La dimension des principaux problèmes écologiques

La dimension des principaux problèmes écologiques

 

Avant d'évoquer les politiques économiques proposées en réponse aux problèmes environnementaux, nous devons faire un rapide tour d'horizon des déséquilibres apparus sur le plan écologique et recenser, brièvement, l'état actuel des connaissances scientifiques sur ces sujets.

Le plan de ce chapitre s'appuie sur le traditionnel triptyque: eau, air, sol. Toutefois, d'autres types de classification sont possibles. On peut par exemple, comme le font certains auteurs, ajouter la vie comme quatrième élément. Nous avons préféré la mêler aux autres, puisque c'est leur combinaison qui lui sert de support. Pour chacun de ces éléments, et à des fins de clarté, nous nous efforçons de distinguer les problèmes de ressources (aspects quantitatifs) et les problèmes de pollution (aspects qualitatifs). Cette distinction est importante, puisque le traitement économique de la rareté ou celui de la perte de qualité peuvent être sensiblement différents.

 

I -l'EAU ,        

 

L'eau est présente sur la planète sous trois formes: liquide, solide et gazeuse. La totalité des réserves s'appelle l'hydrosphère. Environ 97 % de la capacité d'eau se situent dans les océans sous forme liquide, mais on trouve également d'autres réservoirs: les dépôts de glace ou de neige, les eaux terrestres et, dans une moindre mesure, celle présente dans l' atmosphère sous forme gazeuse et celle présente dans tous les organismes vivants.

 

AI Offre et demande d'eau

 

Les quantités d'eau qui circulent sur la terre et la régénération de leurs qualités sont globalement connues. La quantité d'eau totale de l'hydrosphère est estimée à 1 400 millions de milliards de mètres cubes et les quantités d'eau prélevées par l'homme atteignent 4 000 milliards de mètres cubes par an, soit le dixième du débit des fleuves du monde.

 

.Une répartition inégale

La première caractéristique de l'offre d'eau est son inégale répartition, de 10000 à plus d'un million de m3 annuels par km2, de moins de 100 à plus de 100 000 m3 annuels par habitant. La demande est elle aussi très' inégale, variant en fonction des différences climatiques et des différences de développement. Cette demande d'eau va aujourd'hui de 50 m3 par habitant en Afrique centrale à près de 2 000 m3 aux États-Unis. L'irrigation représente à elle seule 70 % de la demande. Certains pays comme la Libye ou l' Arabie utilisent jusqu'à dix fois leur « revenu » naturel en puisant dans les stocks.

Pour bien mesurer l'utilisation de l'eau, il faut différencier le prélèvement, qui correspond à l' eau utilisée mais restituée sous forme liquide dans le système, et la consommation nette d'eau, qui correspond à la fraction du prélèvement non restituée. Les deux mesures sont parfois très différentes. Ainsi, en France, les prélèvements d'eau d'EDF représentent 51,4 % des prélèvements totaux mais seulement 19 % de la consommation nette totale (le reste repartant pratiquement propre dans le circuit d'utilisation). L'agriculture est dans une situation contraire puisque, du fait de l' irrigation" sa consommation atteint 36,5 % de la consommation nette totale alors que ses prélèvements ne représentent que 10 % des prélèvements totaux.

L'inégale répartition géographique de l'eau entraîne évidemment un coût d'utilisation extrêmement variable. En France, par exemple, où la desserte en eau potable est pourtant totale, les écarts de coûts varient de 1 à 10.

 

.Les risques d'une montée des eaux

Trop rare dans beaucoup d'endroits, l'eau peut être aussi trop abondante. L'un des graves dangers généralement reconnus, provenant de l'effet de

serre que nous verrons par la suite, est la montée des eaux qui en résulterait. Depuis 1985, de nombreux chercheurs ont tenté d'estimer l'élévation possible du niveau moyen des mers et des océans d'ici l'an 210Q En raison des incertitudes qui subsistent quant à l'ampleur du phénomène, les prévisions restent variables: de 20 cm à 4 m ! Tous les pays côtiers sont évidemment menacés, mais, étant donné le coût de la protection (les Pays-Bas, par exemple, ont consacré 6 % de leur PIB entre 1953 et 1986 à se protéger de la mer), les plus pauvres sont particulièrement vulnérables. Le Bangladesh et les Maldives, qui sont parmi les plus menacés, pourraient dans le pire des cas avoir complètement disparu d'ici à la fin du siècle prochain.

 

.La qualité de l'eau

Il ne suffit pas de disposer d'eau en quantité suffisante, encore faut-il que cette eau réponde qualitativement aux besoins humains.

On distingue quatre types de dégradation de la qualité de l'eau : 1°) la pollution bactérienne, engendrée par un excès de germes pathogènes présents dans l'eau, qui nécessite la désinfection de l'eau pour la rendre potable; 2°) la pollution asphyxiante, correspondant aux situations où l'eau ne se réoxygène pas correctement, soit parce qu'un film (par exemple, une couche d'huile) empêche l'oxygène de l'air de pénétrer dans l'eau, soit parce que la quantité de matières putrescibles présentes dans l'eau est supérieure à la capacité d'absorption de cette dernière; 3°) la pollution fertilisante, dite aussi eutrophisation, qui survient lorsque certains déchets fertilisent excessivement les plans d'eau, favorisant un développement déséquilibré de la flore aquatique; 4°) la pollution chimique par rejet de substances toxiques.

Les sources de ces diverses pollutions sont assez clairement identifiées depuis plusieurs années. Les principales sont les rejets industriels, les eaux domestiques usées, le lessivage des intrants utilisés en agriculture et les rejets de matières en suspension emmenées par les eaux pluviales.

Ces pollutions ont deux conséquences majeures: elles affectent directe- ment la santé des hommes et des animaux qui la consomment, et elles dégradent la vie aquatique, ce qui met en danger le renouvellement des ressources issues de ces milieux.

