CHARLES CARRERE MBODJE
..Danse rituelle ( Silvaine Arabo )
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LETTRES AUX POETES COREENS
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aux torturés de tous bords
nous venons à ce congrès apporter le salut
de nos soeurs
de nos frères
qui écrivent
qui peignent
qui chantent
et qui dansent
l'espoir d'un monde toujours plus beau
nous venons à ce congrès saluer votre effort
votre apport
à la construction de ce monde
notre monde nous inquiète
c'est du pétrole qui coule dans ses veines
et non du sang
ses bras sont acier
ses pieds sont robots
sa tête technologie
quand il rêve c'est de dollars
quand il pleure c'est de croissance
d'excroissance
et non de science
et de conscience
et de connaissance
la voix des poètes dans ce monde
doit s'élever
toujours plus haut
toujours plus fort
pour chanter le corail que l'on flétrit
l'herbe que l'on pollue
nos fleurs ont à présent
l'odeur amère du kérosène
certes nous sommes pour le progrès
nous célébrons les avions qui plient
le ciel en quatre
comme un simple mouchoir de batiste
bleu ou gris selon l'humeur
et la couleur du temps
nous chantons les navires qui relient
toutes les mers
les machines qui font pousser le blé
mais nous disons dans le respect du ciel
dans le respect de la mer
dans le respect de la terre
nous ne sommes pas des palabreurs
nous ne racontons pas d'histoires
nous ne sommes pas des moralistes
nous ne donnons pas de leçons
nous pensons simplement
avec nos larmes avec nos rires
notre encre a la couleur et la densité de notre sang
pour dire l'oiseau que l'on assassine
l'herbe que l'on piétine
car nous aimons la vie
la vie de tous
la vie tout entière
la vie est partout
elle est dans l'enfant
tiraillé par la faim
dans les pays sans pain
elle est dans l'homme que l'on torture
dans les geôles sans loi
elle est dans le chien qui crève
dans les rues sans pitié
nous chantons la vie
pour que les plaines reverdissent
le feu et l'eau réconciliés
pour un monde toujours plus beau
nous disons sans relâche
nos utopies d'aujourd'hui
et nos rêves de toujours
avec nos mots durs et tendres
faibles et forts
d'un coeur d'enfant
prompt à s'émouvoir
à rire
à pleurer
avec un coeur d'argile lumineuse
pétrie de vérité
et d'immortalité
nous chantons la beauté
nous chantons l'amour
nous chantons l'espérance
nous chantons la liberté
nous sommes toujours les fous d'aujourd'hui
et les dieux de demain
Séoul le 29 juin 1979
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SEUL A SEOUL
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tout est triste
tout est triste
les fruits de mer et le sancerre
le pub royal est sans reine
mes mains sont des flamands roses
picorant déjà le retour du voyage
les écrevisses ont recourbé leurs ailes
sous la vanité d'exister seul
et les abeilles sur la nappe blanche
butinent la mélancolie pour distiller des larmes
je connais la peine sous l'abondance des fleurs
tes yeux me suivent à l'ombre de l'absence
ouvrent ma fenêtre sous le lierre qui l'enchaîne
leur tendresse porte la lumière du jour
au salon monte une femme qui te ressemble
monte le désir aux flancs que tu caresses
monte la musique aux tréfonds du corps
je connais la chanson
elle irradie le ciel la terre la mer et les monts
elle brise de sa pétulence hermétique
les limites frénétiques où s'engouffre la tempête
tes yeux éclairent toutes les nuits
tes lèvres étanchent toutes les soifs
il est minuit
c'est le jour le plus long
cette rose que je n'offrirai pas
je la garde sur ma table et dans mes yeux
je l'appelle de ton nom
je connais tous tes mensonges
chaque pétale chaque épine est notre amour
je m'en irai avec elle à l'hôtel qui m'accueille
l'offrir à mon rêve en songeant à toi
Séoul le 24 juin 1979
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SEOUL SOUS LA PLUIE
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séoul est triste sous la pluie
d'une goutte à l'autre j'erre dans ce village
égaré dans le soir dans une forêt de pierres
où s'abritent les maçons à l'orée des chantiers
je traîne mon sourire sous l'unique pensée
de ton corps qui me brûle sous l'ondée glacée
où l'amour crépite sous chaque grain de pluie
les jardins s'effritent sous la rafale
tes cheveux tissent les branches des arbres
chaque éclair allume tes mains sur mon corps
il pleut sur Séoul une pluie fine et triste
que perce ton regard à travers la distance
Séoul le 30 juin 1979.
