DECEMBRE01

Fevrier 2002

 


 

Le 02/02/02

Cher réseau,

Encore une belle date, ça !

C'est d'autant plus urgent de t'écrire ce soir que je crois être dans une période d'abrutissement apaisé, cet état coutumier que je déteste tant... J'ai justement reçu mon premier mail de lectrice inconnue, Ultraorange, elle a un site dans la CEV elle aussi. Et ce sujet de l'avachissement à la fois honteux et satisfait du corps et de l'intelligence semblait trouver de l'écho chez elle... Deux choses : c'est génial de recevoir un mail spontané, même si je luis dois encore quelques lignes (mais non c'est pas du commerce équitaaaaable... C'est que j'aime dire tout ce que j'ai à dire), en ce moment je suis un peu court en correspondance... L'autre chose, c'est que ça m'emmbête de retrouver cet sensation d'être "confortablement con" (si tu choppes la référence, on peut s'entendre...). C'est pour ça que ça me semblait urgent de me mettre au clavier ce soir. Pour combattre cette sensation de vide auto dynamique. J'aime bien relire ce que j'écris ici... Pas que ça me semble d'une profondeur inégalable, mais ça remplace ma mémoire défaillante, ça me rappelle que je suis quelqu'un qui éxiste dans la continuité, et pas un genre de spectre qui traverse la journée et son environnement dans l'inutilité, le flou, l'inconséquence... La rubrique environnement, c'est aussi ça : donner du corps au lendemain. C'est aussi pour ça que j'ai besoin de toi : par contact, je me sens moins inconsistant.

Aujourd'hui, je me suis levé après midi, ça faisait des semaines que j'avais besoin de me faire une grasse nuitée... Après manger, je suis allé m'acheter une bière dans la rue à côté. Une Leffe Radieuse. Qui selon J-B Pouy, fait rire bêtement. Je sais pas, j'étais tout seul. Je l'ai faite décapsuler par le marchand, et je suis allé dans cette rue pleine de monde, avec un soleil de jour de fête, la bière me débordant sur la main, mon pardessus soulevé par un vent amical, j'avais la pêche. Bon, ensuite, les doigts collants dans le métro, c'est nettement moins la classe. (wo, là, je m'ennerve, je fais une faute de frappe tous les trois mots, je passe mon temps à corriger, ça casse le rythme, chiotte... Clavier de daube.. en plus Rhésus était encore là à m'installer l'imprimante et le scann hier soir et il y a passé des heures et ça marche pas, et le clavier est hyper dur). Je suis allé à une réunion ATTAC sur la dette en Afrique, et j'ai assisté à une conférence sur le thème des sources de financement pour les initiatives de développement. J'ai découvert le micro crédit (organiser l'épargne de population pauvre en les aidant à développer des mini projets qui rendent leur épargne rentable...), et une association qui organise des émigrés du Mali dans leur apports financier au village, qui leur apprend à être des animateurs de projets de développement... Ce qui permet de zapper l'ingérence des occidentaux... Enthousiasmant. J'étais avec Géant Vert, qui fait partie de ces gens que je devrais voir régulièrement, et pis non, je m'organise comme une abeille face à une vitre. Après, jai vu un peu Kaly et Sama, on prépare un petit séjour à Bruges, chai pas si je t'en ai déjà parlé. Bon taux de déconne à la minute, communication facile avec eux, c'est agréable.

Mais, toute l'après midi et la soirée j'étais dans le zef, comme un qui a pas pu prendre son café. Ya que maintenant que mon cerveau retrouve un semblant d'activité suivie... Ca fait presque une semaine que je suis comme ça... C'est lié à ces quelques jours passés sans bosser beaucoup : je crois que mon corps fait exprès de jouer les crétins les jours où j'ai pas utilisé mon intelligence (hum) à bon escient.

Environnement :

Lever à 9h, je prépare le petit oral de 3 minutes pour lundi, je mange avec les parents, je vais boire un thé chez A., la copine de E.T, et le soir, normalement, ciné. From Hell, pourquoi pas ?

En lecture : La vie en temps de guerre, de Lucuis Shepard, et La déliaison amoureuse, de Serge Chaumier (c'est de la socio, ça casse le discours de confusion entre amour, couple de longue durée, monogamie... J'en reparlerai si j'arrive à retrouver du temps pour lire un truc assez éxigeant point de vue attention..)

Album : L'absente, de Yann Tiersen et The Wall, de Pink Floyd, acheté hier...

