La dimension des principaux
problèmes écologiques
Avant d'évoquer les politiques
économiques proposées en réponse aux problèmes environnementaux, nous devons
faire un rapide tour d'horizon des déséquilibres apparus sur le plan écologique
et recenser, brièvement, l'état actuel des connaissances scientifiques sur ces
sujets.
Le plan de ce chapitre s'appuie
sur le traditionnel triptyque: eau, air, sol. Toutefois, d'autres types de
classification sont possibles. On peut par exemple, comme le font certains auteurs,
ajouter la vie comme quatrième élément. Nous avons préféré la mêler aux autres,
puisque c'est leur combinaison qui lui sert de support. Pour chacun de ces
éléments, et à des fins de clarté, nous nous efforçons de distinguer les
problèmes de ressources (aspects quantitatifs) et les problèmes de pollution
(aspects qualitatifs). Cette distinction est importante, puisque le traitement
économique de la rareté ou celui de la perte de qualité peuvent
être sensiblement différents.
I -l'EAU ,
L'eau est présente sur la
planète sous trois formes: liquide, solide et gazeuse. La totalité des réserves
s'appelle l'hydrosphère. Environ 97 % de la capacité d'eau se situent dans les
océans sous forme liquide, mais on trouve également d'autres réservoirs: les
dépôts de glace ou de neige, les eaux terrestres et, dans une moindre mesure,
celle présente dans l' atmosphère sous forme gazeuse
et celle présente dans tous les organismes vivants.
AI Offre et demande d'eau
Les quantités d'eau qui
circulent sur la terre et la régénération de leurs qualités sont globalement
connues. La quantité d'eau totale de l'hydrosphère est estimée à 1 400 millions
de milliards de mètres cubes et les quantités d'eau
prélevées par l'homme atteignent 4 000 milliards de mètres cubes par an, soit
le dixième du débit des fleuves du monde.
.Une répartition inégale
La première caractéristique de
l'offre d'eau est son inégale répartition, de 10000 à plus d'un million de m3
annuels par km2, de moins de 100 à plus de
Pour bien mesurer l'utilisation
de l'eau, il faut différencier le prélèvement, qui correspond à l' eau utilisée mais restituée sous forme liquide dans le
système, et la consommation nette d'eau, qui correspond à la fraction du
prélèvement non restituée. Les deux mesures sont parfois très différentes.
Ainsi, en France, les prélèvements d'eau d'EDF représentent 51,4 % des
prélèvements totaux mais seulement 19 % de la consommation nette totale (le
reste repartant pratiquement propre dans le circuit d'utilisation).
L'agriculture est dans une situation contraire puisque, du fait de l' irrigation" sa consommation atteint 36,5 % de la
consommation nette totale alors que ses prélèvements ne représentent que 10 %
des prélèvements totaux.
L'inégale répartition
géographique de l'eau entraîne évidemment un coût d'utilisation extrêmement
variable. En France, par exemple, où la desserte en eau potable est pourtant
totale, les écarts de coûts varient de 1 à 10.
.Les risques d'une montée des
eaux
Trop rare dans beaucoup
d'endroits, l'eau peut être aussi trop abondante. L'un des graves dangers
généralement reconnus, provenant de l'effet de
serre que nous verrons par la suite, est la montée des eaux
qui en résulterait. Depuis 1985, de nombreux chercheurs ont tenté d'estimer
l'élévation possible du niveau moyen des mers et des océans d'ici l'an 210Q En
raison des incertitudes qui subsistent quant à l'ampleur du phénomène, les
prévisions restent variables: de
.La qualité de l'eau
Il ne suffit pas de disposer
d'eau en quantité suffisante, encore faut-il que cette eau réponde
qualitativement aux besoins humains.
On distingue quatre types de
dégradation de la qualité de l'eau : 1°) la pollution bactérienne, engendrée
par un excès de germes pathogènes présents dans l'eau, qui nécessite la
désinfection de l'eau pour la rendre potable; 2°) la pollution asphyxiante,
correspondant aux situations où l'eau ne se réoxygène
pas correctement, soit parce qu'un film (par exemple, une couche d'huile)
empêche l'oxygène de l'air de pénétrer dans l'eau, soit parce que la quantité
de matières putrescibles présentes dans l'eau est supérieure à la capacité
d'absorption de cette dernière; 3°) la pollution fertilisante, dite aussi
eutrophisation, qui survient lorsque certains déchets fertilisent excessivement
les plans d'eau, favorisant un développement déséquilibré de la flore
aquatique; 4°) la pollution chimique par rejet de substances toxiques.
Les sources de ces diverses pollutions
sont assez clairement identifiées depuis plusieurs années. Les principales sont
les rejets industriels, les eaux domestiques usées, le lessivage des intrants
utilisés en agriculture et les rejets de matières en suspension emmenées par
les eaux pluviales.
Ces pollutions ont deux
conséquences majeures: elles affectent directe- ment la santé des hommes et des
animaux qui la consomment, et elles dégradent la vie aquatique, ce qui met en
danger le renouvellement des ressources issues de ces milieux.
Si les sources de pollution sont
bien identifiées, il n'en est pas de même
des critères de qualité. Ainsi, des différences très
sensibles apparaissent entre les normes fixées par l'Union européenne et celles
admises par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), différences allant de là
1 700 concernant la tolérance dans l'eau de certaines matières actives.
BI La gestion de l'eau et des
ressources aquatiques
La plupart des spécialistes
placent la gestion raisonnée de l'eau parmi les priorités absolues.
