Les pluies acides, quant à elles, semblent contribuer à la dégradation des forêts (5 millions d'hectares touchés dans l'Union européenne), particulière- ment les conifères. L' acidité des lacs et des rivières augmente, la vie aquatique est menacée. Les chiffres avancés sont alarmants: ainsi, au Canada, d'après les auteurs canadiens G. Maurallde et Ch. Pierre (La pollution, Economica, 1989), 150 000 lacs ont déjà subi des dommages importants et 14000 sont acidifiés à tel point que toute trace de vie a disparu.

-Les incertitudes scientifiques. Comme souvent lorsqu'il s'agit de dommages affectant l'environnement, les scientifiques peinent à établir des diagnostics définitifs. Selon des travaux récents, les pluies acides ne seraient pas les seules responsables des dégâts aux forêts, mais se conjugueraient à

 l'effet direct qu'auraient certains polluants (oxyde d'azote, ozone de la basse atmosphère et métaux lourds) sur les feuilles et les aiguilles des arbres, ce qui amènerait bien entendu à revoir certaines mesures de prévention. La baisse du niveau des nappes phréatiques est également jugée responsable du dépérissement des forêts.

-L'inégalité face au coût de la prévention. La plupart des pays industrialisés ont pris des mesures coûteuses d'assainissement de l'air. Londres a presque réussi à éliminer son smog et, depuis 1970, les États-Unis ont pu réduire leurs émissions de SO2 de 30 % et celles des particules de 62 %.

Les problèmes majeurs de pollution atmosphérique se posent à court terme dans les pays en développement. En effet, la plupart des métropoles du tiers monde sont confrontées à une explosion démographique incontrôlable. À Mexico, sept nouveau-nés sur dix ont dans le sang une quantité de plomb supérieure aux normes de l'OMS. Il en est de même à Sâo-Paulo, au Caire, à Calcutta, etc. L'urbanisation croissante, dans ces pays, renforce évidemment le problème. Si les conditions de vie sont en cours d'amélioration graduelle dans les pays riches, plusieurs cités des pays pauvres connaissent une dégradation persistante de la qualité de l'air.

 

.Dangers locaux et catastrophes écologiques

Certains types d'événements aux conséquences brutales et à caractère par- fois irréversible demandent un traitement particulier dans la mesure où ils sont le fait d'accidents localisés et, en principe, exceptionnels. La question qui est posée ici est celle de l'arbitrage entre l'utilisation de certaines technologies et l'acceptation ou le refus des risques qu'elles présentent en cas de dysfonctionnement.

-Les risques industriels. Deux catastrophes industrielles ont particulièrement marqué la période récente. En 1984, à Bhopal, en Inde, la fuite d'un gaz toxique d'une usine américaine de pesticides provoque 4 000 décès et des handicaps irréversibles chez environ 20 000 personnes. En 1986, en Ukraine, l'explosion d'un réacteur nucléaire de la centrale de Tchernobyl libère un nuage radioactif qui cause une trentaine de décès et contamine des millions d'hectares; 135 000 habitants ont dû être déplacés et le nombre de personnes gravement irradiées n' est pas encore connu à ce jour.

Ces deux exemples sont représentatifs de ces dangers localisés: manipulation de substances chimiques, pollution thermique (les centrales nucléaires n'utilisent que 30 à 35% de leur débit d'énergie, ce qui entraîne des modifications des microclimats) et radioactivité. Nous pourrions y ajouter encore une dernière catégorie, celle des « marées noires ».

-Des politiques de prévention. Partout dans le monde, des sites concentrent certaines activités industrielles ou nucléaires et présentent donc des risques de ce type. En Europe, une directive dite directive « Seveso », du nom de la ville italienne dans laquelle un accident chimique se produisit en 1976, a été adoptée en 1982. Tout établissement présentant un danger potentiel important est soùmis à cette directive et doit procéder à des études de danger prenant en compte tous les risques internes et externes. La question qui divise évidemment les observateurs est celle du niveau acceptable de probabilité (nous y reviendrons dans les chapitres suivants).

 

I.Bruits, odeurs et dégradation du cadre de vie J:! Même si ces nuisances, à la différence des autres sources de pollution évoquées jusqu'ici, ne sont pas à l'origine de déséquilibres écologiques, elles

i" entraînent néanmoins une nette détérioration du cadre de vie des populations, urbaines comme rurales. A ce titre, elles relèvent donc sans conteste

des politiques de l'environnement. -La santé affectée par le bruit. Le bruit est systématiquement évoqué dans les ouvrages relatifs à la pollution. Il aune influence directe sur le système nerveux végétatif, qui dirige les fonctions automatiques de l'organisme. Il est aussi source de lésions: perte de sensibilité auditive, modification du rythme cardiaque, tension artérielle, etc. De plus, on ne s'y accoutume pas.

Le bruit est mesuré en décibels, sur une échelle logarithmique allant de O à 160 Db. Il est admis qu'au-delà de 45 Db, le bruit est dérangeant. Or cette limite est constamment dépassée dans la vie quotidienne: un moulin à café produit un bruit de 90 Db, un rasoir électrique, de 75 Db; on considère qu'un lavè-vaisselle, à 50 Db, est particulièrement silencieux; quant aux moyens de transport, ils oscillent entre 70 Db pour les automobiles les plus silencieuses et 130 Db pour les avions.

Des normes existent, et de nombreux, travaux à caractère économique ont été publiés sur le bruit en raison de son effet sur la productivité et les accidents du travail.

-Les odeurs: une gêne quotidienne. La question des odeurs est moins présente dans la littérature. Toutefois, elle est parfois évoquée lors de conflits locaux opposant une population et un producteur industriel ou agricole.

Les odeurs présentent par rapport au bruit deux différences notables: alors -qu'il ne peut s'accoutumer au bruit, l'organisme s'habitue aux odeurs; par ailleurs, si le bruit se mesure, les odeurs, elles, sont difficilement quanti- fiables. Le seul moyen d'appréhender la nuisance semble être la révélation directe des opinions par enquête auprès de la population. La ville de strasbourg s'est ainsi distinguée en embauchant une équipe de « renifleurs » censés repérer les odeurs anormales. Mais, paradoxalement, c'est en zone rurale que se posent le plus souvent des problèmes d'odeur, à cause notamment des élevages hors-sol de porcs ou de volailles ou des décharges sauvages.

 

BI Dangers globaux

 

Les phénomènes locaux de pollution ont été quelque peu occultés, ces dernières années, par l'apparition médiatisée de problèmes se distinguant par le fait qu'ils concernent l'ensemble de l'humanité.