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Dernière mise à jour : 28 août 2001
FORUM
N.B. Les éventuelles libertés syntaxiques et orthographiques relèvent de la
responsabilité des seuls auteurs.
Je vivais autrefois dans un village
Le Paradis Perdu
Près d'elle et de ses soeurs
Au bord d'un lac
La Mer A Perte De Vue
..
J'étais heureux dans ce village
Le Paradis Perdu
Je vivais dans la douceur
Pieds nus dans le lac
La Mer A Perte De Vue
..
Mais tu es venue premier jour du printemps
Passer tes doigts par les trous du grillage
Et rien ne reste plus de ce village
Le Paradis Perdu
Et la boue a embourbé le lac
La Mer A Perte De Vue
.....
XIAN
....
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
..
.Poèmes de Isabelle Nouvel
..
Désormais
°°°°°°
Aujourd'hui, les hommes sont venus, de la ville ils ont porté les lueurs
vagues et mouillées, au long des parkings, à l'heure où la nuit agrippe
de ses doigts glacés ta gorge et te tire en arrière.
...
Qui t'a enfermé dans ces minuscules carrés brillants, entrecoupés de
petits miroirs d'ombre, dans ce pays à la saison toujours trop tardive ?
...
Et ce soir, un garçon sauvage est entré dans la pièce, il a dit : "...et
voici le jardin, et voici le silence, ici mon coeur s'ennuie, et voici ma
maison" mais sous l'herbe rase et au - delà de la lumière jaune, le vent
polaire est resté sans répondre.
....
°°°°°°°°°°°°°
..
Cendre des mots
.
Mon désir est ailleurs, il est dans le vent qui délie les amarres de la nuit,
il est au - delà des sables mouvants, il est de ce monde où les hommes vi-
vent et trépassent dans un même élan.
.
Mon désir est un diamant brut, un cheval enfiévré, mon désir a le goût
du sang.
Mais comprendrez-vous que je ne peux plus vivre dans la touffeur de
vos crépuscules..?
.
Il n'est plus temps de rêver sous la caresse laiteuse des étoiles, il y a là
au dehors d'autres destins qui se déversent dans l'abîme. Rejoignons, re-
joignons les steppes noires du verbe, il n'y a plus de sommeil, il n'y a pas
de répit, il y a juste, bel esclave, la trace de ton pied nu dans la poussière
triste.
..
Mon désir est celui qui s'endort sous la cendre, qui chemine sous la terre.
.
Comment vous reviendrais-je à présent ?
.
°°°°°°°°°
.
Transparences
..
Le vent fade charrie sur le fleuve les débris de mon rêve,
Les dépouilles des mots s'enivrent de l'eau grise.
.
Nous étions transparents comme le givre, fragiles comme la nuée, hantés
par la splendeur... Tes gestes somptueux délimitaient le monde et mon es-
prit brûlait de se perdre en le tien.
..
Te souviens-tu... Te souviens-tu, je marchais dans ta grâce... Aux crêtes
ocres du sable,nous regardions longtemps le puissant horizon, nous étions
désarmés, aériens, habités de sourires et de lumière nue.
.
Te souviens-tu, tu dormais dans mon ombre.
.
C'était un autre temps, ô mon bel assassin,
C'était un autre espace, une lune ironique gouvernait nos regards,
Il nous faudrait des chaînes il nous faudrait des liens, au loin des villes
noires, des soldats et des chiens.
..
°°°°°°°°°°°
.
Neige
.
La neige était trop pure où tu fis cet aveu, tu te tenais debout, et me
reconnaissant tu renaissais au monde, souriant et moqueur, tu me tendais
la main.
...
La neige était trop blanche, et tu m'as emmenée vers la longue maison
des amants condamnés; étais-je ta complice, étais-je ta promise, ou ta
désenchantée ?
.
Que revienne le désir, plus loin que l'innocence, sur les prairies bleu-
tées par le givre et la nuit, lumières dans la vallée qui m'appellent en
silence,
.
mais je t'ai obéi.
.
Derrière les champs de neige, la splendeur s'est enfuie.
.
Isabelle Nouvel
.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Philippe Villette
..
Chevet
..
Sensible à fleur de peau
Et larmes au bord des yeux
Je vois sans cible tes yeux
Se noyer dans l'appeau.
..
Quelle larme blanche vas-tu glisser
Pour toucher mon coeur désoeuvré ?
De quelle caresse vas-tu m'effleurer
Pour qu'au lit je reste amarré ?
..
Drap de soie qui feulent
Sur ton corps mouchoir
Laisse moi donc seul
Dans mon grand soir
..
la mer m'importe et je veux m'en aller
Je veux en elle tout au fond chavirer
Et les yeux emplis d'une eau salée
Je repenserai tes larmes ancrées .
..
°°°°°°°°°°°°°°°°°
..
Emmanuel Hiriart
..
Voici
Le coeur silencieux
De la nuit.
Un mot,
Un geste,
La solitude où tout
Peut basculer.
Le matin,
Place du marché,
Autour des étals enléguminés
Les conversations reprennent.
°°°°°°°°°
Parfois je voudrais
Pleurer ou
Me balancer
D'un pied sur l'autre
Comme les fous
Jusqu'à la fin du monde.
°°°°°°°°°°
Oui j'ai hurlé
Avec les loups
Bêlé
Avec les moutons
et ce n'est pas fini
Mais
parfois
D'un coup de pied
J'envoie rouler
La boite vide
Du silence
.
Poèmes de Emmanuel Hiriart, extraits d'un recueil inédit intitulé Marie Blanque
...
.°°°°°°°°°°°°°°°°°°
....
....
Eric Babulle
Les amours mal lues
...
Dans le reflet de notre prudence, je suis
L'ombre incidente que j'arbore depuis
La fin des temps, jusqu'aux confins d'amour repris
Aux barrières de l'univers, d'où je t'écris :
.
Il est trop tard pour te revoir ; et chaque jour
Qui a glissé a emporté un peu d'amour,
Un peu de contre-jour et de passion -
Aux fins de nuit viennent aurore et rémission.
..
Telle un ange parfait tu as bercé d'oubli
Ma longue nuit d'hiver ; telle un rêve d'enfant.
Et le doux renouveau au murmure naissant
Ne porte plus ton nom refleuri par la pluie.
..
Et pareille à la pierre aux bordures moussues
Tu ornes mon jardin d'un écueil familier
Dont le lierre grimpant ne finit pas de lier
L'arabesque charmant de nos amours mal lues.
..
Eric Babulle
..
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
.
Vincent di Sanzo.
.
La nuit brûle le parfum de nos rêves. Au seuil de l'oubli, ces griffures
tentent vainement d'en capter l'essentiel. L'essentiel ? un rien, une
trace lumineuse ou sombre, fugue mineure de nos vibrations intimes.
.
A travers ces fragments, nul message céleste, quelques mots désordonnés,
instants fugitifs d'émotion pudique devant l'infini du désir.
..
Rêveur, pardonne-moi ces fulgurances aux portes du non-sens, variations
éphémères, miettes obscures des coulisses d'une âme qui chemine à la lueur
ténue des étoiles filantes.
°°°°°°°°°°°°°°°
Regards fuyants
Comme le sable entre les doigts
Dans un désert immobile
*
Le sablier des songes
Suffit à mes espérances
*
Tes lèvres acérées, froides dentelles de pierres
Versent une sombre liqueur
Sur la poussière de notre amour
*
Sur le terrain vague du bonheur
Flottent d'étranges souvenirs
Relents nauséabonds prêt à jaillir
De nos passions et de nos malheurs
*
Une larme s'engouffre
Dans le vase de mes orgueils
Un je t'aime déborde
Eclabousse ta chair
Où s'envolent tes rêves parfumés
Dans le filet de mes illusions
*
Au fil du temps la mémoire
Baudruche fantasque
Gonfle l'oubli
*
Emblèmes de nos conversations
Ces points-virgules
*
Deviner à la lueur d'une bougie
Ton sein dénudé
*
L'armoire à linge blanc
Portes grinçantes
Qui baillent sur des souvenirs d'enfants
*
Apprends- moi l'alphabet de tes yeux
Pour mieux déchiffrer ton regard
*
Les étoiles
Féminité de la nuit
*
Nuit énigmatique
Alchimiste des rêves
Pour un sommeil d'airain
.
Vincent di Sanzo.
.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
.
.
Jérôme Debroise....
...
Comète comateuse
..
Soyez raisonné
les pages tournent
..
Soyez raisonnable
les pages s'envolent
.