À la nécessaire gestion quantitative de l'eau, il faut
ajouter la gestion des ressources fournies par les milieux aquatiques. Par
ressources aquatiques nous entendons les poissons, crustacés et coquillages
consommés par l'homme, mais aussi les micro-organismes qui leur servent
d'alimentation et dont certains concentrent les substances toxiques présentes
dans l'eau.
.Les différents stades d'usage
de l'eau
L'eau, comme bien économique,
n'a pas le même statut selon les lieux et les époques. P.-H. Bourrelier et R.
Dietrich (1989) distinguent trois stades d'usage de la ressource, coexistant
dans le monde.
-L '
eau libre et gratuite. Dans le premier stade, les prélèvements et 1es rejets
sont de faible ampleur compte tenu de la dimension des ressources. L' eau est un bien naturel, libre et gratuit: elle n'est pas
perçue comme ressource, mais comme élément normal du milieu. Ce stade se
rencontre encore dans des pays en voie de développement qui, faute de moyens,
exploitent peu l'eau disponible, ou dans des régions tropicales où l'eau est
abondante.
-L'exploitation intensive. Le
deuxième stade se caractérise par de gros .efforts d'aménagement et une
utilisation intensive de l'eau. Les volumes d'eau prélevés atteignent une
proportion significative des écoulements naturels (20% en France, 72% en
Belgique). L'eau n'est plus perçue comme un don de la nature, mais devient un
bien économique. Son évaluation en termes de prix reste encore tâtonnante :
coûts de production et coûts d'évacuation des eaux usées séparés, coûts de
protection et de régénération approximativement intégrés, répartition de la
prise en charge pas toujours clairement identifiée. Il en est de même pour le
statut juridique de l' eau, qui reste varié dans la
plupart des pays.
-La gestion raisonnée. Le
troisième stade, appelé « post-industriel », se caractériserait par un retour
aux équilibres et à la stabilisation des sollicitations de l'eau du milieu
naturel, ainsi que par une déconnexion progressive d'une partie des circuits
économiques de l'eau par rapport au cycle naturel, notanment
celui des eaux continentales. Cela passe par le recyclage, l'épuration, la
réutilisation, le dessalement, etc. Les coûts seraient unifiés, de même que le
statut, faisant entrer l'eau, quelle que soit son origine, dans les biens
publics.
.Les risques de dégradation des
ressources aquatiques
Une dégradation qualitative de
l'eau peut avoir des conséquences se prolongeant dans la chaîne alimentaire. Le
cas le plus connu, et qui fût à l'origine de la première condamnation pénale
d'un industriel pollueur, est celui de la ville de Minamata, au sud du Japon,
où cinquante personnes moururent des suites d'une intoxication alimentaire due
à l'absorption de poissons, eux- mêmes nourris par du plancton qui avait
absorbé des déchets mercuriels rejetés par l'industrie incriminée.
-Exemple des difficultés de
gestion d'une ressource: la pêche. Grâce à des techniques évolutives et de plus
en plus performantes, les pêcheurs accroissent leurs
prélèvements à tel point que certains bassins sont manifestement surexploités.
Or le droit international est encore peu efficient pour remédier à cette
situation, car il repose sur des principes et des conventions n'ayant que des
effets limités.
Du fait de cette
surexploitation, on observe de fortes diminutions d '
effectifs pour certaines espèces: hareng et morue dans l'Atlantique Nord,
sardine dans le Pacifique, anchois dans les eaux péruviennes, etc. La
détérioration de certains bassins par pollution, notamment dans les estuaires,
a les mêmes effets: des espèces protégées sont menacées de disparaître, sans
parler des populations de saumons, truites, perches. ..en
forte diminution dans les eaux douces. La santé humaine est, elle aussi,
affectée par la consommation de moules et d'huîtres qui absorbent les métaux
lourds et contaminent ensuite leurs prédateurs.
-Les ressources aquatiques
menacées par la domestication de l'eau. Canaliser l'eau, l'arrêter par des
barrages ou encadrer ses débordements n'est pas neutre pour les ressources
aquatiques.
R. Dumont, bien connu pour son
combat en faveur de l'écologie, dressait en 1977 un portrait noir du barrage
d'Assouan qui, en retenant l'eau pour l'électricité et l' irrigation, retient
aussi les limons qui fertilisent le sol et nourrissent le plancton du delta du
Nil, lequel nourrit les sardines. Dumont
expliquait ainsi le fait que le rendement de la pêche de sardines
soit passé, en quelques années, de 30 000 à 6 000 tonnes. Il mettait aussi en
évidence d'autres conséquences du barrage: alors que les limons qui arrivent
sur le bord de mer font gagner de la terre sur la mer, depuis la construction
du bar- rage c'est le contraire qui se produit; enfin, l'irrigation, en
permettant l'intensification de l'agriculture, a provoqué le développement d'un
parasite de la vessie, du foie et des reins: la bilhardoze.
Cet exemple du barrage d'Assouan
est intéressant, par ailleurs, pour illustrer les difficultés d'arbitrage entre
les nuisances. Dumont lui-même écrit, quelques années plus tard: « On a
beaucoup critiqué le haut barrage construit à Assouan (...), oubliant que l'eau
ainsi retenue dans le lac Nasser a sauvé l'Égypte ces dernières années d'une
famine qui eût été plus effroyable que celle de l'Éthiopie et du Sahara réunis
» (Un monde intolérable, le libéralisme en question, Seuil, 1988, p. 152).
Il -l'AIR
Par « air » on entend l'ensemble
de l'enveloppe atmosphérique qui entoure la planète. Rappelons que, hors vapeur
d'eau, il est composé, près du sol, d'oxygène (21 %), d'azote (78 %) et de gaz
dits « rares » (I %) comme l'argon et l'hélium. La composition de l'air ne
semble pas avoir beaucoup changé depuis vingt millions d'années.
