.Climats: vers un réchauffement
de la planète
Déjà décrit avec précision à la
fin des années
L' effet de serre serait provoqué par l' émission en trop fortes
quantités de certains gaz, lesquels absorbent anormalement les rayons
caloriques (infra- rouges) réémis par la planète chauffée par le soleil. En
clair, la transparence ne joue que dans un sens: le rayon solaire passe sans
être absorbé dans l'atmosphère; mais en retour, il est stoppé par le « toit »
atmosphérique.
-Quatre gaz en accusation. Les
gaz responsables de cet effet de serre seraient le dioxyde de carbone (CO2),
dit aussi gaz carbonique, pour 49 à 50 % ; les chlorofluorocarbones (CFC), pour
17 à 20 % ; le méthane (CH4), pour 12 à 18% ; l'oxyde nitreux (NO2), pour 5 à
10 %.
Ces gaz ont des origines
diverses: le CO2 provient essentiellement de la combustion des carburants
fossiles, les CFO viennent des aérosols, des solvants utilisés en électronique,
des chaînes de froid et de l' expansion de mousses
plastiques, le CH4 vient de la riziculture, de l'~levage intensif, de la
déforestation, du traitement du gaz naturel et le NO2 de l'usage des engrais
azotés en agriculture.
-Controverses scientifiques.
Pour de nombreux scientifiques, le risque de réchauffement de la planète
constitue un des problèmes majeurs des
années 1990. S'ils ont raison,
il faut insister sur l'aspect irréversible à moyen terme des changements de la
composition chimique de l'atmosphère et prendre d'urgence des mesures visant à
ralentir l'émission de ces gaz. Nous verrons que, sur le plan économique, les
modalités de calcul concernant le coût de la réduction de ces gaz sont
complexes.
Si la plupart des scientifiques
sont d'accord pour reconnaître l'augmentation de la teneur dans l'atmosphère
des éléments cités plus haut, il n'y a pas unanimité pour affirmer leur
responsabilité dans le réchauffement de la planète. Du fait de la complexité
des processus chimiques en jeu, certains auteurs restent circonspects,
rappelant que le premier gaz à effet de serre est la vapeur d'eau, dont la
concentration ne dépend pas de l'activité humaine.
Ces incertitudes scientifiques
contribuent à ralentir les processus de décision, ne serait-ce que dans une
optique de précaution. Sur un plan général, les conséquences d'une élévation
des températures moyennes seraient catastrophiques. Nous avons déjà cité la
montée du niveau des mers. Les conséquences sur l'agriculture seraient, elles
aussi, considérables, avec un déplacement des zones de culture vers les pôles
et la désertification de certaines régions. À terme, c'est bien entendu
l'équilibre alimentaire de la planète qui pourrait être menacé.
.L'affaiblissement de la couche
d'ozone
Les rayons ultraviolets du
soleil, en pénétrant dans la stratosphère, décomposent des molécules d'oxygène
constituées de deux atomes. Des molécules d'ozone -de trois atomes chacune -se
forment alors en « écran », lequel protège les organismes vivants présents sur
la terre d'un rayonnement ultra- violet trop intense. C' est
cet écran qui est appelé ordinairement « couche d'ozone ». Mais la
concentration d'ozone est très faible: 6 millionièmes de la concentration
totale de l'atmosphère; l'image de « couche » ou d' « écran » est ainsi un peu
déformatrice.
-Une découverte récente. Les
milieux scientifiques s'inquiètent depuis vingt ans des risques de pollution
par élimination de cet ozone de la haute atmosphère. Après avoir d'abord
soupçonné les avions supersoniques, ils ont identifié les responsables: les
chlorofluorocarbones (CFC). Un rapport publié en 1989 par l'Organisation
météorologique mondiale (OMM) mon- trait que la couche d'ozone a diminué
d'environ 1 % entre 1978 et 1988 et que la tendance actuelle est plus marquée
près des pôles. Enfin, un « trou » serait apparu au-dessus de l'Antarctique. Il
s'agirait en réalité d'une diminution de 40% de la teneur en ozone de la couche
Contservations concernant les gaz carboniques, qui permettent de
remonter loin dans le temps grâce à l'analyse des glaces, les observations
concernant l'ozone sont récentes et il est impossible d'obtenir des analyses
sur l'état de la couche d'ozone avant ces observations. Les effets d'une
diminution de la couche d'ozone seraient les suivants: augmentation des cancers
de la peau, disparitions d'espèces et mutations génétiques, réchauffement de la
stratosphère pouvant modifier le climat. Les CFC ont fait l'objet d'un protocole
international signé à Montréal en 1984 par vingt - sept pays. Ce protocole
prévoit la réduction de 50 % de la production et de la consommation de CFC
d'ici 1999, pourcentage de réduction qui a été relevé unilatéralement par les
pays européens en 1989, afin de supprimer totalement l'utilisation des CFC
avant l'an 2000.
-Une découverte controversée. Là
encore, la controverse scientifique est assez virulente. Certains auteurs
contestent le tapage fait autour du trou d'ozone, affirmant que sa découverte
est bien plus ancienne et que les multinationales qui se partageaient la
fabrication des CFC ont opportunément saisi l'occasion de changer de
technologie alors que leur position sur le marché était menacée par de nouveaux
fabricants. Cette thèse est assez fréquemment reprise depuis que Du Pont de
Nemours, premier producteur de CFC, a soutenu le protocole de Montréal qui
visait à leur interdiction.
