OGM Danger - Faim dans le monde et OGM

OGM et révolution verte :

Dans le concert des idéologie domine souvent une vision malthusienne des choses, présentant la famine comme une conséquence logique d'un trop plein démographique, et donc d'une pénurie de production alimentaire est une vaste foutaise complètement opposée à ce qui se passe en réalité et ne visant que l'intérêt des quelques poids lourds du secteur de l'agroalimentaire et leurs technologies agricoles.

Cette vision malthusienne du problème argue que les pays pauvres devraient se rappeler la « révolution verte » des années 50 et 60, elle-même fondée sur les nouvelles technologies agricoles. L'Histoire enseigne pour cette thèse que les nouvelles technologies agricoles font plus de bien que de mal.

Cet hommage à la « révolution verte » est révélateur de l'état d'esprit qui habite les défenseurs des OGM ; en effet, la lecture historique sous-tendant un tel hommage implique de légitimer des procédés clairement impérialistes. Pour rappel, « la révolution verte » provient de la recherche et de la sélection de variétés de céréales à rendement élevé, dans le but d'assurer les besoins alimentaires des populations d'Asie et d'Amérique du Sud, confrontées à une explosion démographique à laquelle les cultures traditionnelles ne pouvaient officiellement faire face. Or, les semences que les industries agroalimentaires des pays du Nord ont imposées à des pays du Sud, si elles ont donné dans le court terme des résultats de rendement importants, se sont révélés au cours du temps désastreuses à plusieurs niveaux.

Par exemple, l'Inde, qui réalisait une production de cultures vivrières suffisante pour assumer son autosubsistance, connut en 1965 une sécheresse qui l'obligea à demander une aide alimentaire limitée aux USA. L'occasion fut exploitée par la Banque mondiale pour imposer une « révolution verte » ; Il en résulta une agriculture d'exportation « chimique » et intensive des multinationales agrochimiques du Nord vers le Sud, avec des conséquences désastreuses sur l'environnement et sur l'autonomie des paysans locaux (dépendance envers la mécanisation et les fertilisants, appauvrissement des sols et de la biodiversité, augmentation des maladies des plantes, utilisation massive des intrants chimiques, …). Vandana Shiva a dénoncé dans plusieurs ouvrages la violence de cette « révolution verte » ; celle-ci a entraîné un mécanisme d'endettement, et donc de dépendance des paysans qui, pour produire 1000 unités, se sont retrouvés contraints de s'endetter à hauteur de 3000 unités. Devant emprunter pour l'achat de semences (chaque année), d'engrais, de pesticides ou de tracteurs (souvent abandonnés faute de pièces de rechange), leur production ne leur permet que rarement de rembourser ces emprunts. Ainsi, ils finissent après deux saisons par revendre leurs terres aux banques ou aux grands propriétaires terriens et s'en vont grossir les populations des bidonvilles urbains.

Cette réalité n'empêche pourtant pas Monsanto de reprendre généreusement ce troisième argument dans son Rapport officiel; on peut en effet y lire qu' « avec l'explosion démographique et la demande accrue d'une alimentation améliorée, le monde devra faire passer ses surfaces cultivées de 1,5 milliard d'hectares à 3,8 milliards, si l'on continue d'employer les techniques agricoles actuelles ».

Cette vision apocalyptique liant famine et croissance démographique s'oppose en tout point à la thèse du Prix Nobel d'économie 1998, Amartya Sen, qui démontre l'absence de corrélation simple entre déficit alimentaire et famine ; en clair, il explique qu'une famine comme celle de 1943 au Bengale ne provient pas d'une pénurie de nourriture disponible, mais bien de l'incapacité d'une couche (la plus pauvre) de la société à se procurer la nourriture qui se trouvait pourtant là. Donc, selon lui, « si l'on veut expliquer la famine, ce n'est pas la totalité de l'approvisionnement en nourriture qu'il faut considérer en premier lieu (…), ce sont plutôt les 'droits' [d'appropriation de la nourriture] dont sont dotés les groupes vulnérables ». Il ajoute ainsi que « la politique qui consiste à compléter les revenus des personnes (…) peut se révéler un des moyens les plus efficaces d'empêcher les famines ».