 

Le 04/02/02

Cher réseau,

Bon, hier et aujourd'hui, j'avais un peu plus de tonus dans le cerveau. Moins l'impression de me balader avec un ballon d'eau tiède à la place du crâne. Mercimercimerci cher réseau de me donner cette occasion d'écrire. Tu sais pas ce que ça me fait du bien.

Dimanche je suis effectivement allé chez A., Cléa était là et est partie juste après la fin d'une vidéo, mais non, je suis pas véxé. Non, ce qui m'a véxé, c'est de voir des photos du réveillon, où j'ai une bouille de gros blond. Tu sais, genre américain bien nourri, belge buveur de bière, autrichien au concours du mangeur de choucroute. J'ai souvent ce style de tronche sur les photos. Je veux dire, physiquement, je suis plutôt normalement proportionné, de belles épaules, 1m82, nan c'est pas du narcissisme, je suis musclé comme un flan au pruneau (tu choppes ? Bizous.). Bref, je me contenterai de ce que j'ai si, autour de mes yeux verts (ouais, bon, c'est maladroit de me décrire comme ça en passant, j'avais envie de le faire...), je me payais pas une bouille de supporter de l'équipe de Lille à Interville. Oui, ya plus grave dans la vie, mais ça me contrarie. Donc, décision d'arréter de bouffer des patisseries à tout bout de champs, calmos sur la taille des repas, un seul dessert si possible un fruit ou des yogourts 0 %, et surtout, exos du matins plus réguliers... Et si ça change pas un peu (j'ai à peine 2 kilos à perdre...), on passe à la vitesse supérieure, avec réduction de la viande... Sob...
C'était le paragraphe "Chien fou est une blonde superficielle".

Dimanche soir, vu "The chateau". Deux américains héritent d'un chateau en France, et s'aperçoivent que les gens qui vivent là ne sauront pas où aller si ils vendent ce grand machin plein de fuites et de trous dans la toiture. Eh ben c'est nettement moins simpliste que ça à l'air, c'est drôle, très bien joué (Sylvie Testud te fait croire que t'es devant un documentaire tellement elle joue juste), c'est plein de rebondissements comme dans les polars... Moi qui m'attendait à une curiosité à la dogma doublée de machins caricaturaux, c'est assez rafraîchissant... Gros moment de flippe : j'ai oublié d'aller voir 2T à son spectacle d'escrime artisitique. J'abuse. "L'homo à côté de la placus" dans toute sa splendeur.

Jourd'hui, j'ai fait mon intervention orale en trois minutes, le mec me dis "je suis médusé, j'aurai pas fait mieux que vous" et me colle un 10 sur 20. J'ai un peu les nerfs. Entendu ce matin sur France Inter Dominique Bromberger expliquer qu'en s'intéressant à Porto Alegre, les médias Français sont à côté de la plaque, que d'ailleurs là bas ils sont pas si radicaux, un peu improductifs, bien gentils... Et que l'absence d'officiels internationaux et de retour média dans les autres pays signifie que c'est un bide. Ce sont ses critères de réussite... Et que contester la mondialisation, c'est comme dire à une rivière de couler dans l'autre sens. Dans le genre qui te donne envie de tout casser dans le métro, le matin, pas mal. Heureusement qu'il y a Guy Carlier.

A part ça, ma fac est pleine de gens à qui j'aimerai adresser plus souvent la parole, et puis je me planque, j'oublie, je sais pas quoi dire "pour aborder", mais comme dans pas mal de situations je ne suis pas du tout timide, les gens sont surpris que je ne mène pas toujours la conversation... La solitude est une prison de verre, comme disait Bradbury.

Ca m'énerve, tapper directemnt sur frontpage c'est l'horreur, en tout cas dans ma version ça met des heures à s'afficher, pas comme dans word, tu patientes en attendant et tu perds tout le fil... J'vais essayer de changer de version, on m'en a passé une plus récente. Sais pas si ça marche.

 

Ouf... je crois que j'ai capté... Pas d'environnement ce soir, pasque j'ai un peu les nerfs d'avoir ramé là dessus. Mais ça marche.

