| Date :
24/11/98
Pierre Lévy : l’intelligence
collective
Biographie
Né le 2 Juillet 1956 à Tunis, Pierre Lévy a complété des études d'histoire, puis d'histoire des sciences. Il a découvert sa vocation de chercheur en suivant les cours de Michel Serres à la Sorbonne. Il a rédigé une thèse de sociologie sur l'idée de liberté dans l'Antiquité avec Castoriadis à l'EHESS (1983). Ensuite, il a fréquenté les cours du soir du CNAM en informatique. Très tôt convaincu du rôle capital des techniques de communication et des systèmes de signes dans l'évolution culturelle en général, il s'est donné pour première tâche de penser la "révolution numérique" contemporaine sur les plans philosophique, esthétique, éducatif et anthropologique. Il a travaillé pendant deux ans (1984/1985) au CREA de l'École Polytechnique sur la naissance de la cybernétique et de l'intelligence artificielle. Il a participé, avec l'équipe réunie autour de Michel Serres, à la rédaction des Éléments d'histoire des sciences 1989) où il signe le chapitre sur l'invention de l'ordinateur. Il publie un premier ouvrage, La machine Univers (1987) sur les implications culturelles de l'informatisation et ses racines dans l'histoire de l'Occident. Il a séjourné pendant deux ans au Québec (1987/1989), où il était professeur invité au département de communication de l'Université du Québec à Montréal. Il en profita pour améliorer ses connaissances en sciences cognitives et découvrir le monde naissant de l'hypertexte et du multimédia interactif. Son deuxième ouvrage Les technologies de l'intelligence a été le fruit de son expérience en Amérique du Nord. Revenu en Europe, il a imaginé une forme d'écriture iconique et interactive sur écran d'ordinateur. Quelle écriture aurions-nous inventée si nous avions disposé de supports dynamiques et interactifs plutôt que d'un support fixe ? Vraisemblablement une écriture qui ne note pas le son, comme l'alphabet, mais les modèles mentaux. Son livre L'idéographie dynamique fonde un tel système de signes, qui systématise aussi bien l'usage des simulations graphiques interactives dans la recherche scientifique, que celui (méprisé et décrié) des jeux vidéos. Il a enseigné les technologies pour l'éducation et les sciences cognitives à Nanterre (1989/1991). À la même époque, il devient membre du comité de rédaction de la revue Esprit. Dès 1990, il a dirigé, avec Michel Authier, une série de recherches et de réflexions sur les nouvelles formes d'accès au savoir permises par les instruments numériques. Ils ont abouti ensemble au concept de "cosmopédie": encyclopédie en forme de monde virtuel qui se réorganise et s'enrichit automatiquement selon les explorations et les interrogations de ceux qui s'y plongent. Il a participé avec Michel Authier aux travaux de la "Mission Serres" sur l'enseignement à distance, lancé par le premier ministre français Edith Cresson (1991/1993). Il a contribué à l'invention d'une application particulière de la cosmopédie: le système des "arbres de connaissances". Il s'agit d'un système ouvert de communication entre individus, formateurs et employeurs, permettant de reconnaître la diversité des compétences des personnes, de réguler apprentissages et formations et de rendre visible par une cartographie dynamique "l'espace du savoir" de groupes humains (écoles, entreprises, bassins d'emplois) sans pour autant attenter à la vie privée des individus. Le projet des arbres de connaissances est décrit dans l'ouvrage du même nom, co-signé avec Michel Authier et préfacé par Michel Serres (1992). Ensuite, il a publié De la programmation considérée comme un des beaux-arts (1992) qui analyse sur quatre cas concrets les actes cognitifs et sociaux mis en oeuvre par les programmeurs: l'informatique n'est pas la technique froide que l'on imagine. Depuis 1993, il est invité à titre de professeur au département Hypermédia de l'Université Paris-8 à St-Denis. Il a publié en 1994 un ouvrage sur L'intelligence collective, qui lui semble la seule utopie à opposer aux malheurs contemporains et le meilleur usage possible des technologies de communications interactives. L'année suivante, il a analysé dans son livre Qu'est-ce que le virtuel? la mutation contemporaine du corps, de la culture et de l'économie. Contrairement à certains points de vue catastrophiques, cet ouvrage analyse la virtualisation de la fin du XXème siècle comme une poursuite de l'hominisation. Plus récemment, il a publié chez Odile Jacob Cyberculture qui se veut un manifeste humaniste de la nouvelle culture en émergence. Son grand projet: élaborer un système philosophique de l'immanence, intrinsèquement hypertextuel, iconique et interactif, une sorte de Yi-King du XXIe siècle, qui devrait être consulté de manière interactive sur le Web, pourrait servir de plaque d'orientation pour des recherches en philosophie et sciences humaines et servir de support à des recherches-actions dans le domaine de l'éducation. Ouvrages
Qu'est-ce que le virtuel
?
L'intelligence collective.
Pour une anthropologie du cyberespace
Les arbres de connaissances,
De la programmation considérée
comme un des beaux-arts
L'idéographie dynamique.
Vers une imagination artificielle ?
Les technologies de l'intelligence.
L'avenir de la pensée à l'ère informatique
La Machine Univers. Création,
cognition et culture informatique.
L’intelligence collective, une nouvelle utopie de la communication ?
b- l’infrastructure intellectuelle du cyberespace
b- Ce qu’elle n’est pas…. c – Vers une nouvelle écologie cognitive
b- Le cyberspace c- L’art du cyberespace b- vers nouvelles formes d’apprentissage : l’apprentissage ouvert et à distance (AOD), l’apprentissage coopératif. c- gestion des savoirs-faire et des compétences ou l’intelligence collective dans l' organisation d- une cartographie dynamique de l’espace de savoir : cinécartes et arbres de connaissances b- réalité virtuelle et 3D c- un autre exemple actuel d’intelligence collective : l’essor des logiciels libres d- la nétiquette
b- La nouvelle ingénierie du lien social.
b- Faut-il règlementer et si oui, comment ? b- Le savoir comme nouvelle infrastructure ? c- L’universel sans totalitarisme d- Une démocratie directe, en temps réel ? Selon Pierre Lévy, l’hominisation,
le processus d’émergence du genre humain, n’est pas terminé.
Après l’homo sapiens voici venu l’homo communicans qui évolue
dans le nouvel espace des savoirs.
1- L’anthropologie du cyberespace a- Qu’est-ce qu’un espace anthropologique ? " Un espace anthropologique est un système de proximité propre au monde humain, dépendant des techniques, des significations,du language, de la culture des conventions, des représentations humaines. " D’après Lévy, l’humanité
a connu à ce jour trois espaces anthropologiques successifs, la
terre, le territoire, l’espace des marchandises, qui se sont superposés
les uns aux autres. Le prochain millénaire devrait voir l’emmergence
d’un quatrième espace, l’espace du savoir qui viendrait subordonner
les trois autres.
b- Quelles sont les caractéristiques de ces différents espaces anthropologiques ?
Lévy prolonge cette période jusqu’à la seconde guerre mondiale, et de montrer, que la majeure partie de l’humanité est restée paysanne, et que les boulversements d’empire, les remuements de peuples et quelques innovations techniques ont très peu modifié l’ordre de cet espace.
Le capitalisme fonctionne d’abord, grâce à l’Etat territorial, puis l’espace des marchandises prend son autonomie par rapport au territoire. Ainsi, la richesse ne vient plus de la maitrise des frontières, mais du contrôle des flux, c’est le règne de l’industrie au sens large, industrie de la matière mais aussi de l’information. " le capitalisme transmute en marchandise tout ce qu’il parvient à entrainer dans ses circuits ". Dans cet espace, l’identité sociale est définie par le travail, la participation à la production et aux échanges économiques. Cet espace voit le règne de la science expérimentale, puis après la Seconde Guerre mondiale de la " technoscience " toute puissante, " mue par la dynamique permanente de la recherche et de l’innovation économique ". Ainsi, le mouvement de l’industrie et du commerce a été pendant trois siècle le moteur principal de l’évolution des sociétés. Aujourd’hui, le capitalisme est l’économie.
