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2008
" Fièvre et Chant des couleurs "
Article de JP Gavard-Perret sur Silvaine Arabo (en fin de page)
. SILVAINE ARABO
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Bio-bibliographie ci-dessous (après les huit poèmes)
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De Poésie à Peinture...
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Vitrail (Silvaine Arabo, dessin ordinateur)
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Huit poèmes extraits de REGARDS CORPUSCULAIRES,
Editions de La Bartavelle, 1998
Collection Modernités
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Chant I
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Un délire d'oiseaux court au sommet des arbres. Fièvres.
Des feuilles s'envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d'instinct
casse toute prétention à de sobres et ternes raisons.
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Clochers pâles tordent leur architecture d'eau et de sable vers la pure
sonorité des orgues, ces cloches encordées.
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Un histrion d'autrefois dort très haut dans la mémoire. Des averses de
colombes inondent les terrasses : ce sont vagues, vastes encolures
caressant l'horizon des soirs.
..
Le poète - déjà - voit doubler ses métaphores. Les enfants de la mer. On
réinvente caps et promontoires. L'ancestrale psalmodie devient réalité.
Estuaires et prophéties débouchent sur le Vide, la grande solitude, les eaux
premières, l'Anonyme, Pan,
..
L'Universel.
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Des bras se tendent, des deltas innombrables coupés de bancs de sable
dont le grain est pure conscience. On rêve à des forêts là -bas, dans
l'immensité des toundras. On caresse en image des chapes bleues où pleut
la neige. On avance à petits pas. On sème dans le silence et la ténèbre. On
a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte la vie et qui germera.
..
On monte des chevaux immenses, aux longs naseaux d'écume, on effleure
des encolures de haute lice.
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Des fleurs d'asile couvrent l'immensité des patios. Cours intérieures
épargnent tissus mobiles et tremblants des larmes qui s'apprêtent. On ne
veut rien. On veut tout. On est l'oiseau qui passe, le cri des bateaux qui
s'apprête - son imminence dans la brume -, la console du destin sous des
rejets d'ombre, la voussure compliquée du Maître d'Oeuvre.
..
On est ce mica brûlant sous le sol des déserts,
..
On est tout. On n'est rien.
..
On a marché dans les vergers, longuement : c'était l'enfance, ses vérités
plus vraies, sa cohorte de flaques et de bois neigeux.
On a marché, oublié... L'adulte : ses cohortes d'illusions, de certitudes.
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Une à une tombent les briques, sans bruit. (Elles n'avaient pas de
consistance).
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Préserver sa vulnérabilité face au monde. Désencombrer les écorces. Rire
à nouveau. Prendre des coups.
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Rire à nouveau. Ne plus prendre de coups.
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Savoir que l'on n'est rien. Que l'on est tout.
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Les hauts toits de la mer dissolvent les carcasses dures de l'appris,
étranglent les obus, jugulent toute main péremptoire.
Des isthmes se rejoignent, des ponts surgissent. Autre conscience : autres
repères dans le Sans-Repère. Du silence sous-jacent naissent tous bruits,
craquelures et autres chuintements. Ce sont les enfants d'autres
rendez-vous :
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Les enfants de la mer
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Les enfants de la mer
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LES ENFANTS DE LA MER !
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Sous - jacence
...
Tiges et nervures se dressent pour balbutier les lettres d'un alphabet
souterrain. Tiges et nervures et désir
Parce que seul le désir consent,
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même s'il répète ses rivières d'ombre.
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J'en appelle à la Stèle - autre métaphore sous les colonnes des portiques -,
à ce chemin d'artères d'où jaillit la mer, à ces voussures multiples sous la
parole.
J'en appelle aux sous-jacences qui se savent et se répercutent
J'en appelle à ce surgissement, cette turgescence dans l'air arrogant et
caillouteux.
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Les grandes coupes du sacrifice couleront comme oboles sur les marches
désaffectées des temples
Des prêtres s'agenouilleront
parmi les roses.
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Un amenuisement de paupières cerne mal les contours ennoblis des vols
d'oiseaux migrateurs
Il semble qu'il n'y ait survie dans ces déserts de givre : pics, croches,
accords, structures ouvertes où glissent des bateaux, le long des pins, vers
l'embouchure et sa drague de lacis,
là où les pêcheurs tendent leurs filets, dans l'espoir de quelque prise
indicible et bondissante.
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Quel ultime veilleur dans la nuit des hunes saluera le coq, glissant parmi
nos étraves ?
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Nous mêlons aux couleurs fondamentales notre infinie palette : corps et
coeurs y caracolent, s'y entrechoquent,
Forçats des destins, forçures d'oiseaux !
D'ambre, de miel est notre renoncement.
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Nos plaines furent oxymores, soudoiement cru de lumière, et le visage qui
rayonne aujourd'hui rappelle ces éternités d'enfances où les petits chemins
forés ne menaient nulle part, c'est -à - dire de l'Instant à l'Instant.
Un sous la croûte des désirs : un pour dire que nous aspirons, que le désir
n'est que l'espace de l'Un à l'Un, n'est que cet espace de jouissance à
Soi-Même accordé pour multiplier la jouissance.
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Forêts de givre, en flaques de lumière, m'ont converti toute absence.
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Je surseois à ma nuit comme d'autres, au milieu d'insomnies, s'inventent
l'écorce protectrice du sommeil
Je rejoins vos cohérences d'images, vos voiles sous le soleil, vos
jaillissements de graviers, vos baies ensablées.
Je rejoins tout méandre qui mène à vous par le plus court chemin :
j'absorbe tout paradoxe, toute évidence tue, tout sanglot sur les oreillers
de l'amertume.
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Car, fécondés de gouttes, projetés vers d'invincibles destins, nous
gravissons notre ruche, immobiles, pèlerins des hauts-fonds, funambules
d'autres toits, plantés d'ivresses belles et de couteaux ravageurs.
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O vertige du peu par où nos pores ont glissé, exsudant cette neige où le
Verbe enfin rejoint toute chair
la recrée Oiseau ;
où des piaillements de nuit s'esquivent le long des couloirs de la mort,
vermines harcelées de hauts fouillis, de grains mats et silencieux, de
boréalités cachées, d'invisibles tours de guets,
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Comme des ailes dans l'air abandonné du matin.
...
*****
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Déserts
....
Poudroiement au loin des déserts.
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D'invisibles élytres verbalisent toute absence. Nuits sans
fin. Mirages . Des chalands d' impuissance font vibrer
toute colombe dans l'air blanc du matin.
Air et colombes se confondent.
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Des harangues traversent , envoûtent les caravanes
passagères. Une oasis au loin, affleurant ses neiges, mesure
en lames de feu tout grain éclaté, toute gestation qui se
lèverait chant.
La conscience bouge, s'étale en grappes. Des mirages pour
l'assoiffé, des revendications d'insectes sous la trame pâle
des minéralités.
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Une verdeur passagère a clamé tous les possibles.
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Seul au milieu de lui le bédouin. Savoure encore, parmi
silence et épaisseur des burnous, les racines fraîches des
strates.
Immobiles, incontournables : sables et micas. Tous grains
qui implosent vers le feu de l'étoile.
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La marche est mesure, geste juste, abandon à l'instant.
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Des dunes cognent contre des vents. On rêve d'icebergs.
On rêve blanc. On imagine des salines à l'infini.