Si l'air est menacé localement
dans sa qualité par des pollutions diverses, le rôle régulateur de l'enveloppe
atmosphérique est également affecté par le développement des activités
humaines.
AI Dangers locaux
À la composition naturelle de
l'air s'ajoutent des concentrations variables d'éléments polluants: anhydride
sulfureux, oxyde d'azote, hydrocarbures, plomb, chlorofluorocarbones, méthane
et particules en suspension qui se déposent plus ou moins lentement selon leur
poids ou leur volume. Ces pollutions sont naturelles (éruption volcanique,
incendie de forêt, radioactivité naturelle et poussière des déserts) ou
provoquées par l'activité humaine.
Alors que nous pouvons
éventuellement traiter l'eau avant consommation, nous sommes obligés de
respirer l'air qui nous entoure, ce qui donne au problème de sa pollution une
dimension particulière.
.Smog et pluies acides
Le tenue de « pluies acides » fut inventé en 1853, pour
désigner des pluies tombant sur la région de Manchester. Ces pluies corrodaient
les métaux, décoloraient le linge sur les étendoirs et semblaient responsables
de la disparition de certains végétaux.
-La mesure de l'acidité.
L'acidité de la pluie se mesure à l'aide d'une échelle logarithmique qui va de
O à 14. On mesure un coefficient nommé "pH". Si le pH est inférieur à
7, il est acide; s'il est supérieur à 7, il est basique. L'acidité des
précipitations dépend de la concentration en cations d'hydrogène (H+). En
principe, les pluies devraient avoir un pH neutre de 7. Elles sont considérées
anormalement acides lorsque le pH descend au-des-
sous de 5,6.
C'est en Europe de l'Est que
l'on relève la plus forte acidité (pH moyen de 4,2). Une corrélation a pu être
établie entre l'acidité de la pluie et la concentration d'acides sulfurique et
nitrique dans l'air, eux-mêmes dus aux oxydes de soufre et d'azote (SO2 et No2)
lâchés dans l'atmosphère par combustion de fuel et de charbon. Les oxydes de
soufre sont aussi responsables des smogs, ces brouillards que l'on retrouve en
milieu urbain dans les climats tempérés et froids. Citons, enfin, toutes les
particules en suspension (plomb, amiante, etc.), qui affectent plus
particulièrement l'air des villes.
-Les conséquences économiques et
écologiques. L'air respiré par des millions de citadins partout dans le monde
est malsain, donnant naissance à ces pathologies de la fin du XXe siècle que
sont les irritations des yeux, de la gorge et des bronches, mais aussi les
décès prématurés des personnes âgées, des asthmatiques et des cardiaques. À
Athènes, le nombre de décès est six fois plus élevé que la moyenne les jours de
forte pollution. En 1952, on attribua au smog la mort de 4 000 personnes en
trois jours à Londres.
Les pluies acides, quant à
elles, semblent contribuer à la dégradation des forêts (5 millions d'hectares
touchés dans l'Union européenne), particulière- ment les conifères. L' acidité des lacs et des rivières augmente, la vie
aquatique est menacée. Les chiffres avancés sont alarmants: ainsi, au Canada,
d'après les auteurs canadiens G. Maurallde et Ch.
Pierre (La pollution, Economica, 1989), 150 000 lacs
ont déjà subi des dommages importants et 14000 sont acidifiés à tel point que
toute trace de vie a disparu.
-Les incertitudes scientifiques.
Comme souvent lorsqu'il s'agit de dommages affectant l'environnement, les
scientifiques peinent à établir des diagnostics définitifs. Selon des travaux
récents, les pluies acides ne seraient pas les seules responsables des dégâts
aux forêts, mais se conjugueraient à
l'effet direct qu'auraient
certains polluants (oxyde d'azote, ozone de la basse atmosphère et métaux
lourds) sur les feuilles et les aiguilles des arbres, ce qui amènerait bien
entendu à revoir certaines mesures de prévention. La baisse du niveau des
nappes phréatiques est également jugée responsable du dépérissement des forêts.
-L'inégalité face au coût de la
prévention. La plupart des pays industrialisés ont pris des mesures coûteuses
d'assainissement de l'air. Londres a presque réussi à éliminer son smog et,
depuis 1970, les États-Unis ont pu réduire leurs émissions de SO2 de 30 % et
celles des particules de 62 %.
Les problèmes majeurs de
pollution atmosphérique se posent à court terme dans les pays en développement.
En effet, la plupart des métropoles du tiers monde sont confrontées à une
explosion démographique incontrôlable. À Mexico, sept nouveau-nés sur dix ont
dans le sang une quantité de plomb supérieure aux normes de l'OMS. Il en est de
même à Sâo-Paulo, au Caire, à Calcutta, etc.
L'urbanisation croissante, dans ces pays, renforce évidemment le problème. Si
les conditions de vie sont en cours d'amélioration graduelle dans les pays
riches, plusieurs cités des pays pauvres connaissent une dégradation
persistante de la qualité de l'air.
.Dangers locaux et catastrophes
écologiques
Certains types d'événements aux
conséquences brutales et à caractère par- fois irréversible demandent un
traitement particulier dans la mesure où ils sont le fait d'accidents localisés
et, en principe, exceptionnels. La question qui est posée ici est celle de
l'arbitrage entre l'utilisation de certaines technologies et l'acceptation ou
le refus des risques qu'elles présentent en cas de dysfonctionnement.