 

 

Le 05/02/02

Cher réseau,

ma journée était très chiante.
J'ai un peu les boules pour Chouanne, elle a des gros problèmes de santé, et je sais pas quoi faire pour lui faire du bien. Pas mon rôle, mais j'aimerai. Depuis quelques temps, on se reparle, ça, ça me fait du bien.  Et j'aimerai donner un truc en échange, qui marque un peu le coup... Il reste une sorte de léger écran de méfiance entre nous, ça vient sans doute en grande partie de moi, je peux pas m'empêcher de penser qu'elle est un peu comme ces chats qui, d'une fois à l'autre peuvent t'accueillir gentiment ou te faire le gros dos quand t'approches, sans bien que tu saches pourquoi...

Pas d'inspi particulière sur ma journée, mais j'aimerai te parler des deux bouquins finis dernièrement. On y va :

La vie en temps de guerre, Lucius Shepard. Roman de SF : dans un futur plutôt proche, les armées s'affrontent en amérique du sud, dans une guerre sans raisons historique autre que la connerie humaine. Ambiance Vietnham apocalypse now. Les soldats se droguent pour tenir. Certains ont des petits pouvoirs de divination, de manipulation de l'esprit... Ils sont entraînés et sont supposés faire avancer les choses, mais la guerre reste toujours aussi chaotique, les soldats médium fricottent avec la parano... Le personnage principal finit par se rendre compte que derrière la guerre a lieu une autre guerre, entre deux familles de médiums, peu puissants, mais ayant découvert leurs capacités et les drogues pour les développer plus tôt que tout le monde. Et c'est leur conflit qui est à l'origine de tous les autres... En fait, je résume à la pelleteuse, parce que c'est un livre qui part dans tous les sens,  le style de l'auteur, malgré la traduction, reste très évocateur, comme le résultat d'une longue fièvre. On le sent inspiré par "Cent ans de solitude"... Le résultat est assez fort, un peu long, mais c'est bourré de scènes mystiques, de bonnes idées (un hélicoptère crashé dont l'ordi de bord se prend pour Dieu depuis qu'il a essayé de s'auto-réparer avec le reste du missile qui lui était rentré dans la carlingue...)

1280 âmes, de Jean Bernard Pouy. Une sorte de polar à références où l'enquête porte sur une énigme littéraire : comment se fait il que le polar de Jim Thompson, "Pop 1280" ait été traduit par "1275 âmes" en français ?  Qui sont les 5 disparus ? L'enquête est menée par un libraire bon vivant, Pierre de Gondol. C'est drôle (notemment un passage où lafiancée du héros raconte sa tournée de théâtre expérimental associatif dans le cadre d'un festrival de l'andouille, 4 pages de pur délire...), ça donne envie de se tapper toutes les références citées, on se sent moins seul dans la famille des lecteurs, mais point de vue pois/prix et même histoire/possibilités, c'est une arnaque... Rheusement que c'est Chouanne qui me l'a prêté. Et qu'on lui a offert. C'est le premier d'une série fondée sur ce principe d'enqête littéraire.

 

Bon, à part ça, 4 R.A.V   :

Vente aux enchères, dans un but caritatif, de la casquette que Mitterand mettait pour aller sur le Mont Solutré...
"Nous les savons avides de notre pourriture
Mieux que d'la confiture
A des cochons !"

* * *

Je prête énromément attention au moment où les personnes ferment leur visage. Soit dans la concentration, soit dans l'hostilité. Je ne peux m'empêcher de ressentir très fortement le mauvais fond de leur caractère. Les yeux plus fixes, plus bêtes, plus égocentrés, plus près de la haine et de la mort.

* * *

Une citation de Durkheim, montrée par Dine : "l'Homme tient d'autant moins à soi qu'il ne tient qu'à soi." Wow.

* * *

Dans les jours sans assurance, si je rencontre quelqu'un que je connais mal, j'ai l'impression que mon corps devient un grand mannequin mécanique, qui ne répond plus à sa télécommande. J'appuie sur tous les boutons, toutes les manettes, mais je n'obtiens pas un son ni une réaction qui puisse montrer de la vie à mon interlocuteur. Je ne peux que fixer ma panne à travers mes écrans de contrôle, impuissant à rétablir le contact entre ma batterie et mon système central. DO NOT COMPUTE.

* * *

Environnement :

Demain, lever aux éxos (pas fait depuis dimanche... Je sens que mon corps en a besoin... Je me sens rabougri dans mes muscles...), bosser sur les deux petits trucs à écrire... Demander à une de mes camarades de classe pour trouver un stage. Pas d'autre idée, mauvais signe, parce que j'ai du boulot. Besoin de sommeil, j'y vais d'ici quelques clicks...

Album en écoute : Zézé Magoo, "On s'attache".