Si les sources de pollution sont bien identifiées, il n'en est pas de même

des critères de qualité. Ainsi, des différences très sensibles apparaissent entre les normes fixées par l'Union européenne et celles admises par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), différences allant de là 1 700 concernant la tolérance dans l'eau de certaines matières actives.

 

BI La gestion de l'eau et des ressources aquatiques

 

La plupart des spécialistes placent la gestion raisonnée de l'eau parmi les priorités absolues. La Banque Mondiale voit l'eau et son usage devenir l'enjeu majeur des conflits du siècle prochain. Il y a là un fantastique défi car les solutions techniques restent encore peu satisfaisantes et fort coûteuses. Dans l'état actuel des connaissances scientifiques et techniques, le dessalement et le remorquage d'icebergs ne semblent pas représenter des solutions d'avenir du fait de leur coût et de leur complexité.

À la nécessaire gestion quantitative de l'eau, il faut ajouter la gestion des ressources fournies par les milieux aquatiques. Par ressources aquatiques nous entendons les poissons, crustacés et coquillages consommés par l'homme, mais aussi les micro-organismes qui leur servent d'alimentation et dont certains concentrent les substances toxiques présentes dans l'eau.

 

.Les différents stades d'usage de l'eau

L'eau, comme bien économique, n'a pas le même statut selon les lieux et les époques. P.-H. Bourrelier et R. Dietrich (1989) distinguent trois stades d'usage de la ressource, coexistant dans le monde.

-L ' eau libre et gratuite. Dans le premier stade, les prélèvements et 1es rejets sont de faible ampleur compte tenu de la dimension des ressources. L' eau est un bien naturel, libre et gratuit: elle n'est pas perçue comme ressource, mais comme élément normal du milieu. Ce stade se rencontre encore dans des pays en voie de développement qui, faute de moyens, exploitent peu l'eau disponible, ou dans des régions tropicales où l'eau est abondante.

-L'exploitation intensive. Le deuxième stade se caractérise par de gros .efforts d'aménagement et une utilisation intensive de l'eau. Les volumes d'eau prélevés atteignent une proportion significative des écoulements naturels (20% en France, 72% en Belgique). L'eau n'est plus perçue comme un don de la nature, mais devient un bien économique. Son évaluation en termes de prix reste encore tâtonnante : coûts de production et coûts d'évacuation des eaux usées séparés, coûts de protection et de régénération approximativement intégrés, répartition de la prise en charge pas toujours clairement identifiée. Il en est de même pour le statut juridique de l' eau, qui reste varié dans la plupart des pays.

-La gestion raisonnée. Le troisième stade, appelé « post-industriel », se caractériserait par un retour aux équilibres et à la stabilisation des sollicitations de l'eau du milieu naturel, ainsi que par une déconnexion progressive d'une partie des circuits économiques de l'eau par rapport au cycle naturel, notanment celui des eaux continentales. Cela passe par le recyclage, l'épuration, la réutilisation, le dessalement, etc. Les coûts seraient unifiés, de même que le statut, faisant entrer l'eau, quelle que soit son origine, dans les biens publics.

 

.Les risques de dégradation des ressources aquatiques

Une dégradation qualitative de l'eau peut avoir des conséquences se prolongeant dans la chaîne alimentaire. Le cas le plus connu, et qui fût à l'origine de la première condamnation pénale d'un industriel pollueur, est celui de la ville de Minamata, au sud du Japon, où cinquante personnes moururent des suites d'une intoxication alimentaire due à l'absorption de poissons, eux- mêmes nourris par du plancton qui avait absorbé des déchets mercuriels rejetés par l'industrie incriminée.

-Exemple des difficultés de gestion d'une ressource: la pêche. Grâce à des techniques évolutives et de plus en plus performantes, les pêcheurs accroissent leurs prélèvements à tel point que certains bassins sont manifestement surexploités. Or le droit international est encore peu efficient pour remédier à cette situation, car il repose sur des principes et des conventions n'ayant que des effets limités.

Du fait de cette surexploitation, on observe de fortes diminutions d ' effectifs pour certaines espèces: hareng et morue dans l'Atlantique Nord, sardine dans le Pacifique, anchois dans les eaux péruviennes, etc. La détérioration de certains bassins par pollution, notamment dans les estuaires, a les mêmes effets: des espèces protégées sont menacées de disparaître, sans parler des populations de saumons, truites, perches. ..en forte diminution dans les eaux douces. La santé humaine est, elle aussi, affectée par la consommation de moules et d'huîtres qui absorbent les métaux lourds et contaminent ensuite leurs prédateurs.

-Les ressources aquatiques menacées par la domestication de l'eau. Canaliser l'eau, l'arrêter par des barrages ou encadrer ses débordements n'est pas neutre pour les ressources aquatiques.

R. Dumont, bien connu pour son combat en faveur de l'écologie, dressait en 1977 un portrait noir du barrage d'Assouan qui, en retenant l'eau pour l'électricité et l' irrigation, retient aussi les limons qui fertilisent le sol et nourrissent le plancton du delta du Nil, lequel nourrit les sardines. Dumont

expliquait ainsi le fait que le rendement de la pêche de sardines soit passé, en quelques années, de 30 000 à 6 000 tonnes. Il mettait aussi en évidence d'autres conséquences du barrage: alors que les limons qui arrivent sur le bord de mer font gagner de la terre sur la mer, depuis la construction du bar- rage c'est le contraire qui se produit; enfin, l'irrigation, en permettant l'intensification de l'agriculture, a provoqué le développement d'un parasite de la vessie, du foie et des reins: la bilhardoze.

