Un grand merci à Mr Philippe TAQUET pour les
publications qu'il m'a donné pour ce mémoire de Licence.
Site complet sur les oeufs de dinosaures: http://www.geocities.com/phkerourio/
I) Cas de la France
A) Chronologie
1) Les découvertes
2) La parataxonomie des œufs fossiles (veterovata,voir
annexe)
B) Les pontes
1) Fossilisation
2) Etudes de la paléobiologie des œufs
par la conductance à la vapeur d’eau de la coquille
C) Les œufs
1) Les coquilles multistratifiées
2) Le nanisme et le gigantisme des œufs
3) Les œufs fracturés dans l’oviducte
II) Cas du Portugal
A) Chronologie et importance
1) Historique
2) Généralité sur Lourinhã
B) Pontes et œufs
C) Les embryons
1) Attributions des restes
2) But de l’étude
3) L’ossification périostique et la croissance
des diaphyses
4) L’ossification enchondrale et croissance
des épiphyses
5) Acquisition de la forme
D) Conclusion
Introduction :
Depuis quelques temps, le rythme des découvertes d’œufs fossiles,
plus ou moins conservés, a tendance à accélérer.
L’œuf de reptile le plus ancien date du Permien à Canyon Rattlesnake
(Texas) et mesure 59 mm de longueur pour 36 mm de diamètre maximal. En
1925, une expédition américaine trouva des nids de Dinosaures
datant du Crétacé dans le désert de Gobi (Mongolie). Ensuite
ce fut en Argentine, puis dans le Montana où, sur quelques kilomètres
carrés, les chercheurs ont mis à jour trois cents œufs. Il
y eut beaucoup de lieux de découvertes (fig.1), permettant aux scientifiques
d’explorer des nouveaux domaines d’études. Ce sont ces études
(des exemples) qui seront traités ici, par deux gisements spécifiques
et représentatifs : la France, pour l’abondance des œufs et
les observations faites dessus, et le Portugal, avec ses exemples remarquables
d’embryons fossiles.

Fig.:1 localisation des sites : Asie : 109 sites. Europe : 39 sites. Amérique
Nord : 37 sites. Amérique Sud : 12 sites. Afrique : 2 sites.
I) Cas de la France
S’il est vrai que les œufs fossiles de Dinosauriens sont habituellement
rares, nous avons la chance d’avoir une région particulièrement
riche en France, il s’agit de la région d’Aix-en-Provence
(Bouches du Rhône).En effet, ces fossiles y sont abondants dans des sédiments
fluvio-lacustres âgés du Crétacé terminal. C’est
le cas des différents sites provençaux, comme ceux du Languedoc
et des Pyrénées, qui sont rattachés aux deux derniers étages
: le Campanien (-83 millions d’années, -72 millions d’années)
et le Maastrichtien (-72 millions d’années, -65 millions d’années).Ces
deux étages furent eux même découpés en étages
locaux : le Campagnien en Fuvélien et Bégudien, et le Maastrichtien
en Rognacien. Les derniers niveaux contenant des œufs d’affinités
dinosauriennes (type Megaloolithus mamillare ou apparenté) se trouvent
dans des formations marno-gréseuses entre un conglomérat (nommé
conglomérat de La Galante) et un calcaire (calcaire de Vitrolles), et
les restes de Dinosaures de tout le Midi méditerranéen français
sont datés depuis le Fuvélien jusqu’au sommet du Rognacien,
ce qui représente une période d’environ 15 millions d’années
(-80 à –65 millions d’années).
Haut de la page
A) Chronologie
1) Les découvertes
C’est le géologue Philippe Matheron qui a décrit pour la
première fois des ossements de Dinosaures de Provence et découvert
des œufs, et ce fut son collègue Paul Gervais qui utilisa les fragments
de coquilles trouvés pour réaliser les premières lames
minces.
C’est lors de travaux sur les dépôts fluvio-lacustres, auxquels
il accorda une attention supplémentaire aux reptiles fossiles, qu’il
trouva des fragments osseux d’Hypselosaure et des fragments d’œufs
conservés dans les sédiments du crétacé : «
…avec les fragments osseux dont je viens de parler, se trouvaient deux
grands segments de sphère ou d’ellipsoïde, à l’examen
desquels plusieurs paléontologistes ont souvent exercé leur patience.
Tout bien considéré il paraîtrait que ce sont des fragments
d’œufs. » (Matheron 1869). Bien entendu, on connaissait déjà
l’existence d’œufs fossiles à cette époque, quelque
uns ayant été découverts en Angleterre (Buckman 1860, Carruthers
1871).