-Les risques industriels. Deux
catastrophes industrielles ont particulièrement marqué la période récente. En
1984, à Bhopal, en Inde, la fuite d'un gaz toxique d'une usine américaine de
pesticides provoque 4 000 décès et des handicaps irréversibles chez environ 20
000 personnes. En 1986, en Ukraine, l'explosion d'un réacteur nucléaire de la centrale
de Tchernobyl libère un nuage radioactif qui cause une trentaine de décès et
contamine des millions d'hectares; 135 000 habitants ont dû être déplacés et le
nombre de personnes gravement irradiées n' est pas encore connu à ce jour.
Ces deux exemples sont
représentatifs de ces dangers localisés: manipulation de substances chimiques,
pollution thermique (les centrales nucléaires n'utilisent que 30 à 35% de leur
débit d'énergie, ce qui entraîne des modifications des microclimats) et
radioactivité. Nous pourrions y ajouter encore une dernière catégorie, celle
des « marées noires ».
-Des politiques de prévention.
Partout dans le monde, des sites concentrent certaines activités industrielles
ou nucléaires et présentent donc des risques de ce type. En Europe, une
directive dite directive « Seveso », du nom de la ville italienne dans laquelle
un accident chimique se produisit en
I.Bruits, odeurs et dégradation du cadre de vie J:! Même si ces
nuisances, à la différence des autres sources de pollution évoquées jusqu'ici,
ne sont pas à l'origine de déséquilibres écologiques, elles
i" entraînent néanmoins une nette détérioration du
cadre de vie des populations, urbaines comme rurales. A ce titre, elles
relèvent donc sans conteste
des politiques de l'environnement. -La santé affectée par le
bruit. Le bruit est systématiquement évoqué dans les ouvrages relatifs à la
pollution. Il aune influence directe sur le système nerveux végétatif, qui
dirige les fonctions automatiques de l'organisme. Il est aussi source de
lésions: perte de sensibilité auditive, modification du rythme cardiaque,
tension artérielle, etc. De plus, on ne s'y accoutume pas.
Le bruit est mesuré en décibels,
sur une échelle logarithmique allant de O à 160 Db.
Il est admis qu'au-delà de 45 Db, le bruit est
dérangeant. Or cette limite est constamment dépassée dans la vie quotidienne:
un moulin à café produit un bruit de 90 Db, un rasoir
électrique, de 75 Db; on considère qu'un lavè-vaisselle, à 50 Db, est
particulièrement silencieux; quant aux moyens de transport, ils oscillent entre
70 Db pour les automobiles les plus silencieuses et
130 Db pour les avions.
Des normes existent, et de
nombreux, travaux à caractère économique ont été publiés sur le bruit en raison
de son effet sur la productivité et les accidents du travail.
-Les odeurs: une gêne
quotidienne. La question des odeurs est moins présente dans la littérature.
Toutefois, elle est parfois évoquée lors de conflits locaux opposant une
population et un producteur industriel ou agricole.
Les odeurs présentent par
rapport au bruit deux différences notables: alors -qu'il ne peut s'accoutumer
au bruit, l'organisme s'habitue aux odeurs; par ailleurs, si le bruit se
mesure, les odeurs, elles, sont difficilement quanti- fiables. Le seul moyen
d'appréhender la nuisance semble être la révélation directe des opinions par
enquête auprès de la population. La ville de strasbourg
s'est ainsi distinguée en embauchant une équipe de « renifleurs » censés
repérer les odeurs anormales. Mais, paradoxalement, c'est en zone rurale que se
posent le plus souvent des problèmes d'odeur, à cause notamment des élevages
hors-sol de porcs ou de volailles ou des décharges sauvages.
BI Dangers globaux
Les phénomènes locaux de
pollution ont été quelque peu occultés, ces dernières années, par l'apparition
médiatisée de problèmes se distinguant par le fait qu'ils concernent l'ensemble
de l'humanité.
.Climats: vers un réchauffement
de la planète
Déjà décrit avec précision à la
fin des années
L' effet de serre serait provoqué par l' émission en trop fortes
quantités de certains gaz, lesquels absorbent anormalement les rayons
caloriques (infra- rouges) réémis par la planète chauffée par le soleil. En
clair, la transparence ne joue que dans un sens: le rayon solaire passe sans
être absorbé dans l'atmosphère; mais en retour, il est stoppé par le « toit »
atmosphérique.
-Quatre gaz en accusation. Les
gaz responsables de cet effet de serre seraient le dioxyde de carbone (CO2),
dit aussi gaz carbonique, pour 49 à 50 % ; les chlorofluorocarbones (CFC), pour
17 à 20 % ; le méthane (CH4), pour 12 à 18% ; l'oxyde nitreux (NO2), pour 5 à
10 %.
Ces gaz ont des origines
diverses: le CO2 provient essentiellement de la combustion des carburants
fossiles, les CFO viennent des aérosols, des solvants utilisés en électronique,
des chaînes de froid et de l' expansion de mousses
plastiques, le CH4 vient de la riziculture, de l'~levage intensif, de la
déforestation, du traitement du gaz naturel et le NO2 de l'usage des engrais
azotés en agriculture.
-Controverses scientifiques.
Pour de nombreux scientifiques, le risque de réchauffement de la planète
constitue un des problèmes majeurs des
années 1990. S'ils ont raison,
il faut insister sur l'aspect irréversible à moyen terme des changements de la
composition chimique de l'atmosphère et prendre d'urgence des mesures visant à
ralentir l'émission de ces gaz. Nous verrons que, sur le plan économique, les
modalités de calcul concernant le coût de la réduction de ces gaz sont
complexes.
Si la plupart des scientifiques
sont d'accord pour reconnaître l'augmentation de la teneur dans l'atmosphère
des éléments cités plus haut, il n'y a pas unanimité pour affirmer leur
responsabilité dans le réchauffement de la planète. Du fait de la complexité
des processus chimiques en jeu, certains auteurs restent circonspects,
rappelant que le premier gaz à effet de serre est la vapeur d'eau, dont la
concentration ne dépend pas de l'activité humaine.
