VERLAINE PARLE DE SES CONTEMPORAINS...
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Baudelaire, collage de Frédéric vignale..
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TEXTE EXTRAIT DE " CHARLES BAUDELAIRE "
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Parlez de Charles Baudelaire à quelques-uns de ces amateurs qui forment le zéro des
cent cinquante Parisiens naïfs assez pour lire encore des vers, il vous répondra infaillible-
ment, ce zéro, qui est un multiplicateur, par le cliché suivant : " Charles Baudelaire, atten-
dez donc. Ah! oui ! celui qui a chanté la Charogne ! " Ne riez pas. Le mot m'a été dit, à
moi, par un " artiste ", et à d'autres, peut-être bien par vous, lecteur...
Voilà pourtant comme se font les réputations littéraires dans ce pays éminemment spiri-
tuel qui a nom la France, comme chacun sait. C'est, du reste, un peu l'histoire des Rayons
jaunes , le plus beau poème à coup sûr, de cet admirable recueil, Joseph Delorme ; que
pour mon compte je mets, comme intensité de mélancolie et comme puissance d'expression,
infiniment au-dessus des jérémiades lamartiniennes et autres.Le public et la critique firent,
en ce temps-là, des plaisanteries fort délicates sur le pauvre Werther carabin, pour me ser-
vir du foudroyant bon mot de ce poétique M. Guizot .
Le public est bien toujours le même. La critique, reconnaissons-le, comprend mieux ses
devoirs qui sont, non de hurler avec les loups et de flatter les goûts du public, mais de le ra-
mener, ce public hostile ou indifférent, au véritable criterium en fait d'art et de poésie, et
cela de gré ou de force. Le public est un enfant mal élevé qu'il s'agit de corriger.
.
La profonde originalité de Charles Baudelaire, c'est, à mon sens, de représenter puissam-
ment et essentiellement l'homme moderne; et par ce mot, l'homme moderne, je ne veux pas,
pour une cause qui s'expliquera tout à l'heure, désigner l'homme moral, politique et social.
Je n'entends ici que l'homme physique moderne, tel que l'ont fait les raffinements d'une ci-
vilisation excessive, l'homme moderne, avec ses sens aiguisés et vibrants, son esprit dou
loureusement subtil, son cerveau saturé de tabac, son sang brûlé d'alcool, en un mot, le
bilio-nerveux par excellence, comme dirait H.Taine.Cette individualité de sensitive, pour
ainsi parler,Charles Baudelaire, je le répète, la représente à l'état de type, de héros, si
vous voulez bien.Nulle part, pas même chez H. Heine, vous ne la retrouverez si fortement
accentuée que dans certains passages des Fleurs du mal . Aussi, selon moi, l'historien fu-
tur de notre époque devra, pour ne pas être incomplet, feuilleter attentivement et
religieusement ce livre qui est la quintessence et comme la concentration extrême de tout
un élément de ce siècle. Pour preuve de ce que j'avance, prenons, en premier lieu, les
poèmes amoureux du volume des Fleurs du mal . Comment l'auteur a-t-il exprimé ce
sentiment de l'amour, le plus magnifique des lieux communs, et qui, comme tel, a passé
par toutes les formes poétiques possibles? En païen comme Goethe, en chrétien comme
Pétrarque, ou, comme Musset, en enfant ? En rien de tout cela, et c'est son immense mé-
rite. Traiter des sujets éternels, - idées ou sentiments, -sans tomber dans la redite,
c'est là peut-être tout l'avenir de la poésie, et c'est en tout cas bien certainement là ce qui
distingue les véritables poètes des rimeurs subalternes. L'amour, dans les vers de Ch.
Baudelaire, c'est bien l'amour d'un Parisien du XIX siècle, quelque chose de fiévreux et
d'analysé à la fois; la passion pure s'y mélange de réflexion, et si les nerfs égarent par
moment l'intellect, en décuplant l'action des sens, le nescio quid amarum de Lucrèce, qui
n'est autre que l'incompressible essor de l'âme vers un idéal toujours reculant, fait entendre
sans cesse à l'oreille obsédée son implacable rappel à l'ordre. Me suis-je bien fait comp-
rendre ? ( ... )
...