En lecture : Parleur, de Ayerdhal. C'est une relecture, et j'adore. Autant le roman que le fait de relire : j'assure mes bases, je sens que ça devient quelque chose de plus consistant dans mon esprit... Je comprend de choses que j'avais zappé, je redéguste ce qui m'avait plû. Je reparlerai de ce bouquin.

Ah, dans le technikart du mois, pas d'article de Parick Williams, l'homme à qui je dois une culture politique pas trop lourdingue pour un gars de gôche...  J'espère qu'il revienda le mois prochain...

 

Le 06/02/02

Cher réseau,

J'ai appris qu'un de mes profs serait absent demain matin. Donc, je suis déjà en W-E... Je devrai m'être couché tôt, histoire de me remettre dans une ambiance un peu boulot "responsable qu'assume et qui fait pas de crises de doute quand il suffirait qu'il se bouge le cul..." Au lieu de ça, j'ai surfé jusque pas d'heures, à lire sur le net. Je culpabilise.Du coup, je vais rien raconter ce soir (tfaçon pas d'évênements marquant à part quelques reprises de contact courrieliques, et pis une partie de mes neurones a déclenché une grêve sauvage).

 

Environnement :

Bon, demain, lever pas trop tard, exos, séance de rangement, boulot, et le soir, vais voir Astérix avec S.

Album en écoute : que des MP3. D'ailleurs, récupéré One trip One noise de Noir Désir/Treponem Pal... Mmm...

En lecture : Parleur, de Ayerdhal.

 

 

Le 09/02/02

 

Cher réseau,

bon, pas plus d'une demi heure, hein... je suis vanné. Aujourd'hui, j'ai (enfin) revu Juliv. Un peu en coup de vent... Son emploi du temps est plus chargé que le passé politique de Pasqua. J'étais heureux de la revoir, même si je ne peux pas m'empêcher de penser qu'elle fait partie de ce genre de personne pour qui j'ai de l'affection et de l'admiration, mais que je me résigne à ne pas beaucoup voir, ne me sentant pas à la hauteur, pas assez de bonne compagnie pour partager plus que ce qu'on me donne déjà. C'est pas clair, dis toi seulement que je suis dans un trip caliméro. Pour faire bref, quand quelqu'un que j'aime bien n'est pas aussi présent que je le voudrai dans ma vie, j'estime ça normal... Que ça fait partie de mes mauvais penchants...

Après, je suis allé à l'annif de 2T. Ambiance sympathique, ses copains de l'escrime artisitique ont un plutôt bon tempérament... J'ai retrouvé 2T l'an dernier à la même époque environ, et je peux faire une comparaison avec ce qu'il était il y a un an. Scientifiquement, on peut appeler ce phénomène "mutation". J'ajouterai "en cours". Il a beaucoup changé, essayé des trucs qui n'appartenaient pas à son monde précédent. Parce que c'était ça ou étouffer. Ben, à mon humble avis, la meilleure chose serait de continuer sur cette dynamique mutagène, "d'oser" des investissements encore plus forts, pour que l'énergie qui se retourne parfois contre son générateur (2T, donc, je suis d'une clarté hydrocarburante, ce soir) soit un jet continu de création. Si il se met à aimer ce qu'il fait ne seraitce qu'à moitié autant qu'il a méprisé ce qu'il était, il casse la baraque... Ce qui serait valable aussi pour moi, me rend-je compte. "Vers l'infini et même au-delàààààà" ne serait qu'une version rigolote de "ce merveilleux malheur".

* * *

Une vieille RAV, retrouvée en triant du papier...

Ce qui rend savoureux la séduction, c'est qu'elle soit un JEU. Non pas un seulement moment ludique ou gratuit, mais un espace d'imprévisibilité, de liberté, comme lorsqu'on dit qu'une porte a du jeu : elle ne s'ouvre pas de la manière attendue. Ce moment de jeu contient virtuellement tous les résultats de l'approche, le danger d'un refus, un certain frisson, "la" rencontre avec "celle qui dure", la brêve aventure, la marge de tendresse qui adoucit... tout le plausible est là, en même temps.
L'amour ou le non-amour devrait permettre "d'avoir encore du jeu", puisque la main change perpétuellement... Mais la plupart des gens préfèrent considérer que les coups de dés sont déterminants, et se couchent. Seuls ou pas. C'est plus simple que de considérer que la partie est sans cesse à recommencer...