Ces incertitudes scientifiques
contribuent à ralentir les processus de décision, ne serait-ce que dans une
optique de précaution. Sur un plan général, les conséquences d'une élévation
des températures moyennes seraient catastrophiques. Nous avons déjà cité la
montée du niveau des mers. Les conséquences sur l'agriculture seraient, elles
aussi, considérables, avec un déplacement des zones de culture vers les pôles
et la désertification de certaines régions. À terme, c'est bien entendu
l'équilibre alimentaire de la planète qui pourrait être menacé.
.L'affaiblissement de la couche
d'ozone
Les rayons ultraviolets du
soleil, en pénétrant dans la stratosphère, décomposent des molécules d'oxygène
constituées de deux atomes. Des molécules d'ozone -de trois atomes chacune -se
forment alors en « écran », lequel protège les organismes vivants présents sur
la terre d'un rayonnement ultra- violet trop intense. C' est
cet écran qui est appelé ordinairement « couche d'ozone ». Mais la
concentration d'ozone est très faible: 6 millionièmes de la concentration totale
de l'atmosphère; l'image de « couche » ou d' « écran » est ainsi un peu
déformatrice.
-Une découverte récente. Les
milieux scientifiques s'inquiètent depuis vingt ans des risques de pollution
par élimination de cet ozone de la haute atmosphère. Après avoir d'abord
soupçonné les avions supersoniques, ils ont identifié les responsables: les
chlorofluorocarbones (CFC). Un rapport publié en 1989 par l'Organisation
météorologique mondiale (OMM) mon- trait que la couche d'ozone a diminué
d'environ 1 % entre 1978 et 1988 et que la tendance actuelle est plus marquée
près des pôles. Enfin, un « trou » serait apparu au-dessus de l'Antarctique. Il
s'agirait en réalité d'une diminution de 40% de la teneur en ozone de la couche
Contservations concernant les gaz
carboniques, qui permettent de remonter loin dans le
temps grâce à l'analyse des glaces, les observations concernant l'ozone sont
récentes et il est impossible d'obtenir des analyses sur l'état de la couche
d'ozone avant ces observations. Les effets d'une diminution de la couche
d'ozone seraient les suivants: augmentation des cancers de la peau,
disparitions d'espèces et mutations génétiques, réchauffement de la
stratosphère pouvant modifier le climat. Les CFC ont fait l'objet d'un
protocole international signé à Montréal en 1984 par vingt - sept pays. Ce
protocole prévoit la réduction de 50 % de la production et de la consommation
de CFC d'ici 1999, pourcentage de réduction qui a été relevé unilatéralement
par les pays européens en 1989, afin de supprimer totalement l'utilisation des
CFC avant l'an 2000.
-Une découverte controversée. Là
encore, la controverse scientifique est assez virulente. Certains auteurs
contestent le tapage fait autour du trou d'ozone, affirmant que sa découverte
est bien plus ancienne et que les multinationales qui se partageaient la
fabrication des CFC ont opportunément saisi l'occasion de changer de
technologie alors que leur position sur le marché était menacée par de nouveaux
fabricants. Cette thèse est assez fréquemment reprise depuis que Du Pont de
Nemours, premier producteur de CFC, a soutenu le protocole de Montréal qui
visait à leur interdiction.
-Une politique de précaution. Le
protocole de Montréal a le mérite de montrer que la précaution peut servir de
base politique en situation d'incertitude scientifique: dans la mesure où des
substituts aux CFC existent, il vaut mieux, par prudence, les utiliser. Cette
position semble partagée par la plu- part des spécialistes qui, même s'ils
reconnaissent la difficulté d'une mise en évidence rapide des conséquences
d'une diminution de la couche d'ozone, pensent qu'il serait absurde de se
contenter d'attendre. Il faut sept à dix ans pour que le chlore émis sur la
terre atteigne la couche d'ozone : si l'on attendait une confirmation absolue
des hypothèses posées aujourd'hui, il serait alors peut-être trop tard. I
, III. LE SOL ET LE SOUS.SOL
Nous allons maintenant traiter
des ressources fournies par la terre en surface et en sous-sol, ainsi que des
milieux vivants qui y sont installés. Les sites aménagés, tels que les sols
cultivés et les gisements équipés, sont. considérés
comme des ressources « naturelles ». Les milieux vivants, hormis les ressources
aquatiques, sont intégrés volontairement dans cette section, même s'ils sont le
fait d'une chaîne composée des trois éléments eau-air-sol.
AI Les ressources minérales
.Les combustibles d'origine
fossile
Avec les combustibles d'origine
fossile, c'est le problème beaucoup plus général de l'énergie qui est en jeu.
Les combustibles fossiles proviennent des restes de milliards de
micro-organismes qui se sont transformés à cause de températures et de
pressions élevées. On .les dit non renouvelables à cause du temps qu'il a fallu
pour les constituer et non recyclables parce qu'on ne connaît pas de méthodes
permettant de récupérer leurs atomes une fois brûlés et transformés.
Leur relative facilité
d'utilisation, leur faible coût et leur caractère de biens stockables ont rendu
aisée leur mobilisation dans le grand mouvement d'industrialisation qui s'est
opéré à partir de la fin du xvlIf siècle, sous forme
de charbon pour commencer, ensuite sous forme de pétrole et de gaz-
.Pénuries: fantasme ou réalité ?