La poétique de Charles Baudelaire qui, s'il n'avait eu soin de la péremptoirement for-
muler en quelques phrases bien nettes, ressortirait avec une autorité suffisante de ses vers
eux-mêmes,peut se résumer en ces lignes extraites, çà et là, tant des deux préfaces de sa
belle traduction d'Edgar Poe que de divers opuscules que j'ai sous les yeux.
" Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement
quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner
les moeurs, tantôt enfin démontrer quoi que ce soit d'utile... La Poésie, pour
peu qu'on veuille descendre en soi-même, interroger son âme, rappeler ses
souvenirs d'enthousiasme, n'a d'autre but qu'elle-même; elle ne peut en avoir
d'autres et aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du
nom de poème, que celui qui aura été écrit uniquement pour le plaisir d'écrire
un poème... " - « ...La condition génératrice des oeuvres d'art, c'est-à-dire
l'amour exclusif du Beau, l'idée fixe. »
A moins d'être M. d'Antragues, on ne peut qu'applaudir et que s'incliner devant des
idées si saines exprimées dans un style si ferme, si précis et si simple, vrai modèle de
prose et vraie prose de poète.Oui, l'Art est indépendant de la Morale, comme de la Poli
tique, comme de la Philosophie, comme de la Science, et le Poète ne doit pas plus de
compte au Moraliste, au Tribun, au Philosophe ou au savant, que ceux-ci ne lui en doi-
vent. Oui, le but de la Poésie, c'est le Beau, le Beau seul, le Beau pur, sans alliage
d'Utile, de Vrai ou de Juste. Tant mieux pour tout le monde, si l'oeuvre du poète se trou-
ve, par hasard, mais par hasard seulement, dégager une atmosphère de justice ou de vérité.
Sinon, tant pis pour M. Proudhon. Quant à l'utilité, je crois qu'il est superflu de prendre
davantage au sérieux cette mauvaise plaisanterie.
Une autre guitare qu'il serait temps aussi de reléguer parmi les vieilles lunes et qui,
non moins bête, est plus pernicieuse, en ce sens, qu'un peu de vanité puérile s'en mêlant,
elle fait des dupes jusque chez les poètes, c'est l'Inspiration, l'Inspiration ce tréteau!
- et les Inspirés - ces charlatans! - Voilà ce qu'en dit Baudelaire, et tous les artistes l'en
remercieront comme d'une bonne justice faite :
" ...Certains écrivains affectent l'abandon, visant au chef d'oeuvre les yeux
fermés, pleins de confiance dans le désordre et attendant quc les caractères
jetés au plafond retombent en poème sur le parquet...
les amateurs du hasard, les fatalistes de l'inspiration.... les fanatiques du vers
blanc... "
Comme cela vous venge bien - n'est-ce pas ? - des luths , des harpes, des brouillards
et des trépieds ?ces quelques mots dédaigneux et cinglants. Quels coups de cravache,
sonores et doux à l'oreille, appliqués - combien dûment ! - sur les reins de ces énergumè-
nes de comédie qui vont hurlant : Deus, ecce Deus ! au nez du bourgeois qui s'effare et
croit que c'est arrivé ! Et puis, à quelle hauteur la théorie qu'ils entraînent ne relève-t-elle
pas le poète, trop longtemps réduit, par d'absurdes préjugés,à ce rôle humiliant d'un
instrument au service de la Muse, d'un clavier qu'on ouvre et qu'on ferme, qu'on achète,
peut-être, d'un orgue de barbarie, d'une serinette, que sais-je, moi ! ( Les idées indécen-
tes engendrent des métaphores analogues, pardon! ) La Muse, ah ! ne profanons pas plus
longtemps ce mot auguste, non plus que le mot d'Apollon, les deux plus magnifiques
symboles peut-être que nous ait légués l'antiquité grecque; la Muse, c'est l'imagination
qui se souvient, compare et perçoit. Apollon, c'est la volonté qui traduit, exprime et
rayonne! Rien de plus.C'est assez beau, je crois.