Cet exemple du barrage d'Assouan est intéressant, par ailleurs, pour illustrer les difficultés d'arbitrage entre les nuisances. Dumont lui-même écrit, quelques années plus tard: « On a beaucoup critiqué le haut barrage construit à Assouan (...), oubliant que l'eau ainsi retenue dans le lac Nasser a sauvé l'Égypte ces dernières années d'une famine qui eût été plus effroyable que celle de l'Éthiopie et du Sahara réunis » (Un monde intolérable, le libéralisme en question, Seuil, 1988, p. 152).

 

Il -l'AIR

 

Par « air » on entend l'ensemble de l'enveloppe atmosphérique qui entoure la planète. Rappelons que, hors vapeur d'eau, il est composé, près du sol, d'oxygène (21 %), d'azote (78 %) et de gaz dits « rares » (I %) comme l'argon et l'hélium. La composition de l'air ne semble pas avoir beaucoup changé depuis vingt millions d'années.

Si l'air est menacé localement dans sa qualité par des pollutions diverses, le rôle régulateur de l'enveloppe atmosphérique est également affecté par le développement des activités humaines.

 

AI Dangers locaux

 

À la composition naturelle de l'air s'ajoutent des concentrations variables d'éléments polluants: anhydride sulfureux, oxyde d'azote, hydrocarbures, plomb, chlorofluorocarbones, méthane et particules en suspension qui se déposent plus ou moins lentement selon leur poids ou leur volume. Ces pollutions sont naturelles (éruption volcanique, incendie de forêt, radioactivité naturelle et poussière des déserts) ou provoquées par l'activité humaine.

Alors que nous pouvons éventuellement traiter l'eau avant consommation, nous sommes obligés de respirer l'air qui nous entoure, ce qui donne au problème de sa pollution une dimension particulière.

 

.Smog et pluies acides

Le tenue de « pluies acides » fut inventé en 1853, pour désigner des pluies tombant sur la région de Manchester. Ces pluies corrodaient les métaux, décoloraient le linge sur les étendoirs et semblaient responsables de la disparition de certains végétaux.

-La mesure de l'acidité. L'acidité de la pluie se mesure à l'aide d'une échelle logarithmique qui va de O à 14. On mesure un coefficient nommé "pH". Si le pH est inférieur à 7, il est acide; s'il est supérieur à 7, il est basique. L'acidité des précipitations dépend de la concentration en cations d'hydrogène (H+). En principe, les pluies devraient avoir un pH neutre de 7. Elles sont considérées anormalement acides lorsque le pH descend au-des- sous de 5,6.

C'est en Europe de l'Est que l'on relève la plus forte acidité (pH moyen de 4,2). Une corrélation a pu être établie entre l'acidité de la pluie et la concentration d'acides sulfurique et nitrique dans l'air, eux-mêmes dus aux oxydes de soufre et d'azote (SO2 et No2) lâchés dans l'atmosphère par combustion de fuel et de charbon. Les oxydes de soufre sont aussi responsables des smogs, ces brouillards que l'on retrouve en milieu urbain dans les climats tempérés et froids. Citons, enfin, toutes les particules en suspension (plomb, amiante, etc.), qui affectent plus particulièrement l'air des villes.

-Les conséquences économiques et écologiques. L'air respiré par des millions de citadins partout dans le monde est malsain, donnant naissance à ces pathologies de la fin du XXe siècle que sont les irritations des yeux, de la gorge et des bronches, mais aussi les décès prématurés des personnes âgées, des asthmatiques et des cardiaques. À Athènes, le nombre de décès est six fois plus élevé que la moyenne les jours de forte pollution. En 1952, on attribua au smog la mort de 4 000 personnes en trois jours à Londres.

Les pluies acides, quant à elles, semblent contribuer à la dégradation des forêts (5 millions d'hectares touchés dans l'Union européenne), particulière- ment les conifères. L' acidité des lacs et des rivières augmente, la vie aquatique est menacée. Les chiffres avancés sont alarmants: ainsi, au Canada, d'après les auteurs canadiens G. Maurallde et Ch. Pierre (La pollution, Economica, 1989), 150 000 lacs ont déjà subi des dommages importants et 14000 sont acidifiés à tel point que toute trace de vie a disparu.

-Les incertitudes scientifiques. Comme souvent lorsqu'il s'agit de dommages affectant l'environnement, les scientifiques peinent à établir des diagnostics définitifs. Selon des travaux récents, les pluies acides ne seraient pas les seules responsables des dégâts aux forêts, mais se conjugueraient à

 l'effet direct qu'auraient certains polluants (oxyde d'azote, ozone de la basse atmosphère et métaux lourds) sur les feuilles et les aiguilles des arbres, ce qui amènerait bien entendu à revoir certaines mesures de prévention. La baisse du niveau des nappes phréatiques est également jugée responsable du dépérissement des forêts.

-L'inégalité face au coût de la prévention. La plupart des pays industrialisés ont pris des mesures coûteuses d'assainissement de l'air. Londres a presque réussi à éliminer son smog et, depuis 1970, les États-Unis ont pu réduire leurs émissions de SO2 de 30 % et celles des particules de 62 %.

Les problèmes majeurs de pollution atmosphérique se posent à court terme dans les pays en développement. En effet, la plupart des métropoles du tiers monde sont confrontées à une explosion démographique incontrôlable. À Mexico, sept nouveau-nés sur dix ont dans le sang une quantité de plomb supérieure aux normes de l'OMS. Il en est de même à Sâo-Paulo, au Caire, à Calcutta, etc. L'urbanisation croissante, dans ces pays, renforce évidemment le problème. Si les conditions de vie sont en cours d'amélioration graduelle dans les pays riches, plusieurs cités des pays pauvres connaissent une dégradation persistante de la qualité de l'air.

 

.Dangers locaux et catastrophes écologiques

Certains types d'événements aux conséquences brutales et à caractère par- fois irréversible demandent un traitement particulier dans la mesure où ils sont le fait d'accidents localisés et, en principe, exceptionnels. La question qui est posée ici est celle de l'arbitrage entre l'utilisation de certaines technologies et l'acceptation ou le refus des risques qu'elles présentent en cas de dysfonctionnement.