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TROIS MOUETTES PASSENT
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le brouillard traîne sur le fleuve han
trois mouettes passent
peut-être repasseront-elles si elles reviennent
de la mer jaune
une vague les accompagne dans un dernier adieu
la douce grisaille de ma mémoire s'estompe
le calme descend du ciel mélancolique
embraser la chevelure des arbres
je sens la paix cachée sur les rives
l'espérance au 38e parallèle
la haine tapie derrière les passions
tisse les intérêts fait tourner le monde
mensonge après mensonge cousu de sang
j'ai vu les filles aux yeux de porcelaine
poser un regard sur mon regard d'amour
chanter les arbres à l'ombre des collines
comme une flûte secrète au sein des forêts
la roche parle d'un temps que je connais pas
mais que le rêve découvre dans la joie des matins
la terre parle en mots que je comprends pas
les bouleaux reprennent au pied du mont Halla
oreille attentive j'ai pu saisir l'accent
sur les lèvres vermeilles des filles de Pusan
à présent je connais vos paroles d'espérance
en un lit secret où coulent tous vos désirs
la fleur espérée de la paix renaissante
délivrer vos routes par vos autoroutes
et relier pyong yang à Séoul par les chaînes
que l'âme des anciens dévisageant les dieux
en couronnes d'allégresse ont tressé sur vous
sur le sable bercé par la beauté des vents
l'océan médite au large de chéju
le continent s'éveille à la crête des ténèbres
pour mettre au front du monde une étoile nouvelle
Séoul le 3 juillet 1979
dédié à :
mlle kim hyun-jik, mile byun choon-sook, mlle cho in-ja
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MERE DES CARAIBES
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à jean brierre, poète haïtien
à présent je sais
que je suis ici depuis longtemps
je sais
que le sang nègre semé en corail
dans la mer des caraïbes
en gouttelettes de larmes
n'est pas un sang perdu
il féconde le pollen des fleurs
aux couleurs éclatées
exaltant les parfums étalés
de la crête des mornes
à la racine des vagues
l'afrique meurtrie vous perçoit
avec fierté comme un sourire
à sa misère
le temps a effacé la colère
et la paix habite les charmilles
le souvenir tapi au fond des coeurs
comme le matin à l'orée du réveil
calme dans la couleur du soir
je peins de mots d'amour
les douleurs d'autrefois
le sang séché des pleurs
que picorent les vautours
aux creux des sentiers de feu
atteste que la lumière
des siècles durant confisquée
la raison égarée
l'homme bêtifié
l'or déifié
en une éclipse avilie
l'humaine civilisation
des races fraternelles
dans la tempête chaude
des mers inconnues
sur l'aile de la tourmente
ma main comme une étoile
angoissée
dépose dans ce continent blessé
de mes ancêtres
des nuits blanches des plantations
une pensée fidèle pieusement meurtrie
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LE CLOWN
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lettre à moi-même
comme un clown
après la représentation
habillé encore de restes de couleurs
je m'en vais seul dans la nuit
je marche sur un rayon de lune
je m'enfonce dans le vent
fleur sans âge sur la pierre du temps
branche dénudée au coeur de l'hiver
comme morte
l'extase baigne le soir
d'une odeur grillée de maïs
dans la pureté du ciel
mon âme immerge des racines de la vie
mes yeux percent l'opacité des songes
pour donner au monde un sourire nouveau
rire aussi parfois
parfois aussi pleurer
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AQUARIUM
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à mon épouse
le temps s'est brisé
les vents ont quitté la mer
à l'horizon agenouillé
le soleil répand sur la crinière
des vagues un rayon de sang vert
j'écoute sa prière égrener les galets
Sur la berge comme mes doigts
les perles de ta ceinture de branches
la courbe de tes reins dessine l'horizon
le soleil se noie à son dernier voile
au frisson de l'écume
j'ai recueilli tous tes fantasmes
dans les couleurs d'une aquarelle
aux reflets d'algues marines
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FEU DE BROUSSE
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mon rêve flambe
feu de brousse brûle
mes herbes tendres
mes savanes
mes forêts
j'atteindrai les rivages
qui pansent les brûlures
la nuit ombre mes yeux
sous la caresse de tes mains
la terre qui voile
la douceur de ma peau
pousse un cactus
aux épines ardentes
je retrouverai l'odeur des nègres
que le matin la rosée
donne aux terres fertiles
tes cheveux de maïs
tes yeux de lac
ton corps d'herbe longue
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TAM-TAM
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à ma mère Marie Carrère
peau sur ma peau tendue
bois de ma chair sculpté
corde de mon sang tressée
chant qui rythme mon souffle
danses nubiles choeur des vierges
à la cimaise de ma joie
tu montes à l'aube
donner jour au soleil
tam-tam
sur mes lèvres suspendu
écho aux avenues d'eau
tu ouvres mes savanes
tam - tam
à mes roseaux accroché
à mes toits de chaume
tam-tam
à mes pieds mes mains liés
tam-tam tam-tam
toute peine bue
puisque joie est mon nom
et me vient encore de toi
février 1968
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LE POULS DE LA MER
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je m'ouvre à ton image
dans la clarté naissante
du jour
du sable
du ciel
et des hommes
mes lèvres blanchissent
au souvenir de ton corps
habille-moi de sable
et d'écume
le regard de la mer
est toujours le même
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Ces poèmes sont extraits du recueil " LETTRES DE CORÉE " ( Edit. SILEX ).
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Je remercie Charles Carrère - Mbodje de m'avoir permis de reproduire ces textes.
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Charles Carrère - Mbodje, notice bio-bibliographique
La notice sera tapée ultérieurement
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