Les "Passionnistes" n'ont pas plus à se louer de Charles Baudelaire que leurs comp-
lices les Utilitaires et les Inspirés:
" Le principe de la poésie est, strictement et simplement, l'aspiration humaine
vers une beauté supérieure et la manifestation de ce principe est dans un enthou-
siasme, une excitation à l'âme - enthousiasme tout à fait indépendant de la
passion qui est l'ivresse du coeur, et de la vérité qui est la pâture de la raison.
Car la passion est naturelle, trop naturelle pour ne pas introduire un ton blessant,
discordant, dans le domaine de la Beauté pure, trop familière et trop violente pour
ne pas scandaliser les purs Désirs, les gracieuses Mélancolies et les nobles Déses-
poirs qui habitent les régions surnaturelles de la poésie. "
N'est-ce pas, en définitive, tout ce que peuvent attendre des poètes orthodoxes ces
pitoyables hérésiarques?
...
Ce que veut Baudelaire, on l'a déjà pu deviner par ce qu'il repousse et ce qu'il veut
pour le poète ; c'est, tout d'abord, l'Imagination, « cette reine des facultés », dont il a
donné dans son Salon de 1859 ( Revue Française, n° du 20 juin ) la plus subtile et en
même temps la plus lucide définition. Le peu de place dont je dispose aujourd'hui
m'empêche, à mon grand regret, de citer en entier ce morceau unique.En voici du moins
quelques fragments:
-" Elle est l'analyse, elle est la synthèse, et cependant des hommes habiles dans
l'analyse et suffisamment aptes à faire un résumé peuvent être privés d'imagina-
tion. Elle est cela et elle n'est pas tout à fait cela. Elle est la sensibilité et pour-
tant il y a des personnes très sensibles, trop sensibles peut-être qui en sont
privées.C'est l'imagination qui a enseigné à l'homme le sens moral de la couleur,
du contour, du son et du parfum. Elle a créé, au commencemcnt du monde, l'ana-
logie et la métaphore...Elle produit la sensation du neuf... Sans elle toutes les
facultés, si solides ou aiguisées qu'elles soient, sont comme si elles n'étaient pas,
tandis que la faiblesse de quelques facultés secondaires, excitées par une imagina-
tion vigoureuse, est un malheur secondaire. Aucune ne peut se passer d'elle, et elle
peut suppléer quelques-unes.."
Après l'imagination sine qua non, Baudelaire exige du poète le plus exclusif amour de
son métier. Une telle opinion qui chez les anciens - des hommes ! - avait force de loi, il
faut savoir gré à un artiste de la proférer hautement comme l'a maintes fois fait notre poète,
dans ces temps de mercantilisme où tant d'Esaüs vendraient la poésie pour un plat de len-
tilles !
Croyant peu à l'Inspiration, il va sans dire que Baudelaire recommande le travail ! Il
est de ceux-là qui croient que ce n'est pas perdre son temps que de parfaire une belle rime
bien présentée, de chercher des analogies curieuses, et des césures étonnantes, et de les
trouver, toutes choses qui font hausser les épaules à nos Progressistes quand même, gens
inoffensifs, d'ailleurs. Sur ce sujet, Baudelaire est implacable.N'a-t-il pas dit un jour :
" L'originalité est chose d'apprentissage, ce qui ne veut pas dire une chose
qui peut être transmise par l'enseignement . "
Méditez bien ce paradoxe, et prenez garde que ce ne soit d'aventure une belle et bonne
et profonde vérité.
Dans un précédent article nous essayions de dégager le tempérament, l'aspect humain,
l'élément intrinsèque - passez-moi le mot - de la poésie de Baudelaire. Nous avons
aujourd'hui à peu près formulé son esthétique.
Prochainement nous verrons cette esthétique à l'oeuvre.
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Blacks 1 ( collage de Frédéric Vignale ).
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VERLAINE EVOQUE RIMBAUD :
EXTRAIT DES " POETES MAUDITS "
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Nous avons eu la joie de connaître Arthur Rimbaud. Aujourd'hui des choses nous séparent de lui
sans que, bien entendu, notre très profonde admiration ait jamais manqué à son génie et à son caractère.