°°°°°°°°°°°°°°°°
Colonne 3
..
rêve, crève
et meurt ton rêve
je ne suis pas pressé,
je pense.
..
JÉRÔME DEBROISE
....
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Daniel Dubé
..
Abattis
°°°°
Après avoir cerné
L'amas de souvenirs
D'un fossé de pleurs sulfureux
°
Il a allumé en lui
Le grand feu
De l'oubli
°
Il est resté là
Bûcher ardent
Tout le soir
Le visage rougi
Le regard perdu
°
À l'aube
Est apparu
Un sourire encensoir
°
Il est parti
Par un autre chemin
Le corps embaumé
De la fumée
Des désormais
..
( à qui me lira: impressions attendues. Daniel Dubé, torabo@colba.net )
..
Oublis
°°°..
Et l'autre
Vautré dans l'éphémère
Pas assez de ses deux mains
Pour vanter la géographie de ses déserts
°
Pas assez de nuits de veille
Pour vriller
Sa tête d'autruche
Dans l'anonymat
De qui passe
De qui erre
°
Vous voudriez lui enfiler
Un chapelet de billes de plomb
Dans le calcul de ses oublis
Au lieu de cela
Vous regimbez d'envie
°
Qu'il serait doux
Aussi d'oublier
Qu'il serait bon
D'oublier aussi
Un seul jour
Au moins un
Enfin.
....
Daniel Dubé
..
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°.
Danielle Feniou..
..
Nous sommes gouttes de pluie
dans les épines du vent
Mémoire des jours
arrachés au temps.
..
***
..
La nuit est d'iris
..
Dépose les noeuds de l'âme
Sur les fils du soir
se perchent les étoiles
gouttes de feu
voix de mercure des
incendies de l'ombre
..
En l'espace chiffonné
..
trace l'infini chemin...
.....
***
...
A l'ombre des étoiles
ne germent plus
les fleurs de l'air
Dans les graines
de lumière
éclatent les noeuds
qui déchirent
et tuent
°
Nul cri.
°
Tôt le matin
l'espace se tait.
..
***
..
J'ai tiré sur le fil
de la nuit
Les étoiles
une à une
sont venues
éclairer le silence
l'espace d'un sourire
°
Mais au matin
il a fallu
laisser le jour
tisser l'ombre
et boire
le thé de rosée.
...
***
...
Au bord du mirage
la fascination de la dune
le frisson de l'erg
s'estompent
°
Un pan de brume
nargue le vide
Tu observes le silence
d'autres t'habitent
°
Au bord du ciel
le cri des oasis
s'enflamme
°
Les roses sont de sable.
....
Poèmes extraits de PIERRES DE PLUIE, de Danielle Feniou.
..
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
...
Marie Bataille
.
Toi
Si je mettais ton nom à la cime des arbres
Sur chaque feuille, chaque étoile,
Dans le creux de ma main
Ce serait un fruit d'or,
La nature qui s'offre en pleine floraison.
Mais si je le criais
Ce serait un orage.
Je dis ton nom en moi
En sentant des parfums
Qui le disent tout haut.
..
Coeur en croix, eau fuyante,
Tu tisses autour de moi un rideau de silence.
Je dévide un à un les fils ténus
De ta présence
Et autour de ta vie
Je bâtis le mur dur,
Je bâtis le mur haut
Où vit ma déraison.
..
Si je mettais mon coeur
Aux pieds de ma décence
Sur l'herbe de l'amour,
Lit vert, tendre calice,
Ce serait l'absolu,
Ton nom, puis le silence.
.
°°°°°°°°°°°°°°
.
LOIN DE TOI
.
Mourir un jour, partir sans toi,
Mon lendemain,
Posé sur mon chemin
Comme une main
.
Amer émoi
Que le destin
Au coeur d'étain
Diffuse en moi.
.
J'irai dans l'espace et les vents,
Loin dans la nuit
Loin des temps qui ont fui
Loin des ennuis
.
Et dans la pluie
Du vent d'autan
Aux dieux rêvant
De nos minuits.
..
°°°°°°°°°°°°°°
TOI MES RÊVES
.
Laisser passer en moi une image de grève
En muscades pensées, en berceaux de l'émoi
Laisser glisser ailleurs le creuset de mes rêves
Laisser diffus en toi un peu mon être-moi.
.
Marie Bataille
..
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Frédéric Vignale.
...
C'est comme jouir de l'écho du matin dans la campagne triste,
Se retrouver seul face à soi-même entre son désir
D'être et la nette impression de passer à côté de sa vraie nature,
Se tromper de lumière entre celle du jour et celle qu'on voudrait atteindre,
J'ai la lâcheté comme plus fidèle ami...
..
La fragilité du peintre et du poète
Me poursuivent et me tuent.
....
Fréderic Vignale
..
°°°°°°
LA DISCRETE
.
Christian Geneviève.
La discrète était redoutable
Et portait toujours pour bagages
Des nuages volages
Des mystères échappés
Envolés sans que l'esprit jamais
N'en puisse rien deviner.
.
°°°°°°°°°°°
.
Cyril Suquet
Mémoire d'un jour, mémoire d'une vie
....
Un seul regard,
Un seul sourire
Et le récit d'une vie remonte
Le long des larmes chaudes.
..
Les souvenirs d'enfance,
Les aventures de l'adolescence,
Les combats de la souffrance,
Les ont unis et séparés.
....
Comme par magie
Comme par miracle,
La mémoire de ces années passées,
La mémoire de ce temps oublié,
Resurgissent du fin fond de l'âme.
..
Comme si finalement,
Rien n'avait changé,
Rien n'avait disparu et occulté les années
De cette minute précise,
Où tout a basculé,
De ce silence,
Où tout est dit.
..
Pas un mot n'est prononcé,
Pas un battement de coeur n'est perdu,
Les larmes et les pensées
Traduisent l'émotion intacte du premier jour.
..
Un seul regard,
Un seul sourire
Et le récit d'une vie remonte
Le long des larmes chaudes.
..
Cyril Suquet
..
°°°°°°°°°°°°°°°°
..
Léo Gantelet
..
Restes d'oubli
..
De trois marrons luisants
il vous faisait trois cavaliers
galopant dans la plaine
..
D'un seul regard
du haut de ses cinq ans
il vous levait une armée
et d'un geste rasait la ville
..
Un jour en ciel d'automne
blotti dans un nuage
il vola de conserve
avec les oies sauvages
..
Il ne revint jamais
car en si long voyage
il avait oublié
le chemin du retour
..
au beau pays de son enfance
...
°°°°°°°°°°°°°°°°
......
E. Hiriart
En pensant à un dessin de Patrick Suiro
..
Presque en diagonale
Sur le papier blanc
La feuille
S'incline vers l'automne
Et sa mort colorée.
Un insecte
Est posé là,
Près du vide qu'il courbe
Le réseau raisonneur des images se brise
Et dévoile le monde
Caché devant nous.
.
.
Sans musique les mots
Trouent le vide.
On devine au-delà
Une absence qui règne
Plus lente et plus lourde
Parole d'avant la parole
Où la nuit est lumière,
Silence unique
Où toute langue est morte,
Où les étoiles n'ont d'autre nom
Que leur simple mystère
.
.
Une fois encore,
Dans la solitude du soir
L'océan me prend,
L'oublieux océan,
Qui toujours frappe, frappe
Et frappe la terre recommencée.
Je marche sur l'estran
Où traîne entre les roches
Le goût salin des légendes,
Comme un pays déserté par l'histoire
Sous le souffle apaisé de la nuit.
.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
.
Michel Ducom
.
derrière chaque vitre une présence close
le sang qui a irrigué les récits
la rue s'étire au soleil du Sud
l'érable est avare d'ombre
derrière chaque geste le geste d'avant
presqu'un regret, un oubli
la place pour déplier les paroles
je m'arme de silence, pourtant,
car il faudra bientôt dire et trancher.
..
°°°°°°°°°°°°
..
Nath
..
CE SERA TOI
Ce sera toi.
L'oiseau-lyre de nos paroles
Aura démaquillé tous les épouvantails,
Et ce sera toi.
..
Après les pluies de l'aube et les sursauts du soir,
Après le poids des murs et l'ombre des fenêtres,
Après les grilles fauves aux courbures du jour,
Ce sera toi.
Et le bois mort n'existera plus qu'en présage du feu.
Et la pluie ne nous sera pluie qu'à redessiner
l'arc-en-ciel.