Paul Gervais fut un des premiers à avoir l’idée de faire
des coupes histologiques dans ces œufs fossiles : en 1876, il fait préparer
des coupes dans les coquilles de Matheron qui suppose être un oeuf d’un
oiseau gigantesque ou d’un Hypselosaure. Pour faire une comparaison en
parallèle, il fait aussi préparer des coupes dans des œufs
d’oiseaux, de tortues, de crocodiles et de gecko. Avec le peu de matériel
de comparaison mis à sa disposition et une étude des lames minces
en lumière naturelle et lumière polarisée, il conclut :
« …que les grands œufs fossiles dans le terrain de Rognac n’ont
pas appartenu à un oiseau, mais bien à un Reptile de classification
indéterminée, ayant par la structure de la coquille de ses œufs
une incontestable analogie avec ceux de certains Emydo-sauriens » (groupe
de reptiles créé par Blainville et réunissant crocodiles
et tortues).
Remarques : les lames minces ont été retrouvées dans les
collections du Laboratoire d’Anatomie comparée grâce à
monsieur Philippe Taquet.
On connaît aujourd’hui 12 types d’œufs fossiles rencontrés
dans le crétacé supérieur de Provence (Vianey-Liaud et
al 1994 ; Vianey-Liaud 1999 ; Garcia 2000 ; Garcia et al 2000a, b) et qu’il
est impossible d’attribuer un type d’œuf à une espèce,
à moins de trouver des restes de nouveau-nés associés aux
coquilles (Horner et Makela 1979) ou d’embryons à l’intérieur
d’un œuf (Horner et Weishampel 1988 ; weishampel et Horner 1994 ;
Norell et al 1994 ; Mateus et al 1997), sans ces associations il est aléatoire
de faire des rapprochements entre coquille et espèce. Pour remédier
à ce problème de classification, les spécialistes ont créé
une parataxonomie pour la dénomination des différents types de
coquilles fossiles.
Haut de la page
2) La parataxonomie des œufs fossiles (veterovata, voir annexe)
C’est au XIXème siècle que remonte les premiers travaux
(Buckman 1860 ; Meyer 1867 ; Carruthers 1871 ; Gervais 1877) et bien qu’à
cette époque les connaissances sur ce sujet étaient limitées,
Buckman fut le premier à utiliser des noms parataxonomiques pour deux
types d’œufs fossiles pendant que la plupart des auteurs ne faisaient
que des descriptions générales et brèves, et attribuaient
l’appartenance des œufs à des espèces indéterminées.
Buckman et Carruthers pensaient qu’il n’était pas plus insensé
d’utiliser les caractères morphologiques des œufs, comme l’épaisseur
de la coquille ou encore l’ornementation externe, que ceux observés
sur les ossements pour établir les différents taxons dinosauriens.
C’est au début du XXème siècle, après de nombreuses
découvertes d’œufs de Dinosaures, que le besoin d’une
classification parataxonomique se fit de plus en plus sentir. Différents
caractères furent alors utilisés :
• Van Straelen (1928) utilisa l’épaisseur, l’ornementation,
et la morphologie des canaux aérifères (pores) pour les œufs
du désert de Gobi.
• Young (1954) utilisa des caractères macrostructuraux pour séparer
les œufs de Laiyang en Oolithes sphéroïdes et O.elongatus.
• Sochava (1969) utilise les pores pour séparer les coquilles en
type angusticanaliculé, prolatocanaliculé et multicanaliculé.
Erben (1970) y rajoute le type tubocanaliculé et Nesov et Kaznyshkin
(1986) les types foveocanaliculé et lagenosanaliculé.
• Chao et Chiang (1974) utilisent les variations microstructurales pour
séparer O.sphéroïde en 5 ootypes différents.
• Penner (1985) utilise les unités cristallines de l’architecture
de la coquille.
Dans les années 70, les classifications de type parataxonomique sont
établies pour harmoniser et classer les informations collectées
dans le monde :
En 1994, Zhao avait établi six « para-famille » d’œuf
de dinosaures (Zhao 1975, Zhao et Ding 1976, Zhao 1979, Zhao etLi 1979), puis
cinq familles furent établies par d’autres chercheurs (Zheng er
Zhang 1979, Mikhailov 1991, Hirsch 1994, Kohring et Hirsch 1996) portant le
nombre à 11 « para-familles », 28 « para-genres »
et 65 « para-espèces » pour les œufs de dinosaures et
d’oiseaux ratites. Cette classification a été unifiée
par Mikhailov (1991, 1996). Elle prend en compte la forme de l’œuf,
l’épaisseur, l’ornementation de la surface externe et la
microstructure de la coquille, ainsi chaque œuf est désigné
par un type générique avec un suffixe « Oolithus ».