A l'époque relativement lointaine de notre intimité, Arthur Rimbaud était un enfant de seize à dix-sept
ans, déjà nanti de tout le bagage poétique qu'il faudrait que le vrai public connût et que nous essaierons
d'analyser en citant le plus que nous pourrons.
L'homme était grand, bien bâti, presque athlétique, au visage parfaitement ovale d'ange en exil, avec
des cheveux châtain-clair mal en ordre et des yeux d'un bleu pâle inquiétant. Ardennais, il possédait, en
plus d'un joli accent de terroir trop vite perdu, le don d'assimilation prompte propre aux gens de ce pays-
là, ce qui peut expliquer le rapide désséchement sous le soleil fade de Paris,de sa veine, pour parler com-
me nos pères, de qui le langage direct et correct n'avait pas toujours tort en fin de compte!
Nous nous occuperons d'abord de la première partie de 1'oeuvre d'Arthur Rimbaud, oeuvre de sa
toute jeune adolescence, - gourme sublime, miraculeuse puberté! - pour ensuite examiner les diverses
évolutions de cet esprit impétueux, jusqu'à sa fin littéraire.
Ici une parenthèse, et si ces lignes tombent d'aventure sous ses yeux, qu'Arthur Rimbaud sache bien
que nous ne jugeons pas les mobiles des hommes, et soit assuré de notre complète approbation (de notre
tristesse noire, aussi ) en face de son abandon de la poésie, pourvu, comme nous n'en doutons pas, que
cet abandon soit, pour lui, logique, honnête et nécessaire.
L'oeuvre de Rimbaud, remontant à la période de son extrême jeunesse, c'est-à-dire 1869, 70,71, est
assez abondante et formerait un volume respectable. Elle se compose de poèmes généralement courts, de
sonnets, triolets, pièces en strophes de quatre,cinq et de six vers. Le poète n'emploie jamais la rime plate.
Son vers, solidement campé, use rarement d'artifices. Peu de césures libertines, moins encore de rejets.
Le choix des mots est toujours exquis, quelquefois pédant à dessein. La langue est nette et reste claire
quand l'idée se fonce ou que le sens s'obscurcit. Rimes très honorables.
Nous ne saurions mieux justifier ce que nous disions là qu'en vous présentant le sonnet des
VOYELLES :
A noir , E blanc, I rouge, U vert , O bleu, voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
A, noir, corset velu des mouches éclatantes,
Qui bombillent autour des puanteurs cruelles,
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Golfes d'ombre; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
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U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;
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O, suprême Clairon plein de strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!
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La Muse (tant pis ! vivent nos pères! ) la Muse, disons-nous, d'Arthur Rimbaud prendtous les tons,
pince toutes les cordes de la harpe, gratte toutes celles de la guitare et caresse le rebec d'un archet agile
s'il en fut.
Goguenard et pince-sans-rire, Arthur Rimbaud l'est, quand cela lui convient, au premier chef, tout
en demeurant le grand poète que Dieu l'a fait.
A preuve l'Oraison du soir , et ces Assis à se mettre à genoux devant !
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ORAISON DU SOIR
Je vis assis, tel qu' un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures.
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Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures ;
Puis, par instants, mon coeur triste est comme un aubier
Qu'ensanglante l'or jaune et sombre des coulures.
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Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille pour lâcher l'âcre besoin :
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Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.
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Les Assis ont une petite histoire qu'il faudrait peut-être rapporter pour qu'on les comprît bien.
Arthur Rimbaud, qui faisait alors sa seconde en qualité d'externe au lycée de ***, se livrait aux
écoles buissonnières les plus énormes et quand il se sentait - enfin! - fatigué d'arpenter monts, bois
et plaines, nuits et jours, car quel marcheur ! il venait à la bibliothèque de la dite ville et y demandait
les ouvrages malsonnnants aux oreilles du bibliothécaire en chef dont le nom, peu fait pour la posté-
rité,danse au bout de notre plume, mais qu'importe ce nom d'un bonhomme en ce travail malédictin?
