Vivian Lofiego
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La voix, l'écho
tels des hôtes s'installent
dans les chambres
et s'arrêtent pour contempler
les bougainvillées du patio
le désordre des atlas
sur le guéridon
Et le Christ portant une robe
de poupée
L'enfance resurgit
elle réclame ses racines
son existence
Et elle entraîne dans le couloir
la mère qui avec des feuilles mortes
a tissé un manteau automnal
et cache sous l'arbre
les cicatrices, l'origine
la première dent
avec une petite mèche de cheveux
d'or noir cendré par le temps
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***
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La mémoire dans sa divine geôle
d'or le mot
Et la voix de personne
qui répète l'histoire
Et la mort qui attend
sous la poussière
d'arriver par un jour sans nom
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Elle avance dans l'ordre
que lui impose le temps taciturne du miroir
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Elle ici présente dans un éternel maintenant
qui nous dépouille du masque et du verre
et qui nous plonge telle Ophélie dans l'eau du fleuve
nus
effeuillés
originaires
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Elle ici
Qui sort son épée
au milieu de la nuit
Et nous qui lui prêtons l'inclémence
de notre déguisement d'argile.
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***
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Le vent entre par la fenêtre
entraînant un bouquet d'immortelles
Ne bouge pas ai-je dit à mon âme
Nous tenterons de lire la rumeur
qu'il nous apporte
Et dans le désordre qu'il aura causé
Parmi les objets, nous chercherons
les ombres des choses
Nous fermerons les volets derrière lui
Nous lui banderons les yeux
Nous lui mettrons un bâton dans les mains
et le ferons frapper à tâtons, à l'aveuglette
N'était pas ainsi la pinata de l'enfance ?
Des coups secs qui claquent dans l'air
Cette cruauté primitive des choses mal réparties.
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***
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Le fil de l'exil
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Le bruit des cloches
résonne dans la mémoire
au long du couloir qui mène
à la porte de la maison
fermée
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Aussi haute que la lune
chimère inaccessible
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Une procession d'images
par un soir de chaleur cruelle
où se répandent des voix,
des bruits, des sons
Et le cri cri des cigales.
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Sauve-moi dit l'oiseau,
qui apparaît à la fenêtre
et qui se joint à cette suite
de faits incertains.
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***
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Déréliction
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Invasion de primitives origines
Ascension vers l'ancien royaume
Verticalité du cerf blessé
Une fois domestiquées les calamités
ouvrent leurs racines au deuil définitif
du battement inaccessible du sacré.
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FLEUR LETALE
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Les scintillements de l'étoile rentrent dans l'ombre
éphémère sur le coeur le regard s'arrête
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La vie repose sur le fil arachnéen
d'un pâle soleil
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Dans le sang d'un vautour, une vierge
lave ses blessures de viols anciens
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L'oreille sur le sable entend
le va-et-vient perpétuel
de la mer dans sa
transparence
perce le secret
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L'orchidée baignée
des corps sacrés
d'un amour brûlé
dans la neige
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L'étincelle dorée sur l'autel
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Le Néant
Jusqu'à l'INFINI la vague
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pleine de sable LA LUNE
avec son couteau de pierre
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sur le miroir fixe du regard
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Les pulsations du coeur réduisent
Le hasard
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Labyrinthe ouvert
Les chimères s'envolent
Avec leurs cris aveugles
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La vague sur la pierre bleue
où repose L'Étoile de sang
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L'esprit de Dedalus se balançe à l'ombre
du Dieu Serpent
La reine de la nuit conduira son cavalier
au double deuil de la terre et du soleil
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TONATIUAQUALO METZLIQUALO
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Le FIL d'or de la Libellule
suspendu aux lèvres
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D'un corps abandonné dans
L'Abîme
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L'autel des larmes noires
où se cachent les offrandes
au cinquième soleil
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Hors du temps
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des couloirs avec l'odeur de l'eau fraîche
des arbres avec des feuilles en satin
comme des gardiens dans le silence
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Dissoudre en soi l'orchidée
dans le devenir de l'aube
craindre la dualité
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La flamme d'un pas solitaire
obscurité de l'aile de sable
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papillon de la nuit
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Et son sang est offert
pour la fécondité de la terre
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Eden
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Penchée avec ses rêves
glissant en silence
les doigts près de l'écume
elle frottait son linge sur la pierre
d'un lavoir, blanchissant
la souffrance humaine
tandis que le paradis s'éclipsait
dans l'eau
Et qu'au soleil séchaient les draps
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***
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SABA
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Là où ses chevilles ornées
s'immobilisent
l'ombre puise à la cime
du crépuscule
La nuit : soie de sa peau,
traverse de son chant
le désert
La reine cherche la bouche
de Salomon, le poète
de pays en pays
Sur le sable
l'or de l'énigme.
