| Le Cercle de la Nouvelle Neurasthénie | ||
| "Je
crois plus à la mort dans la vie qu'à la vie après
la mort" (André Green)
"Dès les premières minutes ou j'eus conscience de moi, je sentis que je m'éteignais" (Ivan Gontcharov) "The end is near again (...) When you're no longer searching for beauty or love - just some kind of life with the edges taken off" (PULP) Bienvenue dans le Cercle de la Nouvelle Neurasthénie.
Ce cercle a
pour but de réunir ceux qui, comme moi, érigent en dogme
absolu les valeurs que sont l'apathie, la paresse, l'inertie, le
non-engagement, la médiocrité, le refus de tout enthousiasme,
préférant se complaire avec satisfaction dans l'auto-contemplation
narcissique et stérile. Je me fais porte-parole de cette attitude
face à la vie : que tous ceux qui se reconnaissent dans les lignes
précédentes lisent la suite et, si telle est leur "volonté"
(rires), qu'ils prennent contact avec moi. Nous sommes la négation
de la vie au sein même de la vie; cette négation est d'ailleurs
la seule que nous puissions concevoir, toute révolte nous apparaissant
comme vaine et puérile. Pour les esprits joueurs souhaitant nous
définir par antithèse, nous sommes l'exact opposé
d'Edward D. Wood Jr, tel qu'il est présenté par Tim Burton
: sa candeur, son goût de la vie, sa capacité d'émerveillement
et de création nous sont totalement étrangers et ne provoquent
en nous qu'un rictus méprisant. Nous ne savons pas créer,
nous préférons médire en croisant les bras. Nous sommes
des verges humaines incapables d'érection. Nos modèles seraient
plutôt à chercher chez Pouchkine (Eugène Onéguine),
Gontcharov (Oblomov), Flaubert (l'Education Sentimentale)
ou en la personne d'Henri-Frédéric Amiel, fameux diariste, symbole magnifique de la vacuité
existentielle que nous entendons bien détrôner. Incapables
de distanciation, manquant singulièrement d'humour, nous serions,
si nous devions établir un parallèle avec un mouvement artistique,
le
pire aspect du romantisme; nous n'avons ni ferveur ni soif d'absolu
(!) et l'Ennui ne nous déplaît pas tant que ça. Sur
le plan philosophique, nous nous situons sans équivoque dans le
bon vieux matérialisme antidialectique, autant dire que nous sommes
les pires des merdes, nous nous en accommodons. Nous sommes lâches,
veules, velléitaires et sans aucune aspiration au changement. Certains
nous attribuent le qualificatif de "loque" : ils n'ont pas tort. Nous avons
été capables de passion, d'émotion,
de révolte, d'engagement : ce lointain souvenir -qui se situe dans les limbes du délire juvénile- nous fait sourire
sans nostalgie aucune, toute dispersion de force (pour quelle cause que
ce soit) étant une erreur ridicule. Peu après
nous avons préféré fantasmer notre vie : nous n'en
sommes heureusement plus là. Tout au-delà est un leurre.
Jean-Paul Belmondo ("l'as des as" réalisant par là sa dernière
fourberie drôle) est actuellement paralysé de la moitié
du visage. Nous, c'est notre volonté qui est paralysée. Les
paradis artificiels (alcool, chanvre, drogues dures pour les plus hardis)
ont pu nous faire oublier notre disgrâce : ce simulacre de révolte
était lamentable. Nous acceptons notre nature sans rechigner, maintenant.
|
||
| JEAN FOUTRE | ||