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"Il sera question "Je pliais mon corps aux plus rudes épreuves musculaires, sans égard. Je jouissais du contact des barres olympiques. J'aimais voir mes muscles contractés en une grimace de veines et de boyaux, de chairs lacérées et comme propulsées par-dessus l'élasticité de la peau.Je le construisais quotidiennement à l'image de mon phantasme..." Nathalie Gassel, in Musculatures.Editions Le Cercle (Paris 2001).
" Le corps tel que je l'ai travaillé a été une matière de mon écriture. Non seulement un terrain d'expérimentation mais aussi un préalable, il faisait partie d'un projet total de vie. Il a d'abord fallu créer cette liberté d'être, et attendre qu'elle porte des fruits. Ce fut long. Le sport occupait aussi ce temps en le concentrant dans un effort qui s'inscrivait dans une discipline martiale. Le corps a précédé les mots, ils se sont calqués sur lui pour trouver le chemin de l'action, passer de l'abstraction aux outils concrets. Suivant l'entraînement quotidien du corps, les mots ont pu trouver des bases pour s'ancrer dans la réalité, travailler un contenu, lui donner un développement. Le sport a été un enseignement de l'écriture, il a conduit vers une maîtrise pratique, technique, au jour le jour, avancée et perspective. La crispation quotidienne des muscles donnait aussi une euphorie, celle d'un sentiments de puissance, de présence du sang, de dynamique, cette sensation physiologique était contagieuse dans la sphère de l'esprit. La même notion de la joie que celle des muscles tendus. Le parallèle, peut-être étrangement, était l'action intellectuelle. |
et transcription, pour donner lieu à une autre plénitude d'action. Si développer mes muscles était développer ma personnalité en tant que potentiel physique, insister sur l'acte d'écrire, était développer ma personnalité en tant que faculté accrue de conscience. Le principe se révélait être le même, incarner plus fort ce que l'on est, le faire gonfler comme on élargit les muscles, parce qu'on nourrit de sang ou de pensées. C'est un principe de présence à soi. Plus je m'octroyais par laction, la résolution à ce que je fais et veux, plus une ampleur me répondait, d'une réponse mécanique de l'agir et de l'être. Je ne pense pas qu'il s'agisse de volonté mais d'une nécessité d'incarner un projet, quelque chose de vital, devenir ouvertement ce que l'on pressent obscurément être. Je n'ai fait d'autres efforts que ceux de vouloir m'atteindre moi-même, cette réalisation d'utopies. S'entraîner était un acte sexuel, les sensations sont du même acabit, c'est masturbatoire, on jouit avec les barres que l'on lève. " Nathalie Gassel, réponse à Virginie Devillers. Bruxelles, Académie de La Cambre. Janviers 2003.
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