Allons-nous un jour manquer de
ces ressources ? On se souvient des prévisions très alarmistes faites par le
Club de Rome (Halte à la croissance ? , Fayard, 1972) à la suite du rapport
commandé à une équipe du Massachusetts lnstitute of Technology dirigée par le professeur Meadows.
Aujourd'hui, la plupart des auteurs prennent soin de relativiser les notions de
rareté absolue et de pénurie des ressources, mais peu nombreux sont ceux qui
considèrent encore ces ressources COl)1ffie illimitées.
-La distinction méthodologique
entre réserves et ressources. Le recul dont nous disposons aujourd'hui nous
amène, d'abord, à distinguer la notion de réserve de celle de ressource. Les
réserves sont des gisements répertoriés et exploitables avec les technologies
habituelles, les ressources comprennent, outre les réserves, les gisements dont
on peut raisonnablement supposer l'existence et pour lesquels l'évolution
technologique garantit à moyen terme les possibilités d'exploitation.
Le rapport Meadows
ne faisait pas clairement cette distinction et raisonnait pour chaque ressource
à partir d'un « indice statique d'années » représentant le nombre d'années à
l'issue desquelles les réserves connues seraient épuisées en supposant une
consommation constante.
-Estimations. Le rapport Meadows donnait un indice statique d'années de 2 300 pour
le charbon, 31 pour le pétrole et 38 pour le gaz naturel.
P.-H. Bourrelier et R. Dietrich
(1989) distinguent, eux, les réserves et les ressources: pour le charbon,
l'indice des réserves serait de 180 ans et l'indice des ressources de 1 800;
pour le pétrole, l'indice des réserves serait de
.La recherche de substituts au
pétrole
Les prévisions faites jusqu'à
l'horizon 2005 donnent encore le pétrole comme principale ressource énergétique:
39 % de l'approvisionnement mondial, contre 14% pour le gaz et 4 à 5% seulement
pour le charbon.
Sans être alarmiste, il faut
donc raisonnablement s'attendre à devoir changer profondément de sources
d'énergie au cours du prochain siècle. Concernant les énergies de remplacement,
de nombreux auteurs ont étudié différentes pistes: nucléaire (fission et
fusion), géothermie, biomasse, biocombustibles, biocarburants, énergie solaire
et éolienne. Des progrès dans tous ces domaines dépendra
probablement l'approvisionnement énergétique des prochaines générations. Mais
l'accent reste encore souvent mis sur les économies d'énergie, qui sont selon plusieurs auteurs le principal « gisement ».
.Les minerais
-Le problème majeur: les coûts.
Comme les combustibles, les mine- rais sont non
renouvelables. Ils sont, en revanche, recyclables après avoir été transformés.
Selon le principe que « rien ne se perd, rien ne se crée... », la quantité de métal reste constante sur la planète. Le
problème qui se pose est donc celui des coûts de récupération. Les atomes de
tout combustible ou de tout minerai sont forcément quelque part, mais leur
concentration produit de la pollution et les systèmes écologiques 'naturels ne
peuvent les absorber.
En termes de réserves, les
indices statiques d'années s'échelonnaient, selon le rapport Meadows, de 11 ans pour l'or à 420 ans pour le chrome. Ces
prévisions semblaient, là encore, pessimistes dans la plupart des cas (sauf
pour le fer et le nickel). Les réserves ne constituent qu'une fraction des
ressources accessibles aux coûts actuels ou peu supérieurs. Il n'y aurait donc
pas à craindre d'épuisement rapide. Certains constituants majeurs de la
croûte terrestre (fer, aluminium, etc.) peuvent être considérés
comme infini mais il faut s' attendre à des augmentations des coûts
d'extraction d'exploitation. Les découvertes significatives de nouveaux
gisements bonne qualité devraient être, en revanche, de plus en plus rares.
-Les orientations de la
recherche: substitution et recyclage. COIDI pour les combustibles, certains
chercheurs s'intéressent de près aux possibilités de substitution. On a, par
exemple, remplacé le cuivre par de l'aluminium dans les fils conducteurs
d'électricité et on attend beaucoup des « nouveaux matériaux » : fibres de carbone,
céramiques et polymères, qui exige des composants de base d'une grande pureté
mais à faible dose.
Le recyclage, quant à lui,
représentera de plus en plus une réponse double problème de l'élimination des
déchets et de la raréfaction relative certaines ressources. Le taux de
recyclage est, en France, de 27% pour l'al minium, de 45 % pour l'acier et de
80 % pour le platine.. La sidérurgie absorbe une part
de sa production après utilisation (cuivre, zinc, plomb, nickel, étain et
aluminium) : elle consomme chaque année 900000 des 16 milions
de tonnes de déchets métalliques produits.
Toutefois, les évolutions
techniques ne simplifient pas le recyclage dans mesure où les produits
comprennent de plus en plus fréquemment c mélanges de matières (matériaux
composites, alliages complexes). Aussi l'accroissement du recyclage est soit
corrélé à une augmentation du prix c ressources, soit le fait d'une décision
administrative.
BI Les ressources renouvelables
.Les terres cultivables
Pour les agronomes, la qualité des
sols peut être appréciée au travers de deux caractéristiques: la fertilité et
la durabilité.
-La question de la fertilité est
complexe. Grâce aux moyens technologiques existants, on sait produire sans
'Sol, sur des substrats inertes et stéri1 Parallèlement, on sait que les
pratiques agricoles intensives appauvrissent qualités naturelles du sol et
modifient sa structure. C' est le cas, par exemple
lorsqu'on ne rend pas suffisamment de matière organique par rapport à qui a été
prélevé. Ces insuffisances sont corrigées par des transferts de fertillité comme les engrais chimiques, mais leur
utilisation massive peut modifier l' équilibre
chimique des sols. Dès lors, la fertilité ne se raisonne plus
comme donnée a priori mais relativement à un système de culture
donné et en fonction de ce que l'on veut produire.