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***
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Transverbération
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Le corps de l'amant
fait d'absence
modelé en flamme vive
sous le souffle sacré de l'encens
les rêves, les orages,
le sacrifice, les feuilles mortes
d'octobre et la prison
de la petite Thérèse
Cet amant
désiré dans son éloignement
dans l'impalpable
de celui qui est trois et un
des mains qui touchent la rose, la flèche
comme de signes qu'ont laissé
l'épine, l'agonie
l'ombre dans sa demeure d'or.
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***
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ELEUTHO
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La chaise où elle était assise
un vieux trône de paille
miroitait sur les dalles du patio
la mémoire de la maison régnait ici
aveugle, âgée, voyante comme Tirésias
- premier maillon de la chaîne de l'exil -
elle susurrait dans des langues amoindries
à l'ombre implacable de l'arbre
qui arrache d'un seul coup sa racine
Vêtue d'une robe et d'un foulard noirs
comme une gorge ouverte
elle affrontait l'inclémence du temps
Patio irréel
en des soirs de citrons amers
avec le chant des grillons qui escorte
la course du soleil
Femme irréelle, Eleutho, au corps
plus voué à la terre qu'à la chaise
Menue, silencieuse, souveraine
flexible, invisible à certaines heures
Un bateau cinglant sur son ventre
Habillée comme une poupée par ses filles flétries
s'écroulant et puis non à la frontière de l'oubli
résistant et puis non aux vents du sud
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Petite fille je mettais des nards dans ses bras ouverts
où ils fondaient comme la neige
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Dans les soirs insolites
qui nous unissaient tel un lien de feu
en regardant le coeur de la terre
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En un toucher halluciné
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frayant au chant un accès
Egrenant les mots
Exhumant la mémoire
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Ma grand-mère brode
les initiales de son époux
sur les draps de noce
Elle brode sur l'ombre, sur le corps
La trame et la chaîne filent
le visible et l'invisible
La lettre cachée gît
désormais sur l'espace blanc
où ont été violés
un à un ses secrets
Là où le drap se fend en sa vieillesse
je vois l'obscure violence
Et le calme insolent de la résignation.
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Bio-bibliographie de Vivian Lofiego
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FORMATION PROFESSIONNELLE
* Maîtrise en Sciences Sociales, Université de Buenos Aires.
* Etudes d'Anthropologie, Centre d'études Anthropologiques.
* Ecole Supérieure d'Art Dramatique de Buenos Aires.
* D.E.A. en Littérature Hispanique à Paris III, Sorbonne Nouvelle.
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ACTIVITE PROFESSIONNELLE
* Lectrice du concours international : Juan Rulfo. Radio France International, Service Amérique
Latine, 1997-1998-1999-2000.
* Correctrice d'Espagnol - Larousse - service de dictionnaires bilingues, 2000.
* Collaboratrice à la mise en scène de comédie(s) : trois pièces de Samuel Beckett. Théâtre du
Lierre, Mars 2000.
* Participante du C.R.I.C.A.L. ( Centre de recherche et investigation de la littérature Latino-amé-
ricaine), Université de Paris III. (1996-1998)
* Invitée aux Ateliers de traduction de Bretagne (Maison de la poésie de Saint-Malo), dirigés par
Claude Couffon.
- Traduction de La chute des anges rebelles, 1999-2000, Fougères-Saint Malo, et de La vigilia
de las lanzaderas ..
* Bourse au C.N.L. (Centre National du Livre, aide à l'écriture), 1999.
* Auteur de :
- Obsidiennes de la nuit, Ed. Caractères, Paris, 1997. Traducteur Claude Bleton.
- L'arbre d'Ariel, Ed. Indigo, Paris, 1999. Traducteur Claude Couffon.
- Fleur Létale, Ed. Galerie Maeght, Paris, 2000. Avec onze lithographies de Young. B. Lee.
* Anthologie de poésie : MONSTRUOS el sueno de la poesia, Fondo de Cultura Economica, Bue-
nos Aires, 2000.
* "Poésie sur Parole" : émission radiophonique à France Culture, 29/06/2000.
* Publications en revues : Poésie 98 (Maison de la poésie, France), Arpa (France), Le cahier du sud
(France), Tse Tse (Argentine), Duelle (France), Imago-Prometeo (Costa Rica, Colombie), L'arbre
(France).
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TRADUCTIONS
* Revue Prometeo : poètes français nés après 1948, Paris-Colombie, 1997.
* Europe des poètes : Salah Stétié, Jean-François Bory, Ivan Alenchin, Judice Nuno, François La-
more, in revue de poésie Duelle, Galerie Maeght, Paris, 1999.
* Revue Tse Tse :
- "Le nouveau Chant De la Sirène", dossier sur Silvia Baron Supervielle (choix de poèmes), Buenos
Aires, 2000.
- "Poètes voyageurs, de Segalen à Velter", dossier poésie française. (Dossier de recherche et traduc-
tion, du dix-neuvième siècle à nos jours; en préparation pour 2001.)
* Le paradigme de la transpoésie, par Michel Camus.
* Le feu secret du silence, Michel Camus, 2001.
* L'eau étrangère, Silvia Baron Supervielle, Ed. Alcion, Argentine, 2000.
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