Voir annexes.
Haut de la page
B) Les pontes
1) Fossilisation
Ces fossilisations exceptionnelles sont dues aux conditions il y a70 millions
d’années en Europe. En effet, à cette époque l’Europe
formait un vaste archipel d’îles plus ou moins grandes, et le sud
de la France ainsi que le nord-est de l’Espagne et une partie du Portugal
étaient alors émergés, le paysage dominant était
donc composé de vastes plaines alluviales parcourues par de grands fleuves.
Ces conditions expliquent que les œufs fossiles se rencontrent souvent
dans des marnes rouges ou bariolées qui correspondent aux sols latéritiques
de ces plaines alluviales, et dans des grès ou des formations conglomératiques
dues à un enfouissement dans des sédiments exondés formant
le lit majeur de rivières ou de torrents. Pour ce qui concerne la bonne
conservation des nids et des œufs, elle semble conforter l’idée
d’un enfouissement des œufs qui sont simplement un peu déformés
par le poids des sédiments.
Dans les différents gisements de bassin d’Aix-en-Provence, la conservation
de la structure des nids est plus ou moins connue selon les types d’œufs,
l’état des fossiles et la préservation des gisements. En
effet, certains types d’œufs ne sont connus que par des fragments
de coquilles isolés. La destruction de ces œufs et de ces nids peut
s’expliquer par deux hypothèses :
• Une érosion de la tranche superficielle du sol dans laquelle
les pontes étaient déposées.
• Une nidification sub-aérienne, les œufs étant déposés
à la surface puis recouverts d’une faible épaisseur de végétaux.
Ce serait le cas du type « ornithoïde » (Prismatoolithus et
apparentés), ainsi que les œufs attribués à l’Hadrosaurien
Maiasaura et à l’hypsilophondontidé Troodon retrouvés
dans le Campanien de Willow Creek dans le Montana, et ceux de certaines espèces
de dinosauriens du crétacé chinois s’apparenteraient à
une nidification en faible profondeur, la partie superficielle de la coquille
émergeant du sédiment.
Dans le bassin d’Aix-en-Provence deux types de nids sont attestés
:
• Le premier type de nid présente des œufs entassés
sur trois à cinq niveaux, avec régulièrement, une décroissance
du nombre d’œufs du niveau supérieur au niveau inférieur
de la ponte. Exemple : une ponte de 9 œufs entiers et probablement non
éclos de Cairanoolithus dughii a été mise à jour
dans le Rognacien inférieur du gisement de la Cairanne présente
une disposition sur 4 niveaux. Le niveau A comportant 3 œufs, le niveau
B (sous-jacent) 3 œufs également, le niveau C, 2 oeufs et le niveau
D, 1 seul. L’interprétation de cette disposition suggère
que la ponte ait été faite dans une excavation sub-conique de
0,80 à 1 mètre de profondeur et d’un diamètre de
1 mètre à l’ouverture, mais ce type de nidification ne semble
être que pour les œufs de grande taille. De plus, le nombre d’œufs
varie de 4 à 9 suivant le type d’œufs. Cette disposition a
été aussi observée dans le Sénonien continental
du Languedoc (Freytet 1960, Thaler 1965) et chez des reptiles actuels comme
les crocodiliens (Greer 1970,1971, Campbell 1972), les chéloniens (Ewert
1985), et chez les oiseaux mégapodes actuels de l’aire Indo-pacifique
(Fleay 1937, Frith 1959, 1962, Baltin 1969).
• Le deuxième type se présente sous forme de file disposée
sur un ou deux niveaux. Ce type de disposition a été observé
dans le Rognacien supérieur de la région de Rousset-sur-Arc (Bouches-du-Rhône)
dans les gisements de Frigara et de La Cardeline présentant des pontes
de 6 à 10 œufs de Megaloolithus mamillare et Megaloolithus sp. déposés
sur une superficie de 0,70 à 1,50 m2 et sur un seul niveau, ainsi que
dans le gisement de Roques-Hautes / les Grands-Creux (Dughi et Sirugue 1958)
où a été découvert une file de 8 œufs de Megaloolithus
mamillare sur une longueur de deux mètres. Pour cette disposition en
file, l’hypothèse d’une nidification dans un monticule d’incubation
semble être la plus appropriée, et en accord avec les calculs de
conductance très élevée. Par actualisme, ces pontes n’ont
pu être faites que par un reptile en position accroupie et avançant
lentement pendant la ponte (Dughi et Sirugue 1976, Ginsburg 1980) et déposée
à la surface du sol ou dans une litière végétale
puis recouverte de terre. On retrouve ces pontes chez certains crocodiliens
(Ogden 1978).