Cette thèse de Sen correspond d'ailleurs à la réalité de surproduction et de baisse généralisée des prix agricoles ; en effet, près de la moitié du budget européen est par exemple utilisé pour dédommager les agriculteurs, contraints de se limiter à un certain quota de production pour tenter d'enrayer la situation de surproduction agricole (et de baisse des prix par extension). Sur un plan plus global, sur les 20 dernières années, on a constaté une croissance de 15% de la quantité d'aliments disponibles dans le monde, ce qui est suffisant pour nourrir l'ensemble du globe. Pourtant, 1 personne sur 7 et 1 enfant sur 3 dans le monde souffrent de malnutrition, ce qui prouve que le problème de la famine prend sa source dans le mode de distribution et pas de production.

Arnaud Zacharie.

OGM et Faim dans le monde.

Publication d'un rapport de la FAO sur les biotechnologies et les besoins alimentaires croissants de la population mondiale

21 janvier 99 : Un rapport de la FAO qui reconnait le potentiel des OGM pour la mise au point de plantes résistantes aux milieux spécifiques des cultures tropicales, mais qui pointe aussi la nécessité d'une vigilance extrème pour éviter la réduction de la biodiversité et qui met en garde contre les risques importants de renforcement des dominations économiques.

Les biotechnologies peuvent contribuer à couvrir les besoins alimentaires croissants de la population mondiale, mais elles recèlent "un potentiel à la fois positif et négatif" qu'il convient d'évaluer attentivement, souligne l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans un rapport diffusé aujourd'hui.

"Le développement des biotechnologies doit être orienté dans une perspective équilibrée et globale; il convient de respecter les aspects éthiques tout en restant attentif aux possibilités réelles et potentielles d'accroître la production alimentaire et de lutter contre la faim", indique le rapport préparé par la FAO pour le Comité de l'agriculture qui réunira du 25 au 29 janvier au Siège de l'Organisation, à Rome, des experts d'une centaine de pays.

La population mondiale devrait atteindre 7,5 milliards d'ici à 2020, dont 6,3 milliards dans les pays en développement. "Si le taux d'accroissement démographique diminue régulièrement, l'augmentation en valeur absolue du nombre d'êtres humains à nourrir risque, avec les techniques actuelles, d'atteindre rapidement la capacité limite des terres agricoles", relève le rapport.

"Les biotechnologies, combinées à d'autres technologies modernes, pourraient apporter des solutions nouvelles à certains obstacles endémiques au développement rural durable et à la sécurité alimentaire", ajoute le rapport.

Grâce à la biotechnologie, il est possible, par exemple, de conférer aux plantes une résistance accrue aux stress biotiques et abiotiques. Cela permet de réduire la consommation de produits agrochimiques et d'eau tout en garantissant des rendements durables.

"Certaines techniques, telles que la culture in vitro, jouent un rôle très utile pour conserver ex situ des collections de génotypes d'espèces végétales présentant un mode de propagation asexué (banane, oignon, ail) ou d'espèces polyploïdes ayant un taux de fertilité souvent très bas et d'espèces difficiles à conserver sous forme de semences ou dans des banques de gènes in situ", selon le rapport.

"La biotechnologie risque de réduire indirectement la diversité génétique en supplantant les races indigènes et leur diversité inhérente, si les agriculteurs adoptent des variétés génétiquement uniformes de plantes et d'autres organismes. D'un autre côté, elle amplifie les possibilités de préserver et d'utiliser durablement la diversité. Par exemple, dans le cas des races animales en voie de disparition, la congélation et le clonage somatique sont susceptibles de renforcer les méthodes de conservation traditionnelles", poursuit le rapport.

"De nombreux pays en développement ayant réduit les fonds publics alloués à la recherche agricole, celle-ci a tendance à se privatiser, au risque de répondre surtout aux besoins des agriculteurs aisés. Or, la recherche et les politiques en matière de biotechnologies devraient aussi répondre aux besoins des populations pauvres qui vivent de l'agriculture, en particulier dans les zones marginales où il est difficile d'accroître la productivité", souligne le document.

"La biotechnologie est généralement plus onéreuse que la recherche classique, si bien qu'il faudrait réserver son emploi à des besoins spécifiques pour lesquels elle présente un avantage comparatif", selon la FAO.

Tout en soulignant que la recherche en biotechnologie doit s'appuyer sur "un niveau suffisant d'expertise, de connaissances et d'infrastructures", le rapport met l'accent sur la formulation de "réglementations pertinentes en matière de sécurité biologique" et sur "l'évaluation des risques associés aux produits de la biotechnologie". Il souligne également "la nécessité de mécanismes et d'instruments permettant de contrôler l'utilisation de ces produits et le respect des règlements, afin de protéger l'environnement et les personnes contre d'éventuels effets nocifs".

