Préface de B. Nicolescu à " L'Etonnement poétique " de M. Couquiaud



Préface de B. Nicolescu à L'ETONNEMENT POETIQUE

de

M.Couquiaud



    Platon et Aristote, si différents par leur vision du monde, étaient toutefois d'accord

sur un point capital : l'étonnement comme source de la science. Il faudrait, bien entendu,

s'entendre sur le sens du mot science  qui, du temps de Platon et Aristote, signifiait tout

autre chose qu'aujourd'hui. Pour les anciens, il s'agissait d'une science vraie, qui unit

le savoir à l'être et met l'homme au centre de la connaissance. La science vraie  inclut les

sciences exactes et les sciences humaines, l'art, la poésie, la philosophie. Quand l'interac-

tion entre les différents domaines de la connaissance est niée, l'étonnement disparaît : rien

ne nous étonne plus. A la limite, c'est nous-mêmes qui disparaissons de notre propre vie.

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    Etymologiquement, le mot étonnement  vient du latin classique attonare, qui signifie

« frapper du tonnerre  ». Mystérieux tonnerre qui échappe à nos organes des sens, car il

surgit de la rencontre entre deux niveaux différents de la réalité. Faudrait-il s'étonner que

les poètes soient les témoins privilégiés de cette rencontre ? Maurice Couquiaud a choisi

de témoigner sur cette expérience singulière, mais qui lui est familière, par la voie de l'es-

sai. Pour notre bonheur, il nous fait don de son cheminement à travers l'étonnement.

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    L'auteur est, certes, pleinement conscient que notre position dans notre rencontre en-

tre deux niveaux de réalité est modeste : « Je ne serai jamais assez dense pour détourner

la lumière, jamais assez lucide pour en être traversé... je fais donc de mon mieux pour

la réfléchir  », écrivait-il dans Chants de gravité  ( L'Harmattan, 1996 ). Mais, en même

temps, cette rencontre pourrait-elle avoir lieu sans notre présence ? Plus encore, le sens de

notre vie n'est-il pas, justement de permettre l'accomplissement de ce mystère ? « Quelle

serait l'importance de l'étincelle si elle n'allumait quelque chose de sa précarité ?  » se de-

mande Maurice Couquiaud.

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    Ceux qui connaissent bien son oeuvre poétique seront peut-être surpris de l'ampleur de

son interrogation sur l'étonnement et de découvrir ainsi la texture cachée de ses poèmes.

Les pages de son journal sont tout à fait exemplaires, car elles montrent bien la coexisten-

ce contradictoire d'un poète chantant l'harmonie de ce monde ( « Je me laisse envahir d'

une harmonie que l'Histoire n'a pu détruire  » écrivait-il dans Chants de gravité ) et d'un

penseur qui voudrait sonder « le seuil ultime de l'incertitude  ». Bref, Maurice Couqui-

aud est un visionnaire tranquille,  qui partage avec Jean Biès le « désir du désert  », non

par un besoin de solitude mais pour répondre à l'appel de l'oasis et de l'image qui conduit

vers la source indispensable. Il faudrait lire avec attention son entretien avec Pierre Oster

pour voir les sommets où les poètes peuvent aller avec leurs interrogations fécondes.

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    L'étonnement exclut le nombrilisme. On comprend mieux, en lisant ce livre, l'intérêt

constant que Maurice Couquiaud et son complice de toujours, Gérard Murail, portent à la

science, jusqu'à transformer la revue Phréatique  en un lieu de dialogue transdisciplinai-

re entre la science, l'art et la poésie. Loin de toute appropriation naïve des termes ou des

concepts scientifiques, Maurice Couquiaud s'intéresse à ce qui peut se manifester simulta-

nément et dans la science et dans la poésie, par un isomorphisme qui enrichit notre com-

préhension de l'univers et de nous-mêmes.

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    Sur ce chemin, il était inévitable que l'auteur fût conduit à explorer l'insondable mys-

tère du temps: « Peut-on pénétrer le temps jusqu'à ses constituants ultimes ?  ». Le poète,

sans avoir aucune prétention d'inventer un nouveau concept scientifique mais muni de la

compréhension de ce que la science peut lui apporter en tant que suggestion poétique, pous-

se la hardiesse jusqu'à imaginer « une particule temporelle  ». Car le temps a la même tex-

ture que la conscience, où continuité et discontinuité coexistent pour être dépassés par un

tiers toujours secrètement inclus.

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    Laissons le dernier mot au poète : « ... l'étonnement m'a conduit dans un lieu du coeur

et de l'esprit où...j'ai compris que j'avais été comme irradié sur place par un rayonnement

que je ne pouvais refuser  ».

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                                     Basarab Nicolescu

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L'ETONNEMENT POETIQUE  a été publié aux Editions de l'Harmattan , que je remercie pour leur

autorisation de reproduction

7, rue de l'Ecole Polytechnique

75005 Paris

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