* * *

Environnement :

En lecture : La route du Sang, Théo Hakola
                 Parleur, Ayerdhal

Album : Rien... Pff...

Demain, lever comme on peut, exos physiques, un peu de boulot (j'ai procrastiné comme jamais ces derniers jours)ciné en fin d'aprème, manger chez les parents.

 

 

Le 18/02/02

 

Cher réseau,

Ca faisait longtemps, hein ? Bon, j'ai eu une période un peu sèche, pour cause de mini-déprime. Comme dab', du boulot repoussé, de la mauvaise fatigue, une opinion de moi pour le moins dégueulasse...  Bon, là, ça va mieux.

J'ai mis à jour mes archives, en y ajoutant mai juin et juillet. T'y découvriras un chien fou plus introspectif...

J'ai passé 4 jours à Bruges, avec Kaly, Sama, et Paraph'. Ca m'a bien changé les idées... Bruges est une ville magnifique, et nous l'avons vue telle que personne ne se l'imagine vraiment : avec du soleil. J'ai adoré cette architecture du nord, celle que pourrait avoir Boulogne-sur-mer et le Portel, s'ils avaient eu le fric des colonies... C'est une architecture assez simple, les maisons sont collées l'une à l'autre comme pour mieux se prémunir du froid, on ressent l'opulence... Toutes les rues sont pavées, les bistros et les restos sont petits et cossus. J'ai vu là bas le clocher d'une cathédrale, ahurissant ! Immense, carré, brut... Un peu le genre de bâtiments de Gotham City de Batman, pour faire une référence à l'envers. Comme en plus on l'a vu de nuit sous un ciel étoilé, éclairé "en pied" de façon plus romanesque que compète...
Il y a au moins un chocolatier par habitant ! On a bien mangé, et surtout, découvert la Gulden Draak, LA bière. Profonde, douce et très fine, 10°5, ça te désinhibe une demi -heure et dans celle d'après tu piques du nez.
Heureusement qu'on a fait un peu de vélo pour faire passer tout ça.
Sur le chemin du retour, on s'est arrété à Lille. Là aussi, une cathédrale impressionante : la façade est entièrement refait dans une esthétique très moderne. Elle est toute en marbre, plane, pas une seule sculpture autour du portail (lui-même ouvragé de façon très originale, chaque carreau de verre opaque entouré d'anges et de nuages tourmentés), le vitrail de la rosace est un dessin contemporain... A l'intérieur, la lumière passe à travers le marbre... Une ambiance très étrange, avec les tableaux suspendu dans la galerie, avec des parties dessinées "classique" (Raphael) et des parties abstraites, des travaux sur la matière et le corps... Un mélange de bâtiment religieux, de musée d'art contemportain et de salle des commandes Star-trek ! J'ai adoré.

J'avais presque oublié que je devais passer à la fac aujourd'hui, malgré les vacances.  Jusqu'ici, la journée était plutôt "bêtement chiante", je me suis cassé la gueule de fois (une fois en me baissant pour passer sous la porte d'un camion qui barrait  la porte de mon immeuble, l'autre en sortant du métro), je me suis renversé du café dessus, j'ai marché sur une partie de la bouffe que je mettais au frigo, ma pizza de ce midi était tiédasse et pas bonne... En bref, devoir quitter le lit quand j'avais prévu de me fair une de ces mégas grasses mat' dont j'ai le secret m'a perturbé grave.

En ce moment, j'ai de plus en plus l'envie de recontrer une fille. Jolie, avec une culture compatible avec la mienne, et comprenant mon besoin d'indépendance pratique et affective, ma façon un peu intégriste de refuser "l'intimité tout le temps" pour réclamer une intimité dans le dialogue et dans la sensibilité... "L'encre des billets doux pâlit vite entre les feuillets des livres de cuisine" (Brassens). Bref, c'est pas pour demain ! Et en attendant, je n'ai même pas dans ma vie de ces amitiés que l'on aime à consommer physiquement... Bref, j'ajoute ma voix au concert de la solitude, dont tant de sites internautes sont gâvés jusqu'aux archives.