En effet, l’augmentation des flux d’information, et la rapidité du processus d’obsolescence de cette information dans les domaines scientifiques, techniques, économiques, professionnels oblige les individus, à se doter de nouveaux instruments de navigation pour capturer l’information pertinente au sein de ces flux d’information en perpétuel mouvement, et à s’associer en réseau d’innovation. Dans son analyse anthropologique, Lévy
se garde de tout déterminisme technologique, il s’attache en effet
à montrer que le mouvement des innovations technologiques accompage
les trnsformations culturelles de la société " les espaces
anthrolpologiques se pensent eux-même avec leurs propres outils ",
et qu "à chaque espace anthropologique correspond des modes caractéristiques
d’acquisition des connaissances.
Aujourd’hui, l’homo sapiens est confronté
à une modification rapide de son millieu, au delà de la veille
informationnelle, Lévy affirme la nécessité de penser
ensemble l’organisation de la société de demain, et pour
cela il prone l’usage de dispositifs qui contribueront à la production
d’une intelligence collective. En effet, la coordination en temps réel
de cette intelligence dispersée dans chaque inividu " ne peut reposer
que sur les technologies numériques de l’information, audelà
d’un certain seuil quantitatif.
Ces technologies de l’intelligence
ouvrent une autre dimension à la communication, elles seront :
2- Les technologies de l’intelligence L’objet n’est pas ici de dresser le
panorama des différentes technologies qui existent actuellement.
Il ne s’agit pas non plus de retracer toute l’histoire de l’informatique.
La question se pose de savoir comment les nouvelles technologies rendent
possibles l’émergence de l’intelligence collective.
a- L’infrastructure matérielle du cyberespace Le cyberespace ne pouvait voir le jour qu’avec l’avènement d’une certaine forme d’universalité technologique. Celle-ci fut atteinte avec l’interconnexion et la numérisation.
le matériel informatique devient de plus en plus puissant, -les prix sont de moins en moins chers -l’utilisation est de plus en plus simple et conviviale. Mais ce schéma ne suffit pas à tout expliquer Le cyberespace résulte surtout de l’interconnexion mondiale des ordinateurs. Celle-ci résulte de la construction d’interfaces c’est à dire de dispositifs permettant la mise en relation de deux systèmes favorisant l’échange de données. On distingue les interfaces logicielles qui relient différents composants de programmes comme un traitement de texte et une base de données ; et les interfaces qui correspondent à tous les dispositifs permettant le dialogue entre l’homme et la machine comme les fenêtres de dialogues L’interface est donc un des facteurs fondamentaux de l’interconnexion. Mais il en existe un autre : le numérique.
Pour Lévy, le numérique nous fait entrer dans une autre ère. Pour Lévy, on passe d’une technologie molaire à une technologie moléculaire. Qu’est-ce qu’une technologie moléculaire ? " Par opposition aux technologies "molaires " qui prennent les choses en gros, en masse, à l’aveugle, de façon entropique, les technologies "moléculaires " adressent très finement les objets et les processus qu’elles contrôlent "(p51L’intelligence collective) C’EST un mouvement technique vers la finesse qui s’adapte parfaitement aux microstructures. Au niveau des sciences de la matière cela correspond aux technologies dites "froides " représentées par les nanotechnologies. Celles-ci permettent un contrôle de la matière à l’échelle microscopique grâce à un assemblage de molécules atome par atome. Elles permettent une appréciation qualitative grâce à une très grande précision des microstructures. Les technologies moléculaires exploitent "au plus juste " chaques ressources de façon indépendante et rendent nuls les risques de gaspillages. Au niveau des sciences de l’information, trois groupes sont à distinguer : les techniques somatiques, médiatiques et numériques. Les techniques somatiques sont celles qui engagent le corps pour la production de signes ; ex : la voix, la danse. Les techniques médiatiques reproduisent ces signes et les diffusent à une plus grande échelle ex : l’écriture ; l’aboutissement étant les médias de masse tels que la télévision ou la radio. Ce sont des technologies molaires car la reproduction reste figée. En effet, " les médias sont des technologies molaires qui agissent sur les messages que de l’extérieur en gros et en masse "(p56L’intelligence collective ". Avec l’avènement du
numérique, le montage peut porter sur d’infimes fragments du message.
L’informatique est en cela une technologie moléculaire car elle
permet de retraiter l’information quasiment bit par bit .Le récepteur
n’est donc plus cantonné à un rôle passif, il peut
retravailler les documents à l’infinie. Cette implication toujours
plus grande du récepteur se traduit également par l’utilisation
de l’hypertexte.
Tableau des grandes évolutions technologiques
In " L’intelligence collective
", Pierre Lévy, éd. La Découverte, 1990, p.64
La thèse de Shanonn se doit donc d’être réactualisée. Le canal ne suffit plus à expliquer la circulation des informations. Les différents acteurs se sont démultipliés. Avec le cyberespace, l’émetteur comme le récepteur peuvent être composés de plusieurs éléments sans cesse nouveaux par le biais de l’hypertexte. Le signal se trouve donc alimenté par différentes sources extérieures. Il ne s’agit pas de "bruit " venant parasiter la transmission de l’information mais bien au contraire de compléments venant l’enrichir et, par la même, permettre de lutter contre l’entropie. La nature du canal s’en trouve changée. Sa vision ne doit plus être linéaire. A regarder les nœuds qui forment le réseau, parler de circonvolutions serait plus approprié. Sommes-nous en train de vivre une révolution comparable à celle du passage des cultures orales aux cultures de l’écriture ? Pour Lévy cela ne fait aucun doute : " l’émergence du cyberespace, en effet, aura probablement –a même déjà aujourd’hui –sur la pragmatique des communications un effet aussi radical que l’eut en sont temps l’invention de l’écriture. "( p131cyberculture). Au même titre que l’imprimerie, l’outil numérique transforme radicalement les modes de transmission de l’information. b- l’infrastructure intellectuelle du cyberespace " le cyberespace n’est peut être que l’indispensable détour technique pour atteindre l’intelligence collective "
Ces nouveaux moyens ne pouvaient apparaître qu’en corrélation avec l’évolution des mœurs face aux nouvelles technologies.
Il fallait des outils permettant
de valoriser les richesses intellectuelles personnelles. Le cyberespace
constitue donc l’infrastructure de l’intelligence collective.
3- Le concept d’intelligence collective Ainsi, de et dans l'espace marchand en crise, émerge l'espace du savoir où les échanges ne portent plus sur des biens matériels ou leur contrepartie monétaire mais sur les discours et les pensées. Cet espace encore en genèse s’appuie sur les nouvelles technologies de l'information et constitue l'enjeu essentiel des mutations économiques et culturelles de la fin du 20e siècle. P. Lévy met en évidence
les potentialités, encore insoupçonnées pour la plupart,
des technologies de l'information, et en particulier de l'établissement
d'un réseau informatique et multimédia à l'échelle
planétaire, il évoque l'émergence d'une intelligence
collective, productrice d'un savoir de type nouveau qui constituera la
matrice d'une civilisation nouvelle.
a - Qu'est-ce que l'intelligence collective ? L’intelligence collective consiste à mobiliser au mieux et à mettre en synergie les compétences des individus, en partant du principe que chacun sait quelque chose, est doué de compétences et de savoir-faire. C’est le projet, d' "une intelligence
partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée
en temps réel et qui aboutit à une mobilisation effective
des compétences individuelles ". ("l’intelligence collective ",
p. 29)
A ceux qui seraient tenter de penser
que tel ou tel ne sait rien, Lévy conseille de chercher dans quel
contexte ce qu’il sait vaut de l’or…
Le projet de l'intelligence collective veut donc promouvoir dans les écoles, dans les quartiers, dans les entreprises, la reconnaissance des
compétences et des savoirs déjà acquis. On brisera
le cercle vicieux de la (dé)disqualification, par l'expression,
l'écoute et la requalification.
que, dans une foule, les intelligences des personnes, loin de s'additionner, auraient plutôt tendance à se diviser. La bureaucratie assure une certaine coordination, en étouffant les initiatives. Si de bonnes règles d'organisation et d'écoute mutuelle suffisent à la valorisation réciproque des intelligences dans les petits groupes, pour les groupes importants la planification hiérarchique et la gestion de l'humain par catégories massives a longtemps semblé inévitable. Or les techniques de communication contemporaines pourraient changer la donne. L'interconnexion des ordinateurs peut être un instrument au service de l'intelligence collective. En effet, le " cyberespace " en voie de constitution autorise une communication non médiatique à grande échelle. Les médias classiques (relation un-tous) instaurent une séparation nette entre centres émetteurs et récepteurs passifs isolés les uns des autres. Le téléphone (relation un-un) autorise une communication réciproque, mais ne permet pas de vision globale de ce qui se passe sur l'ensemble du réseau ni la construction d'un contexte commun. On approche d'une infrastructure pour l'intelligence collective grâce à un troisième dispositif de communication, structuré par une relation tous-tous : le "cyberespace ", dans lequel chacun est potentiellement émetteur et récepteur dans un espace différencié, non figé, aménagé par les participants, explorable. " Le cyberspace, espace mouvant
des interactions entre connaissances et connaissants de collectifs intelligents
déterritorialisés. " (IE, p.30)
Question capitale qui n’a pas uniquement
pour enjeu une meilleure gestion des compétences dans les entreprises
et organisations mais aussi une dimension " éthico-politique
" de lutte contre l’exclusion.
