Les lettres de Paulette et Victor |
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La créativité se rencontre aussi bien aux détours des sentiers battus qu'en suivant les voies de l'originalité à tout prix et des sensations rares : Il nous a semblé amusant et utile de montrer qu'un genre un peu stéréotypé, la lettre familière, où des personnages comme tout le monde, Paulette, Victor, Lulu, vous, moi, racontent les vacances de tout le monde, recèle des myriades de possibles à condition d'en connaître les ingrédients et d'en expliciter la combinatoire.
Nous avons choisi la lettre de vacances pour plusieurs raisons ; nous voulions appliquer à des textes d'une certaine longueur les techniques de créativité que nous avions mises au point pour l'oral ou pour des messages plus courts, et, en fouinant à la Foire aux Puces et chez les brocanteurs comme dans nos vieux papiers personnels, il nous a semblé que les cartes postales et les lettres de vacanciers étaient réductibles à une matrice de fonctions simples aisément démultipliables à l'infini. D'autre part, dans une civilisation audio-visuelle où l'on écrit de moins en moins, la lettre de vacances résiste encore fort bien au téléphone, au point que pendant les grandes vacances les P & T doivent engager du personnel supplémentaire.
Enfin la lettre de vacances, sous une naïveté apparente, contient toute une comédie humaine miniaturisée, du social, du sentiment, du récit, de l'action, des stratégies, des transactions concrètes mais aussi libidinales, tout un jeu entre l'énonciateur et le destinataire, où, comme dans un bon jeu de société, le recours à un nombre limité de règles simples donne sans cesse l'impression d'un renouvellement. Les lettres de vacances sont tout à la fois toujours et jamais les mêmes, ce qui fait tout le plaisir, sinon de les écrire, du moins de les recevoir.
Pourquoi Paulette, Victor, Lulu, Germaine, Gaston et les autres, et non pas Urien, Mélisande, Valériane ? Pourquoi Le Pornichet qui évoque Monsieur Hulot et la pêche aux moules ? Que l'on ne voie surtout pas dans ce choix une dérision des braves ou des petites gens. Les héros philosophiques que nous préférons son Pierrot mon ami et le soldat Bru du Dimanche de la vie dans le sillage de Raymond Queneau, sillage où nous retrouvons comme par hasard Georges Perec, nous leur avons donné des cousins épistoliers. Si vous croyez que vos amis n'écrivent pas comme Paulette et Victor, attendez les prochaines vacances et voyez si leurs lettres échappent au modèle que nous proposons : vous vous apercevrez que les lettres les plus inimitables et les plus prestigieuses, celles qu'Urien, Mélisande et Valériane vous enverront de Cuernavacs, d'Albuquerque, de la Clinique de Leborde ou de Cerisy-la-Selle, ne sont à quelques détails près que des variantes de la lettre de Paulette à son amie Lulu.
Un jour donc, peu de temps avant la fin de leurs vacances, Paulette et Victor écrivent à leurs amis, à la voisine du cinquième, à la tante Jeanne ; curieusement, c'est surtout Paulette qui écrit, comme si la lettre familière étaient une de ces tâches attribuées dont les femmes commencent à suspecter la fatalité ... Mais là n'est pas notre propos.
Qui sont Paulette et Victor ? Un couple de retraités, de jeunes mariés, de compagnons de voyage ? Et leurs correspondants, Gaston, Lucienne, Popol, Germaine ? Certaines lettres font penser qu'il s'agit de parents, d'autres de simples relations, d'autres encore d'amants, de maîtresses, de copains. Mais là n'est pas la question.
Écrire une lettre. mode d'emploi
Copyright © Michel Jannot. Mise à jour le jeudi 20 janvier 2000