D'obscurs fossiles font des dessins dont la trame est
labyrinthe ou voie - peut-être - vers le salut.
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Qui peut le dire?
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On lutte ici contre la mer, la mouvance, les vagues des
cristaux : d'imperceptibles regards, noyés sous des ciels de
lune blanche.
Signal de toute limite : la charogne. Incontournable érosion,
geyser plutonien, boule resserrée d'angoisse.
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Des grains d'énergie signalent.
On délire doucement, comme ce serait de se noyer.
On se reflète dans des puits immenses, imaginaires. Des
lignes de force aimantent une quête sans objet.
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Comptoirs d'oiseaux pointent vers le Nord.
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Gerçures et coups de falaises ont imprimé à toute matière
les sceaux tranchants de leurs rainures minuscules.
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Pour qui se trouve, c'est l'Anonyme, la densité du Sans-
Nom
l'identité suprême sous la scorie des croûtes régaliennes.
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*****
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Grand Nord
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Protubérances d'arbres germinent au milieu des tourbillons
et des villes.
Des flaques au loin, concassées de givre, marbrent toute
mémoire.
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Le chant se lève, libre des écorces poussives, de toute
profondeur confondue.
Des traîneaux courent coulent sur l'arête de temps
invisibles,
interminables.
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Un triangle d'oiseaux pointe vers le Sud.
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Des harcèlements de chiens hurlent dans la nuit. Une
tentative de rose décalque le givre d'aurores imaginaires.
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Boréales nudités exterminent l'idée même du blanc.
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Solitude. Sapins dans des toundras de légende. Sapins qui
ondulent comme la mer sous les vents ravageurs,
cachant leur bleu dans le milieu des noirceurs anonymes,
décharnées.
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Des igloos de sommeil ici et là consentent à ne pas laisser
mourir toute trace, tout dessin réprimé parmi des mains
figées.
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Lacis de brume ont glacé la croûte gelée d'une anonyme
toile.
Lacis de brume font contrepoids à des vacuités d'espace et
de silence.
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On rêve de caravanes, d'or blanc pointant ses sables, de
verdeurs supputées.
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Des tourments s'effilochent au gré des pas qui se
referment, niant tout passage
signe
empreinte.
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Des figements de rires craquellent encore la voûte des
cerveaux endormis. On sollicite l'image de grands geysers
tièdes et bienfaisants,
complices.
On se raidit dans l'Immobile, statues de sel pétrifiées avant
même d'avoir contemplé.
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D'immenses routes glaciaires ont changé le cours des
destins.
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Dans la neige pleuvent les fourrures, mimant toute mort.
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Une lyre subtile fait vibrer l'air du Septentrion.
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A qui ne se perd est consenti le Chemin..
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*****
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L'Oiseau
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Il déploie les grandes ailes de la Béatitude. Espace est son
parcours. A la fois Mercure, Sîmorg, oiseau ka. Navette
entre les couches d'une stratosphère nommée Conscience.
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Allégorie de plumes. Ebouriffement. Point géométrique des
grands circuits de l'air. Des voies maritimes de l'air.
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Perché sur l'arbre des morts, il contemple : témoin et
distance.
S'il s'envole c'est pour rejoindre un jour le soleil. Satellite.
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Parcourt d'infinies distances dont le centre est immobilité.
Sait utiliser les vents. A la nage sur les courants. Sait
mesurer l'infime et la brindille.
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Ne connaît ni le froid ni la faim. Circule, invisible, au milieu
des conversations oiseuses et des grandes marées qui font
l'amour à la lune.
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Il a le col vert - ou bleu - l'irisation de ce qui mute, de ce qui mue, de ce
qui se meut.
Il est Mouvement, cadran solaire d'un autre espace, d'un
autre temps.
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Il est le jumeau des vents antagonistes qui parcourent la
terre : redoutable est son bec.
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Se mire dans l'eau des Signes, toujours. Augure est son
vol. Pour qui sait pré-voir.
Densité. Légèreté.
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Une seule plume sur la balance de Maât a inversé tous les
destins. Justice et tragédie. Subtil gardien du seuil.
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Il clame à tous vents la Victoire de la Mère, arborant la
Roue, l'éternel va-et-vient de ce qui revient puis repart
et puis revient.
Oiseau d'Héra.
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Et Coq, parfois, donnant l'alerte et sauvant la Ville.
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Ce qui n'est pas palpable : ce duvet du peu qui s'incarne.
Du Rien. Du tout.
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Je t'ai entendu le soir, sur les terrasses blanches, quand la
mer renvoie tous ses Magnificats
Je t'ai reconnu au bas des vignes et sur ma fenêtre, dans le
minuit de l'autrefois,
quand l'être en allé revient
pour dire tout son amour
.
Qu'il était troublant ton Chant !
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Seul ici, sel de la terre, métaphore de l'enfance. D'une
Conscience autre .
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Visités de ta Grâce : les enfants, les poètes et les fous.
Ceux qui lâchent prise et s'en vont glanant les mots
vivants du génial Dramaturge.
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Harmonisation des chants. Suggestions d'ailes. Effleurant à
peine. Si fortes cependant !
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Tu nettoies les déserts, tu es ce chant du vent dans les
branches, ce peu qui murmure autour des volières du
Coeur . Rouge bigarré pour y faire croire.
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Tu es Souffle, grandes ailes du Chéroubim veillant sur les
Hespérides : épée tournoyante. Qui fait siffler les vents.
Transformant en feu la subtilité de l'air qui t'anime,
résorbant toute apparence des contraires.
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Et quand tu descends, quand tu meurs - O douleur - dans
l'agonie mélancolique de l'analogie, c'est pour mieux
renaître :
sublime cendre
centre du Feu et de l'Air,
.
Ether !
.
Impensable Ether - oiseau - parmi tous les phoenix du
renaître, avant l'ultime de la Vraie Vie.
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*****
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Le Mage
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Louvoyeur des hauts-fonds et des empires encastrés, il bat
les cartes pour de nouvelles mises en scène : des lavis
superbes, des fresques sur les murs des temples.
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Il psalmodie sans savoir, en toute intime Connaissance. Il
évide l'intérieur de la pierre pour en faire un calice.
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Il a mille doigts, dix oreilles, quatre pieds : il est l'hybride
sacré adossé aux murs du Palais près duquel il mendie :
..
veilleur de guet dans la nuit
héraut d'armes.
.
Il a le secret du chapeau et de ses colombes : du tracé de sa
plume, du modelage de ses doigts, elles prennent forme et
consistance. Il est le dispensateur de la substance.
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Il court le long des veines du temps, hermaphrodite,
hémophile. On le rencontre sur le bord des fleuves, au
centre des forêts, au bout des déserts, dans les replis de la
neige, sur la crête des vagues.
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Il est le décupleur des énergies, l'hématie bleue parmi
de rouges nénuphars. Il s'échappe du labyrinthe par le haut.
La verticale est son lieu. Il pourchasse la Présence.
Cavalier du verbe, de la pierre, de la nuance - c'est selon -,
il irrigue les chants de l'histoire, les rend à leur vocation
d'archétypes. Il est le Scribe : celui qui trace les lettres
pour en faire des oiseaux.
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Il est l'illuminé, le fou, le sage, la carte de Tarot avec
laquelle on ne transige pas. Il est sphère, bâton, deniers, le
premier, l'ultime voyageur, l'inspirateur des cycles, le
moteur des univers.