" Seront réputées haïssables et barbares toutes les tentatives pour rapprocher peu ou prou le fonctionnement de la société à celui d’une fourmilière " (IE p.32) En effet, l’intelligence collective, nous l’avons vu, commence et croît avec le savoir et ne résulte pas mécaniquement d’actes automatiques.
" On passe du cogito cartésien
au cogitamus "
c – Vers une nouvelle écologie cognitive Tous ces éléments disparates (pensée individuelle, institutions, techniques de communication) s’articulent, selon Lévy, pour former des " collectifs pensants hommes-choses ". D'un point de vue général, l'écologie cognitive, qui suppose l'examen des dispositifs, des agencements, des réseaux, de leur(s) pragmatique(s) interne(s), des conditions de production de transmission-propagation et d'émergence des énoncés, des textes, des discursivités de toutes sortes, consiste à prendre comme objet autrui, comme fondement, condition de possibilité des modes de perception, des formes de pensée, de réflexion. Elle se consacre à l’étude des interactions entre les déterminants biologiques, sociaux et techniques de la connaissance. Dans l’écologie cognitive de Lévy, autrui devient ces collectifs " bigarrés, mélangés " définis plus haut. Déjà, une nouvelle écologie des médias s'organise autour de l'extension du cyberespace. Chaque connexion supplémentaire
ajoute de l'hétérogène, de nouvelles sources d'information,
de nouvelles ouvertures, si bien que le sens global est de moins en moins
lisible, de plus en plus difficile à circonscrire, à clore,
à maîtriser.
D’où un accroissement de l’entropie informationnelle qui rend possibles toutes les méprises en vertu de l’adage bien connu selon lequel trop d’information tue l’information. Le World Wide Web - cet immense " hyperdocument en transformation permanente, continuellement alimenté par des inputs venant absolument de toutes les parties du monde et interconnecté constamment avec sans arrêt de nouveaux liens qui se créent à l'intérieur de cet immense hyperdocument créé par des gens du monde entier "- est une illustration matérielle de ces " collectifs ": pas de centre du réseau, pas de sens unique. Des règles vont devoir être
trouvées (infoéthique, nétiquette) pour éviter
les débordements Le virtuel doit obéir à des règles
précises au même titre que le réel. Dans les faits,
les mondes virtuels deviendront progressivement partie intégrante
du " décor ", comme l’ordinateur fait aujourd’hui partie des meubles
; ils composeront notre environnement social proche et cognitif. Dès
lors, le virtuel aura d’une certaine façon rejoint le réel.
II Us et coutumes de l’intelligence collective 1-
Qu’est-ce que la cyberculture ?
" C’est une transformation de la notion même de culture. " " Loin de disloquer le motif
de la " tradition ", la cyberculture l’incline d’un angle de quarante-cinq
degrés pour la disposer dans l’idéale synchronie du cyberspace.
La cyberculture incarne la forme horizontale, simultanée, purement
spatiale de la transmision. Elle ne relie dans le temps que par surcroit.
Sa principale opération est de connecter dans l’espace, de construire,
d’étendre les rhizomes du sens. "
Cette culture particulière se caractérise par la notion d’universel sans totalité, véritable paradigme unifiateur de toutes les valeurs qui sous-tendent la cyberculture. Cet universel sans totalité s’entend aisément sur le plan technique, il s’agit d’un réseau dépourvu de centre dont les usagers utilisent le même protocole de communication le TCP/IP qui leurs permet de mettre en relation leurs machines et donc leurs personnes. Sur le plan idéologique, cet universel sans totalité illustre la vocation première du cyberspace qui est d’exprimer la diversité de l’humain, de permettre que " chaque noeud du réseau peut devenir producteur ou emmetteur d’informations nouvelles " . Les frontières de la cyberculture,
du cyberspace, sont indéfinies, intotalisables, constamment élargies
par de nouveaux liens, " chaque fois que vous avez un nouveau noeud dans
le réseau, un nouveau site, (...), vous avez une nouvelle source
d’hétérogénéité et de diversité
".
La cyberculture se virtualise dans une nouvelle dimention : le cyberspace. Une des thèses de Lévy à propos de la cyberculture est que le cyberspace " dissout la pragmatique de communication qui, depuis l’invention de l’écriture, avait conjoint l’universel et la totalité ", comment ? Certes, il n’y a pas d’universalité sans écriture, c’est l’écriture qui a permis d’étendre l’espace de communication en donnant la possibilité aux messages écrits de subsister en dehors de leur contexte d’émission et de récéption, or Lévy remarque que cette prétention à l’universalité de l’écriture et aujourd’hui des nouveaux médias de masse s’accompagne d’une dangereuse tentation totalisante celle d’ " instaurer en chaque lieu le même sens ". Aujourd’hui, la croissance d’Internet, et de la culture numérisée réalise une forme d’universel qui ne totalise pas le sens. Ainsi, le cyberspace " ramène à une situation d’avant l’écriture du fait de la mise en réseau des intelligences, il n’y a plus d’émission d’un message hors contexte." (...) " Quel que soit le message, il est connecté à d’autres messages à d’autres commentaires, à des gloses en évolution constante, aux personnes qui s’y intéressent, aux forums, .. " Quelque fois un site peut même être intégré à un système de liens hypertextes sans que son emmetteur le sache. Le cyberspace peut se concevoir comme
un immense hyperdocument au sein duquel chacun peut prendre ou apporter
sa part. " Le patrimoine commun passe sous la responsabilité
de chacun (...) c’est la pensée qui pérénise, invente
et met en mouvement celle de la société . "
Les réseaux de communication engloberont bientôt la majorité des représentations et des messages en circulation sur la planète. L’extension de la cyberculture croit au rythme de la numérisation des informations et des oeuvres. Bien plus qu’un support de transmission de l’information multimédia, le cyberspace inaugure pour Lévy de nouveaux modes de production et de réception des oeuvres.
