.Climats: vers un réchauffement de la planète

Déjà décrit avec précision à la fin des années 1960, l' effet de serre mobilise actuellement des scientifiques de tous les pays. Au centre des discussions de la conférence de Rio en juin 1992, il fait l'objet de fortes polémiques.

L' effet de serre serait provoqué par l' émission en trop fortes quantités de certains gaz, lesquels absorbent anormalement les rayons caloriques (infra- rouges) réémis par la planète chauffée par le soleil. En clair, la transparence ne joue que dans un sens: le rayon solaire passe sans être absorbé dans l'atmosphère; mais en retour, il est stoppé par le « toit » atmosphérique.

-Quatre gaz en accusation. Les gaz responsables de cet effet de serre seraient le dioxyde de carbone (CO2), dit aussi gaz carbonique, pour 49 à 50 % ; les chlorofluorocarbones (CFC), pour 17 à 20 % ; le méthane (CH4), pour 12 à 18% ; l'oxyde nitreux (NO2), pour 5 à 10 %.

Ces gaz ont des origines diverses: le CO2 provient essentiellement de la combustion des carburants fossiles, les CFO viennent des aérosols, des solvants utilisés en électronique, des chaînes de froid et de l' expansion de mousses plastiques, le CH4 vient de la riziculture, de l'~levage intensif, de la déforestation, du traitement du gaz naturel et le NO2 de l'usage des engrais azotés en agriculture.

-Controverses scientifiques. Pour de nombreux scientifiques, le risque de réchauffement de la planète constitue un des problèmes majeurs des

années 1990. S'ils ont raison, il faut insister sur l'aspect irréversible à moyen terme des changements de la composition chimique de l'atmosphère et prendre d'urgence des mesures visant à ralentir l'émission de ces gaz. Nous verrons que, sur le plan économique, les modalités de calcul concernant le coût de la réduction de ces gaz sont complexes.

Si la plupart des scientifiques sont d'accord pour reconnaître l'augmentation de la teneur dans l'atmosphère des éléments cités plus haut, il n'y a pas unanimité pour affirmer leur responsabilité dans le réchauffement de la planète. Du fait de la complexité des processus chimiques en jeu, certains auteurs restent circonspects, rappelant que le premier gaz à effet de serre est la vapeur d'eau, dont la concentration ne dépend pas de l'activité humaine.

Ces incertitudes scientifiques contribuent à ralentir les processus de décision, ne serait-ce que dans une optique de précaution. Sur un plan général, les conséquences d'une élévation des températures moyennes seraient catastrophiques. Nous avons déjà cité la montée du niveau des mers. Les conséquences sur l'agriculture seraient, elles aussi, considérables, avec un déplacement des zones de culture vers les pôles et la désertification de certaines régions. À terme, c'est bien entendu l'équilibre alimentaire de la planète qui pourrait être menacé.

 

.L'affaiblissement de la couche d'ozone

Les rayons ultraviolets du soleil, en pénétrant dans la stratosphère, décomposent des molécules d'oxygène constituées de deux atomes. Des molécules d'ozone -de trois atomes chacune -se forment alors en « écran », lequel protège les organismes vivants présents sur la terre d'un rayonnement ultra- violet trop intense. C' est cet écran qui est appelé ordinairement « couche d'ozone ». Mais la concentration d'ozone est très faible: 6 millionièmes de la concentration totale de l'atmosphère; l'image de « couche » ou d' « écran » est ainsi un peu déformatrice.

-Une découverte récente. Les milieux scientifiques s'inquiètent depuis vingt ans des risques de pollution par élimination de cet ozone de la haute atmosphère. Après avoir d'abord soupçonné les avions supersoniques, ils ont identifié les responsables: les chlorofluorocarbones (CFC). Un rapport publié en 1989 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) mon- trait que la couche d'ozone a diminué d'environ 1 % entre 1978 et 1988 et que la tendance actuelle est plus marquée près des pôles. Enfin, un « trou » serait apparu au-dessus de l'Antarctique. Il s'agirait en réalité d'une diminution de 40% de la teneur en ozone de la couche

Contservations concernant les gaz carboniques, qui permettent de remonter loin dans le temps grâce à l'analyse des glaces, les observations concernant l'ozone sont récentes et il est impossible d'obtenir des analyses sur l'état de la couche d'ozone avant ces observations. Les effets d'une diminution de la couche d'ozone seraient les suivants: augmentation des cancers de la peau, disparitions d'espèces et mutations génétiques, réchauffement de la stratosphère pouvant modifier le climat. Les CFC ont fait l'objet d'un protocole international signé à Montréal en 1984 par vingt - sept pays. Ce protocole prévoit la réduction de 50 % de la production et de la consommation de CFC d'ici 1999, pourcentage de réduction qui a été relevé unilatéralement par les pays européens en 1989, afin de supprimer totalement l'utilisation des CFC avant l'an 2000.

-Une découverte controversée. Là encore, la controverse scientifique est assez virulente. Certains auteurs contestent le tapage fait autour du trou d'ozone, affirmant que sa découverte est bien plus ancienne et que les multinationales qui se partageaient la fabrication des CFC ont opportunément saisi l'occasion de changer de technologie alors que leur position sur le marché était menacée par de nouveaux fabricants. Cette thèse est assez fréquemment reprise depuis que Du Pont de Nemours, premier producteur de CFC, a soutenu le protocole de Montréal qui visait à leur interdiction.