S'il arrive que sa voi(e)x se brise, des temples s'écroulent,
des hommes abandonnent le sens et s'entretuent.
Il sait qu'il a su, qu'il saura. Il fait confiance.
Il démêle les fils de la Trame, écrit le poème du monde,
surseoit à toute mort , implore tout pardon pour les vivants,
sacre le printemps et sa chaîne d'ozones.
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Il passe, inaperçu dans le milieu des villes meurtrières. Il
est sans âge, sans lieu. Il est le fil qui lie tous les destins,
l'Ariane providentielle.
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S'il arrive que l'on décrète sa mort, de silencieuses
malédictions s'abattent sur le monde , le cours des choses
bifurque : de minuscules lunules, des croûtes, des plaies,
des pestilences , des taches sur le soleil : l'heure des
lamentations.
.
.
Alors le Grand Esprit convoque un autre mage
tel qu'en Soi-Même identique
.
qui de nouveau se poste aux embouchures
cassant l'enlisement des bancs de sable
draguant les eaux putréfiées des marais
frayant la route aux estuaires et aux deltas :
A tout ce qui se jette dans la mer
.
la mer
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La Mer !
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*****.
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Ozone
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Une rose a bouclé tous les déserts.
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Des luminescences s'inclinent parmi les dos velus des démons : des
touffes d'ombre. Un sort jeté d'essences transperce les vieux guerriers.
Des piqûres d'abeilles craquellent les voûtes des cerveaux endormis,
minuscules fêlures dans la trame trop rationnelle de l'appris.
L'enfant joue au trapèze avec les arbres : les canaux de ses veines font des
dessins sur le sable, dansent une danse inconnue, sabrant miroirs et
parallélismes.
De vagues cerceaux se rappellent aux mémoires. Ils saluent la sphère
parfaite des cristaux moussus sous un soleil étranger.
.
Très loin, des remugles qui sentent le sauvage ont des remuements de
menthe, des aboiements au loin de chiens, des rivières de papyrus.
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Poussières de pollens vibrent dans l'air nu ; on attend des libellules de
vagues contre-plongées et que la minéralité respire pour dire sous la lune
ce long plain-chant du désir.
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Nostalgie de l'Unité Première, désir !
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Des canaux très loin se perdent dans la Voie Lactée, autre monde
minuscule pour d'étonnantes consciences, des replis de marsouins, des
plis soyeux d'icebergs, des mouches vibrantes, pleines d'yeux, des
compassions qui s'écoulent...
.
C'est alors que parmi tes branchages, dans tes cahutes d'ombre, tu t'es
dressé, Inconnu Immense, foudroyant les étapes lentes du devenir,
maltraitant les gares, aiguillonnant tous les trains de nuit qui vont sifflant,
serpents, dans l'antique déraison de la raison des hommes.
.
Nous étions brumes de nuit.
Nous étions biches foudroyées bramant dans l'espace
Fourvoyées
Nous étions ces cavaliers du ciel - démons et merveilles -, ces irruptions
d'images dans la nuit sans fin du souvenir
Nous étions toute parole bue, absorbée par les sables cuisants des déserts :
leurs rivages, leurs plis de bêtes calcinées, leurs grelottements nocturnes
sous des astres morts.
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Nous étions la fêlure, l'antique douleur sous des clignements d'iris et de
chants raréfiés.
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L'oxygène nous a manqué et cet ozone bienfaisant dont s'abreuve toute
jeunesse.
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.
Nous étions vieux, courbés, malades ; nous étions la poussière des villes,
le tohu-bohu immonde des lèpres qui courent invisibles sous la peau des
mains.
Nous étions ce visage qui se cache, ce drap qui se plisse, parmi les
verdeurs amères des citronniers et les tornades affichées,
.
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O clairons des exils !
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Des hamacs d'enfants se suspendent aux branches, des tourterelles
annonciatrices, des devins aux longs doigts de lin et de fibres étirées : des
antennes, dans cette antique nuit des gares, des stations de lumière
pointant vers l'Etoile, le centre immobile et bleu d'où tout jaillit et
rebondit.
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Tout est imminent, parmi les glaives et les batailles, jusqu'à ce chant
ébouriffé que reprennent d'infimes oiseaux - corpusculaires - parmi les
arpèges tranquilles de l'Instant.
.
*****
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Chant final
..
Ils se sont précipités dans la mer avec de grands cris d'oiseaux et des
paraboles de silences
.
Ils ont muselé les silex, parsemé d'ivresses les restes de mémoire pauvre,
fendu la mer de leurs nageoires inespérées.
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Ils ont fait l'inventaire des hivers, des déserts, des dépôts de sel dans les
grands marais. Ils ont ouvert les roseaux, dispersé les miasmes, camouflé
l'érosion des enfants dans leurs capes de forêts
.
O minéralité des sucs !
.
Ils se sont éveillés de sommeils si lourds, si épais, étonnés d'avoir revêtu
tant d'armures, tant de sangs étrangers, tant de beautés sombres sous la
lune.
.
Ils ont fendu la mer et la mer s'est ouverte, vibrante cosse, camomille
amère, Circé des déserts.
.
Ils ont ouvert des chemins dont la trame leur échappait et des toits de
lumière s'ouvraient, des toits de neige très haut, des architectures dans la
montagne
.
Ils ont levé le glaive une dernière fois, et les sillages de l'air en étaient tout
vibrants
.
Ils ont mené des marées d'hommes vers la conquête du soleil et leurs ailes
au loin faisaient comme des mouchoirs
faisaient pleurer sur les berges les riverains immobiles.
.
Ils ont assaisonné l'air marin de leurs cris barbares et mystiques,
désenvoûté les mannequins sombres, les griseries mécaniques : ils étaient
la cohorte, la colonne de lumière qui descend sur la terre, le soupçon des
âges, ce subtil envers du décor
.
que parcourent encore les mères, les orages, les crachats rouges des
volcans.
.
Ils étaient descendus très bas, dans des demeures de créatures sulfureuses
- o soufre douceâtre des glus -, dans des abîmes où le bourdonnement des
abeilles est étranger, parmi les membres dispersés et la torsion des
remords.
.
Ils avaient foré des puits, dans des profondeurs de nuit et parmi les
volubilis pâles du souvenir
.
Ils ont fendu la mer, conçu l'inconcevable, assimilé des chants d'artères
au bourdonnement bleu des grappes, le soir, dans des granges
désaffectées.
.
Ils ont essaimé, partout où des latences indécises bloquaient le givre des
saisons, partout où les couteaux brandis faisaient se lever le spectre des
révélations massacrées, partout où des glissements de terrains balançaient
la froide aura des théâtres antiques, menaçants, sous la croûte des
terrestres retours
.
Ils ont salué l'étrange, l'impalpable, le pulpeux, intronisé des galeries sans
fin, à ciel ouvert,
où des gains d'âmes et de corps se levaient, pétrifiés du réveil.
.
Ils ont inventé des musiques pour la pierre, pour l'eau, pour le feu.
.
Ils ont colonisé les derniers vestiges de la mort, des ruches blanches pour
compagnes.
.
Ils ont inventé des verbes inconnus, des bords de mer où des piquants de
crête s'abandonnaient
.
Ils ont soulevé la houppelande des grelots et des ombres, violenté cette
épaisseur des flaques où le sang caille, faute de mieux.
.