Qu’il s’agisse du texte, de la musique, ou de l’image, ces formes nouvelles d’agencement de l’information conditionnent à leurs tours des modes nouveaux de lecture et de capture de la part d’un public qui n’en est plus vraiment un. En effet, le spactateur est directement impliqué dans le processus d’actualisation de l’oeuvre (affichage, déroulement, édition), Lévy assimile cette action sur l’oeuvre à une forme primaire de co-production. De fait la création s’effectuerait de plus en plus sur des modes collectifs, collaboration entre collectifs d’artitstes, entre artitses, entre artistes et spectateurs incités à s’impliquer de plus en plus dans le processus de création de l’oeuvre. Cette tendance conduirait à une relativisation de la signature de l’artiste, et à terme de l’importance de la notion même d’auteur. Dans un deuxième temps, on assiste à une relativisation du sens de l’oeuvre, corrélative de son ubiquité, de son immanence, ainsi la connexion de l’oeuvre aux autres oeuvres du réseau s’accompagnerait d’une détotalisation de l’oeuvre. Une fois en ligne, l’oeuvre échappe au contrôle de son créateur, elle est capturée puis réappropriée par d’autres, de fait la signification de l’oeuvre reste ouverte et multiple. Enfin , le processus de création
s’inscrit dans une nouvelle temporalité, l’oeuvre n’en finit plus
d’évoluer, de se décliner, d’arborer de nouvelles formes
au gré de ses nombreux interprètes. Le propos du travail
artistique se déplacerait ainsi sur l’évènement (oeuvre
processus, oeuvre évènements)
Le cyberspace se présente comme un gigantesque attracteur culturel en garantissant l’immanensce de l’oeuvre et donc une forme particulière d’universalité par cette présence ubiquitaire qu’elle occupe alors sur le réseau. A ce titre, Lévy prévoit que la nouvelle architecture du cyberspace sera sans doute l’un des art majeurs du XXI e siècle, et de souligner le rôle prépondérants de ceux qui produiront les " environnements de pensées , de perception, d’interfaces, d’action et de communication " de demain. " Voici le cyberspace, le pullullement de ses communautés, le buissonnement entrelacé de ses oeuvres, comme si toute la mémoire des hommes se déployait dans l’instant : un immense acte d’intelligence collective synchrone. " 2-
Les nouveaux rapports aux savoirs
Mutation contemporaine du rapport au savoir : Trois constats : . vitesse de renouvellement des savoirs et des savoir-faire (obsolescence des compétences) . nouvelle nature du travail, dont la part de transaction de connaissances ne cesse de croître (travailler = apprendre, transmettre des savoirs et produire des connaissances), fin du travail salarié ? . l’émergence du cyberespace ne signifie pas que " tout " est en fin accessible, mais bien plutôt que le Tout est définitivement hors d’atteinte Que faire ? Les parcours
et profils de compétences sont de moins en moins canalisables. Il
faut construire de nouveaux modèles de l’espace des connaissances
a
- Le deuxième déluge et l'inaccessibilité du tout
: de l’interconnexion chaotique à l’intelligence collective
Pour Lévy, le Web est un des principaux axes de développement du cyberespace. Chaque élément y est à la fois un paquet d'information et un instrument de navigation, une partie du stock et un point de vue original sur le dit stock. Sur le Web, tout est sur le même plan et cependant tout est différencié. Il n'y a pas de hiérarchie absolue, mais chaque site est un agent de sélection, d'aiguillage ou de hiérarchisation partielle. Pour pallier la confusion qui peut s’en suivre, de nouveaux instruments d'indexation et de recherche doivent être inventés, (cf ses travaux sur la cartographie dynamique des espaces de données (arbres de connaissances, U-Map de Trivium par ex…., les "agents" intelligents ou le filtrage coopératif des informations).
Lévy en est bien conscient, mais la tâche semble être trop lourde pour un humain : le médiateur sera technique, car seules les machines sont capables de calculer et recalculer en temps réel le " discours-paysage " du groupe en déformant le moins possible la singularité des énoncés individuels.
Navigation, surf, ces métaphores du rapport au savoir donnent une bonne indication de ce que devra être notre attitude face au déluge : capacité à affronter les vagues, les remous, les courants et autres embûches sur une étendue plane, sans frontière, toujours en mouvement. Le savoir est détotalisé, fluctue et nous nous sentons désorientés. Il ne faut pas ! L'interconnexion en temps réel de tous avec tous est à la fois la cause du désordre et son remède : c'est grâce à elle que l’on peut trouver des solutions pratiques aux problèmes d'orientation et d'apprentissage dans " l'univers du savoir en flux ". En effet, l’interconnexion favorise, comme nous l’avons vu, les processus d'intelligence collective . Partant de là, l'intelligence collective (à savoir, répétons-le, la valorisation, l'utilisation optimale et la mise en synergie des compétences, des imaginations et des énergies intellectuelles, dans toute leur diversité et où qu'elles se situent) doit être le nouvel idéal mobilisateur. Il passe donc par la mise en commun de la mémoire, de l'imagination et de l'expérience, par une pratique banalisée de l'échange des connaissances, par de nouvelles formes d'organisation et de coordination souples et en temps réel. Les nouvelles techniques de communication favorisent le fonctionnement des groupes humains en intelligence collective, mais ne le rendent pas inéluctable. Les freins sont nombreux : défense de pouvoirs, rigidités institutionnelles, inertie des mentalités et des cultures… Cependant le cyberespace, le Web si l’on veut, interconnexion des ordinateurs de la planète, tend, pour Lévy, à devenir l'infrastructure majeure de la production, de la gestion et de la transaction économique. Il constituera bientôt le " principal équipement collectif international de la mémoire, de la pensée et de la communication ", il sera le " médiateur essentiel de l'intelligence collective de l'humanité ". Avec ce nouveau support d'information, des genres de connaissances et des critères d’évaluation inédits naissent ainsi que de nouveaux acteurs dans la production et le traitement des connaissances. Les système éducatif
et les entreprises doivent en tenir compte.
b- Vers nouvelles formes d’apprentissage : l’apprentissage ouvert et à distance (AOD), l’apprentissage coopératif. Les systèmes éducatifs sont aujourd'hui soumis à de nouvelles contraintes de quantité, de diversité et de vitesse d'évolution des savoirs.
On ne pourra pas augmenter le nombre d'enseignants proportionnellement à la demande de formation qui est, dans tous les pays du monde, de plus en plus diverse et massive. La question du coût de l'enseignement se pose notamment dans les pays pauvres. Il faudra donc bien se résoudre à trouver des solutions faisant appel à des techniques capables de démultiplier l'effort pédagogique des professeurs et des formateurs. Les écoles et universités " virtuelles " coûtent moins cher que les écoles et les universités en béton délivrant un enseignement en "présentiel" : Audiovisuel, " multimédia " interactif, enseignement assisté par ordinateur, télévision éducative, câble, techniques classiques de l'enseignement à distance reposant essentiellement sur l'écrit, tutorat par téléphone, fax ou internet
Le cyberespace peut permettre un accès à la fois massif et personnalisé à la connaissance. (internet dans les Universités et les écoles primaires et secondaires –accès au Web, programmes éducatifs, " tutoring " intelligent " par courrier ou conf. Electronique ; supports hypermédias (cd-rom, bdd multimédia interactives ; simulation/réalité virtuelle) Breton, lui, cite Nicholas Negroponte, qui dans L'Homme numérique, se désole, que tant de gens lisent le même journal. Car chacun a la possibilité de composer son propre journal sur les réseaux : " Mon monde " composé par un un " agent d'interface ", capable d'aller chercher les informations répondant aux critères personnalisés de l'utilisateur. Pour lui, à l'évidence, ce type de dispositif rejoint la croyance que le savoir (la connaissance) n'est pas autre chose qu'une certaine combinaison d'informations. Mais, plus gravement peut-être, il menace le lien, la communauté que peut créer la lecture partagée. Sous le nom d'" interactivité ", il s'agit de valoriser la personnalisation. Ce qui n'est pas sans évoquer un certain discours des années70 sur l'enseignement assisté par ordinateur (EAO), prônant également l'individualisation de la pédagogie. Pour Breton, une confusion entre information et connaissance, pour des raisons qui sont souvent d'un ordre marchand, se développe. Car la connaissance n'est pas un stock, un produit fini et stable. Il est frappé par l'actualité de la position de Socrate, qui disait : l'écriture ne peut saisir le savoir, car le savoir, contrairement à l'information, n'existe pas en dehors de l'homme. Il pense que la vogue actuelle du multimédia éducatif joue de cette confusion. Il y a effectivement un problème d'accès au savoir aujourd'hui, une inégalité dans le partage du savoir. Et, dès lors, le multimédia incarne l'illusion d'une sorte de prêt-à-porter : non seulement il permettrait d'accéder aux informations qui sont à la base du savoir du monde, mais il éveillerait aussi le désir de ce savoir. Or, encore une fois, l'accès
à des informations stockées, aussi utile qu'il soit, ne constitue
pas la connaissance.
Lévy, lui, s’adapte à son temps, ne remet pas en question des procesus de toute façon déjà enclenchés. L'apprentissage à distance (AOD) est, selon lui, promis à un bel avenir. Ses caractéristiques sont semblables à celles de la société de l'information dans son ensemble (société de réseau, de vitesse, de personnalisation, etc.). De plus, ce type d'enseignement est en synergie avec les " organisations apprenantes " qu'une nouvelle génération de managers cherche à mettre en place dans les entreprises (nous y reviendrons).