L'excellent bureaucrate, que ses fonctions mêmes obligeaient à délivrer à Rimbaud, sur la requête de
ce dernier, force Contes Orientaux et libretti de Favart, le tout entremêlé de vagues bouquins scienti-
fiques très anciens et très rares, maugréait de se lever pour ce gamin et le renvoyait volontiers, de
bouche, à ses peu chères études, à Cicéron, à Horace, et à nous ne savons plus quels Grecs aussi.
Le gamin, qui, d'ailleurs, connaissait et surtout appréciait infiniment mieux ses classiques que ne le
faisait le birbe lui-même, finit par "s'irriter ", d'où le chef-d'oeuvre en question.
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LES ASSIS
Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs :
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Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs!
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Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leurs peaux,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux des crapauds.
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Et les Sièges leur ont des bontés; culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins.
L'âme des vieux soleils s'allume emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.
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Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.
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Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage!
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.
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Et vous les écoutez cognant leurs têtes chauves
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !
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Puis ils ont une main invisible qui tue ;
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.
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Rassis, les poings crispés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever,
Et de l'aurore au soir des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.
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Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent, sur leurs bras, de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisières
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés.
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Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgules
Les bercent le long des calices accroupis,
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules,
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis !
..
Nous avons tenu à tout donner de ce poème savamment et froidement outré, jusqu'au dernier vers
si logique et d'une hardiesse si heureuse. Le lecteur peut ainsi se rendre compte de la puissance d'ironie,
de la verve terrible du poète dont il nous reste à considérer les dons plus élevés (...)
La Force, nous en avons eu un spécimen dans les quelques pièces insérées ci-dessus, mais encore
y est-elle à ce point revêtue de paradoxe et de redoutable belle humeur qu'elle n'apparaît que déguisée en
quelque sorte. Nous la retrouverons dans son intégrité, toute belle et toute pure, à la fin de ce travail.
Pour le moment, c'est la Grâce qui nous appelle, une grâce particulière, inconnue certes jusqu'ici, où le
bizarre et l'étrange salent et poivrent l'extrême douceur, la simplicité divine de la pensée et du style.
Nous ne connaissons pour notre part dans aucune littérature quelque chose d'un peu farouche et de si
tendre, de gentiment caricatural et de si cordial, et de si bon, et d'un jet franc, sonore, magistral, comme
LES EFFARES
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,
A genoux, les petits - misère ! -
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond.
..
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gros sourire
Chante un vieil air.
..
Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud commc un sein.
Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,
..
Quand sous les poutres enfumées
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
..
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là tous
Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,
..
Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
Si fort qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblotte
Au vent d'hiver.
..
Qu'en dites-vous? Nous, trouvant dans un autre art des analogies que l'originalité de ce"petit
cuadro " nous interdit de chercher parmi tous poètes possibles, nous dirions, c'est du Goya pire
et meilleur. Goya et Murillo consultés nous donneraient raison, sachez-le bien.
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Du Goya encore Les Chercheuses de Poux, cette fois du Goya lumineux exaspéré, blanc
sur blanc avec les effets roses et bleus et cette touche singulière jusqu'au fantastique. Mais com-
bien supérieur toujours le poète au peintre et par l'émotion haute et par le chant des bonnes rimes !
Soyez témoins :
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LES CHERCHEUSES DE POUX
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Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.
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Elles assoient l'enfant devant une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée,
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.
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Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
..
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter, parmi ses grises indolences,
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.
..
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d'harmonica qui pourrait délirer :
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.
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Il n'y a pas jusqu'à l'irrégularité de rime de la dernière stance, il n'y a pas jusqu'à la dernière
phrase, restant, entre son manque de conjonction et le point final, comme suspendue et surplom-
bante, qui n'ajoutent en légèreté d'esquisse, en tremblé de facture au charme frêle du morceau .
Et le beau mouvement, le beau balancement lamartinien,n'est-ce pas ? dans ces quelques vers qui
semblent se prolonger dans du rêve et de la musique ! Racinien même, oserions-nous ajouter, et
pourquoi ne pas aller jusqu'à cette confession, virgilien ?