Ils ont chanté dans les hématies, bouleversé l'ordre des calendriers,
remodelé les jardins, croulé sous les avalanches, rayé comme un diamant
l'amertume des fruits.
.
Ils ont parcouru des distances annulées, souri à de vieux trémolos
d'orgueil, agonisants, harcelé d'âpres ruines.
.
Ils étaient sans âge, sans costume, sans voix : ils marchaient le long de la
dune au milieu du silence de la mer
.
et du roulis formidable de ses antiques marées.
.
Extraits de REGARDS CORPUSCULAIRES,
La Bartavelle-Editeur, 1998998
.
.
Bio-bibliographie de Silvaine Arabo |
....
Publications et expositions sous le nom de Silvaine Arabo.
Professeur de Lettres et chef d'établissement, Silvaine Ara-
bo se consacre aujourd'hui entièrement à l'écriture et à la
peinture.
....
Bibliographie
- "Des Crépuscules et des Colombes"(1967, J.F.P.F.)
- "Paris et Londres à travers les oeuvres de trois auteurs
"décadents" : Baudelaire, J.K.Huysmans et Oscar Wilde",
(essai, 1969).
- "Promontoires" (1974, Edit.CHAMBELLAND)
- "Temporalité des Miroirs" I (1991: PONT SOUS L'EAU/
CHAMBELLAND)
- "Temporalité des Miroirs" II (1991, Edit.CHAMBELLAND)
- "Spicules et Masques d'Ambroisie" (1993, CHAMBELLAND).
Illustration originale et inédite de Gustave Singier (reproduite
pour les 30 exemplaires de tête sur plaque de cuivre et à titre exclusif
pour la présente édition ).
- "Temps Réfléchi(s)" (1993, CLUB DES POETES).Illustrations
de claude Allix. Trois recueils : "Silences", "Aphorismes", "D'ici et
d'Ailleurs".
- "Les Adombrés" (1994, CHAMBELLAND). Exemplaires de tête
illustrés par Silvaine Arabo : 2 recueils: "Cycle du Baptiste" et
"La Magdaléenne"..
- "Arrêts sur Image" (1995, CLUB DES POETES ).Illustrations de
Silv. Arabo. Deux recueils : "Le Signe et la Trace" et "Rémanences
ogivales".
- Essai:"Poésie et Transcendance" (1995, CLUB DES POETES),
réédition chez Clapàs en 1996.
- "Alchimie du désir", (1997, LA BARTAVELLE-EDITEUR),
illustration S.Arabo.
- "Le Chagrin de Bérénice", (1997, Edit du G.R.I.L., Belgique).
- "Prière Muette" (1998, CLUB DES POETES).
- "Regards Corpusculaires" (1998, LA BARTAVELLE-EDITEUR),
illustration S.Arabo.
- "Sang d'âme" (1998, Edit. "Petit Cahier Poétique " n° 24
de la revue Europoésie : 15 poèmes en prose).
- "Les cris d'un si long silence" (1998, LES DITS DU PONT,
Avignon).
- "Le Fil et La Trame", réflexions et aphorismes (1999,
CLAPÀS).
_ ""Sang d'âme", édition intégrale : 37 poèmes en prose
(1999, Edit. EDITINTER).
- "Diamant de l'ardoise" (2001, Editions ENCRES VIVES,
toile de couverture de Caillaud d'Angers).
- "Ballade de Chef Joseph", édition bilingue, poèmes
traduits en espagnol par le poète Porfirio Mamani
Macedo (2002, Editions EDITINTER).
- "Lames et Vitraux I : Les matins clairs" (Editions
ENCRES VIVES, 2003). Textes illustrés par le peintre
Caillaud d'Angers.
- "Lames et Vitraux II : L'Or du soir" (Editions ENCRES
VIVES). Poèmes illustrés par Caillaud d'Angers.
- "Une guitare et deux silences"(Editions ENCRES VIVES,
2004). Illustré par le peintre Caillaud d'Angers.
- "Kaléidoscope de la mémoire" (Editions ENCRES VIVES,
2006). Avec une encre de Silvaine Arabo en couverture.
- "Epures" (2007, Editions ENCRES VIVES). Avec une encre
de Silvaine Arabo en couverture.
- "Palimpsestes de la Mémoire" (2007, Editions ENCRES VIVES).
Avec une encre de Silvaine Arabo en couverture.
Publications en Anthologies
-"Mille poètes un poème" (L'Arbre à Paroles , Belgique).
- "Soif de Mots" (Edit. du Brontosaure , tomes 1 et 2).
- "Ombres" (Expression Culturelle Editeur, Décembre 1998).
- "Lendemains" (Expression Culturelle Editeur, Décembre 1999).
- "L'Anthologie des deux siècles" (Ed.Les Dossiers d'Aquitaine,
1999).
- Anthologie d'Europoésie : "231 poètes d'Europoésie " (2000).
- "Devant le monde, le poète" (Editions Alzieu , Mars 2000).
- Parution dans quatre anthologies annuelles (Expression
Culturelle Editeur).
- Publications de Haï-Kaï dans l'anthologie québécoise d'André
Duhaime.
.
A préfacé un certain nombre d'ouvrages
Publications en revues
- Publications dans les revues françaises suivantes :
LES SAISONS DU POEME, VIVRE EN POESIE, FROISSART,TRACES ,
ARPA, FRICHES, EUROPOESIE, RESURRECTION, POESIE TERRESTRE ,
JALONS, POESIE PREMIERE, L'ARME DE L'ECRITURE , GLYPHES,
JOINTURE, PHRÉATIQUE, ETC.
- Publications dans des revues étrangères :
BELGIQUE : L'ARBRE A PAROLES, INEDIT NOUVEAU.
INDE : PPHOO (revue trilingue)
ROUMANIE : CRONICA
CANADA (QUEBEC) : ARCADE
.
.S.A. a animé des ateliers d'écriture
..
Création en l'an 2001 deSaraswati, revue sur support
papier de poésie, d'art et de réflexion.
..
Nombreuses publications sur l'Internet
Silvaine Arabo a créé en Mai 97 le site
" Poésie d'Hier et d'Aujourd'hui "
http://membres.lycos.fr/mirra/
- Ce site a fait l'objet d'une étude dans le cadre d'une thèse de
Doctorat de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (Université de la Sorbonne,
Paris), thèse soutenue par Madame Marie Lebert qui a interwievé Silvaine
Arabo et rapporté ses propos dans son travail universitaire.
Version actualisée et adaptée pour le Web de la thèse de Marie Lebert
("De l'imprimé à l'Internet"). Une version papier a également été tirée.
- Il a également fait l'objet d'articles dans différents
journaux et périodiques, parmi lesquels La Quinzaine Littéraire,
Sud-Ouest, Lire... et a été sélectionné par Interneto ("Le
meilleur du Net") ainsi que par le journal L'Officiel du Net
de mai 1999 qui lui a attribué quatre étoiles.
- Il a été répertorié par la Bibliothèque Nationale.
.
Création en Mars 2007 du site
"Animaux...les longs calvaires"
.
Quelques avis sur la poésie de S.A.
Jean Rousselot, poète de L'Ecole de Rochefort, évoque la
poésie de Silvaine Arabo "...dont le Souffle, écrit-il,transcende
les mots, les idées et les choses d'ici"(Jean Rousselot,1995, à
propos de "Arrêts sur Image") .