-Les risques industriels. Deux catastrophes industrielles ont particulièrement marqué la période récente. En 1984, à Bhopal, en Inde, la fuite d'un gaz toxique d'une usine américaine de pesticides provoque 4 000 décès et des handicaps irréversibles chez environ 20 000 personnes. En 1986, en Ukraine, l'explosion d'un réacteur nucléaire de la centrale de Tchernobyl libère un nuage radioactif qui cause une trentaine de décès et contamine des millions d'hectares; 135 000 habitants ont dû être déplacés et le nombre de personnes gravement irradiées n' est pas encore connu à ce jour.

Ces deux exemples sont représentatifs de ces dangers localisés: manipulation de substances chimiques, pollution thermique (les centrales nucléaires n'utilisent que 30 à 35% de leur débit d'énergie, ce qui entraîne des modifications des microclimats) et radioactivité. Nous pourrions y ajouter encore une dernière catégorie, celle des « marées noires ».

-Des politiques de prévention. Partout dans le monde, des sites concentrent certaines activités industrielles ou nucléaires et présentent donc des risques de ce type. En Europe, une directive dite directive « Seveso », du nom de la ville italienne dans laquelle un accident chimique se produisit en 1976, a été adoptée en 1982. Tout établissement présentant un danger potentiel important est soùmis à cette directive et doit procéder à des études de danger prenant en compte tous les risques internes et externes. La question qui divise évidemment les observateurs est celle du niveau acceptable de probabilité (nous y reviendrons dans les chapitres suivants).

 

I.Bruits, odeurs et dégradation du cadre de vie J:! Même si ces nuisances, à la différence des autres sources de pollution évoquées jusqu'ici, ne sont pas à l'origine de déséquilibres écologiques, elles

i" entraînent néanmoins une nette détérioration du cadre de vie des populations, urbaines comme rurales. A ce titre, elles relèvent donc sans conteste

des politiques de l'environnement. -La santé affectée par le bruit. Le bruit est systématiquement évoqué dans les ouvrages relatifs à la pollution. Il aune influence directe sur le système nerveux végétatif, qui dirige les fonctions automatiques de l'organisme. Il est aussi source de lésions: perte de sensibilité auditive, modification du rythme cardiaque, tension artérielle, etc. De plus, on ne s'y accoutume pas.

Le bruit est mesuré en décibels, sur une échelle logarithmique allant de O à 160 Db. Il est admis qu'au-delà de 45 Db, le bruit est dérangeant. Or cette limite est constamment dépassée dans la vie quotidienne: un moulin à café produit un bruit de 90 Db, un rasoir électrique, de 75 Db; on considère qu'un lavè-vaisselle, à 50 Db, est particulièrement silencieux; quant aux moyens de transport, ils oscillent entre 70 Db pour les automobiles les plus silencieuses et 130 Db pour les avions.

Des normes existent, et de nombreux, travaux à caractère économique ont été publiés sur le bruit en raison de son effet sur la productivité et les accidents du travail.

-Les odeurs: une gêne quotidienne. La question des odeurs est moins présente dans la littérature. Toutefois, elle est parfois évoquée lors de conflits locaux opposant une population et un producteur industriel ou agricole.

Les odeurs présentent par rapport au bruit deux différences notables: alors -qu'il ne peut s'accoutumer au bruit, l'organisme s'habitue aux odeurs; par ailleurs, si le bruit se mesure, les odeurs, elles, sont difficilement quanti- fiables. Le seul moyen d'appréhender la nuisance semble être la révélation directe des opinions par enquête auprès de la population. La ville de strasbourg s'est ainsi distinguée en embauchant une équipe de « renifleurs » censés repérer les odeurs anormales. Mais, paradoxalement, c'est en zone rurale que se posent le plus souvent des problèmes d'odeur, à cause notamment des élevages hors-sol de porcs ou de volailles ou des décharges sauvages.

 

BI Dangers globaux

 

Les phénomènes locaux de pollution ont été quelque peu occultés, ces dernières années, par l'apparition médiatisée de problèmes se distinguant par le fait qu'ils concernent l'ensemble de l'humanité.

 

.Climats: vers un réchauffement de la planète

Déjà décrit avec précision à la fin des années 1960, l' effet de serre mobilise actuellement des scientifiques de tous les pays. Au centre des discussions de la conférence de Rio en juin 1992, il fait l'objet de fortes polémiques.

L' effet de serre serait provoqué par l' émission en trop fortes quantités de certains gaz, lesquels absorbent anormalement les rayons caloriques (infra- rouges) réémis par la planète chauffée par le soleil. En clair, la transparence ne joue que dans un sens: le rayon solaire passe sans être absorbé dans l'atmosphère; mais en retour, il est stoppé par le « toit » atmosphérique.

-Quatre gaz en accusation. Les gaz responsables de cet effet de serre seraient le dioxyde de carbone (CO2), dit aussi gaz carbonique, pour 49 à 50 % ; les chlorofluorocarbones (CFC), pour 17 à 20 % ; le méthane (CH4), pour 12 à 18% ; l'oxyde nitreux (NO2), pour 5 à 10 %.

Ces gaz ont des origines diverses: le CO2 provient essentiellement de la combustion des carburants fossiles, les CFO viennent des aérosols, des solvants utilisés en électronique, des chaînes de froid et de l' expansion de mousses plastiques, le CH4 vient de la riziculture, de l'~levage intensif, de la déforestation, du traitement du gaz naturel et le NO2 de l'usage des engrais azotés en agriculture.

-Controverses scientifiques. Pour de nombreux scientifiques, le risque de réchauffement de la planète constitue un des problèmes majeurs des

années 1990. S'ils ont raison, il faut insister sur l'aspect irréversible à moyen terme des changements de la composition chimique de l'atmosphère et prendre d'urgence des mesures visant à ralentir l'émission de ces gaz. Nous verrons que, sur le plan économique, les modalités de calcul concernant le coût de la réduction de ces gaz sont complexes.