Bien d'autres exemples de grâce, exquisement perverse ou chaste à vous ravir en extase nous
tentent, mais les limites normales de ce second essai, déjà long, nous font une loi de passer outre à
tant de délicats miracles et nous entrerons sans plus de retard dans l'empire de la Force splendide où
nous convie le magicien avec son BATEAU IVRE :
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Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs;
Des Peaux - Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs .
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J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
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Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
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La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots.
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Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
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Et, dès lors, je me suis baigné dans le poème
De la mer infusé d'astres et lactescent,
Dévorant les azurs verts où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;
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Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que vos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !
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Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes,
Et les ressacs, et les courants ; je sais le soir,
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir.
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J'ai vu le soleil bas taché d'horreurs mystiques
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques,
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets;
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur,
La circulation des sèves inouïes
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.
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J'ai suivi des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le muffle aux Océans poussifs ;
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J'ai heurté, savez-vous? d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères aux peaux
D'hommes, des arcs-en-ciel tendus comme des brides,
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux ;
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J'ai vu fermenter les marais, énormes nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan,
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces
Et les lointains vers les gouffres cataractant !
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Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises,
Echouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient des arbres tordus avec de noirs parfums.
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J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
Des écumes de fleurs ont béni mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
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Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer, dont le sanglot faisait mon roulis doux,
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes,
Et je restais ainsi qu'une femme à genoux,
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Presqu'île ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds,
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir à reculons.
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Or, moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau,
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Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur,
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Qui courais taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les Juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs,
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Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et des Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets.
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J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?
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Mais, vrai, j'ai trop pleuré. Les aubes sont navrantes,
Toute lune est atroce et tout soleil amer .
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer!
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Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où, vers le crépuscule embaumé,
Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
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Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons!
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Maintenant quel avis formuler sur les Premières Communions, poème trop long pour prendre place
ici, surtout après nos excès de citations, et dont d'ailleurs nous détestons bien haut l'esprit, qui nous
paraît dériver d'une rencontre malheureuse avec le Michelet sénile et impie, le Michelet de dessous les
linges sales de femmes et de derrière Parny (l'autre Michelet, nul plus que nous ne l'adore), oui, quel
avis émettre sur ce morceau colossal, sinon que nous en aimons la profonde ordonnance et tous les
vers sans exception ? Il y en a d'ainsi :
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Adonaï! Dans les terminaisons latines
Des cieux moirés de vert baignant les Fronts vermeils
Et, tachés du sang pur des célestes poitrines,
De grands linges neigeux tombent sur les soleils.
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Paris se repeuple, écrit au lendemain de la "Semaine sanglante", fourmille de beautés,
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Cachez les palais morts dans des niches de planches;
L'ancien jour effaré rafraîchit vos regards;
Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches !
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Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,
Paris! Quand tu reçus tant de coups de couteau,
Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires
Un peu de la bonté du fauve renouveau...
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Dans cet ordre d'idées, les Veilleurs , poème qui n'est plus, hélas ! en notre possession, et que
notre mémoire ne saurait reconstituer, nous ont laissé l'impression la plus forte que jamais vers nous
aient causée. C'est d'une vibration, d'une largeur, d'une tristesse sacrée! Et d'un tel accent de sublime
désolation qu'en vérité nous osons croire que c'est ce qu'Arthur Rimbaud a écrit de plus beau, de
beaucoup !
Maintes autres pièces de premier ordre nous ont ainsi passé par les mains, qu'un hasard malveillant
et le tourbillon de voyages passablement accidentés nous firent perdre. Aussi adjurons-nous ici tous nos
amis connus ou inconnus qui possèderaient les Veilleurs, Accroupissements, les Pauvres à
l'église, les Réveilleurs de la nuit, Douaniers, les Mains de Jeanne-Marie, Soeur de
charité et toutes choses signées du nom prestigieux, de bien vouloir nous les faire parvenir pour le cas
probable où le présent travail dût se voir complété. Au nom de l'honneur des Lettres, nous leur réitérons
notre prière. Les manuscrits seront religieusement rendus, dès copie prise, à leurs généreux propriétaires.