Il va de soi que ce constat ne
doit pas servir de justificatif à n'importe quelle pratique culturale. La
correction d'une dégradation du milieu peut se révéler soit trop coûteuse, soit
impossible du fait d'une irréversibilité. De surcroît, l'interdépendance est
forte entre le sol, l'air et l'eau. Ainsi, une altération de la porosité du sol
modifie le cycle de l'eau et la perte de matière organique contribue à enrichir
l'atmosphère en CO2. Enfin, le recours à la chimie entraîne une perte de
qualité des aliments et peut s'avérer nuisible pour la santé, même si
l'industrie a sensiblement amélioré la qualité des pro- duits proposés.
L'exportation des pratiques
culturales intensives sur des sols fragiles peut donc se révéler
catastrophique. Il semble par exemple que l'abandon forcé d'une partie de la
surface agricole sur le pourtour du bassin méditerranéen puisse s'expliquer par
une surexploitation ancienne.
-Le problème de la durabilité
est un peu différent. Le sol se constitue à partir de la roche mère, il se
régénère et se rajeunit en permanence. Les pratiques culturales contemporaines,
l'absence de couverture végétale à certaines périodes de l'année, la diminution
de la teneur en matière organique, la monoculture et, bien entendu, la
déforestation font que l'érosion va plus vite que la
reconstitution du sol. Chaque année, c'est O, 7 % du capital sol qui
disparaîtrait ainsi. Une carte élaborée par l'Organisation des Nations unies
pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) montre d'ailleurs qu'une partie du
Brésil, de l'Argentine, de la côte ouest des États-Unis, les parties
équatoriale et sud de l'Afrique, ainsi que l'Australie et l'ensemble du
Moyen-Orient sont menacés de désertification. Chaque année, 200 000 krn2 sont
transformés en désert. Notons, enfin, que de nombreuses incertitudes
scientifiques demeurent sur les mécanismes de l'érosion, ce qui a pour
conséquence que les solutions évoquées pour l'enrayer procèdent encore du
tâtonnement.
Par ailleurs, le potentiel
d'expansion rentable des surfaces cultivées est limité. La surface céréalière
par habitant est passée de
.Les forêts
Les forêts sont à la fois productrices
de ressources spécifiques, dont la principale est le bois, et support de vie
par le maintien des écosystèmes, la protection contre l'érosion et la
régularisation du cycle de l'eau. Le rôle souvent attribué aux forêts
concernant la production d'oxygène semble en revanche habituellement surestimé.
La forêt consomme, par respiration et décomposition des matières organiques
mortes, autant d'oxygène qu'elle en produit. Occupant le sol, les forêts sont
en concurrence avec l'agriculture et constituent une réserve à défricher. La
plupart des plaines céréalières de l'Europe ont été prises sur la forêt.
D'après le rapport Brundtland
(Commission mondiale sur l'environne- ment et le développement [CMED], 1989),
on détruit près de Il millions d'hectares de forêts tous les ans. Le Brésil a
déjà détruit 8 % de sa surface forestière et, en Afrique, 0,6 % des formations
forestières disparaissent chaque année. La principale cause de déboisement est
la pauvreté. En Afrique, les méthodes traditionnelles de culture (brûlage,
culture, jachère), cumulées à l'accroissement démographique, entraînent les
agriculteurs dans un cercle vicieux: réduction du temps de repos, perte de
productivité, accroissement des surfaces cultivées. De plus, plusieurs pays
vendent leur bois à un rythme trop rapide pour le maintien ou la reproduction
de la ressource.
Même si l'image de la forêt «
poumon de la planète » est à relativiser, sa disparition progressive, dans
plusieurs régions du globe, présente un certain nombre de risques. La forêt constitue
la plus grande banque génétique de la planète. De plus, sa surexploitation
détruit l'équilibre des sols qui s'érodent et peuvent devenir stériles. Les
climats risquent de s'en trouver modifiés (sécheresse) et des catastrophes «
naturelles » peuvent se produire. En 1988, les deux tiers du Bangladesh se sont
retrouvés inondés, inondation attribuée au déboisement opéré sur les bassins
versants du massif himalayen. Enfin, la déforestation constitue une diminution
du stock de carbone terrestre: le tiers de l'augmentation de la teneur en
carbone de l'atmosphère est imputable à la déforestation.
.Le capital génétique
La protection de la biodiversité
a fait l'objet d'une convention lors de la conférence de Rio. Cette convention
fait suite à une charte signée par l'ONU, en 1982, et au rapport Brundtland qui
en faisait une priorité.
Il existerait entre 10 et 50
millions d'espèces animales et végétales, dont 1,4 millions ont été
identifiées. C'est principalement pour les insectes, les
algues, les champignons et les micro-organismes que nos
connaissances sont les plus limitées.
-L'indispensable diversité. En
termes de ressources, cette diversité constitue la base du monde vivant. L 'homme utilise le matériel génétique de deux façons: par
croisement et sélection, afin d'augmenter les rendements, et par manipulation
génétique, afin de créer des variétés nouvelles. Dans les deux cas, ce travail
se fait en puisant dans le stock des variétés naturelles.
Or, pour certaines espèces, la
diversité génétique devient étroite. Le maïs et le riz n'existent plus que dans
quelques variétés représentant une petite partie de ce qu'on trouvait encore au
début du siècle. La grande diversité des forêts tropicales est menacée par la
déforestation. Les espèces vivant dans les milieux arides, très utiles à cause
de leur adaptation à des conditions extrêmes, sont mises en danger par
l'extension des pâturages. Les coraux, dont on suppose qu'ils représentent un demi-million d'espèces, s'épuisent également à un rythme
très rapide.