Et les arbres pousseront à l'envers,
Avec des branches pour racines
Et des racines en plein soleil.
..
Ce sera toi
Comme une page blanche
Où faire poème de chaque mot.
Ce sera toi
Comme une incertitude
Où lire promesse au moindre geste.
Et dans chaque pierre du chemin qui saura le parfum
des roses,
Et dans chaque paupière éclose,
Et dans chaque orée du matin,
Ce sera toi.
..
Un arc-en-ciel d'oiseaux vient d'ouvrir la fenêtre,
Et le feu coule en pluie dans le creux de ma main.
Du plus loin, du plus près d'hier et de demain,
C'est déjà toi.
..
FUNERAILLES DES MERS
Dans ma main
quelques fleurs
La tempête à rebours
La vague à crête nue sous l'assoiffé des algues
Plus loin
plus près du vent
le phare déserté
Le rivage tremblant
L'ancre rose des sables
..
Je regarde le jour
emprunter à la vitre
une empreinte
un murmure
un geste de soleil
..
Ce ciel à boue partant
Ce ciel à peur ouverte
Cette escale du sel
loin
derrière l'été
..
SOLSTICE
De part et d'autre du soleil,
C'est toi.
Tu es l'arbre qui multiplie mes forêts,
Tu es la main qui rend ma bouche aux oiseaux,
Tu es l'ancre de mes marées
Et la rose de mes sables.
..
C'est moi déshabillée de tout
Que je vois quand je te regarde.
C'est hier aboli,
C'est demain si tu veux,
C'est ailleurs,
Et c'est aujourd'hui.
..
De part et d'autre du soleil,
C'est toi.
.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°
..
Patrick Devaux
souvent
inapte
..
sur l'étagère
..
le livre
..
tel
un balancement d'oiseau
..
aux pattes
serrées
.
sur
une faible branche
..°°°°°°°°
silence
comme jamais
dans les livres
..
presque
personne
n'y va
..
personne
ne vient
..
seule
dans mon ombre...
..
la droite
présence assise
d'un bouddha
°°°°°°°°°°°°
..
pourquoi
un poète
serait-il
moins
méconnu
que
les mots eux-mêmes ?
...
°°°°°°°°°°
..
enfermé
dans ma chambre
d'enfant
..
j'attendais
le bruit de la mer
..
à présent
dans les livres
..
mes mots supputent
la bienvaillance
d'un lecteur
.
°°°°°°°°°°°
..
bord de mer
..
je voulais
tellement
..
que
tu te taises
.
et
que la mer
..
un peu
parlât
de nous
.
°°°°°°°°°
nomade
..
te souviens-tu
des gestes noirs
aux yeux bridés
du nomade
de la mer
..
et de son regard
très loin
..
bien
au-delà
des hôtels ?
..
Patrick Devaux
KO PHEE PHEE Thaïlande
03/99
°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Jean-Jacques Nuel
..LE PIEGE
Parvenu au milieu du désert, le fugitif s'aperçut qu'il n'avait plus assez de vivres et d'eau
pour continuer sa route. Désormais, qu'il revienne sur ses pas ou poursuive devant lui, en
quelque sens qu'il se tourne, il n'irait nulle part.
..
LE TEMPS
Il reçut une lettre datée du treize août mille neuf cent soixante treize, le cachet de la poste
faisant foi. Il reconnut l'écriture d'Annick et ouvrit l'enveloppe avec précaution, pour ne
pas en rompre les mots.
Ces mots, il les relut cent fois pour s'en persuader. Annick lui déclarait son amour et l'in-
vitait à le rejoindre, le vingt août de la même année, à la librairie des Arcades.
On était dix-sept ans plus tard. Tout finit par arriver, même les lettres égarées. Mais leurs
deux vies s'étaient écartées l'une de l'autre inexorablement, et la librairie en faillite avait
fermé ses portes depuis longtemps.
Il déchira la lettre. Le temps restait un gouffre, et la blessure toujours si vive, malgré les
jours superposés, qu'aucune heureuse nouvelle n'aurait su la combler.
Jean-Jacques Nuel
..
°°°°°°°°°°°°°
Christian Jimenez Moreno
( Traduction française à la suite par Victor Martinez )
..
Duermevela
De que estas, que mi divagar se torno alcalino.
como los sueños de mis pasares, siempre soñolientos.
..
Así que caí en mi, con mirada omnubilada
y desdeñe lo que se me prometía como cierto
..
Pues de las sombras de los que me habían dejado
mi alma, llena reposaba.
..
Llena como la luna, que antes hubiera alcanzado
Sí las cadenas aferradas al deseo...
..
hubieran roto; que de retales esta hecha la realidad
que con ellos conformo mi existencia.
..
Y por ello destino, alcanza tragedia.
sin prestar aliento
..
A los que vagan, en la sombra
sin saber que de ellos esta la muerte
..
Saciada.
.
Christian Jimenez Moreno
...
...
Traduction (de Victor Martinez)
....
Somnolence
...
D'où es-tu que mon divaguer en devint alcalin
comme les songes de mes états d'âme ,toujours somnolents.
..
C'est ainsi que je tombai en moi, le regard obnubilé,
Et dédaignai ce qui m'était promis comme sûr
..
Car des ombres de ceux qui m'avaient quitté
Mon âme, pleine , reposait.
..
Pleine comme la lune, qu'auparavant j'aurais atteinte
Si les chaînes afferrées au désir...
..
avaient rompu ; car de raccomodages est faite la réalité
et à eux je conforme mon existence.
...
En cela destin atteint tragédie
sans prendre garde
..
A ceux qui vaquent, dans l'ombre
sans savoir que d'eux la mort
..
Est rassasiée.
( Traduction de Victor Martinez
avec la collaboration de Silvaine Arabo )
..
°°°°°°°°°°°°°
Xavière Remacle
..
La boîte à images
..
L'univers est un aquarium
où je fais semblant de respirer
car on m'a demandé en haut lieu
d'être crédible
je veux retourner aux coulisses de mon destin
j'ai deux mots à dire sur le décorum
et puis
le nom et la date de naissance ont un prix
dont il faut s'acquitter
pour en être quitte
..
°°°°°°°°°°°°°
Touche et griffe
mon infinie béance
surgit le confus silence
immobilité vaincue
et quelle vision : du sang
coagulé par des souvenirs millénaires
figé dans un entremêlement
les lueurs du sabbat défigurent
les attouchement secrets
comme un jeu démultiplié
de manille
Tu survis à ton regard rongé
et prise de la folie de mordre
tu saignes en rugissant
le sein offert à l'invisible
..
Xavière Remacle
..
°°°°°°°°°°°°°....
Francine Salomé
au bord des champs les coquillages
au bord de mer l'herbe sauvage
au bord de toi tous les silences
que je ramasse de temps en temps
..
°°°°°°°°°°°°°
..
Combien de poèmes
qui traînent
dans des tiroirs jaloux aux haleines d'encre
combien d'ailleurs ensoleillés
échoués dans les ventres des bois dormants
combien de mots vifs tendus aux ténèbres
repris
reprisés
oubliés à leur sieste
combien de nous dans ces silences bruyants
..
Francine Salomé
..
°°°°°°°°°°°°°
....
Victor Martinez
..
Songes d'un enterré
....
Je me réveillai. La chambre était une rétine immense. L'air palpitait.
Nuit vivante et glaciale, nuit expulsatrice de soi, grand organe de
l'évacuation du temps. Je dus rendre le change, tromper la gueule froide,
retisser pour moi et les autres la limite un instant perdue entre vie et mort,
rêve et réalité, temps et néant.
..
I
Le sujet sort des ses territorialités et allume la mèche. S'embrasent les horizons.
Les lointains s'incorporent, flamme unique. L'entendement est avéré, la parole
porte et noue. Les lierres de l'humain prennent feu à leur tour, la vocalité de
l'écriture est atteinte. J'atteins à ma caducité. A l'orée du visible disparaît un jeu-
ne faon - crête de certitude dans l'étincelle de l'instant.
Après s'instaure une ère de cendres. Je descends une à une les marches de
la mémoire - iniquités, insectes, détritus, tisons de l'entendement enfouis
hier. Je la touche qui brûle, cette floraison de braises. Tes membres craquent, ô
mémoire femme, et apparaît la cuisse de la nuit innombrable, sa veine artérielle
avariée - flambe encore une fenêtre du soir. La course est ambiguë, l'ardoise
saigne l'encre et la tuile le crépuscule. L'ouvrage de tes mains, femme-mémoire,
enflamme les secondes, puits de cécité où clapote une raison humide (la raison
qui rend un son de flaque). Le cyprès perce de ses racines l'organe du cadavre.