....°°°°°
"Silvaine Arabo nous ouvre les portes d'un autre niveau de réalité :
l'interface entre le langage et le silence, le plein et le vide, l'univers
sensible des formes et le sans-forme qui les génère... Ses émotions
font feu de tout bois dans des images inspirées de l'enfance (Ses
vérités plus vraies, sa cohorte de flaques et de bois neigeux)
voire des hauteurs et des abysses de Maldoror avec "la nuit des hunes "
et les "pèlerins des hauts-fonds ".
Michel Camus , Préface à "Regards Corpusculaires"..
°°°°°..
"Silvaine Arabo est assurément l'une des plus belles et hautes voix de
la poésie actuelle."
Jean-Pierre Rosnay ,créateur et animateur du Club des Poètes,
Paris : Préface au recueil "Temps Réfléchi(s)".
°°°°°
"On pense à du Saint-John Perse révisé par Jean Grosjean...Rares
sont les poètes contemporains qui font preuve d'un souffle aussi
porteur que celui de Silvaine Arabo."
Jean-Marcel Lefebvre, revue "Résurrection"
.
... Peinture et dessin
Silvaine Arabo a exposé :
- A PARIS
/ Club des Poètes (1993)
/ Chez Guy Chambelland (1994)
/ Galerie (Marais), février 2000 et février/mars 2002
/ Galerie (Marais), septembre 2000 et février à juillet 2002
/ Orangerie du Sénat, été 2001, exposition franco-japonaise
(au cours de laquelle Silvaine Arabo a obtenu un "Prix d'Honneur")
/ Galerie (Marais), février 2008 et juin 2008
- EN CHINE (PEKIN)
Exposition Internationale : du 11 au 15 Août 2000
- AU JAPON
Exposition franco-japonaise à Tokyo et Okinawa
(du 22 novembre au 7 décembre 2008)
- EN PROVINCE
/ A TALMONT (PRÈS ROYAN) : étés 1994 et 1995
/ A COGNAC (1994 et 2005, Espace du Prieuré)
/ A SAINT-JEAN D'ANGÉLY (1995, Abbaye Royale)
/ A SAINTES (SMAM 1995)
/ A ROYAN, Palais des Congrès (Lauréate du Salon
d'Automne 1995, avec une de ses huiles sur toiles).
/ PRÈS BLOIS (CHOUZY/CISSE), exposition collective
européenne, été 2000
/ PRÈS BLOIS (CHOUZY/CISSE), exposition collective
européenne, été 2003
/ AUBIGNY/S/NÉRÉ (SOLOGNE), exposition collective
européenne, été 2000, Galerie François 1er
(2004)..
Divers
- Illustration (10 toiles + couverture) d'un ouvrage poétique :
"Lumières", réalisé on-line et sur papier, en Juillet 2000, par
les Editions 00h00.com, en partenariat avec le site
Ecrits...Vains ?
- Illustrations d'ouvrages poétiques (Antoine Ristori, J.Canut,
le poète péruvien Porfirio Macedo pour Editinter, le poète
grec Théo Crassas, etc...).
- S.A. a illustré de ses encres les couvertures de très nombreux
ouvrages de la Collection Encres Blanches (Editions Encres
Vives).
- Dessins au fusain et à la plume.
- Dessins ordinateur
- Enluminures
- Collages.
.....
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..
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Quelques poèmes... |
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....
Des abeilles qui font leur miel.J'entends le bourdonnement blanc - à d'autres
imperceptible - de toutes ces séquences et de leurs alternances : rumeurs sub-
tiles,si réelles,avec leurs crevasses,leurs gerçures,la finesse de leurs tracés.
.
Le monde n'est qu'une immense ruche où s'opèrent les mystérieux transferts
que veille, inlassable,infiniment plus haut que sa cathédrale,
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L'Ange du Sourire.
.
Les apparences sont écorces qu'il faut briser,test fondamental,lions imaginai-
res.
Il y faut ce courage de l'affrontement : alors s'effritent les façades,comme un
gâteau que l'on émiette.
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Et Tu m'es révélé par-delà toute douleur,
ou à cause d'elle.
.
Alors je sais combien je t'aime
.
Et tu me re-connais.
...
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...
Attends la préférence et ces canaux bleus des Venise désertées: j'aime aussi
l'hiver.Le sol résonne mieux sous les pas.Il y a dans la liquidité du gel quel-
que chose qui me fait ressouvenir de toi,derrière tes fureurs,feintes ou non.
Les mots ont remplacé les mouchoirs de batiste et c'est tellement plus fin,
ces vibrations qui courent d'un bout à l'autre de nos territoires.
.
On pourrait donner à cela bien des noms.Mais ce serait enfermement .Et je
m'y refuse.
.
Revenons à Venise,à ses palais d'or qui s enfoncent dans la lagune,à cette
irréversibilité du temps qui passe : vers quels destins d or et de boue ?
.
Peut-être est-ce la responsabilité du Rêveur ?
.
.
.
Ils ont en eux cette immobilité de la pierre
Des étoiles pour lignes de force
L'aimantation jubilatoire.
Ils ont en eux ce sel,ce peu de dépôt blanc
Des larmes qui ont séché.
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Ils n'ont ni passé ni futur.
.
Ils mettent un pied devant l'autre
Ils ont fait de l'Instant
L'architecture suprême
.
Ils ont rejoint leur enfance.
.
Ils sont nus ils n'ont rien à dire
Si ce n'est le vent
Qui souffle
.
Là-bas sur les déserts
.
Ils jouent à recommencer
Ils se tiennent debout dans les arbres:
Ils savent
.
Le poids du mot et sa
dérision.
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..
Où silences et poésie se rejoignent...
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...
La femme sur le banc
L'oiseau perché
Tous deux rêvent
De cette argile sculptée
Dont ils eussent été
Les personnages magnifiés...
.
°°°°°
.
Galbe de femme.
Le miroir de l'Art
Réfléchit une argile rose:
La terre cuite de ses rêves improbables.
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°°°°°
.
L'aube.Etanchéité rayonnante des yeux
Facéties d'oiseaux
Double révolver au sexe accoutumé
Des saisons.
°°°°°
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Fuligineuse blessure
Où les fourmilières du sang
Grouillent
Du désir mal consumé.
.
°°°°°
Pas à pas
Les mercenaires complotent
Une géographie
Où les cartes
N'ont plus aucun sens.
°°°°°
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Tu es la Beauté
La beauté fatale
L'oeil du destin
Sous le pourrissoir de la mort.
.
°°°°°
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Tous les yeux sont éteints
Et le champ bleu du désir
Le chant pâle
Des coquelicots d'autrefois
.
°°°°°
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Face aux armes de la Mer
Des dégringolades d'oiseaux,
très blancs dans l'air du matin.
..
°°°°°
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Le baiser de l'amant:
Là où la veine fuse
Gît
Menue.
.
°°°°°
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Il y a toujours
-Quelque part entre les sourcils-
Ce paraître éternel du Clown Céleste.
.
°°°°°
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L'eau et ses nappes de brume
-des flaques dans l'air fuligineux-
Un soleil
Darde les vieux arbres :
Silence de la forêt.
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°°°°°
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Méditation ( Silvaine Arabo)..
.....
...
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| Aphorismes |
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...