En remontant un peu dans notre
histoire, on trouve des exemples de catastrophes qui auraient pu être évitées
grâce à une plus grande variabilité génétique. En Irlande, en 1846, le mildiou
décime les récoltes de pommes de terre; une seule variété de pommes de terre,
spécialement sensible à ce champignon, étant cultivée, s'ensuit une famine sans
précédent, entraînant la mort ou l'émigration de plus d'un million de
personnes. Entre 1860 et 1865, en France, un million et demi d'hectares de
vigne (soit plus de la moitié du vignoble français) sont détruits par le
phylloxéra; c'est le changement variétal qui permettra d'enrayer l'épidémie. En
1960, un champignon appelé Helminthos décime les
champs de maïs aux États-Unis ; là encore, il se trouve que la variété la plus
utilisée était aussi la plus sensible à ce parasite.
En dehors des catastrophes
ponctuelles comme celles décrites ici, l'espèce humaine en général pourrait
être menacée par la diminution de la biodiversité. En effet, l'homme est apparu
sur la terre à un moment où la diversité génétique était maximale. Cette
diversité diminuant à un rythme important, de nombreux auteurs considèrent
cette diminution comme un désastre, même si les connaissances actuelles ne
permettent pas d'évaluer précisément les conséquences réelles à court et moyen
terme.
-La protection de la
biodiversité. La protection de la biodiversité pose des problèmes particuliers
en termes de droit.
l'appropriation privée de certaines ressources génétiques en délivrant,
en 1980, un brevet sur des souches de micro-organismes. Or certains auteurs
considèrent que ces pratiques contribuent à abaisser la diversité génétique.
Nous verrons les éléments de ce débat dans le chapitre 6.
.Déchets: la pléthore
Pendant longtemps, la question
des déchets est restée secondaire. Aujourd'hui, leur quantité pose des
problèmes et leur retraitement devient priori- taire. Nous avons déjà abordé la
question de la récupération des métaux, mais nous n'avons pas encore évoqué les
problèmes locaux engendrés par la conservation ou le traitement de certains
déchets toxiques (p~ lesquels les déchets nucléaires), ainsi que la destruction
ou le retraitement des déchets ménagers, qui se chiffrent en millions de
tonnes. Une ville comme New York doit évacuer chaque jour 25 000 tonnes d'ordures
ménagères.
-Des outputs indésirables, Tous
les produits finis sont voués à devenir, à plus ou moins long terme, des
déchets. On peut les classer en trois catégories: les déchets industriels, les
déchets ménagers et les déchets organiques.
Leur élimination pose de
nombreux problèmes techniques. En dehors des mesures prises en amont afin de
réduire leur volume, on peut, selon le type de déchets, les valoriser (comme
par exemple les scories de la sidérurgie qui deviennent des engrais agricoles),
les recycler (c'est le cas du verre et du papier), les traiter (le plus souvent
par incinération après désintoxication, avec possibilité d'avoir, ici, une
source d'énergie potentielle) ou encore les enfouir (voire les immerger, comme
cela est pratiqué dans la plupart des décharges publiques ou pour certains
déchets hautement toxiques qui sont enfouis dans des containers imperméables).
-Retraiter: des investissements
nécessaires. Le traitement des différents produits dépend évidemment de leur
nature. Le recyclage, sur lequel reposent beaucoup d'espoirs, ne concerne
encore que 2 à 3 % de la totalité des déchets. La biodégradation naturelle peut
être utilisée pour les déchets organiques, voire pour certains plastiques.
L'enfouissement peut servir à reboucher les trous creusés par l'homme (mines),
voire à construire des collines artificielles comme cela s'est fait en
Virginie.
Face à ces propositions
pratiques, quelques problèmes sont souvent évoqués : le volume des déchets
urbains, souvent supérieur aux capacités de retraitement; la longévité de la
toxicité de certains déchets, notamment nucléaires, et l'absence de débat
public à ce propos; l'exportation de déchets
en direction de certains pays du
tiers monde qui sont prêts, du fait de leur grande pauvreté, à accepter sur
leur territoire des activités industrielles dangereuses ou des décharges de
produits hautement toxiques pour des « prix » nettement inférieurs à ceux
pratiqués dans les pays industrialisés.
Au terme de ce premier chapitre,
ce qui apparaît à l'évidence, c'est l'inter- dépendance et l'enchaînement des
phénomènes liés aux ressources et aux atteintes à l'environnement. Une
pollution locale peut avoir des conséquences sur des écosystèmes éloignés.
Ainsi, le plomb dégagé par les pots d'échappement se retrouve dans les glaces
de l'Antarctique. La combustion de fuel acidifie les pluies, lesquelles font
mourir les forêts, ce qui provoque de l'érosion et entraîne la baisse des
rendements agricoles. Des exemples de ce type sont nombreux et le tableau peut
sembler bien sombre.
Il revient à l'homme de
maîtriser ses activités afin qu'elles ne mettent pas en danger sa propre
survie. Tout semble lié: l'incertitude fondamentale qui commande le monde
naturel, les risques de rupture des équilibres écologiques par accumulation de
charges au-delà d'un certain seuil, la raréfaction de certaines ressources,
l'ambivalence de la relation marchés-exploitation
patrimoniale des ressources collectives, la contradiction entre mondialisation
de l'économie et accroissement des inégalités et, enfin, la perte de contact
culturel entre les sociétés modernes et le milieu naturel. L'objectif de la
suite de ce travail sera de présenter les analyses économiques et les solutions
que préconisent les économistes face à ces questions.