Sinon, j'ai enfin fini Parleur d'Ayerdhal tout à l'heure. Avant d'y aller de mes critiques, je dis que c'est un livre génial. Le but que ce donne Ayerdhal est atteint : fonder un mythe de la révolte et de l'autogestion. Les personnages sont attachants, très nombreux. L'intrigue est fluide, et certain passages ont un lyrisme... Hmmm.  J'ai adoré la façon dont l'auteur rend haletante une épopée basée sur des valeurs non-violentes... Je me suis fait la remarque que la présence de "répliques qui tuent", et l'agencement des scènes avait quelque chose d'une vengeance de l'esprit d'escalier sur la vision speedée du monde... La fondation de l'Enclave des collinards est une sorte d'Histoire de la révolte : une ville qui, en quelques années, devient indépendante et autonome quand le royaume veut la conserver sous sa férule (ouais, j'emploie des mots come férule, moi...). Cette  notion d'enclave devrait être dépassée, j'aurai aimé qu'Ayerdhal lise TAZ, et nous raconte une suite, où la révolte refuse de s'enraciner localement et idéologiquement, pour mieux se laissser porter par les vents favorables, essaimer, et resurgir. Bref, tu lis ça pour le fun, et en finissant, tu as quand même pas mal travaillé du ciboulot.
Maintenant, les problèmes : les persos ont un côté utilitaire. Il ne sont pas désincarnés, on ne se désintéresse pas du tout d'eux, mais ils manquent d'intériorité... Le style a des moments un peu lourds, presque maladroits. L'histoire fonctionne, mais le propos reste proche de la démonstration, on aborde systèmatiquement tous les aspects pratiques de "ça ferait quoi si on créait une société autogérée dans la Société". J'ai lu aussi Demain une oasis, du même Ayerdhal, pendant mon séjour. Le style a bien évolué, le récit est accéléré. Ca m'a fait penser à une sorte de Tom Clancy gauchisant... Attachant et plutôt bon, donc. En commun avec Parleur, une fin qui te donne un peu de coeur au ventre... Ayerdhal est une de mes références fortes, tu l'auras compris.

 

Environnement :

Demain, commencement de ma semaine de vacances travaillées... Beurk. Bon, je regarde mon programme ce soir pour rationaliser un peu.
Exos, bibliothèque, cinéma le soir.

En lecture : rien en particulier. Je vais peut-être me remettre au Clochards célestes de Kérouac

Album : des extraits de l'album de Mirwais, chaipu l'nom.

 

 

Le 24/02/02

Cher résau,

Ayayae. Ma semaine de "vacances travaillées" dont je te parlais l'autre jour a contenu peut-être 4 heures de travail cumulé, en tout et pour tout. J'ai la trouille, car demain je dois affronter le regard d'un de mes professeur dont les cours sont un sorte d'agenda permanent du travail   de longue haleine qu'il nous a donné. Et je peux te dire que je suis TRES TRES en retard. Dangereusement en retard. Je vais devoir faire un mois de merde pour rattraper. Et en plus, j'ai toujours pas de stage. J'angoisse.
Pourquoi j'ai pas bossé ? Ben en fait, je n'ai eu que 3 jours à moi sur la semaine annoncée. Qu'est ce que j'ai fait de ces 3 jours, heu, mystère. Il y a eu de la glandouille, ça, c'est certain. Que ça ? C'est dingue. Ma mémoire ne me donne rien. Comme souvent... Ce journal est un peu une béquille de ce point de vue.  Le reste de la semaine, jusqu'à hier, j'étais chez ma grand-mère, avec mon ptif. Les bibliothèques spécialisées n'y sont pas légion...
Je n'ai pas écrit ici comme souvent, pour ne pas me plaindre encore sur la même musique : manques affectif, manque de confiance... Depuis un mail de Black Betty, j'ai pris conscience de l'aspect "ça tourne en rond" de cette écriture. Me plaindre me convainc trop que j'ai de quoi me plaindre... Mais il y a l'aspect mémoire de la chose. En gros, ces trois jours où j'ai l'impression d'avoir glandé, que c'est il passé ? Dans la journée ? Dans ma tête ? J'ai fini par agir avec toi de la même manière que j'agis avec mes amis : je préfère ne pas te parler plutôt que de te dire que je vais mal... Faut avouer que tu réagis moins que je l'ai espéré en lançant le site. Bon, ça, ça remettra en place ma mégalo galopante... Mais autant à force de dire que ça va pas, ben ça va pas, autant finalement, à force de ne rien dire, c'est le grand vide. Ces trois jours sont représentatifs de ma manière de partir en vrille. La solution serait-elle d'agir comme Black Betty justement, en écrivant des lignes pleines de combustible moral, des auto-encouragement rageurs, ça finirait par bien aller. Je ne sais pas. J'veux un câlin.