Le but de l'art n'est pas d'exprimer un égo ni de faire de "l'esthétique": il est
de communiquer à autrui des états d'Etre qu'il re-connaît comme siens, les
ayant déjà perçus, ici ou là, de manière fugace, fragile.
.
Des états d'Etre, non des états d'âme .
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Telle est la valeur universelle,métaphysique, de l'art : ainsi conçu, il démontre
qu'il est capable de re-créer entre les hommes le lien perdu,car ils découvrent,
par-delà les apparences - c'est-à-dire par-delà les conditionnements socio-cultu-
rels auxquels ils sont identifiés - leur parfaite Unité.
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L'Humanité est Une .
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L'art "métaphysique": justesse, donc beauté.Aptitude à relier les hommes entre
eux, en leur faisant réaliser leur Identité .
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Ma famille véritable est celle avec laquelle je partage les grandes valeurs univer-
selles : quels que soient la race,le sexe,la religion (ou la non-religion) ,la natio-
nalité, l'appartenance sociale.
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La première de ces valeurs : le respect de la Vie (sous toutes ses formes).
.
Dignité de l'homme et dignité de l'animal.( "Anima(l)"= âme ).
.
De la nécessité de penser juste et positif puisque nous créons continuellement
le monde par nos pensées et nos projections.
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La conscience humaine est une : substance indivisible.Trame unique.Tissu
vibrant.
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Changeons: le monde changera.
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On peut parler en ce sens de la responsabilité de chaque individu..
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La dérive du mot est aussi dérive du Sens. Par " sens " j'entends ici rapport au
monde.
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De l'incapacité de l'homme à s'établir dans la mesure,c'est-à-dire dans l'harmonie:
sans cesse évoluant d'un extrême à l'autre,il construit son histoire sur un retour de
balance perpétuel et fou.
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Apprendre à réellement tirer les leçons de l'Histoire : derrière les apparences for-
melles, dépister l'identique.
.
La seule chance de ce monde chaotique: prêter l'oreille à ceux qui donnent du sens :
un sens dont l'architecture sera toujours fondée sur le respect de la Vie.
.
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| Encore des Poèmes... |
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..
Le Signe et la Trace : chant III
°°°°°°°°°°°°°°°°°
...
Passée la porte des images le barrage céruléen
Le promontoire-passage où s'épuise l'appel
L'aube fragmentée et ses parcelles d'oiseaux.
Feux du regard : l'ouÏe se fait attentive
- Sens total d'une ride de mouvement -
Qui donc ouvrit l'aura des siècles
Qui donc ?
Et ce loyal équilibre des contraires
Au Centre agenouillé du Poème ?
.
Des turbans d'enfance tremblaient sur les terrasses
Imprimant à la minceur des poignets
Tels soupirs de la Transe
Que le sang éclatait les artères
Et surchauffait le sol du temps
Du poids léger de son sel.
Les matins ont passé l'arme des jours
Et l'échine courbée des fenêtres
Voici que les mouettes désertent la Mer
.
Chassant les perroquets obscurs
Des griseries mécaniques
Et les miasmes aigus de la stérilité.
A présent
Parmi l'éphémère nombreux des glaciers
S'épuisent
Les lenteurs baroudeuses des horloges :
Multiplicité des châles balayeurs
Assistances fondamentales.
.
Traces de parking sur mainte rayure d'oiseau !
Sous la transparence grenue des peaux
Passe l'Ange,insoupçonné,
Façonnant les abstractions rédhibitoires
Les injectant poussière mégalithe incandescences
" L'Homme est grand : voici l'Homme ! "
Et voici le renoncement des subterfuges
Dans ce jardin sans clés
Ni peut-être serrure...
.
O souffrance de l'invisibilité
Grands mâts dératés
Des promesses de mots
Dans la pénombre des Yeux suggérés !
Vaine est l'attente : construire seulement
Parmi les branches inattentives
Et la potentialité savoureuse du fruit
C'est demain
Que porte l'Ange !
.
Une main certes habite
L'incertitude des décodages subreptices.
Que l'Image donc inventorie
Les espaces promis de l'Interstice :
Il n'y faut que la pugnacité du Désir !
.
Les mots-clés seront redonnés
Toute attente est tromperie d'orgasme
L'aura châtie le fallacieux,
Par-delà la sanction multiple des illusions...
.
Se hisser sur les parapets du Combat
Parmi la blancheur sacramentelle
Des guerriers dressés !
Qu'importe la redite
Si la redite est engendrement ?
L'âme a bu la substance des mots
Et le front ténu de l'Alchimiste
Interroge l'espace du vide,
où s'imprima la loi des horloges.
.
Nos dalles usées conduisent
Au seul pèlerinage que préfigure
L'Instant,
Fantaisie des oiseaux !
Fantasmagories des mémoires !
Surabondance où s'étonne l'objet
D'Etre
Et d'Etre encore
Sous le bitume incessant !
.
Arrache au baiser son secret de Prince
Fais tourner les roulottes !
Tel est le Miracle sur les Chemins parsemé :
L'inversion des fiels en nectars souverains
Bribes d'essaims fascination des Silences...
Redites encore la faconde apostrophe
Des oraisons déployées,
là sans doute se joue
L'agate bleue des recommencements...
.
Inversions d'épines sous les jougs massacrés
Antique ressaisi de l'extase
Adoubement lointain des pluies grises
Et des verdeurs amères des gazons :
Ici est un Autre
Maintenant un mimosa gelé
- Sous sa croûte parodique -
Derrière le Toujours
Impose théâtre d'ombres
.
Et marionnettes inconsistantes du mensonge !
Redis-moi ma chair
Et son instance d'éclairs,
Charge la cartouche du Désir
Usine l'Aspiration du coeur
Investis tes doigts immenses,
Ajourne la présence minée des cerveaux !
Dans le dedans du crâne fermentent
Les germinations blanches de l'Avenir...
.
Joins tes auras !
Qu'elles remédient aux bornes des neurones
Aux assises des matières grises inertes,
Reprogramme les mots
Etreins-les dans l'Intervalle
Avive la tension des possibles !
La pierre qui jaillit dans ta gorge
Elance le bas vers le haut des armures.
Postule l'Indicible remercie la gageure
.
Fronce les nappes de l'inamovible
Souffle les chandelles du peu
Du doute de l'abstinence
Désir Désir
Seul lieu d'Etre
Où s'architecture un oiseau !
.
. " Le Signe et La Trace" (in " Arrêts sur Image " )
Editions Club des Poètes,1995
.
.
Chants de la Magdaléenne : chant X
°°°°°°°
..
Christ Jaune ( Silvaine Arabo )
..
Le sang fige les Artères de l'Esprit.
Derrière son baiser de mort
Judas le lépreux a marchandé,
Pour un parfum de trop.
( L'argent et le mensonge
N'aiment ni les femmes ni les parfums ).
J'ai perdu mon ciel
Et j'ai perdu ma terre
Au pied de la Croix
Ne demeurent que les remords,
Le face à face avec soi-même.
Seul l'espoir de la Grande Cité
Fait grésiller sur toutes les branches
La blancheur pâle des oiseaux de Galilée.
Depuis,je ne suis que les traces :
Traces de pas traces d'oiseaux
Traces de sang...
Seules les traces disent l'Essentiel
Ne laissant que l'empreinte légère
Et la suggestion intense de son Sel.
J'ai ainsi passé ma vie - mes vies -
A épier les signes
A épuiser avec lenteur l'étonnante réalité de mes songes.