Si la plupart des scientifiques sont d'accord pour reconnaître l'augmentation de la teneur dans l'atmosphère des éléments cités plus haut, il n'y a pas unanimité pour affirmer leur responsabilité dans le réchauffement de la planète. Du fait de la complexité des processus chimiques en jeu, certains auteurs restent circonspects, rappelant que le premier gaz à effet de serre est la vapeur d'eau, dont la concentration ne dépend pas de l'activité humaine.

Ces incertitudes scientifiques contribuent à ralentir les processus de décision, ne serait-ce que dans une optique de précaution. Sur un plan général, les conséquences d'une élévation des températures moyennes seraient catastrophiques. Nous avons déjà cité la montée du niveau des mers. Les conséquences sur l'agriculture seraient, elles aussi, considérables, avec un déplacement des zones de culture vers les pôles et la désertification de certaines régions. À terme, c'est bien entendu l'équilibre alimentaire de la planète qui pourrait être menacé.

 

.L'affaiblissement de la couche d'ozone

Les rayons ultraviolets du soleil, en pénétrant dans la stratosphère, décomposent des molécules d'oxygène constituées de deux atomes. Des molécules d'ozone -de trois atomes chacune -se forment alors en « écran », lequel protège les organismes vivants présents sur la terre d'un rayonnement ultra- violet trop intense. C' est cet écran qui est appelé ordinairement « couche d'ozone ». Mais la concentration d'ozone est très faible: 6 millionièmes de la concentration totale de l'atmosphère; l'image de « couche » ou d' « écran » est ainsi un peu déformatrice.

-Une découverte récente. Les milieux scientifiques s'inquiètent depuis vingt ans des risques de pollution par élimination de cet ozone de la haute atmosphère. Après avoir d'abord soupçonné les avions supersoniques, ils ont identifié les responsables: les chlorofluorocarbones (CFC). Un rapport publié en 1989 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) mon- trait que la couche d'ozone a diminué d'environ 1 % entre 1978 et 1988 et que la tendance actuelle est plus marquée près des pôles. Enfin, un « trou » serait apparu au-dessus de l'Antarctique. Il s'agirait en réalité d'une diminution de 40% de la teneur en ozone de la couche

Contservations concernant les gaz carboniques, qui permettent de remonter loin dans le temps grâce à l'analyse des glaces, les observations concernant l'ozone sont récentes et il est impossible d'obtenir des analyses sur l'état de la couche d'ozone avant ces observations. Les effets d'une diminution de la couche d'ozone seraient les suivants: augmentation des cancers de la peau, disparitions d'espèces et mutations génétiques, réchauffement de la stratosphère pouvant modifier le climat. Les CFC ont fait l'objet d'un protocole international signé à Montréal en 1984 par vingt - sept pays. Ce protocole prévoit la réduction de 50 % de la production et de la consommation de CFC d'ici 1999, pourcentage de réduction qui a été relevé unilatéralement par les pays européens en 1989, afin de supprimer totalement l'utilisation des CFC avant l'an 2000.

-Une découverte controversée. Là encore, la controverse scientifique est assez virulente. Certains auteurs contestent le tapage fait autour du trou d'ozone, affirmant que sa découverte est bien plus ancienne et que les multinationales qui se partageaient la fabrication des CFC ont opportunément saisi l'occasion de changer de technologie alors que leur position sur le marché était menacée par de nouveaux fabricants. Cette thèse est assez fréquemment reprise depuis que Du Pont de Nemours, premier producteur de CFC, a soutenu le protocole de Montréal qui visait à leur interdiction.

-Une politique de précaution. Le protocole de Montréal a le mérite de montrer que la précaution peut servir de base politique en situation d'incertitude scientifique: dans la mesure où des substituts aux CFC existent, il vaut mieux, par prudence, les utiliser. Cette position semble partagée par la plu- part des spécialistes qui, même s'ils reconnaissent la difficulté d'une mise en évidence rapide des conséquences d'une diminution de la couche d'ozone, pensent qu'il serait absurde de se contenter d'attendre. Il faut sept à dix ans pour que le chlore émis sur la terre atteigne la couche d'ozone : si l'on attendait une confirmation absolue des hypothèses posées aujourd'hui, il serait alors peut-être trop tard. I

 

, III. LE SOL ET LE SOUS.SOL

 

Nous allons maintenant traiter des ressources fournies par la terre en surface et en sous-sol, ainsi que des milieux vivants qui y sont installés. Les sites aménagés, tels que les sols cultivés et les gisements équipés, sont. considérés comme des ressources « naturelles ». Les milieux vivants, hormis les ressources aquatiques, sont intégrés volontairement dans cette section, même s'ils sont le fait d'une chaîne composée des trois éléments eau-air-sol.

 

AI Les ressources minérales

 

.Les combustibles d'origine fossile

Avec les combustibles d'origine fossile, c'est le problème beaucoup plus général de l'énergie qui est en jeu. Les combustibles fossiles proviennent des restes de milliards de micro-organismes qui se sont transformés à cause de températures et de pressions élevées. On .les dit non renouvelables à cause du temps qu'il a fallu pour les constituer et non recyclables parce qu'on ne connaît pas de méthodes permettant de récupérer leurs atomes une fois brûlés et transformés.

Leur relative facilité d'utilisation, leur faible coût et leur caractère de biens stockables ont rendu aisée leur mobilisation dans le grand mouvement d'industrialisation qui s'est opéré à partir de la fin du xvlIf siècle, sous forme de charbon pour commencer, ensuite sous forme de pétrole et de gaz-

 

.Pénuries: fantasme ou réalité ?