Ces différents types de nidations ne sont pas rares chez les reptiles.
C’est pourquoi les travaux de Greer (1970, 1971) et de Campbell (1972)
chez les crocodiliens actuels ont étudié les corrélations
possibles entre les différents types de nids et l’environnement
pédologique, thermique et hydrique. Ils en conclurent que les monticules
d’incubation correspondaient à des populations nidifiant dans des
zones de marécages et que les cavités creusées dans le
sol se rapportaient à des espèces vivant sur des berges ou des
plages. Mais ces conclusions ne font pas l’unanimité, car certains
auteurs (Ogden 1978, Magnusson 1982) pensent que la morphologie du nid serait
liée aux dangers représentés par l’eau, et que dans
les zones de crues brutales, les monticules d’incubation permettraient
aux œufs de survivre (Webb et al 1977, Joanen et al 1977, Magnusson 1982b).
D’autres encore, dont Dughi et Sirugue (1976) soutenaient que «
…les pontes n’ont pas été déposées dans
la vase comme on l’a dit, mais à l’air libre… ».
Pour ce faire, ils s’appuyaient sur l’argument que les stratifications
entourant les pontes étaient planes et donc, que c’étaient
lors de crues que des limons se déposaient et conservaient les œufs.
Mais, même si l’argument semble bon, cette théorie n’est
plus retenue aujourd’hui. En effet, il est difficile d’expliquer
avec ce scénario que les œufs ne soient pas brisés et que
la structure des nids soit conservée (Erben et al 1979, Kerourio 1981).
De plus les études de conductance (voir ci-dessous) infirme l’hypothèse
de la nidification aérienne.
Haut de la page
2) Etudes de la paléobiologie des œufs par la conductance
à la vapeur d’eau de la coquille
La conductance à la vapeur d’eau (GH2O) pour un œuf actuel
ou fossile est définie par :
GH2O = 23,42 x Ap x L-1
(Seymour 1990) en mg H2O torr / jour
L = longueur moyenne des canaux aérifères en cm
Ap = surface des pores totale en cm2
La conductance d’un œuf avien est définie par :
GH2O = 0,432 x 0,78 M
(Ar et al 1974)
M = masse de l’œuf.
Grâce à un matériel important de Megaloolithus aureliensis,
Cairanoolithus dughii, M.siruguei, M.mamillare, Prismatoolithus matellensis
et de trois ootypes inédits, soit 66 œufs entiers ou non, une équipe
a révisé les résultats de Williams, Seymour et Kerourio.
Les résultats de la conductance des œufs (fig. 2) sont entre 8 et
87 fois supérieurs à ceux calculés pour des œufs aviens
de mêmes dimensions, ce qui confirment les données obtenues par
Seymour (1980), Seymour et Ackerman (1980), et Seymour et Kerourio (1984).
Types d’oeufs |
Megaloolithus aureliensis |
Cairanoolithus dughii |
Megaloolithus mamillare |
Ootype inédit 1 |
Ootype inédit 2 |
Ootype inédit 3 |
Surface porale estimée (cm2) |
20,4 |
14 |
16,1 |
79,1 |
9,81 |
53,2 |
Longueur moyenne d’un pore (en cm) |
0,09 |
0,19 |
0,09 |
0,1 |
0,07 |
0,14 |
GH2O estimé (mg/torr/jour) |
5137,2 |
1707,7 |
4236,6 |
18903,2 |
3429,1 |
8899,6 |
GH2O prédit avien |
173,5 |
223 |
256,5 |
216,1 |
80,9 |
147,4 |
| Rapport GH2O prédit à
Gh2O avien |
29,6 |
7,6 |
16,5 |
87,4 |
42,3 |
60,3 |
Fig. 2 : Tableau de conductance. http://www.geocities.com/phkerourio/
La très haute conductance de ces œufs s’explique par l’importante surface des pores (9 à 79 cm2) et du grand nombre de pores (100 000 à 600 000) soit 3 à 13 fois plus important que pour des œufs aviens calculé par l’équation suivante :
Nombre de pores = 1499 x masse de l’œuf (g) puissance 0,420
(Tullet et Board 1978)
Par comparaison, les œufs de reptiles actuels nidifiant
en milieu très humide ont des conductances variant de 2 à 5,5
fois celles d’œufs aviens (toujours pour une même taille).