Le temps est un tombeau qui émet une histoire.
Aussi ses lèvres tombent dépecées par les oiseaux de la nuit, insectes aux clameurs
rauques, idées vives inconciliables.
Tu portes en toi une issue, tu ouvres la porte. Tu descends parmi les armoires vides
et les bibelots anciens, tu touches la dernière porte, celle que garde l'ancêtre, tu dé-
pèces sauvagement les images. Il y a la mer, une femme et un enfant.
..
II
Monte à toi une clameur, elle brûle les cloisons et me traverse, elle dilapide les sai-
sons et emporte dans l'indéfini les éventualités de vents à travers la maison. On
déplace les linceuls. Des vignes au ceps centenaire,attachées à la terre et à la pierre
nouent leur racine en géographie et territoire du désir. Des portes claquent et le
temps hurle sa faim, glaciale.
Je vis amarré à mon siège de métal. Mes pensées sont un marbre lourd, ma voix du
grès et mes idées figent une nuit lapidaire. Je porte l'échantillon et la rayure. Tu me
couvres de tes mains, tu fais pleuvoir sur moi tes cils d'où ruisselle un regard incarné.
Tes yeux sont une libre avenue dans la demeure où sont assis les invités. Tu m'invites
au repos et nous circulons silencieusement, nos pas touchent à peine le sol et nos mains
se prennent. Nos pieds aussi se touchent et nos lèvres brûlent. Tu montes à moi à tra-
vers la porte interdite. La mer clapote à mes pieds et mes cils vibrants ailerons sillon-
nent calmement les eaux.
Un battement de paupière et je reviens à la minute dénudée où s'écrit le cours de ta vie
dans la pierre d'un coeur assiégé, la houle bat, le ressac grave la roche, un oiseau plonge
et ses ailes immenses forment un instant ton image. Cette proie dépecée, c'est encore le
gîte de mes sentiments où bat un sang tumultueux.
III
Frugalité du désir, vêpres de l'heure ancienne. La paupière a maudit ses veilles passées
lorsqu'elle s'ouvre, à six heures du matin, sur les lambeaux tombés de la nuit. J'étais
venu sur la plage et je ramassais les lèvres dispersées d'une bouche tombée jadis à terre,
des doigts de femme et des seins intacts dressés dans le sable, épousés par l'élément en
ses noces de roche, en ses fastes perpétuels. Le ciel soutenait un murmure éloigné. Pour
se tourner à nouveau vers l'intérieur des terres il aurait fallu invoquer une force im-
mense, se souvenir d'un ordre effacé. Mais dans ce ciel au-dessus de la mer se découpe
la porte dans laquelle je retrouve une terre et posés au sol, à même le seuil, une ardoise,
des figures géométriques, un commencement. La lanière de l'être je la tiens dans sa voca-
lité dure, dans cette poignée que je fais jouer,soucieux, apprenant le geste et la saisie. Là
j'ouvre le cercle,ici je le multiplie, plus loin je poste des gardes qui forcent les figures de
l'absence et pose un masque sur ta face. Un autre alors vient à toi, par cette porte que
nous avons ouverte à deux. Une saison vive et brûlante perce tes lèvres serrées et pleines.
Ton être voûté en ton oeil clair dessine trois arcanes, deux silences, une solitude. Plus
loin, scène vide. Le puits et la margelle, la corde et la poulie, le gémissement, l'écho et
la vacuité. Dans cette vue, un autre je disparaît. Des négatifs, fleurs d'acanthe, poussent
dans tes mains que froisse la brise inutile. En ton ouïe l'histoire parle en syllabes déta-
chées. Tes cils sombres me disent que la seconde est déserte et la parure brisée. Sur les
terres il est déjà dix heures. Je retourne à la césure intense et cesse l'acte du commence-
ment. Le terme et le nombre muet te prennent. Il me faut, maintenant, la plume et le
stylet.
..
IV
..
Sur la table des énoncés de grès serrent leurs dents acérées. Ils embouchent la certitude
et ruent contre la cognée. La syllabe se souvient.Elle arme une porte et saisit le doute.
L'obstacle est donation nocturne. Le regard que tu m'offres par delà la page multiple,
feuillet de transparence,ouvre à la séculaire semence. Des plaines irisées vibrent en
nuées parlantes, fenaison d'instants que ta poitrine agence. Doublets, croches, blancs
vocables affublés de vergues et de mâts, vignes d'humanités serrés en leurs langues
spacieuses. La place du village s'ouvre en planète ardente, en mètre colporté.
Les civilisations basculent en migrations mentales sur la page désaccordée, choeurs
d'orgues étranglés, renversement d'oraisons et de cultures, extinctions des feux de
forêts vaines. La page est bonne si l'arbitraire balance, d'où sourd l'incise mémoire,
la guêpe aiguë, le poison tors.
..
Plus tard, ton regard est effacé et l'insomnie avance sur d'autres coulées de lave, sur
d'autres venelles de basalte.
..
Victor Martinez
....
°°°°°°°°°°°°°
03 mai 1999 : Paul Georges
....
Au récit perdu qui se mue en poème.
..
Texte voué à l'anamnèse
Démembré par le temps qui se perd ; il n'en reste qu'un pan de mur
..
Choc des crânes contre les pierres du temps
..
Génuflexions, mélopées, transes des regards
..
Les os du monts des Oliviers
tremblent, sentant
La chair d'un messie à venir
..
Je pleure d'oubli...
°°°°°°°°°°°
Mer de cendres
Dans du passé couleur de soufre
Plage de paperasses jaunies
Tout s'envole sur les têtes
De ceux qui sillonnent
°°°°°°°°°°°
Aux frottements des cils contre les paupières du matin
Aux froissements de mots dans l'esprit endolori
..
Aux froids exquis des yeux sans retour par les rues sans nom
..
Aux revenants de souvenirs aigus
Aux regains du vent sur les sables oubliés
...
Eaux languides des naissances
Eaux caressantes aux mille algues
..
O blizzard des rimes
A l'intérieur de ta peau
Soulevant les frissons du silence.
°°°°°°°°°°°
Soupirs d'un soir exténué
Virevoltent sur une volute
D'insomnie
..
Mes doigts sur un piano
D'ombres sur le blanc
D'une feuille
..
Tout est silence
Ce soir, même ma présence
En mode mineur
Est étouffée de songes
°°°°°°°°°°
Un vieux film sous-titré
Avec Greta Garbo
En sourdine
Les images passées, repassées
Dans l'adagio des nostalgies
Je largue les amarres
Je plonge dans l'eau de l'écriture
Ce monde du silence.
..
Je deviens une gangue entrouverte
Une grenade à la Valéry.
..
Paul Georges
..
°°°°°°°°°
10 Mai 1999 :Victor Martinez
..
Saison humaine
..
Clarté ponctuelle, état de nature. Mais temps de violence. Terre
d'erreur, terre d'effroi, territoire de tranchées traversé des lumignons de
la détresse : chaque bouffée d'air est un éclat de verre. L'instant s'ouvre
et s'abîme, du même au même les brises du faire circulent. Ailleurs - la
mort. C'est l'écart qui se creuse. Profitons-en : acquérons tout ce qui
manque. Il y aura sans doute un combat fatal.
Mers séparées, mémoire inquiète, promontoires, terres dont l'âpreté et le
recul en soi soulignent la fin définitive de toute unité : ainsi vivre. Le
temps est large de ses parois précaires, ses veines éclatent au printemps des
poumons. Tout est beau dégagé du présent. Tu vis à l'orée de mes doigts.
..
***
..
Chant de la variance et du continu
Pour Claudine Bourbigot
I
..
Lèvre de la soif, lettre que j'aime à voir déployer ses bannières dans le
ruissellement des pénombres et la mâture du ciel, nageoire sur l'océan désert
de ses vagues arides qui portent deux terres pour un firmament, fleuve
inconsidéré qui dévales par les résistances du corps et nies la constitution
fixe ; relecture du signe de la cessation, entreprise deux fois vouée à la
mise en cause de ses prairies d'articles, de ses prémisses étales, lait
d'éclat qui coule du bois de tes lèvres, de ses eaux profondes, de son lac de
sel, de la crypte engendrée du rêve où l'on tient prisonnier l'exaltation du
multiple au nom d'un or un, que l'on mord dans ses assolements et que l'on
crible de jachères pour les secondes et les minutes tannées d'incertitudes
vives.