L'apprentissage coopératif, illustration de l’intelligence collective dans l’éducation semble une voie prometteuse. ('apprentissage coopératif
assisté par ordinateur (en anglais : Computer Supported Cooperative
Learning ou CSCL) ; dans les nouveaux " campus virtuels", les professeurs
et les étudiants mettent en commun les ressources matérielles
et informationnelles dont ils disposent. Les professeurs apprennent en
même temps que les étudiants et ils mettent à jour
continuellement aussi bien leurs savoirs" disciplinaires " que leurs compétences
pédagogiques - la formation continue des enseignants est d’ailleurs
une des applications la plus évidente des méthodes de l'apprentissage
ouvert et à distance).
c- Gestion des savoir-faire et des compétences, ou l’intelligence collective dans l’entreprise (ou organisation)
Partant du raccourci selon lequel le moteur le plus fort de la compétitivité, c’est la compétence, nous reviendrons sur la notion de compétence, il devient urgent, dans un contexte de mondialisation, d’hyper-concurrence de la valoriser, la gérer, la capitaliser, bref toutes ces mots d’ordre un peu tarte à la crème des méthodes de management ou des entreprises en pointe. Il en va ni plus ni moins de la survie, de la perennité, de la croissance des entreprises. Il faut donc que s’instaure une " économie de la connaissance ".*
de tous les savoirs, toutes les connaissances, des potentiels de chacun. Si l’on capitalise, c’est pour en extraire plus que ce que l’on a mis. des individus, en quantité plus ou moins grande, se retrouvent ensemble et produisent quelque chose, un production collective donc au sens de production du collectif. L’implication/ responsabilisation des personnes devient un partage et un échange sur la compréhension des enjeux, les processus d'action, et la co-élaboration de ces visions. Les compétences de chacun valorisées : " la recherche de l’intérêt individuel participe de l’intérêt collectif " dans cette perspective, les dirigeants ne se considèrent pas comme les plus compétents dans tous les domaines, mais invitent les personnes à se constituer comme "compétentes". Le partage du savoir s'enclenche dans une dynamique de communication, d'expression, d'initiative, qui débouche sur une création collective : c'est l'entreprise apprenante. Authier et Lévy ont-ils fait école, ou ont-ils judicieusement tiré les enseignements des méthodes adoptées par des entreprises innovantes en matière de management, dans la Silicon Valley notamment audébut années 70 (voir " les Technologies de l’intelligence ", P. Lévy)? Toujours est-il que les concepts qu’ils proposent ont trouvé une large audience : les cabinets de conseil mettent tous à leur catalogue ces notions d’entreprises apprenantes, de fonctionnement en réseau, le management par projet ou l’organisation matricielle, c’est-à-dire un management de coopération basé sur la compétence, la relation et la formalisation d’engagements réciproque. Les principes de " bonne organisation " font aujourd’hui de l’entreprise une organisation : recentrée sur un métier ( développement de compétences " locales ") coopérante, c’est-à-dire couplant, grâce aux réseaux techniques ou sociaux, la façon dont , en interne, l’offre se constitue, et, en externe, la demande évolue (étendre la portée des compétences locales au niveau macroéconomique) qualifiante,
apprenante (organisation conçue en fonction des compétences
présentes des personnes qu’elle emploie, et de manière à
les développer continuellement ; mise en relation des savoirs, de
façon à faire émerger de son fonctionnement-même
les compétences)
En essayant de retracer la
façon dont les économistes ont essayé de définir
les concepts d’information, de savoir et de compétence, on s’aperçoit
que ces concepts sont apparus en trois temps, marqués chacun par
un paradigme particulier, lié au contexte scientifique, technique
et économique. Chaque paradigme génère : un nouveau
concept (information, savoir, compétence), une nouvelle représentation
des connaissances, de nouveaux indicateurs de la performance économique
liés aux domaines de l’information, du savoir ou de la connaissance.
La représentation de la capitalisation des connaissances : On peut distinguer trois âges dans l’histoire de la gestion des connaissances : 1940-1950 : naissance de l’information la cybernétique, prise de conscience de l’existence et de la valeur de l’information dans l’activité économique. 1948 : Shannon publie sa théorie mathématique de la communication ; elle se focalise sur l’efficacité de la transmission d’un message dans un système ; s’intéresse à la forme , non au contenu. Invente le " bit " = quantité d’information contenue dans le choix élémentaires entre deux possibles probables. 1948 : Wiener publie " Cybernetics ". La cybernétique peut être définie comme l’étude des communications, du contrôle, du commandement d’ensembles organisés, qu’ils soient naturels, techniques ou sociaux. 1948 : Von Bertalanffy écrit une théorie du système général Dans le même temps, développement de la psychologie behavioriste puis cognitiviste : toutes deux reposent sur l’idée d’un décideur sans contexte. Large audience en économie ou en gestion (théories de la décision individuelle ou organisationnelle encore admises de nos jours) La cybernétique permet le développement rapide d’outils de calcul numériques, de techniques d’organisation des flux d’information au sein des grandes organisations. Du point de vue économique, deux faits majeurs : taux de croissance exceptionnels, rythme d’innovations techniques et organisationnelles soutenu. Grâce aux cybernéticiens, l’info devient l’une des trois composantes de l’univers à côté de la matière et de l’énergie. Les économistes intégrent l’info dans leur description du système économique. Par ex. JL Maunoury qui définit le savoir comme l’ensemble des connaissances disponibles pour une période donnée. Dans ces conditions, la capitalisation est un processus d’incrémentation d’un stock de savoir. Représentation de la capitalisation des connaissances : de type cinématique. Assimile l’information à un flux et le savoir à un stock. 1960-1980 : naissance du savoir Les économistes resserrent leur point de vue et cherchent à apprécier le rôle du savoir scientifique et technique produit et accumulé par les activités de R&D. Ce qui expliquait la croissance ou la compétitivité d’une nation était la croissance du stock d’une information particulière, à savoir l’info scientifique et technique. Son volume produit dépendait du volume de facteurs engagés dans les activités de R&D : effectifs de chercheurs, dépenses R&D, etc Représentation capitalisation : affine la précédente en lui conférant en outre un caractère dynamique (en amont, lors de la constitution du flux d’info, le progrès technique résulte à la fois d’un processus de maturation, et du degré de proximité entre offreurs de R&D, susceptibles d’influencer les effets " boule de neige " d’avancées scientifiques – d’où la création des technopoles- ; en aval, la vitesse d’écoulement des flux – c’est-à-dire la vitesse de diffusion de nouveaux savoirs, dépend à la fois de la densité des liens entre offreurs et demandeurs de R&D et du degré d’incitation, de la volonté des politiques technologiques et des politiques de transfert de technologie –publiques et privées.) Depuis 90 : naissance de la compétence Remise en cause de cette hypothèse (les Etats-Unis disposent du leadership scientifique mondial, d’une position dominante dans les industries de l’information, et connaissent au cours des années 80, de fortes dégradations de leurs positions compétitives, y compris dans les secteurs de haute technologie (cf rapport Made in America, InterEditions 1990) D’autres concepts doivent donc être cherchés pour expliquer comment une nation acquiert un avantage compétitif durable. Parmi ces concepts, la vedette c’est incontestablement la compétence. ! Représentation capitalisation
: de type " actionnaliste ". Il n’y a plus de possibilité de mesure
universelle et unique de la performance cognitive, elle se cantonne à
des indicateurs contextuels et multiples. Capitaliser consiste à
offrir à un " acteur ", une sorte de " germe " à partir duquel
ses compétences propres pourront se développer et lui permettre
d’acquérir un avantage ou sur les acteurs avec lesquels il entre
en compétition, ou un " bagage " pour interagir.