Ces résultats tendent à confirmer l’hypothèse, souvent
controversée, selon laquelle les œufs retrouvés dans le Maastrichtien
d’Aix-en-Provence auraient été incubés dans des conditions
de haute humidité et dans un environnement probablement souterrain (Seymour
1980, Seymour et Ackerman 1980, Seymour et Kerourio 1984, Kerourio 1987). Donc,
la nidification aérienne paraît fortement improbable sur un point
de vue physiologique car dans ce milieu, la perméabilité de la
coquille serait trop élevée et, même si l’embryon
pouvait aisément respirer, il aurait subit une déshydratation
rapide.
C) Les œufs
Les œufs de ces reptiles fossiles disparus à la fin de l’ère
Secondaire pouvaient être très gros, par exemple, de la taille
d’un ballon de football. L’examen de la face interne de leur coquille
peut permettre de déterminer si l’embryogenèse est parvenue
à son terme et si l’œuf a éclos (fig. 3 et 4).
Fig. 3 : Un oeuf non éclos (Cairanoolithus nov. sp.). Section radiale
en lumière naturelle de la couche mamillaire. L'extrémité
des mamilles est encore insérée dans des vestiges de la membrane
coquillière. Aucune dissolution de la substance minérale de l'oeuf
par l'embryon n'est survenue. Gisement de La Cairanne, Colline des Chapeliers,
commune de Rousset-sur-Arc (Bouches-du-Rhône), Rognacien inférieur,
Maastrichtien supérieur. http://www.geocities.com/phkerourio/

Fig. 4 : Un oeuf éclos (Cairanoolithus dughii). Section radiale en lumière
naturelle d'une partie de la couche mamillaire. La mamille visible sur la photographie
montre, à sa base, un "cratère de résorption"
indiquant la survenance d'un processus de dissolution des substances minérales
présentes dans la coquille de l'oeuf et son utilisation pour la construction
du squelette de l'embryon. Gisement de La Cairanne, Colline des Chapeliers,
commune de Rousset-sur-Arc (Bouches-du-Rhône, bassin d'Aix-en-Provence),
Rognacien inférieur (Maastrichtien supérieur). http://www.geocities.com/phkerourio/
L’examen de l’oeuf a aussi permis de voir que les œufs fossiles
d’Aix-en-Provence portaient des stigmates de plusieurs pathologies se
traduisant par des altérations morphologiques et / ou microstructurales
de l’œuf.
Haut de la page
1) Les coquilles multistratifiées
Ce phénomène a été décrit pour la première
fois par De Lapparent (1947) sur des fragments d’œufs appartenant
à Megaloolithus mamillare du Rognacien supérieur du gisement Frigara
(Rousset-sur-Arc, Bouches-du-Rhône). Cette pathologie se traduit par une
formation répétitive de la coquille (« ovum in ovo »
Schmidt 1968) qui peut s’expliquer par la rétention de l’œuf
dans l’oviducte qui passe plusieurs fois entre l’oviducte et la
glande coquillière, et se voit attribuer une seconde coquille, puis une
troisième….(fig. 5). La cause est assez mal connue : ce phénomène
pourrait être induit par un dysfonctionnement de l’hormone vasotocine
(Erben 1970, Erben et al 1979), ou dû à une carence alimentaire
(Ewert et al 1983). Par contre, si la cause est discutable, les différents
auteurs sont d’accords pour la conséquence de cette pathologie,
c’est à dire l’obstruction des canaux aérifères,
l’altération des échanges gazeux et un épaississement
de la coquille et donc, la mort de l’embryon à court terme (Erben
1970, Erben et al 1979). Les coquilles multistratifiées semblent caractériser
des espèces reptiliennes qui pondent plus d’une portée par
saison (Ewert et al 1983). En effet, cette pathologie se retrouve chez des oiseaux
et des reptiles actuels (Asmundson 1933, Nierbele et Cors 1962, Sturkie 1965,
Schmidt 1968, Tyler 1969, Erben 1970, Hirsch 1987) très fréquemment
chez les chénoliens (Erben 1972, Jakayar et Spurway 1966, MacFarland
et al 1974, Kirsche 1979, Ewert et al 1983). En 1943, Schmidt mentionne une
coquille de Testudo graeca formée de 5 couches, et en 1972, Erben signale
un phénomène identique chez un crocodilien.