Incertitude, lame où tu te brises, carènes lestées du devoir-agir qui
l'emportent sur l'ère de feu de la mer altière, cuivre des surdités marines,
fonds ennoblis du silence et du flux vibratoire des mots humains, regards que
suscite un corail, doigts d'anémones, pensées jaillies d'une étoile marine,
charges de socles contre les fruits blets de l'abîme et de sa faim verticale,
sciences, horlogeries de l'animalité restreinte (l'hippocampe effectue, à
quatre-vingt-dix degrés, une rotation), cuisses de femmes posées en ces
fonds, regards oubliés, tendres abats de ciel constituent ta charge d'amour,
ta charge d'erreur et l'écho écarlate où trônent les fanfares brisées, la
turgescence fictive.
Lèpres de la nuit consciente où s'étire la fraction du temps dans
laquelle tu reposes, qui va de toi à toi et qui soulève la roche, soulève
l'étoile, plante les lacs et les forêts mentales, verrouille les crimes
solaires en des étuis de feu, clame, fouille la rive occulte, prête à
l'amphore sa courbe de flottaison où l'homme se mire après deux mille ans de
désuétude, délestées les trombes, les dorures, l'éternelle suie que porte en
chaque être la vague opaque, les certitudes.
Résumé de terre, bande d'oubli, lune sereine pleurant ses épis morts, ses
terres vaines, sa solitude creuse de cendre épuisée, l'art est à la saison
d'août l'injure, la colonne armée, la niche où se terre l'éclat, le répons
souillé qui augure ses automnes lents, son déclin de front et sa ruine de
tempe.
Vérités circonflexes, anatomies de sens plein, reliure de page blanche,
natalités soucieuses de leur être-en-fouille, sangle des aciers nerveux -
Claudine en la minute close de son lin temporal, de ses membres d'argent où
s'allient le cierge, le marbre, le cidre de la peau et l'aurore épelant sa
syllabe de chair - Claudine en ses friches sereines, miroirs de
l'inclinaison, fenêtres de la courbure, partage du double arrêt, c'est en ses
frères de lèvres qu'elle boit la pluie tombant sur les tuiles d'oubli, sur
les saisons de roche, sur l'asphodèle montant à l'embrasure des veines, aux
gésines des gisements et aux cicatrices du ciel.
..
II
..
Racine du nu, rémission de mer, ovale de silence, splendeur céréale,
ondoiement du ciel-surface, clés de l'échange, maquis du sentiment - Claudine
parlait de la terre et de ses mains plurielles égrenait le sable de l'oeil, le
cordon bleu de la frange de mer posait une solitude, donnait une couleur à la
prosodie, un mètre à la houle sereine et sa peau était une ligne de savoir,
un prestige de cimes où s'exhalait l'intelligence (à déployer l'univers
j'obtenais cet oeil bleu).
Paroles d'acanthe, langues en émoi, fenêtres du diaphane, vélum du corps
sonar, verreries gémellaires où nous nous multipliions solitaires et mille
par le fait de nos contacts - te parler fut toucher tes cent langues
étrangères et soeurs unies aux histoires parallèles et cinglantes, indomptées
et nettes, s'ajoutant les unes aux autres dans le discours des multitudes qui
te composent, qui t'incendient et assourdissent ta présence jusqu'à la rendre
insensible averse d'été, végétation d'espoir crue à l'ombre des marronniers,
verts paquebots d'intransigeances, clairières de fougères aux mille arrivages
des cribles de la nuit, ports stellaires.
Lignes digitales du jour sur la rosée de tes lèvres, langue et sel de la
lame chaude, pincement des vaisseaux terminaux, des auréoles de sable que le
coeur meuble du désastre enfoui, vie d'effroi en ses battement d'ailes
prises, oiseau en cage, vitre violente et pierre de touche, hémorragie de
blé, graine de l'écoulement, sac de la veine blonde, nuit des fermes fumantes
sous le chant opulent du verbe, discorde du soir, vol d'insecte, clignement
de la lune souricière où se prend un regard et dont n'échappe qu'une chouette
funeste, terrils, socs, varechs, marnes - sur la paroi du jour se dessinent
trois anges penchés au rebord d'une vaste terre, d'une plaine aux collines et
aux sinuements d'yeux, pendant qu'un homme écrit entre deux pauses d'effroi,
sa rive amarrée aux choses, tenant de son poing sa nuque amaigrie et de
l'autre l'outil de sa cicatrice, rectangle touché par la hanche de disgrâce.
Bruine sur la terre-éclair qu'un matin de calcium ouvre de ses doigts
infimes, lignes délicates d'une clairière en émoi, voilures sénescentes dans
l'éblouissement des silex de nuits, dans l'étirement des formes, femmes
premières de la conscience intime, ligatures des prémices rompues, mer montée
à ses enfants de terre, à ses âmes nautiles, aspiration des fonds vers la
lumière vêtus du sable de silence, la rivière du jour éveille l'ouïe,
l'entendement clair, ruisselle en trois gouttes disposées au creux de l'être,
en son tréfonds actant.
Nuit qui te délasse de toi, le jour achève ses équinoxes, ses équilibres
nouveaux, donne à l'homme sa plume d'envol, sa trajectoire insigne, l'ouest
afflue continu et tiède, seule la paupière s'émeut, seule elle comprend,
seule elle contient les mondes, nous l'écoutons lorsque tout gît et que rien
ne se dit, la lumière s'achève en ce rebord muet où les membres exténués de
la terre n'ont su porter l'affleurement du divers mais ont su amorcer
l'épreuve du silence dans la rouille des planètes, dans les mèches d'un ciel
effrangé, dans la paupière minérale d'oeil qui lentement s'éveille et se
réfléchit, s'ouvre à l'organe préparatoire des sens et entrecoupée de longues
notes vacantes entame dans les terres son chant d'hiver, son chant du
contraste, son chant de la variance et du continu.
...
Victor Martinez
.°°°°°°°°°
...
Marc-Williams Debono.
Sous ce Joug..
Sous ce joug, l'homme erre
Il erre à s'en donner le tourni
A narrer l'imaginaire
Tout lui est rapporté, aire d'oubli
Tout le rêve et le pourfend
Il erre à s'emmurer d'alibis
A devenir poème
A scander l'aporie
Il erre à jouter l'alter
Ego d'on ne sait quel pays,
A jongler l'infini.
.
Sous ce joug, l'homme erre
A dépasser l'antan
A gésir du spasme
Réitéré de ne pas se nier
Il erre à dévaler au fond de lui-même
Au fond creux, dissonnant
Ebrieux d'une image d'hère
D'un même recommencé
Il erre au souffle du déracinement
Au contour émacié
Qui pénètre, hante, absout
S'arque, revient, arpente
Résiste à la négation.
..
Sous ce joug, l'homme erre
D'un commun autrement
Extatique revers, et
Déversement
Il erre d'abîmer le navire
Du pèlerinage vers ces terres
Lointaines et étiques
Où l'oeuvre est absence
A ces seuils épiques
Qui augurent les cris,
L'acte tragique du monde.
..
Ô homme, redresse -toi
Des torrents sont à tes pieds,
N'ont de cesse de t'abreuver
Des paysages libérés
Des mondes émus
D'être au monde
Des encres qui ne se vendent
Des milliers de cépages
De sentes dorées
Qui s'offrent à en pâlir,
..
Il est temps de n'errer plus
Qu'au filet de l'instant.
..
OLYMPE
S'y pourvoie mon ombre
La terre entière
Le matin de la comète
Tout ce qui épure devient ardent.
..
S'y pourvoie mon ombre
Tout l'indéfait
L'optique du foyer
Sans déformation par l'image.
..
Là se fait jour l'immense
Le brisant du jour
Ce confusément mien
Qui éclôt et qui pense.
..
Là s'ouvrent amour
Sève, clarté
Nuit intérieure
Enchevêtrement.
..
S'y pourvoie mon ombre
L'Aleph de Dante
Dorsale à venir
Qui éploie le temps.
Marc-Williams Debono
.°°°°°°°°°
...
Nicolas Ramel ( 18 ans )
Prétexte d'un rimailleur
Qui n'a jamais rêvé de Gérard Mercator
Un compas dans un oeil de condor
Né à Rupelmonde mort à Duisburg
Etait-ce un destin d'or qui court
Et court encore
..
Etait-ce à Rupelmonde qui court
Face au condor - voici le destin
Rêvé de Gérard Mercator
Etait-ce un plan de coffre-fort
Qu'il fit alors
..