-Une politique de précaution. Le protocole de Montréal a le mérite de montrer que la précaution peut servir de base politique en situation d'incertitude scientifique: dans la mesure où des substituts aux CFC existent, il vaut mieux, par prudence, les utiliser. Cette position semble partagée par la plu- part des spécialistes qui, même s'ils reconnaissent la difficulté d'une mise en évidence rapide des conséquences d'une diminution de la couche d'ozone, pensent qu'il serait absurde de se contenter d'attendre. Il faut sept à dix ans pour que le chlore émis sur la terre atteigne la couche d'ozone : si l'on attendait une confirmation absolue des hypothèses posées aujourd'hui, il serait alors peut-être trop tard. I

 

, III. LE SOL ET LE SOUS.SOL

 

Nous allons maintenant traiter des ressources fournies par la terre en surface et en sous-sol, ainsi que des milieux vivants qui y sont installés. Les sites aménagés, tels que les sols cultivés et les gisements équipés, sont. considérés comme des ressources « naturelles ». Les milieux vivants, hormis les ressources aquatiques, sont intégrés volontairement dans cette section, même s'ils sont le fait d'une chaîne composée des trois éléments eau-air-sol.

 

AI Les ressources minérales

 

.Les combustibles d'origine fossile

Avec les combustibles d'origine fossile, c'est le problème beaucoup plus général de l'énergie qui est en jeu. Les combustibles fossiles proviennent des restes de milliards de micro-organismes qui se sont transformés à cause de températures et de pressions élevées. On .les dit non renouvelables à cause du temps qu'il a fallu pour les constituer et non recyclables parce qu'on ne connaît pas de méthodes permettant de récupérer leurs atomes une fois brûlés et transformés.

Leur relative facilité d'utilisation, leur faible coût et leur caractère de biens stockables ont rendu aisée leur mobilisation dans le grand mouvement d'industrialisation qui s'est opéré à partir de la fin du xvlIf siècle, sous forme de charbon pour commencer, ensuite sous forme de pétrole et de gaz-

 

.Pénuries: fantasme ou réalité ?

Allons-nous un jour manquer de ces ressources ? On se souvient des prévisions très alarmistes faites par le Club de Rome (Halte à la croissance ? , Fayard, 1972) à la suite du rapport commandé à une équipe du Massachusetts lnstitute of Technology dirigée par le professeur Meadows. Aujourd'hui, la plupart des auteurs prennent soin de relativiser les notions de rareté absolue et de pénurie des ressources, mais peu nombreux sont ceux qui considèrent encore ces ressources COl)1ffie illimitées.

-La distinction méthodologique entre réserves et ressources. Le recul dont nous disposons aujourd'hui nous amène, d'abord, à distinguer la notion de réserve de celle de ressource. Les réserves sont des gisements répertoriés et exploitables avec les technologies habituelles, les ressources comprennent, outre les réserves, les gisements dont on peut raisonnablement supposer l'existence et pour lesquels l'évolution technologique garantit à moyen terme les possibilités d'exploitation.

Le rapport Meadows ne faisait pas clairement cette distinction et raisonnait pour chaque ressource à partir d'un « indice statique d'années » représentant le nombre d'années à l'issue desquelles les réserves connues seraient épuisées en supposant une consommation constante.

-Estimations. Le rapport Meadows donnait un indice statique d'années de 2 300 pour le charbon, 31 pour le pétrole et 38 pour le gaz naturel.

P.-H. Bourrelier et R. Dietrich (1989) distinguent, eux, les réserves et les ressources: pour le charbon, l'indice des réserves serait de 180 ans et l'indice des ressources de 1 800; pour le pétrole, l'indice des réserves serait de 35, l'indice des ressources n'étant pas chiffré (les deux auteurs prédisent toutefois une diminution progressive et lente de la production à partir du tiers ou du milieu du XXIe siècle) ; enfin, pour le gaz naturel, les réserves et les ressources seraient du même ordre que pour le pétrole. Nous aborderons, plus tard, le problème des prix-

 

.La recherche de substituts au pétrole

Les prévisions faites jusqu'à l'horizon 2005 donnent encore le pétrole comme principale ressource énergétique: 39 % de l'approvisionnement mondial, contre 14% pour le gaz et 4 à 5% seulement pour le charbon.

Sans être alarmiste, il faut donc raisonnablement s'attendre à devoir changer profondément de sources d'énergie au cours du prochain siècle. Concernant les énergies de remplacement, de nombreux auteurs ont étudié différentes pistes: nucléaire (fission et fusion), géothermie, biomasse, biocombustibles, biocarburants, énergie solaire et éolienne. Des progrès dans tous ces domaines dépendra probablement l'approvisionnement énergétique des prochaines générations. Mais l'accent reste encore souvent mis sur les économies d'énergie, qui sont selon plusieurs auteurs le principal « gisement ».

 

.Les minerais

-Le problème majeur: les coûts. Comme les combustibles, les mine- rais sont non renouvelables. Ils sont, en revanche, recyclables après avoir été transformés. Selon le principe que « rien ne se perd, rien ne se crée... », la quantité de métal reste constante sur la planète. Le problème qui se pose est donc celui des coûts de récupération. Les atomes de tout combustible ou de tout minerai sont forcément quelque part, mais leur concentration produit de la pollution et les systèmes écologiques 'naturels ne peuvent les absorber.

En termes de réserves, les indices statiques d'années s'échelonnaient, selon le rapport Meadows, de 11 ans pour l'or à 420 ans pour le chrome. Ces prévisions semblaient, là encore, pessimistes dans la plupart des cas (sauf pour le fer et le nickel). Les réserves ne constituent qu'une fraction des ressources accessibles aux coûts actuels ou peu supérieurs. Il n'y aurait donc pas à craindre d'épuisement rapide. Certains constituants majeurs de la

croûte terrestre (fer, aluminium, etc.) peuvent être considérés comme infini mais il faut s' attendre à des augmentations des coûts d'extraction d'exploitation.