Fig. 5 : Megaloolithus mamillare. Section radiale en lumière polarisée
d'une coquille présentant une "bi-stratification" d'origine
pathologique. On distingue très distinctement dans la partie de la coquille
une bande claire correspondante à une interruption survenue dans le processus
de croissance de la coquille suivie d'une reprise. Un tel phénomène,
en occasionnant une oblitération des canaux aérifères,
était très certainement fatal pour l'embryon. (Rognacien supérieur,
Maastrichtien supérieur du gisement de La Cardeline, commune de Châteauneuf-le-Rouge,
Bouches-du-Rhône). http://www.geocities.com/phkerourio/
Ce phénomène fut pendant un moment interprété comme
un élément de l’extinction des Dinosaures à la fin
du Crétacé (Dughi et Sirugue 1958 et 1976, Thaler 1965, Erben
1970, Erben et al 1979), car cette pathologie était de plus en plus importante
dans le Rognacien supérieur. C’était une imprudence car
cette théorie reposait sur une connaissance partielle, à cette
époque, des gisements du Midi méditerranéen et des types
d’œufs. Par la suite, une étude statistique sur la fréquence
de ces coquilles a démontré l’invalidité de la théorie
(Kerourio 1981, Penner 1983).
Dans le bassin d’Aix-en-Provence les statistiques sont les suivantes :
• Les oeufs bi-stratifiés sont les plus fréquents : 80 %
des spécimens récoltés.
• Les oeufs à trois, quatre ou cinq coquilles sont plus rares :
10 %, 7 %et 2 %.
• Les œufs hepta-stratifiés sont exceptionnels : moins de
1 % (fig. 6)
• Deux spécimens ont été retrouvés présentant
huit couches, dans le Rognacien inférieur des gisements de Basségat
(Var) et du Mouton (Bouches-du-Rhône), soit une épaisseur totale
de la coquille de 25 mm (Ootype Megaloolithus siruguei).

Fig. 6 : Un fragment de coquille d'oeuf multistratifiée. Cet exemplaire
(Megaloolithus siruguei) présente 7 couches superposées. Une telle
pathologie, fatale pour l'embryon, est tout à fait exceptionnelle. Rognacien
inférieur (Maastrichtien supérieur) du gisement de Basségat
(commune de Fox-Amphoux, Var). http://www.geocities.com/phkerourio/
Les études statistiques sur la fréquence des
coquilles multistratifiées ont démontré que la fréquence
de cette pathologie variait suivant le type d’œuf considéré
et non pas en fonction du rapprochement ou de l’éloignement de
la limite Crétacé-Tertiaire. On a découvert, par exemple,
que Megaloolithus siruguei (Aix, Rognacien inférieur et moyen) était
plus concerné par ce phénomène (60 % de 550 spécimens)
que Megaloolithus mamillare, M. aureliensis, M. petralta et Cairannoolithus
siruguei, et même quasi-inexistant chez Prismatoolithus matellensis et
apparentés.
Remarque : cette pathologie a été observée sur des coquilles
dans le Crétacé supérieur du désert de Gobi par
Sochava en 1970 et Mierzejewska en 1981, ainsi que dans la Maastrichtien continental
de Gujarat en Inde par Mohabey en 1984 et Srivastava et al en 1986.
Haut de la page
2) Le nanisme et le gigantisme des œufs
Un Musée d’Histoire Naturelle de France a dans ses collections
paléontologiques un spécimen provenant de marne grise intercalé
dans le calcaire de Rognac du gisement du Stade de Rousset en 1975. Ce spécimen
s’apparente à un œuf de Megaloolithus siruguei et a pour particularité
son volume faible : 558,7 cm3 alors que le volume moyen habituel est de 2890
cm3. Ce cas ressort comme un cas pathologique car les autres œufs du gisement
sont de tailles normales.
Le nanisme des œufs a été observé chez les oiseaux
actuels (Pearl et Curtis 1916, Kirkpatrick 1916, Romanoff et Romanoff 1949 p.257,
fig. 143-145) et est fréquent chez les jeunes femelles. Il peut aussi
résulter d’une infection de l’extrémité postérieure
de l’oviducte ou de la partie antérieure de la région sécrétant
l’albumen qui a pour conséquence une constriction incomplète
de l’oviducte (Romanoff et Romanoff 1949). Le nanisme est aussi observable
chez les crocodiliens actuels, qui pondent des œufs très petit et
infertiles, aussi caractéristiques des pontes de jeunes femelles (Ferguson
et Joanen 1983, Ferguson 1985).