Duisburg qui applaudit sa mort
Seul saurait où le condor
Fait son sommeil
Se réveille
Et quel est l'Age d'Or
..
Qui n'a jamais rêvé de Gérard Mercator
..
D'où le tuyau
J'ai du sang sur les trois joues
Un poisson mort sur le crâne
Du riz long pour cheveux
Mon visage est une assiette
..
Chaleur - et... saigner ta condescendance
..
Je suis un four à micro-ondes
Qu'inonde l'immonde mappemonde
Faut-il vraiment que je réponde
De vos reproches je prends l'onde
Supportez-vous ces rimes en -onde
..
D'avoir basculé - ma faiblesse ?
Dans un autre jeu
..
Déséquilibrés
..
Quelle silhouette, quelle claque
Vous contrefaîtes les maniaques
Peur qui vous fait agir
Et terreur réagir
..
Draps, étagères, placards, fenêtres
Bas où là j'erre au quart de l'Etre
..
Nicolas Ramel
( Une page a été consacrée à Nicolas Ramel dans la
rubrique " Le Jardin des Jeunes Poètes ", voir sommaire )
°°°°°°°°°
....
Marie Bataille
à Silvaine Arabo
Casablanca
Casablanca
je me souviens
le khôl serti
aux paupières des murs
le blanc qui coupait
ses équerres
sur l'échiquier des cases
cuisson de la lumière
du blanc sabré de noir
sans pardon
sans égard
net comme un couperet
..
et là-bas sur le port
brouillé des affluences
les râpeuses jotas claquaient comme des fouets
dans les exhalaisons de chanvre et de goudron
..
je me souviens
Casablanca
l'éblouissante courtisane
au regard d'antilope
la belle almée à l'oeil de nuit
je me souviens
du pastel de ses hanches
brisant l'arête du soleil
.
Marie Bataille.
°°°°°°°°°
Bernard MARSYLLE
BLUES
Le temps marque de ses marques la mémoire
A cinq heures du matin ce n'est plus la nuit, ce n'est pas le matin
Nuits d'insomnie, la pluie dessine un miroir
Dans la nuit passe un train, trop tard pour demain
..
Passent les jours et les jours
C'est le gris qui s'installe
Des jours sans fin, des jours sans rien
Sans haine et sans amour
Le visage pâle
..
Les souvenirs honteux
Qu'on n'oublie pas devant la glace
Comme un pauvre clown malheureux
Sans faire de bruit, sans laisser de traces
..
Retournons au pays d'autrefois
Comme avant, dans mes rêves d'enfant
Plus que n'importe quoi
Dans un temps différent
Ni passé, ni présent.
Bernard MARSYLLE
.
°°°°°°°°°
..
Samuel Potier
Dans l' écorce de la terre
La chair brûle et fume
Des splendeurs de citronnelles sont ailleurs
Berçant le blanc d'un demain lumineux
La route est longue
Bordée de cactus
D'épines couleur sombre
.
Et soudain c'est la mer
Ses flots exacts
L'anéantissement et la mousse scintillante
La jonction mathématique
.
Tout est paix
Dans la puissance formidable
d'une corde de violon
.
Cosmos tendu
de musique.
.
°°°°°°°°°°°°
.
à Silvaine Arabo
Texte écrit après avoir contemplé les tissages ( " molas " ) des Indiens Kuna...
..
Le corail, écriture de la mer. Pierre marine parcourue par mille veines, mille courants,
au gré des circonvolutions de la création. " Bissou - bissou " lui -aussi, fait de détours,
d' impasses, de tentatives. Quête. Comme le mola. Recherche. Parcours sur un chemin
inconnu, qui se dérobe et pourtant se trouve en explorant. Le mola et le monde. Le mola
est le monde, ses impasses, ses dangers, ses secrets, ses chemins multiples, son grand des-
sin et son symbole. Tout est dans tout, le corail, le mola, l'homme, le monde.
.
Samuel Potier
.
Leïla Zhour
Extrait du poème :" Venez marins..."
( ... )
Soyez le corps où s'enracine ma sève aux réminiscences salines !
Les vagues ont appris à mes sens les balancements languides de
l'attente.
Laissez aux hommes de terre la droiture immobile des lits désenchantés !
.
Couchez dans les hamacs de mes rêves atlantes
Vos forces enrichies aux vents et aux cyclones
Que je les berce de ma voix de brume tiède.
Laissez glisser sur vos peaux nues mordues de sel amer
L'ondée des matins clairs qui perle à mes lèvres fécondes!
.
Venez marins, oh oui venez ! Prenez la main que je vous tends !
Buvez l'immémoriale poésie dans les hanaps de nacre translucides.
Buvez l'immensité sans frein de l'océan qui peuple ma folie
Et dans la démesure que je vous offre, prenez la mer et sa puissance !
Vous serez forts et invaincus quand les flots couvriront de leurs draps
bleus
Nos corps enlacés dans l'élan de la soif et du désir.
En nous naîtra le rythme d'un intarissable ressac
Et les masses grondantes des eaux immenses se prosterneront à vos
pieds.
.
Prenez la mer ! Prenez le corps parfumé d'iode que je vous offre !
Soyez le seigneur à la nage puissante que nul orage ne défie !
Riez aux amarres timides et dites à vos gabiers qu'ils se déploient aux
vents !
Etirez sans finir le baiser qui éteint mon chant
Et le livre tout entier à votre souffle avide des beautés outremer.
Laissez l'étreinte de vos espoirs mêler sa force à mon appel,
Que nos rêves se croisent et s'entremêlent, que nos voix s'initient.
.
Sentez comme l'océan en vous peut se dissoudre
Et de ses innombrables sels irriguer vos corps abandonnés.
Soyez, par ce don sans retour, les héros de mes rêves en devenir !
L'amour surgi en vous dans la nuit mugissante éclairée de mes stances
A expulsé toute peur, toute retenue et vous êtes désormais là,
Offerts en pleine liberté à mon désir violent et absolu.
.
Venez à moi, marins ! Que ma chevelure irisée d'écume enlace vos
visages !
Que l'attouchement de mes insaisissables mains caresse vos dos
puissants
Et vous glissez à moi ravis, aimants, sur des tapis d'algues frangées.
Aimons-nous sous l'arche de lumière aux mille reflets,
Sous les grappes épaisses et blanches qui retombent en gerbes
assourdissantes
Des cimes éphémères lancées au ciel par de furieuses marées.
Délivrons l'épaisse falaise du chant de mes souffrances
Et nageons à n'en plus pouvoir dans les flux éternels vers des lagons
limpides
Où nous coucherons à jamais dans les replis immuables
De l'or désincarné des sables dormants offerts à la lumière du temps.
.
Leïla Zhour
.
.
Louve Mathieu
elle dépose sa vie.
donne son ombre
à la poussière
doucement,
sans cris,
juste une inclinaison
sa bouche appuyée
sur sa mère.
.
elle était là,
parfois tremblante
parfois troublante
tournée vers la lumière
un pied dans la terre
rêvant de parfums
et de matin.
.
une fleur d'été,
déposée là,
par un semeur de vent.
.
Louve Mathieu, septembre 1999
.
Sylvie Le Scouarnec
balançoire
le temps balance ses silences
à l'envers de ton regard
une femme joue à l'enfant
une femme chante une ritournelle
une femme s'accroche au temps
le balancier de la mémoire
se meut dans la fuite
il marque l'espace
de son cri invisible
il marque leur rencontre
au tournant d'un regard
tu écoules tes silences
sur la balançoire vide
tu habilles ta parole
dans le regard de l'autre
tu égrènes ta musique
au seuil de l'abandon
leur espace est dans l'ailleurs
aux frontières de l'insondable
Sylvie Le Scouarnec
.
.
Leïla Zhour
Mise à nu
Violence et séduction
Le regard glissé sur mon corps vêtu
Fourreau de soie jusqu'aux chevilles
Et mes reins
Cambrés déjà pour une caresse à venir
Désir à chaque pas
Ta main qui ne vient pas
.
Marcher si lentement que la lune s'ennuie
Passer jusqu'aux ténèbres et cueillir un reflet pourpre
Ma robe moirée chatoie dans ton silence
Les hanches
Bercées déjà dans le rythme à venir
Et cette rage de te saisir
Violence encore, ce désir
Ta main qui ne vient pas
.
