VinlandDe la Norvège au Groenland L'aventure scandinave dans l'Atlantique occidental s'est produite à la suite de l'ère viking, brève période à cheval sur les IXe et Xe siècles après Jésus-Christ. À cette époque, les peuples scnadinaves quittèrent soudain en masse leurs patries d'Europe du Nord. Des raids vikings isolés le long des côtes européennes donnèrent petit à petit naissance à des armées scandinaves qui s'emparèrent de grands territoires de l'Europe occidentale et les occupèrent. Plus à l'est, des aventuriers scnadinaves colonisèrent les grandes vallées de Russie, explorant et commerçant jusqu'à Bagdad et Constantinople. Pour certains agriculteurs vikings avides de terres, les terres les plus attrayantes se trouvaient dans les îles de l'Atlantique nord. Deux ensembles d'îles, les îles Shetland et les îles Féroé, constituèrent un tremplin pour la découverte de l'Islande. Entre environ 870 et 930 de notre ère, des immigrants affluèrent en Islande, qui, à la fin de cette période, devait compter 30 000 habitants. Un peu plus tard, vers 980, des terres cultivables furent découvertes, apparemment par un proscrit, Erik le Rouge, le long des fjords du Groenland. Des immigrants vinrent établir des colonies sur la côte sud-ouest du nouveau pays, et bientôt la population du Groenland atteignit sans doute 2000 personnes. du Markland et du Vinland Les Scandinaves étaient d'excellents marins. Leurs navires pouvaient effectuer de longs voyages océaniques, mais leurs méthodes de navigation étaient tout à fait primitives. Ils racontaient de nombreuses histoires de navires emportés loin de leur itinéraire par des tempêtes, et c'est de cette manière que l'Amérique du Nord fut probablement découverte par des navires voyageant entre le Groenland et l'Europe. D'après les récits islandais anciens connus sous le nom de sagas, c'est un capitaine du nom de Bjarni Herjulfsson, qui effectuait son premier voyage d'Islande au Groenland pour rendre visite à sa famille, qui fut le premier à apercevoir l'Amérique du Nord. Les découvertes de Bjarni furent suivies quelques années plus tard, probablement vers l'an Mil, de celle de Leif Erikson. Celui-ci visita et nomma trois contrées, le Helluland, le Markland et le Vinland. Le Helluland était une terre rocheuse et désolée, probablement l'île de Baffin et le nord du Labrador. Le Markland était une côte basse boisée, presque certainement ce qui est aujourd'hui le sud du Labrador. Le Vinland était une terre de bons pâturages et de bois, que Leif nomma d'après les vignes qu'il trouva. Lui et son équipage y passèrent l'hiver et rentrèrent au Groenland avec un chargement de raisins et de bois. Le premier voyage fut conduit par le frère de Leif, Thorvald, qui passa au moins deux hivers dans les maisons construites par Leif et explora les côtes voisines. Ces gens furent les premiers à rencontrer les peuples autochtones, qu'ils combattirent, et Thorvald fut tué par une flèche. L'année suivante, un autre frère, Thorstein Erikson, alla récupérer le corps de Thorvald, mais des tempêtes estivales l'empêchèrent d'apercevoir la terre. La troisième expédition fut la plus importante. Elle fut dirigée par un Islandais du nom de Thorfinn Karlsefni, qui comptait s'établir dans le Vinland. Son fils Snorri fut le premier enfant européen né dans le Nouveau Monde. Au cours des trois années qu'ils passèrent dans le Vinland, les gens de Karlsefni explorèrent les environs et rencontrèrent des autochtones, avec lesquels ils commercèrent, leur achetant des fourrures. Mais les relations avec ceux-ci devinrent hostiles. Il y eut deux batailles et les Scandinaves abandonnèrent leur colonie et regagnèrent leur patrie. Des querelles et un meurtre mirent fin dès le premier hiver à la dernière expédition, conduite par Freydis, la fille d'Erik le Rouge, et deux frères islandais. Avec cette expédition, la décennie d'exploration du Vinland semble avoir pris fin, et il ne sera plus fait mention de voyages au Vinland dans les sagas. Les descriptions du Vinland dans les sagas sont si vagues qu'elles ont suscité de nombreuses théories contradictoires sur l'emplacement de cette contrée. Divers érudits et des enthousiastes locaux ont situé le Vinland en de nombreux endroits entre le Québec et la Floride, et même dans la région des Grands Lacs ou la vallée du Mississippi. Nombre de ces prétentions sont étayées par des « témoignages » erronés ou frauduleux sous forme de découvertes archéologiques, de structures de pierre ou de pierres portant des messages dans l'alphabet runique scandinave. Des spécialistes de l'archéologie scandinave ont démontré la fausseté de ces prétentions, mais certains continuent d'y voir des preuves d'une présence scandinave en de nombreux endroits du Nouveau Monde.