Bon, à part ça, dans la semaine, mercredi soir je crois, j'ai eu une grosse discute avec 2T. (ah, t'aurais mieux fait de bosser, t'es tout le temps dehors, pouilleux !)(ça pour te faire imaginer l'ambiance dans mon crâne...). Grâce à ces remarques sagaces et à mon besoin de me livrer assez fort ce soir là, j'ai constaté qu'une des choses qui m'enferment beaucoup est un mythe que je me fait de la notion d'adulte, de la responsabilité et de la maturité. Les parents ne sont pas adultes,  et je n'ai aucune chance d'être plus adulte qu'eux. Je me mesure en permanence (et me dévalue donc toujours) à une échelle de la maturité très éxigeante. Où le moindre pas de côté mérite réprobation. Sans doute, ma manie de la glande est-elle une façon de ne pas répondre à ces éxigeances, de faire un choix personnel malgré tout : ne pas me laisser diriger par des valeurs qui ne me promettent pas d'épanouissement. Oui, mais en attendant, je me définis que par le négatif, je ne propose rien. Je ne me lâche pas. Je m'interdis l'expression brute, les attitudes affectivement violentes (que je ne peux m'empêcher de mépriser et de trouver immatures chez les autres) qui une fois passées, font de la place à l'énergie courante, celle qui fait marcher au quotidien.

Je sais plus, je suis paumé. Faut que j'bosse. Ya que ça. Mais comme ce n'est que moi qui me le dit... Quelle importance ? Ca, c'est la mélodie permanente qui me fait danser de traviole... Ce n'est que moi. J'ai pensé chez ma grand mère à commencer à croire à un idéal du moi, une sorte de Super chien fou, "your own personal Jesus" comme chante les Dépéche Mode. On va essayer.

Merci et spéciale dédikâce à Lucrèce, amie et lectrice. Hier soir, tu as fait un peu exister mon petit réseau, et ça fait vraiment du bien !

 

R.A.V

Le sucès d'un artiste, c'est de réussir à reprendre se part dans ceux qui l'écoutent - la part de lui qui est en eux.

* * *

 

Environnement :

Ben, aujourd'hui, on va peut-être bosser un tout ti peu, mais pas beaucoup de temps : une grosse après midi avec Cartman et Luty (faudra un jour que je te fasse une page de description des protagonistes).
Demain, le cours flippant dont je te parlais. Je sais toujours pas quoi faire pour être productif et pas culpabiliser toute la journée. Je vais sans doute zapper, et aller bosser en bibli. Oui. C'est ce qu'il y a de mieux.

En lecture : La conjuration des Imbéciles, John Kennedy Toole. C'est génial. Ca me fait penser à un mélange de Jarry, des frères Coen et d'Achille Talon...  Le tout sur le ton typiquement américain du détachement absurde... Wow.

En écoute : rien pour l'instant, hier Deserter Songs, de Mercury Rev

 

Le soir du même jour :

Bon, après t'avoir quitté tout à l'heure, j'ai passé 3 heures à me perdre pour rejoindre Cartman et Luty. Me suis perdu dans le métro, me suis gouré de ligne 4 fois, pafois juste dans les couloirs, parfois en montant carrément dedans le temps de 2 stations dans le mauvais sens, puis demi tour... Je me suis perdu dans la gare d'Austerlitz. Je me suis perdu dans le jardin des plantes. Les cabines rencontrées avaient nettement tendance à ne pas avoir de son, la prise de rendez-vous fut... épique. Honnêtement, j'aurai été bourré, j'aurai pas fait mieux.  A ce niveau là, c'est peut-être d'ordre médical !

A part ça, on a vu VERSUS avec 2T et Cartman. Je vous résume : il y a des yakuzas, des épées, des flingues, et des zombies. Et ça bastonne pendant 2 heures, ou presque, quand les acteurs ne prennent pas des poses entre le trippant et le ridicule. Versus est dont un synonyme laudatif de "violence gratuite". Putain ce que c'est bon.

A la réflexion, il y a au moins un élément qui mérite réfléxion. Je fais exprès, oui. L'évolution morale du héros. Au moyen âge, c'est un justicier samuraï. Au présent, c'est un criminel avec des principes, mais cynique. Au futur, c'est un mad max en plus sombre... Bref, on a un peu l'évolution du ciné HK, où les épéistes légendaires ont été remplacés par des flics et des voyous un peu trash. C'est un peu un reflet de l'évolution morale de l'asie, mais aussi la morale du film, où, finalement, ce ne sont pas les valeurs qui comptent, mais le conflit pour lui même. C'est l'idée même de l'épilogue futuriste (qui fait bien plus sentir la minceur du budget que le reste du film !)  bien moins gratuit que ce que j'avais cru en sortant de la salle...

