Avant-Propos à TANKA HAIKU RENGA, par Maurice Coyaud



Extraits de L'Avant-propos à TANKA HAIKU RENGA

PAR Maurice Coyaud



   La poésie japonaise classique est faite de poèmes longs (...) ou brefs (...). Le tanka  comporte

cinq vers, de 5-7-5-7-7 pieds. Cette forme est représentative de la poésie autochtone, et on l'appelle

"poésie japonaise" (...). Le haiku est un dérivé du tanka : dix-sept syllabes constituant les trois

premiers vers du tanka. Les (...) renga (maillon, chaînon) sont constitués soit par des suites de

tanka, soit par des suites de haiku, soit par des distiques de 7 et 7 pieds (la deuxième partie du tanka ).

Le tanka  traite souvent de thèmes amoureux (on en trouvera maints exemples dans la partie intitulée

Tanka p. 153 et suivantes, où j'ai choisi des échantillons de billets doux amoureux pris dans quatre

romans du Moyen-Age), tandis que le haiku  n'aborde à peu près jamais cette source d'inspiration.

Le haiku  comporte normalement un mot indiquant la saison, soit directement, soit de façon allusive.

Le haiku  comporte aussi très souvent un (...)" mot de coupure, césure" (...).

   (...) Les haiku sont souvent irréguliers :je ne me suis pas efforcé de traduire selon le rythme 5-7-5

en Français. Je développe ce sujet aux pages 99 et 100 . On trouve des haiku  irréguliers par exemple

aux pages 94 et 1 1 1. Je n'ai pas essayé à tout prix de garder le rythme original, mais contrairement à

ce que conseillait Etienne Dolet en 1540 (dans sa Manière de bien traduire d'une langue en aultre, cité

par George Steiner, After Babel, p. 276 de l'édition revue de 1992), i'ai tenté de garder l'ordre des

mots ou des idées du poème original .

   Il n'y a pas de baratin dans les haiku . Ce n'est pas une poésie discursive. A la limite, on pourrait

comparer des formes très brèves (le rondeau par exemple), et encore!

                       Le temps a quitté son manteau

                       De vent, de froidure et de pluye

Admettons qu'un compère en renga ajoute un maillon à la chaîne :

                       Et s'est vêtu de pierreries

                       De soleil luisant clair et beau

Ce serait tout. Un poète du XIX siècle pourrait à la rigueur ajouter :

                       Mars, qui rit malgré les averses

                       Prépare en secret le printemps .

Voilà un haiku , mais pas plus. Charles d'Orléans et Théophile Gautier sont tellement loin de l'esprit

japonais. Et pourtant, chez nous, qui pourrions-nous citer ? Apollinaire et Desnos parfois...

   Pour traduire, c'est de la haute voltige. Je n'ai pas craint de fournir les textes originaux, allant ainsi

au devant des accusations de faux-sens, contre-sens, etc. Rappelons quand même que la langue japonaise

n'a pas de personne verbale, pas de nombre, ni genre grammatical. Traduire est trahir au plus haut point,

car il faut passer du flou au précis. Le Français est contraint de donner des indications superflues en

japonais. La densité du haiku  et du tanka  est floue. D'où leur intraduisibilité, au sens strict.

   Le haiku  défie le commentaire. "Spiritualisme vaseusement oecuménique" c'est ainsi qu'Etiemble

( dans Du haiku, 1995 ) qualifie ceux de Blyth (six volumes!), ce bavard impénitent pillé par les traduc-

teurs de haiku  ignorant le japonais (...).L'originalité du poète d'un haiku  réside dans la plupart des cas

en douze syllabes. En effet, le haiku  comporte en règle générale une partie indiquant la saison, telle que

Samusa kana "quel froid ! ", aki no kure "soir d'automne", atsusa kana "quelle chaleur! ", suzushisa ya "

quelle fraîcheur!", etc. C'est dans les douze syllabes restantes que le poète peut se montrer génial. Et ce

serait commentable ?

   Le haiku  c'est pour ainsi dire comme le presque-rien  dont disserte abondamment Vladimir Jankélé-

vitch de pair avec le je-ne-sais-quoi  (trois vol., Seuil, 1980). C'est l'expérience existentielle évoquée

simplement, de façon allusive. Je ne veux pas écraser ces violettes avec mes gros sabots.

   Je suivrai le conseil que Dazai Osamu se donnait jadis, afin de se justifier ses beuveries : "Sans un

verre à la main, pourrions-nous évoquer les jours de notre vie ?" J'ai donc bu en abondance.

   Il y a encore, dans les Préceptes  de Bashô, ce passage : "Limite-toi à la poésie ; ne perds pas ton temps

en propos futiles. Si la conversation s'égare, somnole pour économiser ta force créatrice" (extrait de Tsu-

garu, écrit en 1944, traduction par Didier Chiche, sous le titre de Pays natal, Picquier, 1995).

                                          Maurice Coyaud

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Je remercie bien vivement les éditions des " Belles Lettres " qui m'ont autorisée à reproduire des

extraits des livres de Maurice Coyaud ( " Anthologie de la poésie chinoise classique " et " Tanka

Haiku Renga " ) .

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