Allons-nous un jour manquer de ces ressources ? On se souvient des prévisions très alarmistes faites par le Club de Rome (Halte à la croissance ? , Fayard, 1972) à la suite du rapport commandé à une équipe du Massachusetts lnstitute of Technology dirigée par le professeur Meadows. Aujourd'hui, la plupart des auteurs prennent soin de relativiser les notions de rareté absolue et de pénurie des ressources, mais peu nombreux sont ceux qui considèrent encore ces ressources COl)1ffie illimitées.

-La distinction méthodologique entre réserves et ressources. Le recul dont nous disposons aujourd'hui nous amène, d'abord, à distinguer la notion de réserve de celle de ressource. Les réserves sont des gisements répertoriés et exploitables avec les technologies habituelles, les ressources comprennent, outre les réserves, les gisements dont on peut raisonnablement supposer l'existence et pour lesquels l'évolution technologique garantit à moyen terme les possibilités d'exploitation.

Le rapport Meadows ne faisait pas clairement cette distinction et raisonnait pour chaque ressource à partir d'un « indice statique d'années » représentant le nombre d'années à l'issue desquelles les réserves connues seraient épuisées en supposant une consommation constante.

-Estimations. Le rapport Meadows donnait un indice statique d'années de 2 300 pour le charbon, 31 pour le pétrole et 38 pour le gaz naturel.

P.-H. Bourrelier et R. Dietrich (1989) distinguent, eux, les réserves et les ressources: pour le charbon, l'indice des réserves serait de 180 ans et l'indice des ressources de 1 800; pour le pétrole, l'indice des réserves serait de 35, l'indice des ressources n'étant pas chiffré (les deux auteurs prédisent toutefois une diminution progressive et lente de la production à partir du tiers ou du milieu du XXIe siècle) ; enfin, pour le gaz naturel, les réserves et les ressources seraient du même ordre que pour le pétrole. Nous aborderons, plus tard, le problème des prix-

 

.La recherche de substituts au pétrole

Les prévisions faites jusqu'à l'horizon 2005 donnent encore le pétrole comme principale ressource énergétique: 39 % de l'approvisionnement mondial, contre 14% pour le gaz et 4 à 5% seulement pour le charbon.

Sans être alarmiste, il faut donc raisonnablement s'attendre à devoir changer profondément de sources d'énergie au cours du prochain siècle. Concernant les énergies de remplacement, de nombreux auteurs ont étudié différentes pistes: nucléaire (fission et fusion), géothermie, biomasse, biocombustibles, biocarburants, énergie solaire et éolienne. Des progrès dans tous ces domaines dépendra probablement l'approvisionnement énergétique des prochaines générations. Mais l'accent reste encore souvent mis sur les économies d'énergie, qui sont selon plusieurs auteurs le principal « gisement ».

 

.Les minerais

-Le problème majeur: les coûts. Comme les combustibles, les mine- rais sont non renouvelables. Ils sont, en revanche, recyclables après avoir été transformés. Selon le principe que « rien ne se perd, rien ne se crée... », la quantité de métal reste constante sur la planète. Le problème qui se pose est donc celui des coûts de récupération. Les atomes de tout combustible ou de tout minerai sont forcément quelque part, mais leur concentration produit de la pollution et les systèmes écologiques 'naturels ne peuvent les absorber.

En termes de réserves, les indices statiques d'années s'échelonnaient, selon le rapport Meadows, de 11 ans pour l'or à 420 ans pour le chrome. Ces prévisions semblaient, là encore, pessimistes dans la plupart des cas (sauf pour le fer et le nickel). Les réserves ne constituent qu'une fraction des ressources accessibles aux coûts actuels ou peu supérieurs. Il n'y aurait donc pas à craindre d'épuisement rapide. Certains constituants majeurs de la

croûte terrestre (fer, aluminium, etc.) peuvent être considérés comme infini mais il faut s' attendre à des augmentations des coûts d'extraction d'exploitation. Les découvertes significatives de nouveaux gisements bonne qualité devraient être, en revanche, de plus en plus rares.

-Les orientations de la recherche: substitution et recyclage. COIDI pour les combustibles, certains chercheurs s'intéressent de près aux possibilités de substitution. On a, par exemple, remplacé le cuivre par de l'aluminium dans les fils conducteurs d'électricité et on attend beaucoup des « nouveaux matériaux » : fibres de carbone, céramiques et polymères, qui exige des composants de base d'une grande pureté mais à faible dose.

Le recyclage, quant à lui, représentera de plus en plus une réponse double problème de l'élimination des déchets et de la raréfaction relative certaines ressources. Le taux de recyclage est, en France, de 27% pour l'al minium, de 45 % pour l'acier et de 80 % pour le platine.. La sidérurgie absorbe une part de sa production après utilisation (cuivre, zinc, plomb, nickel, étain et aluminium) : elle consomme chaque année 900000 des 16 milions de tonnes de déchets métalliques produits.

Toutefois, les évolutions techniques ne simplifient pas le recyclage dans mesure où les produits comprennent de plus en plus fréquemment c mélanges de matières (matériaux composites, alliages complexes). Aussi l'accroissement du recyclage est soit corrélé à une augmentation du prix c ressources, soit le fait d'une décision administrative.

 

BI Les ressources renouvelables

 

.Les terres cultivables

Pour les agronomes, la qualité des sols peut être appréciée au travers de deux caractéristiques: la fertilité et la durabilité.

-La question de la fertilité est complexe. Grâce aux moyens technologiques existants, on sait produire sans 'Sol, sur des substrats inertes et stéri1 Parallèlement, on sait que les pratiques agricoles intensives appauvrissent qualités naturelles du sol et modifient sa structure. C' est le cas, par exemple lorsqu'on ne rend pas suffisamment de matière organique par rapport à qui a été prélevé. Ces insuffisances sont corrigées par des transferts de fertillité comme les engrais chimiques, mais leur utilisation massive peut modifier l' équilibre chimique des sols. Dès lors, la fertilité ne se raisonne plus

comme donnée a priori mais relativement à un système de culture donné et en fonction de ce que l'on veut produire.

