LI BAI
( LI PO ou LI BO, 701- 762 )
.
.
Porteuse ( Silvaine Arabo )
..
PENSEES PAR UNE NUIT CALME
______________________________________
Devant mon lit brille la lune
Serait-ce sur le sol du givre ?
Je lève la tête, contemple la lune
Je baisse la tête, pense à mon village natal
..
PENSEES PRINTANIERES
____________________________
Plantes du pays de Yan, telles des soiries de jade
Mûriers du pays de Qin aux verts rameaux penchés
Seigneur, pensez-vous au jour du retour ?
Cette femme, tout ce temps, a le crève-coeur
Le vent printanier n'en sait rien
Pourquoi alors entrer dans ses rideaux de gaze ?
*
Nuitée Sur un pic, un temple
Je lève la main, frôle les étoiles
Je n'ose parler à haute voix
Peur d'effrayer les êtres célestes
.
CHANSON DE MINUIT ( 1 )
_______________________________
Dans le pays de Qin,une dame Lofu
Cueille des feuilles de mûrier au bord d'un ruisseau vert clair
Bras blancs sur les rameaux vert sombre
Un soleil blanc rend plus fraîche sa robe rouge
Les vers à soie ont faim, je veux partir
Votre carrosse à cinq chevaux, pas la peine de le laisser là
.
CHANSON DE MINUIT ( 2 )
_________________________________
Au lac du Miroir, sur trois cents li
S'épanouissent nymphéas et lotus
En mai, la belle Xishi les cueille
Les gens en foule contemplent le danger
La barque rentre, sans attendre la lune
Elle retourne à la maison du roi de Yue ( 1 )
.
( 1 ) Xishi fut une favorite très célèbre du roi de Yue, qui en fit don au roi
de Wu, cadeau fatal au destinataire, qui subit une défaite en 473 avant
notre ère, vaincu par Yue . ( Note de Maurice Coyaud ).
.
CHANSON DE MINUIT ( 3 )
_______________________________
Sur Chang an brille un bout de lune
Dans dix mille foyers on bat le linge ( 1 ) : bruit
Un vent d'automne souffle sans cesse
On ne cesse de penser à Yumen ( 2 )
Quand donc pacifiera-t-on les vilains Hu ?
Les braves maris reviendront-ils des expéditions lointaines ?
/.
1 - On bat le linge : Xishi lavait son linge quand les émissaires du roi de Yue la virent
et l'embarquèrent pour le harem royal
2 - Yumen : la Porte de Jade, au Gansu, commandait un défilé par où passaient les
barbares du nord ( les Hu ) . ( notes de Maurice Coyaud )
.
ADIEU A UN AMI JUSQU'A JINGMEN
____________________________________
On a traversé loin au-delà de Jingmen
On est venu depuis le pays de Chu
Les montagnes font place à la plaine
Le fleuve coule dans de vastes espaces
Sous la lune vole le miroir du ciel
Les nuages font naître d'immenses châteaux
Mon coeur s'émeut à la vue des cours d'eau du pays natal
Ils nous accompagneront sur dix mille li
.
ACCOMPAGNANT UN AMI
________________________________
Vertes montagnes, barrant la cité au nord
Clair cours d'eau contournant les murailles à l'est
C'est là que nous nous séparons
Herbes ( 1 ) solitaires partant en expédition à dix mille li
Nuages à la dérive, désirs de l'errant
Geste de la main, amitiés au vieux copain
Hennissements du cheval pommelé qui piaffe
..
1 - péng : " vergerette, Erigeron acris " ( en Anglais " fleabane " ).
(Note de Maurice Coyaud ).
.
ANCRÉS DE NUIT À NIUZHU, ON PENSE À L'ANCIEN TEMPS
____________________________________________________________
A l'Îlot du Boeuf, sur la rivière de l'Ouest, de nuit
Ciel bleu nuit, pas un nuage
On monte à bord, pour contempler la lune automnale
L'esprit absent, on songe au général Xié ( 1 )
Moi aussi je sais déclamer mes poèmes
Personne de tel que lui pour m'entendre
Demain à l'aurore je mettrai la voile et partirai
Les feuilles d'érable tombent en foule
.
1 - Le général Xié Shang des Jin était à l'Îlot du Boeuf quand il entendit un poète
chanter, il l'invita sur sa barque . ( Note de Maurice Coyaud ).
..
ECOUTANT LE BONZE DE SHU GRATTER DE LA HARPE
_______________________________________________________________
Le bonze de Shu étreignant sa harpe bariolée de vert
A l'ouest, a descendu les cimes du mont Emei
Pour moi, il effleure son instrument
On croirait entendre bruire les myriades de pins dans les gorges
Les eaux courantes purifient le coeur de l'invité
Les sons de la harpe résonnent avec les clochettes saisies de givre
On ne s'aperçoit pas même pas du crépuscule de jade qui tombe sur les montagnes
Ni de la pénombre qui envahit les nuages de l'automne ( 1 )
.
1 - Et jam summa procul villarum culmina fumant
Majoresque cadunt altis de montibus umbrae
Virgile, Bucoliques, I, fin.
.
Tous ces poèmes sont, dans la langue chinoise, écrits en pentasyllabes .
..
Ces textes ont pu être reproduits grâce à l'aimable autorisation conjointe des Editions des
Belles-Lettres et du traducteur : Maurice Coyaud.
Textes extraits de " ANTHOLOGIE DE LA POESIE CHINOISE CLASSIQUE ",
traduction de Maurice COYAUD, Editions des BELLES-LETTRES .
.
Retour à l'accueil ( Home Page ).
.