LE JEU DE DAMES DANS LES ECOLES
Impressions sur le vif par Stéphane FAUCHER
Le 9 décembre 2001, je fus invité par Joseph PERES, professeur
de jeu de dames, à assister à un cours de jeu de dames qui se
déroule régulièrement, de 17 à 18 heures tous les
lundis, à l'école Saint-Lambert dans le 15ème arrondissement.
Après m'être trompé d'école (contiguë à
St Lambert), je débouche dans la bonne cour, juste au moment de la récréation...
pas de Mr Peres en vue, par contre une bande de joyeux drilles se défoulent
les uns contre les autres ; je les vois mal dans une salle en train d'apprendre
le jeu de dames...
Une sonnerie stridente indique la fin de la récréation et notre
professeur damiste apparaît enfin. Monsieur Peres m'explique que pendant
la récréation, il dispose d'un court laps de temps de quelques
minutes pour préparer la salle de cours qui lui est attribuée
en une salle de jeu de dames. Le reste du temps est consacré à
la surveillance dans la cour de récréation. Je fus ensuite présenté
au directeur de l'école, Monsieur Tobbelen, puis Peres fit l'appel avec
une mise en rang impeccable. Nous montons calmement au 2ème étage
; en dévisageant les enfants, je reconnais quelques-uns de mes joyeux
drilles ; cela promet...
Les enfants s'installent 2 par 2 dans une classe dont je découvre la
"préparation". En effet, outre le damier mural installé,
il faut déplacer les tables et chaises afin de se mettre en situation
de jeu. Aussitôt le cours commence, sur les chapeaux de roues, sans donner
l'occasion aux enfants de se disperser autrement. Peres invite un enfant à
venir au tableau mural exposer la solution d'un coup pratique simple, puis viennent
les règles de vie commune : elles sont à appliquer dans un tournoi
pour le bon déroulement des parties. Le jeune (ci-contre) les récite
sous l'oeil attentif de son professeur.
Pendant ce temps, j'observe discrètement les enfants et je les mitraille
avec mon appareil photo. Déjà, un autre problème apparaît
sur le damier mural, pas question de discuter d'autre chose, il faut le trouver
rapidement.
La méthode est efficace, je peux le constater. Ayant moi-même enseigné
dans une école, la difficulté principale est le maintien de la
discipline.
L'aspect technique du jeu de dames en lui-même n'est pas difficile à
expliquer, mais il n'en est pas de même quant à l'aspect pédagogique
face à un jeune public dont la motivation va parfois vers d'autres jeux
souvent plus attirants.
La méthodologie par Joseph PERES
La méthodologie, en fait, repose entièrement sur l'expérience.
Pendant la première partie du cours, je fais une leçon basée
sur une progression régulière de la difficulté, et qui
traite de tous les aspects du jeu de dames : les deux premières leçons
sont consacrées aux règles du jeu et illustrées d'exemples
pratiques. Puis nous étudions les bases du jeu : la prise de majorité,
le collage, le temps de repos, le gain par opposition, l'enfermé etc...
Après cela, nous étudions les bases de la stratégie et
les positions fortes à rechercher en partie. Ensuite, nous étudions
les différents types de combinaisons, le forcing, le gambit, la fin de
partie etc...
Au début de l'heure, je fournis toujours aux élèves une photocopie d'une série de diagrammes se rapportant à la leçon du jour. Il est important que l'élève dispose de ce document, même si ces diagrammes sont mis ensuite un par un sur le damier magnétique mural. Cela permet notamment à l'élève qui a trouvé l'exercice plus vite que les autres de commencer à chercher la solution du diagramme suivant. Dès qu'un élève a trouvé la solution de l'exercice étudié, il passe au tableau montrer la solution sur le damier magnétique mural. Il y a en général une forte émulation pour être le premier à trouver le problème et ainsi avoir l'honneur de présenter la solution à la classe. Aussitôt après, tous les élèves placés deux par damier, exécutent la combinaison.
Si celle-ci est d'une difficulté supérieure à la moyenne, je passe dans les rangs et je demande aux élèves de me faire la combinaison sur chaque damier. Au bout d'une demi-heure, on passe aux parties. Les élèves disputent entre eux un championnat "toutes rondes" au cours duquel chacun rencontre les autres. J'ai donc préparé à l'avance les appariements du jour. Les élèves jouent une partie de championnat par leçon. S'ils ont terminé rapidement leur partie, ils changent de couleur et font une ou plusieurs parties amicales avec le même partenaire, cette nouvelle partie ne comptant pas pour le classement. Si une partie officielle (c'est à dire la première partie) n'est pas terminée au moment où retentit la sonnerie, j'accorde la victoire à l'élève qui a le plus de pièces, à condition qu'il y ait au moins 4 pièces, et en attribuant à la dame une valeur de 4 pions. Pendant cette deuxième phase du cours, je surveille activement le déroulement des parties, en assurant l'arbitrage et en signalant aux élèves leurs erreurs tactiques et stratégiques, mais toujours après coup, afin de ne pas influer sur le résultat de la partie.
Tout ce qui est précité est valable pour une classe que je fais pour la première année. Pour les autres, c'est un peu plus compliqué. Les élèves sont alors répartis en deux groupes : les anciens et les nouveaux. Pendant la première demi-heure, je fais cours aux nouveaux, tandis que les anciens disputent leur partie de championnat. Puis c'est l'inverse pendant la deuxième partie du cours.
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