A cet égard, la FAO préconise d'aider les pays en développement à adopter des législations appropriées et à créer des organismes chargés de réglementer tous les aspects de la sécurité biologique.

"Il est capital que les pays en développement ne soient pas laissés à la traîne du développement ou dans une position désavantageuse", souligne le rapport qui propose d'optimiser leur capacité à développer, adapter et utiliser la biotechnologie et ses produits, en fonction de leurs besoins et de leur environnement, et afin d'améliorer la sécurité alimentaire mondiale.

Les documents des travaux du Comité de l'agriculture sont disponibles sur Internet: http://www.fao.org/unfao/bodies/COAG/COAG15/default.htm

Pour des informations complémentaires, contacter Erwin Northoff, 0039-06-5705 3105, e-mail: erwin.northoff@fao.org


La FAO est reservée sur l'usage des biotechnologies dans le tiers-monde

Hervé Kempf
Le Monde
30/01/99

L'agriculture biologique merite davantage de recherche et de developpement, a decide, vendredi 29 janvier, le comite de l'agriculture de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture).

Ce comite, qui se reunit tous les deux ans a Rome, rassemble une centaine d'Etats membres jusqu'a vendredi soir, ou il adoptera formellement ses conclusions. Son role est de preparer les decisions de la Conference generale de la FAO, qui se tiendra en novembre. Si la Conference generale reprend, ce qui est generalement le cas, les propositions du comite, l'agriculture biologique se verra donc officialisee sous forme d'un programme de travail de l'organisation internationale.

Notant que l'agriculture biologique prend une importance croissante, le rapport sur lequel s'est fonde le comite note que de petits marches interieurs se developpent dans plusieurs pays en developpement, comme l'Egypte, et que l'agriculture biologique alimente dans d'autres pays, comme le Mexique et l'Ouganda, des exportations lucratives. La demande de consommation de produits sans pesticides ni engrais devrait ainsi offrir de nouvelles possibilites commerciales aux agriculteurs et entreprises du monde entier. Les experts de la FAO relevent plusieurs avantages de l'agriculture biologique. Elle requiert beaucoup plus de personnel que l'agriculture de type classique (et elle peut beneficier a la main-d'oeuvre sous-employee dans les communautes rurales. Elle ameliore la sante des familles d'agriculteurs en evitant le recours aux pesticides (3 millions de personnes seraient empoisonnees chaque annee par les pesticides, selon l'Organisation mondiale de la sante).

Reduire la diversite

Mais la FAO releve la difficulte technique et financiere que represente le passage des exploitations a l'agriculture biologique, et deplore le manque de soutien institutionnel a cette transition.

En conclusion, le comite demande un engagement plus grand de la FAO dans le soutien a l'agriculture biologique. Pendant la discussion, les Etats se sont cependant gardes de preciser la place a long terme de cette methode agronomique, qui n'est pas encore jugee capable d'assurer la production de masse necessaire a des pays comme la Chine.

Sur les biotechnologies, le comite a un avis nuance. Soulignant qu'elles ne se reduisent pas aux OGM (organismes genetiquement modifies), le rapport juge qu' a condition d'etre utilisees a bon escient, elles permettraient d'elever la productivite agricole des maintenant . Les biotechnologies pourraient notamment etre utiles pour la culture de tissus vegetaux, l'amelioration de la selection genetique, la conservation d'especes menacees, la culture dans les zones marginales. En revanche, elles presentent plusieurs inconvenients pour l'environnement, risquent de reduire indirectement la diversite genetique , et pourraient affaiblir la position concurrentielle de plusieurs productions du tiers-monde.

Au total, les experts sont reserves sur l'utilite pratique de ces technologies pour les pays en developpement. D'abord parce que les problemes agricoles sont interdisciplinaires et (que la biotechnologie a peu de chances, a elle seule, de les resoudre. Ensuite parce qu'elle est generalement plus onereuse que la recherche classique alors meme que de nombreux pays en developpement reduisent les fonds alloues a la recherche agricole. Les Etats membres sont cependant tres inquiets qu'un fosse se creuse entre pays developpes et en developpement sur la capacite a utiliser les biotechnologies. Le comite estime donc que la FAO doit aider a renforcer la capacite des pays pauvres a adapter et utiliser les biotechnologies agricoles.

 

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