Le phénomène inverse peut se produire. Des cas de gigantisme ont
été observés chez l’ooespèce Megaloolithus
mamillare. Un œuf entier isolé a été retrouvé
(le reste de la ponte a été détruit par l’érosion)
dans le Rognacien supérieur du gisement de La Cardeline (Bouches-du-Rhônes)
ainsi qu’une ponte d’au moins quatre œufs dans le gisement
Frigara du même âge. L’œuf isolé pèse 7052
g (soit un volume de 6470 cm3), les œufs de la ponte, 7864 g (soit un volume
de 7050cm3), 4414 g (V = 4050 cm3) et 3531 g (V = 3240 cm3) le dernier étant
trop déformé pour être mesuré, alors que la masse
moyenne pour cet ooespèce est de 3597 g. Nous avons donc, deux cas flagrant
de gigantisme.
Comme pour le nanisme, le gigantisme pathologique est fréquent chez les
oiseaux actuels. Pour preuve, l’Institut Pasteur à Paris conserve
un œuf de poule de 320 mg, soit 5,5 fois la masse moyenne d’un œuf
normal (Romanoff et Romanoff 1949). Ce cas de figure a été aussi
observé chez le canard avec des œufs de 100 à133 mg alors
que la masse normale est de 67 mg (Bauer 1895, Sumulong 1925). Malheureusement
et contrairement au nanisme, les causes de ce phénomène restent
pour l’instant inconnues.
Haut de la page
3) Les œufs fracturés dans l’oviducte
Chez Megaloolithus aureliensis, M.siruguei, M.petralta, M.mamilare et Cairanoolithus
Dughii (et d’autres ootypes non encore décrits) sont observées
des fractures reconsolidées dans l’oviducte. Grâce à
l’examen de la surface externe de la coquille, on observe la présence
d’une « néo-formation » caractérisée
par une croissance anormale et un développement anarchique de la coquille
le long de la fracture.
Comme pour les autres pathologies, des cas de fractures de la coquille survenues
durant sa formation dans l’utérus ont été rapportées
chez les oiseaux actuels (Romanoff et Romanoff 1949, p 273, fig. 160). Ici,
les fractures sont ressoudées par un matériel calcique additionnel,
toutefois, la cicatrice reste bien visible. Comme pour le gigantisme, les causes
restent pour le moment inconnues.
Les œufs fossiles de dinosauriens trouvés dans le bassin d’Aix-en-Provence
ont révélé plusieurs pathologies. Une étude plus
détaillée de ces phénomènes reste à faire
pour compléter les connaissances sur la physiologie des dinosaures de
la fin du Crétacé en Provence.
Haut de la page
II) Cas du Portugal
A) Chronologie et importance
1) Historique
Au Portugal, un œuf de Dinosaure fut découvert dès 1908 près
d’Alfeizerão (à l’Est de Porto) dans des sédiments
du Kimmerdgien-Portlandien. Cet oeuf était cassé par le milieu
et de forme allongée (dimension 13 x 19 cm), il fut attribué au
Stégosorien Omosaurus lennieri (De Lapparent et Zbyszewski 1957). Puis
un peu plus récemment, la mine de Guimarota livra des fragments de coquilles
dans des sédiments datés du Jurassique supérieur (Erve
A. van et Mohr 1988). A Paimogo (à 60 kilomètres au N-NW de Lisbonne,
près de Lourinhã dans le centre du Portugal) en 1993, des fragments
furent trouvés sur le sol par Isabel Mateus. Ces coquilles se trouvaient
dans des terrains du Kimmeridgien supérieur-Tithonien inférieur
au sommet d’une falaise, découvert par l’érosion.
En 1995 et 1996, plusieurs pontes constituées par des œufs bien
conservés et abondants furent dégagés, tandis qu’un
lavage des sédiments permis de récolter plusieurs restes osseux
: des os de petites tailles provenant des œufs, des vertébrés
contemporains des pontes, des dents isolées (de Théropodes) et
un fragment de mandibule avec deux dents de mammifères.
Haut de la page
2) Généralité sur Lourinhã
La découverte de Lourinhã (fig. 7) est exceptionnelle pour plusieurs
raisons :
Premièrement, les œufs dans les niveaux du Jurassique sont rares.
Pour preuve, dans l’inventaire des gisements (Carpenter et Alf 1994) ne
figurent que trois localités ayant livré des œufs fossiles
datés du Bathonien et Oxfordien de Grande-Bretagne (dont rien ne prouve
que ce soient des œufs de dinosauriens, même s’ils ont été
attribués à des reptiles par Van Straelen en 1928) auxquels il
faut ajouter celles du Colorado et d’Utah (Hirsch et al 1987, Hirsch 1989,
Scheetz 1991, Young 1991 et Kirkland 1994) dans le Jurassique supérieur,
et celle d’Afrique du Sud (Kitching 1979, Grine et Kitching 1987) pour
le Jurassique inférieur.
