Extraits de l'avant-propos à ANTHOLOGIE DE LA
POESIE CHINOISE CLASSIQUE, PAR MAURICE COYAUD
(...) Nous nous sommes proposé comme buts principaux de permettre au lecteur cultivé d'obtenir une
vue non extérieure de la poésie chinoise (ceci grâce aux textes transcrits), et de faciliter aux débutants
la tâche.
Le problème de la réception de la poésie chinoise par un lecteur français non sinologue en sera-t-il
résolu pour autant ? La gageure à laquelle Yves Hervouet semble avoir voulu répondre récemment a-
t-elle été gagnée? Il nous faut pour cela citer un peu longuement l'opinion de cet excellent traducteur :
Il me semble qu'un poème chinois, pour être vraiment compris, a besoin d'être expliqué longue-
ment. D'être expliqué d'abord dans son cadre culturel et historique : l'époque où il a été écrit, dans
la mesure où certains mots ne se comprennent que dans un contexte déterminé et en relation avec
l'expérience personnelle du poète ; le genre littéraire et les nombreuses allusions historiques ou
littéraires qui sont la caractéristique de cette poésie savante et qui ne peuvent pas ne pas être situées
ou éclairées.
Il est évident que le lecteur, qui pour "comprendre vraiment" un poème chinois traduit, a été contraint
de lire plusieurs pages de notes explicatives, devient peu ou prou sinologue. Autrement dit, selon cette
opinion, la poésie chinoise traduite n'aurait pas espoir d'être comprise dans sa vérité par un quidam,
lecteur "lambda" naïf, sans arrière-plan culturel chinois. Pour ma part, je pense effectivement que le lec-
teur extérieur à la culture chinoise doit faire un pas (et même plusieurs pas) en direction de cette culture,
et vers le déchiffrement de l'écriture pour commencer, s'il désire appréhender un peu du plaisir que cette
poésie peut procurer.
La poésie chinoise ne comporte ni épopées (comme en japonais le Heikemonogatari ) ni poèmes
microscopiques (comme les haiku japonais de dix-sept syllabes). Parmi les plus longs poèmes chinois
classiques, on peut lire le Lisao (373 vers) ; parmi les plus courts, les jue, quatrains de cinq syllabes
(soit trois syllabes de moins que le haiku ). Le modèle de la poésie chinoise classique (de la dynastie
Tang),ce sont les vers de cinq ou de sept syllabes. Cela fait court en chinois. Mais en traduction, cela fait
long.Certains traducteurs s'efforcent de traduire en Français les pentasyllabes chinois par des décasyllabes
français,les heptasyllabes chinois par des alexandrins. Dans ce dernier cas, ils sont le plus souvent
obligés d'aller au-delà de quatorze pieds en Français, soit plus du double du nombre de syllabes chinois.
(...)
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Je remercie bien vivement les éditions des " Belles Lettres " qui m'ont autorisée à reproduire des
extraits des livres de Maurice Coyaud ( " Anthologie de la poésie chinoise classique " et " Tanka
Haiku Renga " ) .
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