C'est ainsi que moi,Magdeleine,dans la brisure du vitrail,
Etonnamment j'accentuai mes couleurs,
Un peu comme si l'Alchimiste en moi
Infiniment débordait l'Amante.
Mon histoire,je la savais achevée
Quoiqu'éternelle éternellement polie.
Aujourd'hui
C'est pour l'absolu bonheur de chanter
Que je chante,
Un instant libérée
Des contingences de l'espace et du temps,
Absorbée dans le vol déraisonnable de l'oiseau
Happée par sa pure Raison d'Etre.
Solitaire,j'en connais les détours infinis
Les sacs et les ressacs de la ligne pure.
Qui dit mémoire,hors du Temps ?
O cascades de mon Etre
Par où défilaient les images,
Et elles partaient mourir très loin
Affaissées contre la Mer(e)
Annihilées par Elle,
Qui leur conférait aussi pouvoir et densité.
Chacune était ce kaléidoscope où je m'abîmais,
Témoins ces larmes
Et le sel défait de l'Amant
Sous les manèges blancs du Temps.
De cette peine immense
Je distillais,moi,les gouttes de lumière
Afin de ne pas trahir.
J'étais la couveuse attentive
Des signes des sons et des couleurs,
Dans la préciosité bleue des jardins
Et l'humus architecturé
Du Souvenir.
L'Etre Est le Sens : évidence banale
Et transfiguratrice !
Déjà
Le geste immémorial,trouant la Grâce,
M'avait conduite aux portes de la mort :
Fatalité avait nom mon erreur
Hypnotisme ma peur.
Difficile de dénouer les liens mortels
Du chagrin et de la lassitude !
Qu'importait à présent les Saintes-Maries
La lunule brune de Sarah
Mon frère ressuscité ?
Souvenirs obscurs et lointains
J'étais - je m'en souviens -
Venue mourir contre la Mer.
C'est contre Elle encore que je meurs,
Agrippée à son flanc violent et déchiré :
Celle qui lave et qui dérobe l'Amant
Pour laisser s'échouer à nouveau le Souvenir,
Un jour quelconque
Un jour blanc de Pâques ou d'ailleurs,
Celle qui vous abandonne
Quand sonne le glas de l'innocence
Et de l'amnésie bienheureuses.
J'avais un Amant et mon Amant
Avait un corps,un corps aveuglant :
Celui que désespérément je cherche
Dans la ténèbre muette de mon Inachevé.
Pourquoi me désigna-t-il ?
Pourquoi ainsi m'aima-t-il ?
Au plus profond de moi
Dans les demeures souterraines du Coeur
J'ai refoulé mon Amant,
Afin de ne plus pleurer.
Or il est revenu me chercher
Impalpable et silencieux
Avec son glaive comme toujours
Et la Sainte Colère de Sa Lumière !
Et j'ai dit " non" une fois encore
Et lui s'est avancé un peu plus
Avec son rire sonore,
Les doigts bleutés de sa grâce
Son allure de Gréco
Et son visage jamais peint
Et sa démarche d'oiseau qui va s'envoler.
Et j'ai hurlé
Le croyant re-connaître
A chaque détour du labyrinthe.
M'aiman(tant) Il s'évanouissait,
Ne me laissant alors de sa trace
Que quelques spicules bleues,
Afin qu'avec Lui,ne doutant plus,
Je m'enfonce plus loin,plus haut,
Là où Son Secret inexorablement me conduit.
J'entends parfois Sa Musique
C'est aussi la mienne.
Moments ineffables
Que ne renie pas le Temps crucifié !
Le Verbe porte une chair magnanime,
Il m'envoie ces mots que je distords
Dans l'imperfection du mien :
Car Il Est le Suprême Poète
Et le Mathématicien des humaines jongleries.
Rien ne m'appartient,hors Lui,
Qui se donne et sans cesse se retire,
Lui,qu'il m'arrive de maudire
Dans la déraison de mon amour.
J'ai vu,je jure,son sang bleu courir
Le long d'ascensions extrêmes
Sur le rebord de crêtes invraisemblables.
J'ai vu,je jure,Sa propre Contemplation
Dans le miroir sans tain de l'Amante :
Circulation d'orgasmes,sexualité du Coeur,
Là où le Glaive - soleil inouï -
Entraîne la Joie dans une danse circulaire,
Engendrant planètes poussières d'étoiles
Comètes flamboyantes !
J'ai vu,je jure,le coq à l'aube se dresser
Pour chanter la Victoire du Paon,
La Mer(e) inoubliable,ivre,
Tendre enfin ses bras démesurés
Pour offrir l'Amant,
Effaçant ainsi la Blessure.
Car c'est la Mer(e) qui porte l'Amant
La Mer(e) seulement !
Et moi,
Vierge Noire aux flancs stériles
Je la traque,car je sais.
A jamais je la traque.
Je sais ses délires internes
La boue liquide de son or
Et
Dans les ténèbres inattentives de la nuit
L'envol prodigieux de Ses Colombes.
.
" Chants de la Magdaléenne " ( in " Les Adombrés ")
Editions Guy Chambelland, 1994
.
.
Temporalité des Miroirs : chant IV
°°°°°°°°°°°°°°°°°
.
Des peuples d'oiseaux neigeaient
Dans les trous noirs du temps
A reculons désormais
S'éloignaient les demeures souterraines :
Ici et là jaillissaient de pâles prophètes
.
Mirages brûlants des déserts !
.
Je les ai parcourus homme
A la pointe acérée de ta lame
Je les connais ces démarcheurs
Des subtilités bleues
Dans la nuit engorgée des sables,
Homme j'ai ta veine à mon poignet !
.
Aux cadrans de mes saisons
Elle bat son pouls monotone
Encastre telles neiges scandées
Aux rivets douloureux
Des muettes abnégations
Quelle révolte gronde en moi !
.
Mais je construirai
Sur l'absence
.
Mes mains se referment
Sur un théâtre d'ombres
De lumières
Une facétie
Où sanglotent les visages verts
De mes printemps déchus
.
J'étreins d'autres visages
Oh ! D'où res-surgis ?
.
Mirages brûlants des déserts !
.
Je les ai parcourus homme
Ces points de non-retour
Où tu m'as fait saigner :
Vois immuable est ce sourire
Aux germes d'or de tes racines
Je t'ai pardonné tu sais
.
Je t'ai proclamé moi
Lilith
Dans les sueurs neigeuses
De tes refus
Archange à venir
Sous les étincelles bleues des épées
.
Mirages brûlants des déserts !
.
Je les connais homme
Ces sillons où le vent gelé
Disperse les signes
Muette alors est la route,
Soubresauts de la bête
Sous les sables
.
Emergence de la faux
Malgré les scintillements
.
Démarcheur des hauts-fonds
Dans les profondeurs descendue
J'ai touché la glaise
Que ta main sculpta
- Voici bien longtemps -
Dans l'eau muette du double
.
Mirages brûlants des déserts !
.
Mais repères invisibles
Car les étoiles cheminent :
Les abjurations
Ne feront rien à l'affaire.
" Quelle histoire de Petit-Poucet
me contes-tu là Lilith ? "
.
" Je te conte
Que les mirages
Sont des réalités
Simplement
Lointaines
Ami "
...
" Temporalité des Miroirs "
( Editions Guy Chambelland,1991 )
.