 

 

 

Le 26/02/02

Cher réseau,

je l'ai amère, là. Je viens d'apprendre ma note pour l'intervention sur Farheneit 451. Un boulot pour lequel, pour une fois, je m'étais un peu défoncé. J'ai la moyenne, mais j'ai la pire note de la "promo" pour la partie orale de la note (la partie écrite, ça va, malgré les points enlevé pour retard...). Il m'a noté à la tronche, c'est pas possible autrement. Je sais que je suis pas facile à suivre quand je cause. Tu le sais, je fais sans doute preuve d'elliptisme ici aussi. Mais merde, ya eu des interv nettement plus mauvaises que la mienne. Des gens qui parlaient pas bien, des gens qui ont eu besoin de leurs notes, des gens qui ont choisi un sujet "perroquet" (suffisait de résumer un bout de bouquin) et n'ont pas mis de réflexion personnelle, des gens qu'ont pas respecté le temps limité, des gens qui ne savent pas capter l'attention... Zob. Sur tout ça, je me suis plutôt bien défendu. Je suis véxé comme un pou. Déjà que j'ai tendance à pas m'aimer beaucoup quand je fous rien, alors si quand je me donne du mal je suis saqué, j'ai plus qu'à signer tout de suite chez Macdo... Etant donnée ma maladresse naturelle, même ça je suis pas certain d'y arriver... Woputain, je déprime. Bon, je l'ai pas trouvé dans son bureau aujourd'hui, mais demain je vais y défendre mon bout de gras.
Mais voilà quelle vision de moi ça confirme : je suis une tanche, un incapable, dès la sortie de la fac je vais être dans une merde noire, et avec l'âge je vais continuer à perdre mes moyens intellectuels. Je dis bien continuer. Je crois t'avoir déjà dit que je me sentais plus intelligent (et accesoirement, plus mignon) entre 18 et 21 ans. Je dis peut-être ça aussi après avoir lu une post de Pirate Ange, de la CEV, je sais pas.  Mais bon, j'ai l'impression que j'étais plus créatif, plus intuitif il y a quelques années. C'est illusoire, je le sais, dans le sens où, à certaines périodes, je sens que mon cerveau se remet à turbiner à un  niveau acceptable. Et que c'est lié au moral...  En attendant, j'ai l'impression d'être comme quelqu'un de conscient qui subit sa paralysie. Je me sens diminué.

Bouhouhou ! Personne ne m'aimeuh !

En plus, tu m'écris pas. Snif. J'inaugure une nouvelle technique Caliméro pour faire intervenir ses lecteurs...

Bon, avant de bosser, un peu de blabla sur La conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole. C'est un roman extraordinaire. Il est contemporain d'un tas d'écrits de la contre-culture (la beat generation), et il démolit tout une mystique du freak américain, montre une amérique peuplée effectivement d'imbéciles, et l'humour, la vivacité du style (c'est en majeure partie du dialogue) en font quelque chose de drôle. Un peu comme si Céline avait décidé de rire plus souvent, tout en continuant à détester tout le monde, bien sûr... Le personnage principal, une anthologie du ridicule à lui tout seul, me touche beaucoup : un complexé cultivé incapable de s'intégrer, écrivant des pages entières de récits et d'essais mégalos, complètement à côté de la plaque et autocentrés... Marrant, j'avais acheté ce bouquin en connaissant sa qualité, mais pas du tout ce dont il parlait. Quand j'y repense, je sais même pas comment j'ai pensé à ce titre quand j'étais à la FNAC. Ah, si, je l'avais noté dans mon petit carnet à références. Mais je me rappelais vraiment pas le sujet... C'est vrai que le personnage dépasse de loin les 100 kilos, qu'il passe son temps à péter et à considérer que la monarchie de droit divin et la répression morale sont à ramener d'urgence au goût du jour. Donc ya des limites à l'identification. Mais dans mes pires moments, je ne me sens pas meilleur. Et qu'on ne me demande pas d'être objectif sur moi-même !
Je n'arrive pas à rendre compte de la richesse de ce bouquin, qui fait déjà partie de ceux que je relirai. Mais je te le conseille très vivement, si tu aimes rire...

Je reviens sans doute tout à l'heure.