-Une politique de précaution. Le
protocole de Montréal a le mérite de montrer que la précaution peut servir de
base politique en situation d'incertitude scientifique: dans la mesure où des
substituts aux CFC existent, il vaut mieux, par prudence, les utiliser. Cette
position semble partagée par la plu- part des spécialistes qui, même s'ils
reconnaissent la difficulté d'une mise en évidence rapide des conséquences
d'une diminution de la couche d'ozone, pensent qu'il serait absurde de se
contenter d'attendre. Il faut sept à dix ans pour que le chlore émis sur la
terre atteigne la couche d'ozone : si l'on attendait une confirmation absolue
des hypothèses posées aujourd'hui, il serait alors peut-être trop tard. I
, III. LE SOL ET LE SOUS.SOL
Nous allons maintenant traiter
des ressources fournies par la terre en surface et en sous-sol, ainsi que des
milieux vivants qui y sont installés. Les sites aménagés, tels que les sols
cultivés et les gisements équipés, sont. considérés
comme des ressources « naturelles ». Les milieux vivants, hormis les ressources
aquatiques, sont intégrés volontairement dans cette section, même s'ils sont le
fait d'une chaîne composée des trois éléments eau-air-sol.
AI Les ressources minérales
.Les combustibles d'origine
fossile
Avec les combustibles d'origine
fossile, c'est le problème beaucoup plus général de l'énergie qui est en jeu.
Les combustibles fossiles proviennent des restes de milliards de
micro-organismes qui se sont transformés à cause de températures et de
pressions élevées. On .les dit non renouvelables à cause du temps qu'il a fallu
pour les constituer et non recyclables parce qu'on ne connaît pas de méthodes
permettant de récupérer leurs atomes une fois brûlés et transformés.
Leur relative facilité
d'utilisation, leur faible coût et leur caractère de biens stockables ont rendu
aisée leur mobilisation dans le grand mouvement d'industrialisation qui s'est
opéré à partir de la fin du xvlIf siècle, sous forme
de charbon pour commencer, ensuite sous forme de pétrole et de gaz-
.Pénuries: fantasme ou réalité ?
Allons-nous un jour manquer de
ces ressources ? On se souvient des prévisions très alarmistes faites par le
Club de Rome (Halte à la croissance ? , Fayard, 1972) à la suite du rapport
commandé à une équipe du Massachusetts lnstitute of Technology dirigée par le professeur Meadows.
Aujourd'hui, la plupart des auteurs prennent soin de relativiser les notions de
rareté absolue et de pénurie des ressources, mais peu nombreux sont ceux qui
considèrent encore ces ressources COl)1ffie illimitées.
-La distinction méthodologique
entre réserves et ressources. Le recul dont nous disposons aujourd'hui nous
amène, d'abord, à distinguer la notion de réserve de celle de ressource. Les
réserves sont des gisements répertoriés et exploitables avec les technologies
habituelles, les ressources comprennent, outre les réserves, les gisements dont
on peut raisonnablement supposer l'existence et pour lesquels l'évolution
technologique garantit à moyen terme les possibilités d'exploitation.
Le rapport Meadows
ne faisait pas clairement cette distinction et raisonnait pour chaque ressource
à partir d'un « indice statique d'années » représentant le nombre d'années à
l'issue desquelles les réserves connues seraient épuisées en supposant une
consommation constante.
-Estimations. Le rapport Meadows donnait un indice statique d'années de 2 300 pour
le charbon, 31 pour le pétrole et 38 pour le gaz naturel.
P.-H. Bourrelier et R. Dietrich
(1989) distinguent, eux, les réserves et les ressources: pour le charbon,
l'indice des réserves serait de 180 ans et l'indice des ressources de 1 800;
pour le pétrole, l'indice des réserves serait de
.La recherche de substituts au
pétrole
Les prévisions faites jusqu'à
l'horizon 2005 donnent encore le pétrole comme principale ressource énergétique:
39 % de l'approvisionnement mondial, contre 14% pour le gaz et 4 à 5% seulement
pour le charbon.
Sans être alarmiste, il faut
donc raisonnablement s'attendre à devoir changer profondément de sources
d'énergie au cours du prochain siècle. Concernant les énergies de remplacement,
de nombreux auteurs ont étudié différentes pistes: nucléaire (fission et
fusion), géothermie, biomasse, biocombustibles, biocarburants, énergie solaire
et éolienne. Des progrès dans tous ces domaines dépendra
probablement l'approvisionnement énergétique des prochaines générations. Mais
l'accent reste encore souvent mis sur les économies d'énergie, qui sont selon plusieurs auteurs le principal « gisement ».
.Les minerais
-Le problème majeur: les coûts.
Comme les combustibles, les mine- rais sont non
renouvelables. Ils sont, en revanche, recyclables après avoir été transformés.
Selon le principe que « rien ne se perd, rien ne se crée... », la quantité de métal reste constante sur la planète. Le
problème qui se pose est donc celui des coûts de récupération. Les atomes de
tout combustible ou de tout minerai sont forcément quelque part, mais leur
concentration produit de la pollution et les systèmes écologiques 'naturels ne
peuvent les absorber.
En termes de réserves, les
indices statiques d'années s'échelonnaient, selon le rapport Meadows, de 11 ans pour l'or à 420 ans pour le chrome. Ces
prévisions semblaient, là encore, pessimistes dans la plupart des cas (sauf
pour le fer et le nickel). Les réserves ne constituent qu'une fraction des
ressources accessibles aux coûts actuels ou peu supérieurs. Il n'y aurait donc
pas à craindre d'épuisement rapide. Certains constituants majeurs de la
croûte terrestre (fer, aluminium, etc.) peuvent être considérés comme infini mais il faut s' attendre à des augmentations des coûts d'extraction d'exploitation.