Les trois âges de la capitalisation des connaissances*
" Notion transversale, ambiguë, sorte de mot-éponge qui s’est généralisé en éducation, en formation et dans l’entreprise ", c’est l’introduction à la notion dans un numéro spécial de la revue Sciences Humaines (févr. 96). On peut lui trouver, cependant, trois caractéristiques : elle concerne une action précise (ex : concevoir et fabriquer une voiture), elle est relative à un contexte donné (concevoir de façon concourante et fabriquer pour le meilleur rapport qualité/prix une automobile répondant à des contraintes esthétiques, d’environnement, d’originalité- c’est l’exemple de la Twingo) ; elle résulte d’une interaction entre plusieurs types de savoirs (les connaissances déclaratives (lois physiques, réglementations, normes, etc…), le savoir-faire (règles de l’art, styles de conception, etc…), les capacités cognitives et capacités à juger sa capacité de faire une action (conatives), le savoir-être. La compétence requiert un savoir-faire, au sens large, mais aussi elle st le résultat d’un processus de socialisation de l’action. L’acquisition des compétences est tout autant – sinon plus- faire d’organisation et de reconnaissance sociale que de formation. Lévy et son compère Authier ont parfaitement assimilé (ou est-ce une géniale intuition ?) la nouvelle donne du jeu économique et social. Devinant l’essor formidable
des réseaux, et du Web en particulier, ils ont mis au point un projet
centré sur l’individu, humaniste et sont allés jusqu’à
l ‘ " outiller ". C’est ce que nous allons voir.
d- Une cartographie dynamique de l’espace de savoir
" Image plurielle, la cosmopédie est le tissu médiateur entre l’intellectuel collectif et son monde, l’intellectuel collectif et lui-même. " L’univers des communautés virtuelles serait semblable à celui d’une image explorable et mouvante du monde, " un des lieux de formation du tiers-instruit " selon Michel Serres, pour qui la " cosmopédie " est la " messagerie (groupware) de forme hypertextuelle et hypericônique à très grande capacité de mémoire " où " tout le travail de référence et de mise en contexte devient inutile. La structure en groupware permet de faire une fantastique économie d’écriture. La cosmopédie est comme un espace relativiste courbé par la consultation et l’inscription. La réponse de la cosmopédie doit se formuler dans le style de la question ". Or, cette notion de " lieu " reste très forte. Dans le cyberspace, où sommes-nous ? comment nous situons-nous ? comment naviguons-nous ? Authier et Lévy inventent la cinécarte, l’instrument de navigation dans l’Espace du savoir. " La cinécarte
est l'image dynamique du discours collectif de la communauté sur
elle-même et ses objets. Elle visualise les relations du collectif
sujets-objets-langage. Elle autorise une exploration et une communication
par proximité dans un espace continu. Elle organise dynamiquement
les objets en fonction des descriptions qu'en font les sujets. Elle évalue
dynamiquement les éléments du "territoire" en fonction de
leurs descriptions et des transactions dont ils font l'objet. Elle permet
aux sujets de se situer et de s'orienter entre eux et par rapport aux objets.
Elle ouvre entre les sujets un espace de communication et de négociation
de leur "langage cinécartographique". "
Il s'agit d'une méthode
informatisée pour la gestion globale des compétences dans
les établissements d'enseignement, les entreprises, les bassins
d'emploi, les collectivités locales et les associations.
L’arbre de connaissance comme
outil d’autogestion des apprentissages et de la formation…
3- L’intelligence collective dans les faits : " le deuxième monde " et autres prototypes de mondes virtuels Quelles sont les formes actuelles de
télépresence autrement dit comment s’organisent les rencontres,
de cette société "fortement communicante faiblement rencontrante"
?
a- Agoras virtuelles ou forums de discussion
L’administrateur du forum peut à tout moment déconnecter un des participants si celui-ci, ne respecte pas un certain nombre de règles proches du savoir vivre, Comme dans une discussion réelle lorsque l’on arrive dans la discussion on essaye d’y apporter quelque chose !
" ces mémoires communes sécrétées collectivement dans les conférences électroniques des babillards, ou les newsgroups d'Internet, dont la liste changeante dessine une carte dynamique des intérêts de communautés vibrionnantes. sortes d'encyclopédies vivantes. " Le point commun des nouvelles formes
d'intelligence collective est pour Lévy la structure de communication
"tous-tous". Selon des modalités encore primitives, mais qui s'affinent
d'année en année, le cyberespace offre des " instruments
de construction coopérative d'un contexte commun dans des groupes
nombreux et géographiquement dispersés. "
En effet parmi les usages extrêmement répandus, les " mondes parallèles " fleurissent sur le réseau. " Avez-vous un avatar ?
Un avatar, c'est votre représentation
physique dans les communautés virtuelles du cyberespace... A l'origine,
le mot vient de l'hindi " avatara " qui signifie " descente du ciel sur
la terre ". Les dieux de l'Inde, et en particulier Vishnu, se servaient
de divers avatars - ils s'incarnaient en vache, en éléphant
ou même en légère brise - pour venir visiter la Terre,
le monde inférieur qu'ils avaient créé.
Les communautés virtuelles que nous propose Internet sont pour l'instant plus pacifiques. " Bonjour, monsieur le poisson ! " Le nombre de leurs membres, aux USA, est actuellement estimé à 300.000, et Alphaworld, Utopia ou OZ Virtual en Australie sont les plus réputées. Mais comment s'intégrer dans
ces univers parallèles ? L'étape initiatique passe évidemment
par la création de votre avatar : attention, ce sera votre corps
dans les communautés du cyberspace ! Un corps virtuel dont le choix
est crucial pour David Le Breton, anthropologue, auteur de nombreux livres
sur le corps.
Fascinant, non ? Et même plus
: avec les avatars, l'homme est en train de changer son rapport au
Le Deuxième Monde est l’antichambre en trois dimensions du monde réel, l’utilisateur évolue à travers la représentation graphique du personnage animé qu’il a lui-même façonné, baptisé " avatar ". Celui-ci va nouer des relations avec les autres habitants pour vivre des expériences d’autogestion. L’utilisateur se promène alors le long des rues, places et monuments célèbres fidèlement reconstitués. Dès lors, il peut être rejoint par tous les utilisateurs du monde entier (1000 habitants maximum pour commencer) connectés au même moment . Le Deuxième Monde revêt plusieurs formes et intérêts. Dans sa forme classique et apparente, il constitue un espace de communication en direct de premier plan, directement inspiré de l’IRC (Internet Relay Chat) dans un environnement graphique de haute qualité. Véritable application multimédia, il fonde ensuite son attrait sur un niveau de technicité et de jouabilité comparable aux meilleures consoles de jeu. Enfin, il s’avère une source inépuisable pour l’expérimentation épistémologique et pratique concernant les implications d’un espace cybernétique sérieux et commercial, le tout agrémenté d’un système d’élections démocratiques et de participation active des citoyens internautes ("netizens "). Point d’entrée nécessaire et préalable à toute communication, l’avatar est l’humanoïde qui sera le double de l’utilisateur, le témoin et représentant visuel de sa personnalité aux yeux des citoyens du cybermonde. Possédant sa propre identité, il portera un pseudonyme choisi par ses soins. L’apparence physique sera établie en fonction de critères choisis parmi une palette de caractéristiques. Homme ou femme, son corps prendra forme grâce à un générateur de visage et de vêtements, suivant son inspiration pour la science-fiction, l’histoire ou la mode. Au gré de sa fantaisie ou de sa curiosité, l’utilisateur choisira âge, couleur de peau et de cheveux, forme du visage et des lèvres, corpulence de l’avatar, taille et couleur des vêtements et des coiffures... Selon l’option retenue pour son aspect physique, il deviendra qui un "cyberpunk " en combinaison de métal, qui un"extropien" néo-médiéval... un citoyen unique dans l’espace cyber. Peuplé d’avatars en provenance du monde entier, il favorise l’organisation de rencontres de type classique ou autour d’un sujet commun, quels que soient l’endroit, le lieu et la durée du contact. Celui-ci peut s’établir entre deux ou plusieurs personnes à la fois. Les thèmes ou activités à mettre en place sont à l’initiative de chacun, la liberté la plus totale lui étant réservée. A tout moment, l’utilisateur peut quitter
une discussion soit en se déconnectant, soit en s’éloignant.
. " Les avatars qui auront contrevenu aux lois seront jugés, et certains décapités sur la place publique à 15 heures ! " suggère Philippe Ulrich, Président de Cryo. Toutes les règles , éthiques, sociales, économiques, politiques, sont à définir par ses pairs afin de construire un nouveau monde, conforme aux aspirations et volontés créatrices de chacun. On peut imaginer l’instauration d’un modèle économique d’échange comme la création d’une monnaie, le vote d’une constitution, des référendums, le travail en commun ou le commerce... . Parmi les nouveaux usages de l’internet on peut citer également La Télévision Citoyenne Multimédia. Pour finir, on pourrait citer la prolifération des webcams, ces petites caméras placées un peu partout, certains les installent sur leurs ordinateurs mais d’autres en ont truffé leur appartement, et proposent aux internautes de les suivre au quotidien. En poussant à l’extrême,
on aurait pu imaginer l’année dernière des frigidaires reliés
à internet, En fait ça existe déjà au Japon..et
ailleurs … (voir : http://www.electrolux.se/house/kitchen/fridge/real_fridge_cam/).
c- un autre exemple actuel d’intelligence collective : l’essor des logiciels libres Le développement de
l’Internet inquiète de plus en plus les grandes entreprises qui
veulent imposer une gestion molaire des réseaux de communication.