Cette carte est considéré par beaucoup comme un faux moderne. Elle a peut-être été dessinée en Suisse vers 1440. Elle montre une grande « île du Vinland » au sud-ouest du Groenland, divisée en trois sections représentant peut-être l'île de Baffin, le Labrador et Terre-Neuve.(Yale University)L'Anse aux Meadows Birgitta Wallace, qui a dirigé les fouilles de Parcs Canada à L'Anse aux Meadows, pense que ce site servait de base ou de dépôt facilement repérable par les navires venus du Groenland, au nord. Depuis L'Anse aux Meadows, de brèves expéditions ou de courts périples purent être entrepris vers le sud pour trouver du bois, chasser le morse ou se procurer des fourrures. La rareté de vestiges tels que des artefacts et des os d'animaux à L'Anse aux Meadows donne à penser que l'occupation ne dura que quelques années. Les sagas indiquent clairement que les Scandinaves abandonnèrent leurs tentatives de fonder une colonie dans le Nouveau Monde parce qu'ils craignaient les attaques des autochtones. On peut lire dans la Saga d'Eric le Rouge : « Karlsefni et ses hommes s'étaient maintenant rendu compte que bien que la terre fût excellente ils ne pourraient jamais y vivre en toute sécurité, sans craindre les gens qui l'habitaient déjà. Ils se préparèrent donc à quitter les lieux et à rentrer chez eux. » Cela explique peut-être pourquoi l'établissement scandinave de L'Anse aux Meadows se trouvait à un endroit aussi isolé. Des ressources animales beaucoup plus riches et diverses existaient de l'autre côté du détroit de Belle Isle, dans le Labrador, et plus au sud sur les côtes de Terre-Neuve, et rien n'indique que des autochtones aient occupé la partie septentrionale de l'île. En fait, c'était peut-être la seule région de toute la côte est de l'Amérique du Nord où les Scandinaves pouvaient s'attendre à ne pas être trop dérangés par leurs voisins indigènes. L'opposition des populations autochtones à la colonisation scandinave Les populations autochtones étaient plus nombreuses et mieux armées dans les secteurs du sud de Terre-Neuve, et avaient des traditions plus guerrières que les petits groupes épars qui vivaient dans le nord. Les Groenlandais et les Islandais qui explorèrent le Vinland étaient des agriculteurs et des commerçants, et non des guerriers vikings. Chacun de leurs petits navires ne pouvait transporter plus de 20 ou 30 hommes, et les navires n'étaient pas nombreux au Groenland, de sorte qu'une expédition n'aurait pu consister en plus de quelques navires transportant au plus de 100 à 200 personnes. Les indigènes auraient fatalement été plus nombreux que les Groenlandais. Ces guerriers étaient armés d'arcs et de massues aussi efficaces dans les petites escarmouches que les arcs et les haches des Scandinaves. Leurs canots étaient beaucoup plus faciles à manœuvrer que les bateaux scandinaves lors des attaques et des retraites. Les forêts d'Amérique du Nord devaient constituer un environnement effrayant pour des Scandinaves ayant passé leur vie dans des contrées sans arbres, et constituer un grand inconvénient lors d'une rencontre hostile. Surtout, à cause du climat froid de leurs patries et de leurs petites populations, les explorateurs scandinaves n'apportaient pas de maladies avec eux. À l'opposé, les Européens venus s'établir six siècles plus tard purent commencer à coloniser le continent du fait des maladies qui tuèrent un grand nombre des autochtones de l'époque. Aujourd'hui, nous savons où ne se trouvait pas le Vinland. Il aurait été impossible pour les Scandinaves d'atteindre les vallées du Saint-Laurent ou du Mississippi, et ils n'auraient pu s'établir le long de la côte atlantique au sud de de la Nouvelle-Angleterre. Dans ces régions, ils seraient tombés sur de nombreuses agglomérations très peuplées reliées par des réseaux de communications et d'échanges. Enfin, si nous nous fions aux descriptions des vignes sauvages, le Vinland ne pouvait se trouver dans le nord de Terre-Neuve parce que la vigne ne pousse pas dans une région aussi septentrionale.
Carte montrant les terres connues des Scandinaves dans le nord-est de l'Amérique du Nord. (CMC-Robert McGhee)le golfe du Saint-Laurent L'histoire des vignes du Vinland est étayée par une trouvaille archéologique faite à L'Anse aux Meadows. Les archéologues ont découvert la coque d'une noix longue, fruit d'un noyer poussant dans des forêts de feuillus où pousse aussi la vigne sauvage. Il y a 1000 ans, on trouvait de ces forêts comme aujourd'hui le long des côtes du nord-ouest de la Nouvelle-Écosse, de l'est du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard. Ces côtes ne se trouvaient qu'à deux ou trois jours de navigation à voile de L'Anse aux Meadows. Cette nouvelle terre est presque certainement celle qui inspira l'appellation Vinland ainsi que les mentions de vastes forêts, de vignes sauvages, de bons pâturages dans des marais salants étendus, et de cours d'eau regorgeant de saumon. Pour des Groenlandais, cela devait sembler une terre magnifique qu'ils ne pouvaient visiter qu'avec prudence. Et ils n'auraient pas été tentés de se rendre plus au sud, dans des terres bien défendues et très peuplées. Les témoignages littéraires et archéologiques dont nous disposons maintenant suggèrent fortement que la fabuleuse contrée du Vinland se trouvait autour des côtes du golfe du Saint-Laurent. C'est là qu'il y a environ mille ans se produisit un événement qu'avaient préparé plusieurs millénaires. Pour la première fois, des humains dont les ancêtres s'étaient répandus vers l'est autour de la terre rencontrèrent d'autres humains se dirigeant vers l'ouest. Pour la première fois, la race humaine avait fait le tour du globe et rencontré des groupes d'humains qui n'étaient connus ni par la légende ni par l'histoire. Ce ne fut pas une rencontre facile. Racontant l'histoire du Vinland, la Saga des Groenlandais nous dit que Thorvald Eriksson, en mourant, arracha une flèche amérindienne fichée dans son ventre, la regarda et déclara : « Il y a de la graisse autour de mon ventre! Nous avons trouvé un beau pays regorgeant de fruits, mais on ne nous laissera guère en profiter. » Il est évident que les autochtones du nord-est de l'Amérique du Nord empêchèrent les Européens de se répandre dans le Nouveau Monde. Il faudrait encore attendre 500 ans. © Société du Musée canadien des civilisations |