Laisser glisser sur l'impudique satin de la peau
La liasse des tissus dénoués de mon corps
La fureur lente des doigts éternisés à l'extrême de l'étoffe
Le sol jonché de moi en fragments dénudés
Mes yeux d'ébène
Et leur frayeur dans l'étirement de ton absence
Ta main si froide ne vient pas
.
Violence à se perdre de peur
Violence de tout mon corps qui te trahit
Traversée du désir
Je cueille sur ton visage mes larmes d'hier
.
Séduire encore le désastre de ton coeur
Ultime faiblesse dans la mort qui me prend
Ta main, une fois encore, contre mon sein
..
Alif
Voix de femme
Vocalise enroulée autour d'Alif
Liseron puissant et délicat brodé dans la nuit qui se tait
.
La voix, la voix possédée de son génie propre
Volutes de sons jusqu'à saturation des sens
Et le désir
jailli des plus secrets recoins de la mémoire
Et le désir subit du geste sculptant l'air raréfié
fugitif dessin du corps qui vit
.
La danse se noue et se dénoue tout au long de mes jambes
Le ventre s'éveille au balancement opiniâtre du rythme
scansion des pieds à l'épreuve du sol dur
.
Danse, danse, pas encore l'ivresse mais déjà cette rage
Danse, danse, mouvement incrusté jusqu'à l'âme dans le souffle durci
Danse, danse, folie et frénésie du corps au-delà de toute esthétique
mais qui, furieux, enlace dans l'espace son désir de vie, désir d'amour
.
La voix, le geste
Pureté d'un lien scellé à l'aube des temps
Mes épaules chavirent
Mes épaules livrent mes bras à la souveraineté du geste
et le sceau d'un instant hors du présent s'est apposé sur mon front
.
Danse, danse, presque une transe mais pas encore
Danse dans la fièvre du violon possédé
Danse dans la fougue des derboukas endiablés
Tissu sans figure d'un décor tutélaire aux profondeurs de nuit sans
lune
.
La voix, le corps, mariage des sortilèges
et elle chante et je danse
Les mots d'amour tirés du puits de sa poitrine sont les ors d'un désir
épandu à mes pieds
La voix, le geste
Geste sacrée, le pas inaliénable de la vie
.
Leïla Zhour
..
.....
Meg Galletti
UN EVENTAIL POUR VITTORIA
Avec ses doigts fins d'italienne
.
Elle fait tourner le temps
.
Comme une madrilène
.
Et l'éventail alors devient
.
Comme un oiseau vert
.
Dans sa main
.
[ extrait de Rose solitaire ]
.
.
LA DANSE
pour Emanuela
Deux coupes d'or
Ses mains
Elle dansa
La danse du soleil.
Tournoyante.
La danse de la lune
Lente voilée
La danse de la mort.
Immobile. Souveraine.
La danse de l'amour
Mains ouvertes
Pour étreindre le monde
En nous jetant des roses
.
[ extrait de Rose solitaire ]
Meg Galletti
Etienne Crosnier
Devant l'océan tu recules
Le mât de ton corps craint le vent du large
Tu voudrais marcher sur le miroir du vide
Faire le plein d'amour avant le naufrage
Cueillir des étoiles de mer
Dans l'oeil blanc du ciel
Mais tu as besoin des bras rudes de la ville
Du torse centenaire des maisons
Pourtant tu n'es pas bien ici
L'ombre des arbres te suit pas à pas
Les feux des artères brûlent tes paupières
Tu rêves d'océan en traversant les places
L'horizon est un mur contre lequel tu pleures
Le soleil est admis aux urgences
Et l'eau que tu bois n'est pas salée
Dans cette coupe amère où les larmes sèchent vite
Entre ville et océan, que te reste-t-il ?
La terre, où l'on s'enfonce pour prier
Etienne Crosnier
Extrait de "L'Exode immobile"
Edit. du Nouvel Athanor
.
Maurice Lestieux
Laisse faire la lumière
.
à Marianne Auricoste
C'est ainsi que le poème se délivre
de l'écrin de la page, de l'armure
des marges,de l'encre, plume et plomb liés.
.
C'est ainsi que le poète se livre
à travers le secret de la voix brune
que renvoie la voûte de pierre nue.
.
Connivence absolue de la parole
et du silence, ce dur débat, comme
l'absence et le désir, le roc, la chair...
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Voici le poème habité. Le corps
revêt l'espace de clarté et d'âme.
Les mots élus s'inscrivent sur le souffle.
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Et le regard où l'intensité pèse
capture la fureur de vivre, là ,
cette aube où les oiseaux s'assemblent.
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Telle une eau vive jaillie de l'argile,
c'est à la table épurée de l'artiste
que l'acte de création se révèle.
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Peuvent alors reprendre leur chemin
de lumière drue comme un clin d'aurore
le poète et sa parole, unanimes.
Maurice Lestieux
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Alter Wu
(par le compagnon ensablé)
la Raison sur le seuil
tâte les clefs dans son sac
.
soudain hésitante
le Diable bat sa femme
.
elle s'abrite sous l'envergure
de son propre désarroi
.
et se faufile entre les flaques naissantes
où tremblent les sourires du soleil
Alter Wu
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René Cailletaud
Jour de pluie ininterrompue
Au coeur de l'automne, par un jour épris de liberté, la pluie qui tombe sans discontinuer
du matin jusqu'au soir, pourrait vous conduire à broyer du noir.
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Le déluge a noyé tous vos projets. Il y a peu, vous envisagiez d'aller à bicyclette sur les
petits chemins qui titubent entre les vignes.
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La lunaison d'Octobre répand les châtaignes et vous savez où en trouver en abondance.
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Dans le même élan vous auriez coupé quelques raisins, maraude si légère qu'elle ne saurait
troubler les nuits du propriétaire.
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Mais non! Le mauvais temps a tiré le rideau d'un bout à l'autre du ciel. Il ne vous concède
même pas la petite lucame bleutée qui sauverait la joumée.
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La pluie est impitoyable. Derrière les vitres fouettées par les lanières d'eau votre oeil
démissionnaire s'attarde quelques instants sur les feuillages tourmentés par la frénésie du
vent. Tant va le rêve à l'eau qu'à la fin il succombe.
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Alors, vous allumez la lampe pour défier l'obscurité. Vous méprisez soudain la détestable
alliance des éléments hostiles et vous improvisez pour votre temps l'usage le plus habile.
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Une part pour une courte sieste d'après le déjeuner. La bonne fortune vous accompagne :
vous retrouvez en songe certains de vos amis. Tiens! ils vous apportent des châtaignes et
quelques raisins.
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Une part pour l'écriture où vous reprenez quelques textes à peaufiner, ou décidez de placer
sur le métier un nouvel ouvrage, ou encore adressez un courrier à un ami très cher momen-
tanément délaissé.
..
Une part pour la lecture d'un livre dont les pages soûles de lumière font la nique au temps
de chien.
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Et lorsque tard, trop tard, le soleil se manifeste, il semble répondre à une exhortation.
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Vous pardonnez bien sûr, en redessinant vos projets. A l'improviste, une question surgit :
ceux qui n'ont ni lieu, ni plume et seulement un semblant de toit, comment auront-ils vécu
cette joumée de pluie ininterrompue .?...
..
... Dont ne peuvent se délecter que les êtres au coeur sec.
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René Cailletaud
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Martine Morillon - Carreau
Bien à l'abri contre son
mur,
un mur tout à fait ordinaire,
parfaitement silencieux,
il y a un arbre en espalier, un
drôle d'arbre à mots palissé
sur le silence du mur, un arbre
qui murmure feuille à feuille
sans arrêt.
..
Et pour les fruits, quelle
que soit la saison fruits
toujours à point toujours mûrs,
moins compliqué qu'il n'y
paraît ; greffage et fumure
inutiles, simple question
d'orientation :
car surtout ne planter ni au
sud ni au nord, pas plus à
l'ouest qu'à l'est ;
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de préférence plein rêve,
mi-songe à la rigueur !
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°°°°°°°°°
Ne pas croire, non, que
le poème vient au poète
comme
la pomme à son pommier,
bien plutôt comme
le bon pommier au jardinier !
..
Martine Morillon - Carreau
°°°°
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..
Jean -Paul Gavard -Perret
Chacun de ses mots rêve de sa nudité.
Le drap, le blanc, le soir.
Le rouge du désir au milieu.
Il dit réel mais ne sait le toucher
(L'écriture du désir ne ferait pas de cendres).
Il apprit pourtant la vie à l'intérieur de son corps
Il rêve que ses mots prolongent sa coulée.