Il est temps de songer à terminer ceci qui a pris de telles proportions pour ces raisons excellentes :
Le nom et l'oeuvre de Corbière, ceux de Mallarmé sont assurés pour la suite des temps; les uns
retentiront sur la lèvre des hommes, les autres dans toutes les mémoires dignes d'eux.Corbière et Mallar-
mé ont imprimé, - cette petite chose immense. Rimbaud trop dédaigneux, plus dédaigneux même que
Corbière qui du moins a jeté son volume au nez du siècle, n'a rien voulu faire paraître en fait de vers.
Une seule pièce, d'ailleurs sitôt reniée ou désavouée par lui,a été insérée à son insu, et ce fut bien fait,
dans la première année de la Renaissance, vers I873. Cela s'appelait les Corbeaux .Les curieux pour-
ront se régaler de cette chose patriotique mais patriotique bien, et que nous goûtons fort quant à nous, mais
ce n'est pas encore ça. Nous sommes fier d'offrir à nos contemporains intelligents bonne part de ce riche
gâteau, du Rimbaud !
Eussions-nous consulté Rimbaud (dont nous ignorons l'adresse, aussi bien vague immensément ), il
nous aurait, c'est probable, déconseillé d'entreprendre ce travail pour ce qui le concerne.
Ainsi, maudit par lui-même, ce Poète Maudit ! Mais l'amitié, la dévotion littéraires que nous lui
vouerons toujours nous ont dicté ces lignes, nous ont fait indiscret. Tant pis pour lui ! Tant mieux,
n'est-ce pas? pour vous. Tout ne sera pas perdu du trésor oublié par ce plus qu'insouciant possesseur, et
si c'est un crime que nous commettons, felix culpa, alors!
Après quelque séjour à Paris, puis diverses pérégrinations plus ou moins effrayantes, Rimbaud vira de
bord et travailla (lui!) dans le naïf, le très et l'exprès trop simple, n'usant plus que d'assonances, de mots
vagues, de phrases enfantines ou populaires. Il accomplit ainsi des prodiges de ténuité, de flou vrai, de
charmant presque inappréciable à force d'être grêle et fluet.
Elle est retrouvée!
Quoi ? l'éternité.
C'est la mer allée
Avec les soleils.
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Mais le poète disparaissait. - Nous entendons parler du poète correct dans le sens un peu spécial du
mot.
Un prosateur étonnant s'ensuivit. Un manuscrit dont le titre nous échappe et qui contenait d'étranges
mysticités et les plus aigus aperçus psychologiques tomba dans des mains qui l'égarèrent sans bien savoir
ce qu'elles faisaient.
Une saison en Enfer, parue à Bruxelles, 1873, chez Poot et C'°, 37, rue aux Choux, sombra
corps et biens dans un oubli monstrueux, l'auteur ne l'ayant pas "lancée" du tout . Il avait bien autre chose
à faire.
Il courut tous les Continents, tous les Océans, pauvrement, fièrement (riche d'ailleurs, s'il l'eût voulu,
de famille et de position), après avoir écrit, en prose encore, une série de superbes fragments, les Illumi-
nations, à tout jamais perdus, nous le craignons bien .
Il disait dans sa Saison en Enfer " Ma journée est faite. Je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes
poumons, les climats perdus me tanneront. "
Tout cela est très bien et l'homme a tenu parole. L'homme en Rimbaud est libre, cela est trop clair et
nous le lui avons concédé en commençant avec une réserve bien légitime quc nous allons accentuer pour
conclure. Mais n'avons-nous pas eu raison, nous, fou du poète, de le prendre, cet aigle,et de le tenir dans
cette cage-ci, sous cette étiquette-ci, et ne pourrions-nous point par surcroît et surérogation (si la Littérature
devait voir se consommer une telle perte) nous écrier avec Corbière, son frère aîné, non pas son grand frère -
ironiquement ? non, mélancoliquement ? o oui ! furieusement ? ah qu'oui ! - :
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Elle est éteinte
Cette huile sainte,
Il est éteint
Le sacristain !...
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" LES POETES MAUDITS "
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