°°°°°°°°°°°
.
Extraits du recueil " Alchimie du Désir "
( Editions de La Bartavelle, 1997 )
...
Septembre et ses coulées de fruits, la cible dure de Janvier,
l'aura de Mai
Jamais n'égaleront ces replis où tu te glisses,
insolent et subreptice,
avec tes coulées de givre,la couronne bleue de tes saisons,
cet Instant saisi où tu me poignardes,
Lieu géométrique de nos convergences, quand la substance même
s'évapore
et devient plus subtile que la lumière.
.
..°°°°°°°°°°°°°
.
Sous les rides la peau se dénude . J'imagine la cicatrice des sillages sur
ton sang de velours : mille veines y forent mille puits pour sustenter toutes
mes métaphysiques du désir .
Obole imaginaire , ton Image est polymorphe . J'y relis les signes . Les
signes et les traces . Les ombres du passé .Aucun espace , jamais , ne fut
fantôme . J'apprends à lire ta Bible , à traduire ton corps en termes de méta-
phores , à varier les rythmes .
Ah ! Parcourir de nouveau le Principe Solaire qui leur donna force,forme,
mouvement , consistance !
J'aime tes rides de la nuit . Il n'est pas dit que sur ta mort même je ne
puisse déchiffrer l'infinité des vies qui t'habitent , à jamais .
Alors Amour , puisque rien n'est perdu , puisque tout demeure de ce qui
fut, de ce qui sera
Imprime sur le sable éphémère de ma peau , sur son grain si doux , l'emp-
reinte indélébile de ta main
Qui est le Signe même de l'Esprit .
..
...
Clair-Obscur ( Silvaine Arabo )
.
.
Silvaine Arabo : " Fièvre et chant des couleurs "
par J-P Gavard-Perret
°°°°°°°°
La poésie - comme la peinture - de Silvaine Arabo n'appartient pas à un monde mort,
même si la mort, la douleur, la colère en demeurent des figures - mais parmi d'autres.
Car, dans l'oeuvre, des murs se dissolvent, une force avance : il y a la poétesse, l'artiste
mais il y a une femme, une femme traversée. Avec son poids de vie, avec cet écho d'ab-
solu et de cendre ,avec ces coupes-franches face aux tendances aussi bien " naturalistes "
que " lyriques ". C'est pourquoi " Une à une tombent les briques, sans bruit. ( Elles n'a-
vaient pas de consistance ) ".
.
Contre les choses vues trop simplement existe la construction du regard double - un
doublement et non un redoublement de la métaphore - d'où surgit cette présence de l'être
au monde, cette expérience du retour, et du retournement ( des images ) qui font des tex-
tes et des toiles de l'artiste des sortes de " westerns " puisqu'on y retrouve les émotions
les plus primitives, les plus essentielles en des séries d'atteintes et d'attentes.
.
De la masse torturée des mots et des images surgit ce " chant " qu'il faut écouter, ac-
cepter et comprendre. Comprendre ainsi l'inaccessible. Dans les mots, dans la langue,
dans les formes et les couleurs ( qui dépassent l'habituel clivage abstraction-figuration ),
cette levée d'un imaginaire qui s'investit d'un acte physique du pouvoir de renforcer la
mémoire flottante. Chaque mot pèse et est pesé, il obsède contre le trop-plein du vide,
contre la douleur du monde; chaque oeuvre plastique pousse au même voyage, à la fois
dérive et conduite forcée.
.
Il y a donc cette marée, cette matière-lumière afin de percer le noir et les poches de
silence et atteindre ce qu'elle nomme " l'alphabet souterrain ". Cela sans doute porte la
langue vers le chant, cela détourne la représentation : faire du passé innommable quel-
que chose d'autre qu'une langue morte. Savoir en faire le deuil mais aussi en apprécier
le gain afin de permettre au futur de posséder un sens même lorsque tout ou presque
semblait dit ou montré.
.
Les mots et les formes se tissent les uns aux autres dans un carrefour temporel capa-
ble de nous permettre de prendre la mesure de nous-mêmes. Ici alors tout commence.
D'un lieu à l'autre. Dans l'espoir d'une île, jamais atteinte en cette rugueuse offrande
archaïque où la langue n'avance plus fardée mais armée, où la représentation se détour-
ne de la représentation ( cf. Le Christ d'un jaune acidulé, plus femme qu'homme ). Con-
tre l'usure ( à tous les sens du terme ) la poésie et la peinture deviennent une déflagra-
tion et un déferlement. Mais une déflagration assourdie, un déferlement retenu. Cela
suinte et chuinte. N'existe qu'un murmure, un murmure vibrant :
" On caresse en image des chapes bleues où pleut la neige. On avance à petits pas. On
sème dans le silence et la ténèbre. On a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte
la vie et qui germera ".
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Alors, grâce à Silvaine Arabo, voir comme il faut ce n'est plus essentiellement mou-
rir, comme le pensait Blanchot. Voir comme il faut ce n'est plus se heurter à la mort.
Chaque oeuvre - quel qu'en soit le " genre " - devient ce chant cité plus haut, à la fois
violent et doux de la matière-lumière qui renvoie à la présence non moins obstinée du
regard d'Éros.
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Il ne s'agit plus d'effacer tout risque mais de le prendre. C'est pourquoi au moment
où Silvaine Arabo s'ouvre et ouvre son oeuvre au média virtuel ( http://multimania.com/
mirra/ ), oeuvre qui prend paradoxalement plus de poids encore. Celle-ci ne ferme
plus le cercle, le cercle d'un croire entrevoir, d'un vouloir croire entrevoir. Elle l'ou-
vre au contraire. L'évidence de l'image poétique ou picturale admise est remplacée ici
par son évidemment. Quelque chose même s'y dévaste entièrement. Dans la trame une
implosion a lieu vers une histoire de sons fondamentaux : ce que nous appellerons le cri
de la baleine, ce cri innommable et qui soulève.
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A travers une poésie intime et émouvante, à travers des oeuvres picturales dont la
couleur reste une force de fondation et ( une fois encore ) de soulèvement c'est bien
une musicalité qui surgit et donne cette gravité venue d'un tréfonds inconnu, d'une na-
ture immense et qui fait que chacune des oeuvres de Silvaine Arabo renvoie à cette quê-
te de l'accession à soi-même, à la percée hors de la ténèbre à travers ce jeu musical bri-
sé et mélodieux de ruptures et de reprises. Le Verbe comme l'Image finit ainsi par se
sédimenter par la lumière en même temps qu'il donne corps au silence.
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Dans le jeu du proche et du lointain, de l'apparition et de la disparition, le visage du
temps n'est plus seulement une figure d'absence et de manque. Et si les vers parfois
semblent s'interrompre, s'épuiser, chaque fois la poétesse les relance, repart vers un au-
tre voyage dans l'irrépressible mouvement des marées. Au bord du silence, il existe ainsi
cette charge, le bord du visible, de l'invisible. En lui. En nous. A la rétention de parole,
à la diffusion d'images galvaudées et trop codées, fait écho une musique capable de trou-
bler le silence. Une musique qui échappe à la musique. Une musique nue. Là sans doute
la vraie humilité :
« Un délire d'oiseaux court au sommet des arbres. Fièvres.
Des feuilles s'envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d'instinct
casse toute prétention à de sobres et ternes raisons ».
Jean-Paul Gavard-Perret
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