Il va de soi que ce constat ne doit pas servir de justificatif à n'importe quelle pratique culturale. La correction d'une dégradation du milieu peut se révéler soit trop coûteuse, soit impossible du fait d'une irréversibilité. De surcroît, l'interdépendance est forte entre le sol, l'air et l'eau. Ainsi, une altération de la porosité du sol modifie le cycle de l'eau et la perte de matière organique contribue à enrichir l'atmosphère en CO2. Enfin, le recours à la chimie entraîne une perte de qualité des aliments et peut s'avérer nuisible pour la santé, même si l'industrie a sensiblement amélioré la qualité des pro- duits proposés.

L'exportation des pratiques culturales intensives sur des sols fragiles peut donc se révéler catastrophique. Il semble par exemple que l'abandon forcé d'une partie de la surface agricole sur le pourtour du bassin méditerranéen puisse s'expliquer par une surexploitation ancienne.

-Le problème de la durabilité est un peu différent. Le sol se constitue à partir de la roche mère, il se régénère et se rajeunit en permanence. Les pratiques culturales contemporaines, l'absence de couverture végétale à certaines périodes de l'année, la diminution de la teneur en matière organique, la monoculture et, bien entendu, la déforestation font que l'érosion va plus vite que la reconstitution du sol. Chaque année, c'est O, 7 % du capital sol qui disparaîtrait ainsi. Une carte élaborée par l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) montre d'ailleurs qu'une partie du Brésil, de l'Argentine, de la côte ouest des États-Unis, les parties équatoriale et sud de l'Afrique, ainsi que l'Australie et l'ensemble du Moyen-Orient sont menacés de désertification. Chaque année, 200 000 krn2 sont transformés en désert. Notons, enfin, que de nombreuses incertitudes scientifiques demeurent sur les mécanismes de l'érosion, ce qui a pour conséquence que les solutions évoquées pour l'enrayer procèdent encore du tâtonnement.

Par ailleurs, le potentiel d'expansion rentable des surfaces cultivées est limité. La surface céréalière par habitant est passée de 0,16 hectare en 1980 à 0,14 en 1990, or on s'attend à une diminution de l'évolution de la productivité dans les prochaines décennies (courbe en S), celle-ci étant, dans l'état actuel des connaissances, fatalement soumise à une limite due aux mécanismes de la photosynthèse. Cette inquiétude, qui vient se greffer sur le spectre d'un accroissement démographique incontrôlé, est très présente dans la plupart des ouvrages académiques et des rapports d'experts, même si un optimisme relatif quant à la capacité de la terre à nourrir une population mondiale double de celle d'aujourd'hui prévaut actuellement.

 

.Les forêts

Les forêts sont à la fois productrices de ressources spécifiques, dont la principale est le bois, et support de vie par le maintien des écosystèmes, la protection contre l'érosion et la régularisation du cycle de l'eau. Le rôle souvent attribué aux forêts concernant la production d'oxygène semble en revanche habituellement surestimé. La forêt consomme, par respiration et décomposition des matières organiques mortes, autant d'oxygène qu'elle en produit. Occupant le sol, les forêts sont en concurrence avec l'agriculture et constituent une réserve à défricher. La plupart des plaines céréalières de l'Europe ont été prises sur la forêt.

D'après le rapport Brundtland (Commission mondiale sur l'environne- ment et le développement [CMED], 1989), on détruit près de Il millions d'hectares de forêts tous les ans. Le Brésil a déjà détruit 8 % de sa surface forestière et, en Afrique, 0,6 % des formations forestières disparaissent chaque année. La principale cause de déboisement est la pauvreté. En Afrique, les méthodes traditionnelles de culture (brûlage, culture, jachère), cumulées à l'accroissement démographique, entraînent les agriculteurs dans un cercle vicieux: réduction du temps de repos, perte de productivité, accroissement des surfaces cultivées. De plus, plusieurs pays vendent leur bois à un rythme trop rapide pour le maintien ou la reproduction de la ressource.

Même si l'image de la forêt « poumon de la planète » est à relativiser, sa disparition progressive, dans plusieurs régions du globe, présente un certain nombre de risques. La forêt constitue la plus grande banque génétique de la planète. De plus, sa surexploitation détruit l'équilibre des sols qui s'érodent et peuvent devenir stériles. Les climats risquent de s'en trouver modifiés (sécheresse) et des catastrophes « naturelles » peuvent se produire. En 1988, les deux tiers du Bangladesh se sont retrouvés inondés, inondation attribuée au déboisement opéré sur les bassins versants du massif himalayen. Enfin, la déforestation constitue une diminution du stock de carbone terrestre: le tiers de l'augmentation de la teneur en carbone de l'atmosphère est imputable à la déforestation.

 

.Le capital génétique

La protection de la biodiversité a fait l'objet d'une convention lors de la conférence de Rio. Cette convention fait suite à une charte signée par l'ONU, en 1982, et au rapport Brundtland qui en faisait une priorité.

Il existerait entre 10 et 50 millions d'espèces animales et végétales, dont 1,4 millions ont été identifiées. C'est principalement pour les insectes, les

algues, les champignons et les micro-organismes que nos connaissances sont les plus limitées.

-L'indispensable diversité. En termes de ressources, cette diversité constitue la base du monde vivant. L 'homme utilise le matériel génétique de deux façons: par croisement et sélection, afin d'augmenter les rendements, et par manipulation génétique, afin de créer des variétés nouvelles. Dans les deux cas, ce travail se fait en puisant dans le stock des variétés naturelles.