De nouveaux modes d’opinion publique sont apparues avec la naissance de communautés sur le Net. Ont émergées des règles de bonnes conduite Celles ci concernent notamment les forums ou il est recommandé de se conformer à la " ligne éditorial " en apportant au forum des informations pertinentes Ce sont aussi toutes les règles de savoir vivre sur le net. Cet ensemble de règles est plus connu sous le nom de " nétiquette " La nétiquette regroupe ces lois coutumières On est bien en présence de l’anarchisme rationnel que prônait Wiener il y a cinquante ans . Les flames La nétiquette n’est pas seulement
une convention informelle de bonne conduite .Il existe des moyens concrets
pour la faire respecter. Un de ces moyens est la technique des " flames
". Celle ci correspond à une convergence de messages hostiles envers
celui qui contrevient à la Nétiquette. Lévy donne
l’exemple dans cyberculture de cet Australien qui manifesta son opposition
aux essais nucléaires en parjurant la langue française. Un
tir nourri de messages venant en direct des quatre coins du globe le raisonna
aussitôt.
III
Potentialités, problèmes et perspectives du cyberspace
Lévy nous explique que " l’usage socialement le plus riche de l’informatique de communication est sans doute de fournir aux groupes humains les moyens de mettre en commun leurs forces mentales pour constituer des collectifs intelligents et faire vivre une démocratie en temps réel "(p69L’intelligence collective) La cyberculture a donc, au niveau social, deux objectifs interdépendants : d’une part constituer des collectifs intelligents ; et, de ce fait recréer un nouveau lien social ; et d’autre part faire émerger de ces collectifs une démocratie en temps réel. On s’attache ici à étudier
le premier phénomène à savoir la refonte du lien social.
a- " Intelligence collective, poison et remède de la cyberculture "(p32 cyberculture) Avec l’intelligence collective un paradoxe voit le jour. Basé sur une infrastructure technique en constante mutation, le cyberespace reste encore subordonnée à la connaissance des technologies. C’est donc, pour celui qui n’y participe pas, un poison. De nouvelles sources d’exclusion naissent entre ceux qui savent utiliser la technique et les autres. L’intelligence collective serait-elle réservé à une élite ? A cela Lévy répond en expliquant que chaque révolution nécessite un apprentissage. La société civilisée est basée sur l’alphabétisation des citoyens. Ici, le but n’est que de "se servir des instruments numériques de communication " et non de savoir programmer. Les connaissances à acquérir ne sont pas si importantes. Tout le monde s’accorde pour penser que la division " connectés/non-connectés " va se réduire. Le poison existe surtout pour ceux qui y participent. Pour s’en convaincre, il suffit de se référer aux griefs contre l’ordinateur. Parmi les plus connus, on distingue l’isolement, le voyeurisme, mais aussi les nouvelles formes d ’exploitations issues du télétravail, ainsi que les nouvelles formes de bêtises collectives(rumeurs…). Ainsi pour Breton le cyberespace marque le triomphe de l’individualisme. C’est. l’avènement du "moi pour moi " On entre dans une société "fortement communicante et faiblement rencontrante " La société est alors repliée sur elle-même Mais pour Lévy, le cyberespace
constitue précisément un remède,. C’est l’aspect socialisant
qui prévaut. Il vient redonner une nouvelle identité à
l’individu. Celle-ci sera basée non plus sur sa valeur de richesse
commerciale mais sur le savoir qui le constitue. " Tous les être
humains ont le droit de se voir reconnaître une identité de
savoir ". Chaque homme trouve donc sa place dans la société.
Ce "savoir " se traduit chez Lévy sous différentes formes.
Il y a le savoir-faire mais il peut aussi s’agir d’un " savoir-être
". Chaque expérience constitue un enrichissement pour la collectivité
et vient se placer .comme un fruit sur " l’arbre de la connaissance ".
Le cyberespace constitue donc une nouvelle ingénérie du lien
social
b- La nouvelle ingénierie du lien social. Lévy distingue trois grandes technologies politiques composants les sociétés et régissant le lien social : -les groupes organiques : les familles les clans, les tribus… -les groupes organisés :les Etats les institutions, les Eglises, mais aussi les masses révolutionnaires…ce sont des groupes molaires ou le collectif est organisé par une entité centralisatrice. -les groupes auto-organisés ou moléculaires que la cyberculture représente. Autrefois, l’ingénieur du lien social était le curé ou le maire. Ils appartenaient à un groupe organique ou organisé et venaient souder les individus autours d’une idée molaire, fédératrice comme l’Etat ou l’Eglise. Pour Lévy, la quasi-totalité des formes culturelles ont toujours eues vocation à l’universalité. Mais elles sont chacune assorties d’ambitions totalisantes. Elles utilisent pour cela différents attracteurs. La religion utilise le sens ; la philosophie, la raison ; les médias, "le spectacle sidérant baptisé communication ". Les individus sont appréhendés en masse selon les techniques de quotas, d’échantillonnage. Chaque individu, pour avoir une existence sociale, doit intégrer un ou plusieurs segments prédéterminés. " Avec la cyberculture s’exprime l’aspiration à la construction d’un lien social, qui ne serait fondé ni sur des appartenances territoriales ni sur des relations institutionnelles, ni sur des rapports de pouvoir, mais sur la réunion autour de centre d’intérêts communs "(p154 Cyberculture). Les individus ne seront plus considérés en masse de façon molaire, entropique ou tous les individus sont interchangeables. Les nouvelles règles du jeu social prendront en compte les richesses personnelles, individu par individu ; qualité par qualité, de façon moléculaire. Breton résume bien l’enjeu de cette nouvelle utopie. Selon lui " le fait d’appartenir à la même communauté de lecteurs , indignés au même moment par la lecture du même éditorial du journal LeMonde , par exemple, peut bien faire horreur au nouveaux utopistes, elle n’en constitue pas moins un élément du lien social. Mais c’est bien cela qu’ils veulent dénouer "(p163 L’utopie de la communication) Finalement plus pragmatique, Lévy met en garde contre les discours valorisant le travail social comme l’unique moteur d’insertion. Le travail salarié étant en voie de raréfaction, il ne peut subvenir au besoin de restructuration du lien social. C’est l’intelligence collective qui le permet. Ainsi, " si autrui devient une source de savoir, la réciproque est immédiate ". Le désir toujours renouvelé de connaître l’autre corrobore la satisfaction d’être pour lui une source de connaissance. L’ingénierie du lien social n’obéit qu’à ses propres règles. Elle est "l’art de faire vivre des collectifs intelligents et de valoriser au maximum la diversité des qualités humaines ". Elle pourrait aboutir à une nouvelle forme économique ou toutes les formes d’activités sociales ont leur place. 2- Conflits d’intérêts et cohabitation virtuelle dans le cyberespace Selon Microsoft, 65 % des sites Web
européens seront dédiés au commerce électronique
d’ici à 4ans. Le rapport officiel Américain Magaziner, définissant
" un cadre général pour les autoroutes de l’information "
, présenté en juillet 1997 par Bill Clinton, se résumait
en une formule : Internet, cela doit servir avant tout à faire des
affaires.
La cohabitation des pouvoirs et la conjonction des intérêts dans le cyberespace est un des aspects problématiques mis en perspective par Lévy et Breton. Dans le cyberespace quatre sphères plus ou moins distinctes cohabitent aujourd’hui virtuellement ! a- internet marchand/internet libertaire : nécessaire cohabitation Espace marchand, Espace de connaissance. Espace libertaire et Espace institutionnel. Philippe Breton tout d’abord décrit le secteur de la communication comme " immensément investi par des intérêts marchands." Il ajoute que ceux ci agissent " d’une manière particulièrement habile en laissant passer une sorte d’avant garde, en laissant aux défenseurs d’une position anarchiste de type Wiénerienne le soin d’ouvrir la voie. " Il pense entre autre à toutes ces tribus d’internautes que l’on appelle les hackers, Fondamentalement attachés aux idées d’ouverture, de gratuité et d’universalité Au point que pour Breton le piratage
informatique à l’exceptions de rares cas de délinquance réelle
-
Pierre Lévy souligne
par contre le caractère ouvert du devenir du cyberespace et de ses
implications sociales. Il établit comme hypothèse qu’il est
impossible pour un acteur aussi puissant soit il de maîtriser les
facteurs qui concourent à l’émergence de la cyberculture
contemporaine.