°°°°
Sur ton lit défait la couleur de l'instant dérive en portée de lumière.
L'histoire se faufile dans tes mains enchaînées de désir.
Tant de mot pour un seul - l'immensité redevient épaisseur.
Pour que je sois vivant, tu cèdes sans gémir.
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JP Gavard- Perret
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Pier de Lune
RENDEZ-VOUS DIFFÉRÉ
Ils avaient rendez-vous
sur le quai d'une gare
.
Le décompte s'arrime
des mois durant, ils tricotent
les jours, les heures, les secondes
sur les aiguilles du temps
.
Languissants, écartelés, complices
d'amours inauthentiques
de désirs inassouvis
ils espèrent
.
puis, vaincues par le destin
les horloges s'inclinent
.
heures suspendues
décompte inachevé
une dernière seconde expire,
lamentable lambeau...
.
aspirés par leurs illusions
deux amants agonisent
attentes stériles, désespérances
l'air se raréfie
ils n'ont plus de souffle
leurs coeurs se dissolvent
dans la nuit des temps
Demain, sur le quai d'une gare
la place sera vide.
.
..Pier de Lune
..
Philippe Vallet
Le vent pousse doucement les ramures
dessine au ciel des traits vivants,
hypnotise le temps.
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Immuable quotidien sans voie, sans heure
passerelle vulnérable
glisse sûrement aux gestes
d'une moisson de tendresse.
Puis-je déchiffrer l'éclaircie sans limite
d'un silence furtif ?
Je tremble muet,
éclaboussé du présent enfoui
au sein de chairs cautérisées.
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Nocturnes pensées,
Diurnes poussées.
Lumières d'étoiles fichées
aux ciels graciles d'une humanité blessée.
Appel violent d'un âge insaisissable
désigne la naissance d'une peau jetée.
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Tu es le noyau visible d'un monde éternel.
A tes lèvres, l'enfant qui te nourrit boit la sagesse.
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..Philippe Vallet
.
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Gérard Trougnou
Je ne fais que passer...
Bonjour !
Je passe dans un siècle aux ruines encore fumantes de haine
Je passe sur l'ondulation du temps aux vagues intemporelles
Je passe sur la voie ferrée suspendue des grandes villes
Je passe aux clartés des néons incandescents.
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Bonjour !
Je passe sur le sulfureux des nerfs, me noyant dans le vide des acides
Je passe sur les chemins de terre aux poutres d'acier
Je passe me heurtant au béton gris des labours
Je passe sur la margelle du néant.
.
Bonjour !
Je passe m'enivrant de la juste et digne indifférence
Je passe dans l'infiniment petit vestige de l'infiniment grand
Je passe au large de l'énigmatique existence.
.
Bonjour !
Je passe fustigeant les maux au carrefour des sept vies
Je passe par les ans fourbu
Je passe là où s'achève la course pour un demain qui n'est pas
Je passe me larmoyant déjà du temps perdu
.
Bonjour !
Non ! Ne vous dérangez pas
Je ne fais que passer
..
..
Fadila Chaabane
Carrefour
Par-delà les sédiments du temps
Fracassant l'étau des glaces
Brouillards bleus qui givrent
Dans un crépitement de bannières au vent
Les signes
Oiseaux de nuit hybrides
S'élancent et s'envolent
Emportant dans leur sillage
Des parcelles de Talismans
Où s'inscrivent
Encore fatales
Des lettres à l'encre
De chine.
.
Ailen
Pour un printemps
Etre jardinier du silence
Souffler sur les oeillets secrets de la paupière
Trouver la clé qui ouvre la porte du fond
où mâche un râteau oublié
.
Tracer une marelle de violettes
.
Cueillir des plants de pluie aux nuages des jours
.
Dessiner le passé des corolles
Un arbre paradis pour les ombres de brume
Un grand chapeau de paille à mirer le soleil
Réconcilier neige et sable,
.
Le premier pleur cueilli laissera tomber un pétale
.
Larme arrachée au calice d'un narcisse
.
Sylvie Le Scouarnec
Sans parole
Tu ravaudes les coeurs ternes
sur l'iceberg nocturne
ta main glisse sur le drap de neige
tu t'agrippes au filet sanglant
tu te lies au temps
cloués les coeurs inventent l'amour
sans parole
le silence ramifie l'écho
fil dans la tempête nuptiale
..
Sens unique ( mise en ligne : 30 / 03 / 01 )
Nos illusions fondent sur la neige nuptiale
chemins d'ombres parsemés de regards
la parole de sang cherche l'estuaire
nous fermons les yeux à la rencontre de la lumière
nos illusions voyagent sur l'iceberg de la peur
nous donnons un sens au vide
sens unique des rêves
sens unique de la peur
Françoise Urban- Menninger
Les draps du ciel
.
les draps du ciel
sèchent sur le fil
de mes songes
dans ce jardin suspendu
.
où ma mère
en robe fleurie
taille dans le soleil
le sourire d'une rose rouge
..
.
Adri Fab
Gisante dans l'arène.
Et pourtant.
Elle danse dans l'immobilité du silence.
Les mots muets de l'été coulent sur sa mémoire.
Un violon murmure au loin
défroisse les plis de son coeur.
Stravinski, Malher réveillent ses nuits, ses matins
dominicaux d'arôme de café.
.
Maintenant
Du sable
Que du sable
en fuite vers nulle part.
.
Gisante.
Elle s'enlise en sa blessure
Ficelée, désarticulée
Coincée entre les vagues mouvantes
d'une mer graveleuse
Vertiges incessants, mémoire tourbillonnante,
souvenirs en allés
..
Elle se tait
Là-bas, un violon de l'été lui rappelle les fols
effluves de mortes amours
.
Elle s'étire dans le sable de l'imaginaire.
.
.
Patrick Boulet
.
ORCHIDEE
Et mon corps en silence
S'est ouvert à ta voix
.
Chaque mot chaque souffle
A caressé ma peau
Et ton regard
N'avait pas de fin
.
Quand le soleil s'est levé
J'ai murmuré ton nom
..
GRÂCE
Dans le crépuscule de
Tes bras
J'ai ouvert mes yeux
Aux mondes
.
A tes mondes
.
J'y ai vu des soleils
D'eau
Des nuages
De feu
.
Et rien jamais
Ne me parut si beau
.
?
Car ton silence
Est un royaume
.
Mes mots
N'ont plus la force
De naître
.
Et ma bouche au matin
A quitté mon visage
.
COULEURS
Bleu vert et jaune
Le soleil a la couleur
De tes humeurs
Bleue verte et jaune
Ta main a la douceur
De tes bonheurs
Couleurs magiques je peindrai vivant
Des tableaux de toi enfant
.
BLEU BLANC
Une veine bleue
Pour chanter
La vie
.
Un coquillage blanc
Une perle de nacre
Pour dire
La pureté
.
Sur la plage
De ta peau
J'ai compté
Les grains de sable
Un à un
.
.
Denis Emorine
Je m'introduirai dans la ville assiégée. Il le faut : on ne peut se soustraire
plus longtemps à la hideur du monde. Je secouerai ses remparts dentelés de
feu, je courrai le long des avenues désorientées, je déchiffrerai la partition
des visages et des voix.
Ils seront tous au rendez-vous fixé par l'histoire, tous assignés à résidence
pour l'éternité.
Je remplirai mes yeux de la buée de chaque instant. Les mots n'ayant plus
cours en ces lieux, j'essaierai de rebrousser chemin. Là, devant mes mains
écorchées, se dressera l'enfance du monde.
..
Lionel André
Appel discret de l'infini
..
...
cliquetis de larmes gelées dans les sapins
le soleil
insiste
.
.
la blancheur se dissout dans les entonnoirs
.
pierres
couleur de vin rayées de vert
l'épaule de l'aube s'éclaire de miel
.
.
face au soleil
.
cachés sous la pelouse
.
grands cercles
de pierres
roulés par les glaciers
.
.
le réel
si distrait
.
se désintègre en la fièvre
.
entre chaque pierre
un désert
qui se prolonge en moi
.
.
un signe
gardien d'un mouvement infini
.
un trait
qui imprime
la cire de l'oubli
.
.
déplacement maladroit
dans la pente
.
si éparpillé aujourd'hui
.
la géométrie s'incline et croise les défaillances de ma chair
.
.
l'univers
se déploie dans l'ampleur de la prière
et l'attraction
du réveil
.
.
vallée habillée de laine humide
.
lacs enrobés
de lumière et de mousse
.
le temps s'arrête
.
souffle
coupé
.
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