Or, pour certaines espèces, la diversité génétique devient étroite. Le maïs et le riz n'existent plus que dans quelques variétés représentant une petite partie de ce qu'on trouvait encore au début du siècle. La grande diversité des forêts tropicales est menacée par la déforestation. Les espèces vivant dans les milieux arides, très utiles à cause de leur adaptation à des conditions extrêmes, sont mises en danger par l'extension des pâturages. Les coraux, dont on suppose qu'ils représentent un demi-million d'espèces, s'épuisent également à un rythme très rapide.

En remontant un peu dans notre histoire, on trouve des exemples de catastrophes qui auraient pu être évitées grâce à une plus grande variabilité génétique. En Irlande, en 1846, le mildiou décime les récoltes de pommes de terre; une seule variété de pommes de terre, spécialement sensible à ce champignon, étant cultivée, s'ensuit une famine sans précédent, entraînant la mort ou l'émigration de plus d'un million de personnes. Entre 1860 et 1865, en France, un million et demi d'hectares de vigne (soit plus de la moitié du vignoble français) sont détruits par le phylloxéra; c'est le changement variétal qui permettra d'enrayer l'épidémie. En 1960, un champignon appelé Helminthos décime les champs de maïs aux États-Unis ; là encore, il se trouve que la variété la plus utilisée était aussi la plus sensible à ce parasite.

En dehors des catastrophes ponctuelles comme celles décrites ici, l'espèce humaine en général pourrait être menacée par la diminution de la biodiversité. En effet, l'homme est apparu sur la terre à un moment où la diversité génétique était maximale. Cette diversité diminuant à un rythme important, de nombreux auteurs considèrent cette diminution comme un désastre, même si les connaissances actuelles ne permettent pas d'évaluer précisément les conséquences réelles à court et moyen terme.

-La protection de la biodiversité. La protection de la biodiversité pose des problèmes particuliers en termes de droit. La FAO donne aux ressources génétiques le statut de patrimoine commun de l'humanité. En revanche, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) revient à la notion de souveraineté des États, et les États-Unis ont ouvert la voie de

l'appropriation privée de certaines ressources génétiques en délivrant, en 1980, un brevet sur des souches de micro-organismes. Or certains auteurs considèrent que ces pratiques contribuent à abaisser la diversité génétique. Nous verrons les éléments de ce débat dans le chapitre 6.

 

.Déchets: la pléthore

Pendant longtemps, la question des déchets est restée secondaire. Aujourd'hui, leur quantité pose des problèmes et leur retraitement devient priori- taire. Nous avons déjà abordé la question de la récupération des métaux, mais nous n'avons pas encore évoqué les problèmes locaux engendrés par la conservation ou le traitement de certains déchets toxiques (p~ lesquels les déchets nucléaires), ainsi que la destruction ou le retraitement des déchets ménagers, qui se chiffrent en millions de tonnes. Une ville comme New York doit évacuer chaque jour 25 000 tonnes d'ordures ménagères.

-Des outputs indésirables, Tous les produits finis sont voués à devenir, à plus ou moins long terme, des déchets. On peut les classer en trois catégories: les déchets industriels, les déchets ménagers et les déchets organiques.

Leur élimination pose de nombreux problèmes techniques. En dehors des mesures prises en amont afin de réduire leur volume, on peut, selon le type de déchets, les valoriser (comme par exemple les scories de la sidérurgie qui deviennent des engrais agricoles), les recycler (c'est le cas du verre et du papier), les traiter (le plus souvent par incinération après désintoxication, avec possibilité d'avoir, ici, une source d'énergie potentielle) ou encore les enfouir (voire les immerger, comme cela est pratiqué dans la plupart des décharges publiques ou pour certains déchets hautement toxiques qui sont enfouis dans des containers imperméables).

-Retraiter: des investissements nécessaires. Le traitement des différents produits dépend évidemment de leur nature. Le recyclage, sur lequel reposent beaucoup d'espoirs, ne concerne encore que 2 à 3 % de la totalité des déchets. La biodégradation naturelle peut être utilisée pour les déchets organiques, voire pour certains plastiques. L'enfouissement peut servir à reboucher les trous creusés par l'homme (mines), voire à construire des collines artificielles comme cela s'est fait en Virginie.

Face à ces propositions pratiques, quelques problèmes sont souvent évoqués : le volume des déchets urbains, souvent supérieur aux capacités de retraitement; la longévité de la toxicité de certains déchets, notamment nucléaires, et l'absence de débat public à ce propos; l'exportation de déchets

en direction de certains pays du tiers monde qui sont prêts, du fait de leur grande pauvreté, à accepter sur leur territoire des activités industrielles dangereuses ou des décharges de produits hautement toxiques pour des « prix » nettement inférieurs à ceux pratiqués dans les pays industrialisés.

 

Au terme de ce premier chapitre, ce qui apparaît à l'évidence, c'est l'inter- dépendance et l'enchaînement des phénomènes liés aux ressources et aux atteintes à l'environnement. Une pollution locale peut avoir des conséquences sur des écosystèmes éloignés. Ainsi, le plomb dégagé par les pots d'échappement se retrouve dans les glaces de l'Antarctique. La combustion de fuel acidifie les pluies, lesquelles font mourir les forêts, ce qui provoque de l'érosion et entraîne la baisse des rendements agricoles. Des exemples de ce type sont nombreux et le tableau peut sembler bien sombre.

Il revient à l'homme de maîtriser ses activités afin qu'elles ne mettent pas en danger sa propre survie. Tout semble lié: l'incertitude fondamentale qui commande le monde naturel, les risques de rupture des équilibres écologiques par accumulation de charges au-delà d'un certain seuil, la raréfaction de certaines ressources, l'ambivalence de la relation marchés-exploitation patrimoniale des ressources collectives, la contradiction entre mondialisation de l'économie et accroissement des inégalités et, enfin, la perte de contact culturel entre les sociétés modernes et le milieu naturel. L'objectif de la suite de ce travail sera de présenter les analyses économiques et les solutions que préconisent les économistes face à ces questions.