C’est un des paradoxes du développement
du cyberespace le mouvement social libertaire profite de sa récupération.
Et puis enfin, heureusement la connaissance
et l'info n’obéissent pas aux règles de l’économie:
Sur ces perspectives du développements
du cyberbusiness et de l’inteligence collective, Lévy pense que
l’avenir nous offrira comme à l’heure actuelle, probablement un
mélange des deux. Mélange dont les proportions dépendent
en définitive de la force et de l’implication du mouvement social.
b- faut-il règlementer et si oui, comment ? Du point de vue des états maintenant la question est de savoir comment se définiront les règles du jeu entre les domaines commerciaux, institutionnels et personnels. En somme qui fixera les frontières et règlements d’un espace déterritorialisé déréglementé & décentralisé ? Pour mettre de l’ordre dans cet espace de liberté anarchique. Pour établir un cadre et une limite arbitraire. Le gouvernement du réseau supposerait par exemple une instance internationale un Cyber Onu consensuel qui face aux dérives marchandes ou libertaires serait capable d’imposer une réglementation internationale, cette utopie est quasiment impossible à réaliser il y auras toujours des cyber-paradis fiscaux virtuels ! Les états auront du mal à administrer politiquement les usages particuliers, car en outre il faudrait établir techniquement un centre névralgique ! Sur ce point Pierre Lévy
souligne un fait amusant :
Quelles sont les perspectives imaginées par Lévy pour l’avenir politique de cette cyber société ? 3-
L’illumination déterministe.
On voudrait tout d’abord souligner quelques unes des particularités rhétorique de l’intelligence collective, Les " cyber figures " poétiques et historiques. a- Une " randonnée philosophique " autour de l’inconscient collectif En effet on retrouve dans son livre
une sorte de randonnée philosophique originale.
Chorégraphie des corps angéliques
En Ethnologie c’est pour Jung : Après avoir été fondé sur le rapport au cosmos puis sur l’appartenance au territoire et finalement sur l’insertion dans le processus économique l’identité des personnes et le lien social pourraient bientôt s’épanouir dans l’échange des connaissances. Il s’agit pour lui de situer son apport philosophique, afin de justifier sa philosophie politique, et donc d’introduire son projet fondamentalement humaniste comme il le précise p244. Quel ce projet ? Une philosophie politique On note : " Le savoir est la nouvelle infrastructure
"
Le vocabulaire et les concepts du Marxisme sont présents tout au long de l’ouvrage de Lévy, comme Marx, Pierre Lévy fonde son projet philosophique sur la critique du système actuel sorte de constat du vide social. Ou : la démocratie le
moins pire des systèmes, doit se renouveler pour ne pas disparaître.
La théorie Marxiste analysait
les mécanismes à l’œuvre dans l’évolution des sociétés
en identifiant par exemple les permanences historiques telle que la lutte
des classes, comme véritable acteur de l’histoire.
A première vue on est donc tenté de hurler au loup en le qualifiant de technocroyant déterministe. Mais en fait pas du tout. Lévy précise à la fin de son ouvrage, que son analyse des rapports entre les espaces est incomplète : La question est reprise dans "cyberculture"
où il se demande si les techniques déterminent la société
ou la culture.
Une technique est produite dans une
culture, et une société se trouve conditionnée par
ses techniques.
c- L’universel sans totalitarisme Lévy renverse donc les approches traditionnelles en cherchant ce qu’on peut faire de la technique plutôt que ce que la technique à fait de nous. Pierre Lévy est un technopragmatique.
Pierre lévy nous invite à
ne plus réflechir en termes d’impact des techniques sur la société
mais de projet.
Si l’intelligence est le nouveau capital,
La collectivisation de l’intelligence, comme la collectivisation des moyens
de productions est donc le moyen POLITIQUE d’organiser la société
.
d- Une démocratie directe, en temps réel ? Le philosophe engagé qu’est
pierre Lévy définit donc un projet politique à part
entière,
Il liste quelques unes des potentialités d’un cyberespace démocratique :
Finalement on est en face d’un paradoxe surprenant c’est potentiellement grâce au cyberespace que la démocratie locale va pouvoir se développer, les perspectives de démocratie directe ne sont pas celles du télé-réferundum, mais c’est le processus de consultation des citoyens qui évolue.. Citons sur ce point l’avis de Philippe Breton qui nous rappelle : Ici Pierre Lévy ne pense pas reconstruire le monde mais plutôt le lien social. Breton précise que cette promesse engendre un effet pervers : Il dit Sur le fantasme de communauté directe stigmatisé par Breton, la force de Lévy c’est sans doute de lier démocratie directe et démocratie locale dans le cyberespace. Breton pense que les techniques de communication sont depuis l’antiquité traversés par ce fantasme, et que l’on touche ici je cite à " l’épaisseur du mythe et de l’utopie qu’on fait promettre aux techniques bien plus qu’elles ne peuvent en donner " Il faut croire et imaginer que nous pourrons demain simplement proposer une bonne idée en temps réel à un conseil des citoyens plus directement qu’aujourd’hui ou les élus apparaissent quelquefois décontextualisés. C’est pourtant beau le Lévysme ! Pour Breton cette autre réalité potentielle est agaçante " L’anthropologie que je suis commence à dresser l’oreille quand on lui parle de changer le lien social "
L’ensemble des différences de point de vue entre Lévy et Breton souligne l’implication des intellectuels Français dans le cyberdébat, on retrouve d’ailleurs les mêmes lignes de fracture dans le cyberespace politique entre conservatisme social et forces de progrès. Finalement " l’utopie " de Pierre Lévy ressemble, toute proportion gardée, aux idéaux des lumières du XVIII e siècle, aux mouvements utopistes du XIX e siècle : on pense en particulier au fédéralisme universel de Proudhon aux communautés phalanstères de Fourrier (ces communautés de 811 individus regroupant toutes les qualités) ainsi qu’aux analyses marxistes… En somme le philosophe du cyberespace actualise les problématiques des philosophes de l’ère industrielle. Quelques critiques quand même sur la forme on retrouve uniquement deux brèves références à Cybernétics dans l’intelligence collective et à Marx dans les technologies de l’intelligence. A qui il emprunte pourtant scientifiquement mais sûrement des concepts et des théories. On aurait aimé connaître ses positions. C’est d’autant plus étonnant qu’on doit reconnaître à Pierre Lévy un véritable effort de contextualisation philosophique et surtout une démarche de proposition politique utopique pour certains mais d’actualité c’est certain Finalement Lévy est un visionnaire
de l’actualité, et le premier homme politique fançais du
cyberespace avec comme devise à lui soumettre Liberté égalité
et Cyberfraternité.
Cyberculture. Odile Jacob, Paris, 1997 Qu'est-ce que le virtuel
?
L'intelligence collective.
Pour une anthropologie du cyberespace
Les arbres de connaissances,
De la programmation considérée
comme un des beaux-arts
L'idéographie dynamique.
Vers une imagination artificielle ?
Les technologies de l'intelligence.
L'avenir de la pensée à l'ère informatique
La Machine Univers. Création,
cognition et culture informatique.
M. Authier : " l’économie de la compétence ", conférence, Poitiers, 28/06/98 L'utopie de la communication, Philippe Breton, La découverte 1992. Une histoire de l'informatique,
Philippe Breton, Le seuil, Paris 1988
Connaissances
et savoir-faire en entreprise : intégration et capitalisation ",
JM Fouet, Hermès, 1997
articles de (ou au sujet de) Philippe Breton Internet
village planétaire ou tour de Babel ?
articles de Pierre Lévy Cyberespace
et démocratie : Pour
l'intelligence collective
à propos de Pierre Lévy Le
virtuel du philosophe Pierre Lévy
Les deuxièmes mondes TIKKILAND
: http://www.mtv.com/tikkiland/
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