Remarque : les œufs de Paimogo ressemblent le plus aux œufs du Colorado.
Deuxièmement, la conservation du gisement est remarquable car les pontes
sont extrêmement bien préservées. Sur le terrain, trois
pontes ont été récoltées mais une seule a été
dégagée (en 1997) comportant 34 œufs conservés en
totalité ou partiellement.
Troisièmement, l’œuf n°10 présente des restes osseux
en connexions et donc témoigne de la présence d’embryons
dans certains œufs. Les os retrouvés aux alentours des œufs
y sont comparables, ils appartiennent donc aussi à des Théropodes.
C’est le point le plus remarquable de ce gisement, car il permet aux chercheurs
d’associer avec certitude, un morphotype de coquille d’œuf
à des restes squelettiques de dinosaures Théropodes. L’espèce
de Théropode ayant pondu ces œufs n’est pas connue, mais de
nombreux restes trouvés proches du gisement dans le Kimméridgien
seraient attribués à Megalosaurus insignis ou Megalosaurus pombali
(de Lapparent et Zbyszewski 1957).

Fig. 7: Localisation géographique du gisement de Lourinhã
Haut de la page
B) Pontes et œufs
Les longues et minutieuses fouilles ont permis de séparer le gisement
en 6 grands blocs de 75 x 78 cm à 24 x 30 cm, chaque bloc renfermant
des dizaines et dizaines d’œufs plus ou moins bien préservés.
Le bloc 1 a été bien étudié (fig. 8):

Fig. 8: Ponte de 34 œufs en partie dégagée. A gauche, vue
de la ponte et à droite, position des œufs.
Son sommet comprend 34 œufs serrés dont quatre (n°10, 45 48
et 56) comportent visiblement des os de membres et de vertèbres. Malheureusement
la taille des œufs ne peut être obtenue que par une moyenne, car
leur taille actuelle varie selon l’écrasement qu’ils ont
subi, exemple :
| Œuf | Longueur | largeur |
| n°10 | 130 mm | 80 mm |
| n°27 | 137 mm | 88 mm |
| n°28 | 117 mm | 100 mm |
| n°29 | 125 mm | 96 mm |
| n°37 | 137 mm | 87 mm |
Les caractéristiques des œufs sont les suivantes :
La coquille est noire, d’épaisseur faible (0,6 à 0,7 mm),
et possède de larges pores répartis irrégulièrement
mais en moyenne distant de 2,5 à 3,5 mm. Si la face externe est lisse
(fig. 9 haut), donc sans ornementation, la face interne présente un guillochage
caractéristique (fig. 9 bas), certainement dû à une dissolution
qui se produit chez les oiseaux actuels lorsque le squelette de l’embryon
utilise les substances minérales de sa coquille.

Fig. 9 : en haut, vue externe d’une coquille montrant les pores. En bas,
vue interne montrant la couche basale en partie dissoute. Barre = 1mm.
Pour étudier ces œufs, une série de lames minces de coupes
radiales furent effectuées. Elles montrent une organisation relativement
simple : des prismes de calcite verticaux et une couche basale très fine.
Il faut prendre en compte le phénomène de dissolution expliqué
ci-dessus qui a certainement aminci cette couche basale.
Les pores de grandes tailles (0,3 à 0,35 mm, soit la moitié de
l’épaisseur de la coquille) sont généralement droits
mais une des lames minces en montre un oblique (fig. 10), ce qui rapprocherait
la coquille à celle d’un type dinosauroïd-prismatic et du
morphotype d’obliquiprismatic décrit par Hirsch (1994, fig. 10.3.
C-E). Hirsch plaça cette coquille dans les Prismatoolithidae, espèce
Prismatoolithus coloradensis, caractérisée par :
o une coquille 0,7 à 1mm d’épaisseur.
o une surface externe lisse.
o un œuf elliptique de 110 x 60 mm.
o une extrémité légèrement pointue.
o des pores simples irrégulièrement disposés.

Fig. 10 :Coupe radiale dans la coquille au niveau d’un pore, en lumière
polarisée. La surface externe est en haut sur la photo (x 50). En haut,
pore légèrement oblique. En bas, pore vertical.
Haut de la page
C) Les embryons
1) Attributions des restes
Aux alentours et à la surface de certains œufs fracturés
ont été découverts des dizaines de petits os. Le plus représentatif
est l’œuf n°10 (fig.11), car il montre des os de membres et une
vertèbre en place, ainsi qu’un fragment de coquille portant une
vertèbre sur sa face interne (fig.11).

Fig. 11 : A gauche, l’œuf n°10 avec restes osseux d’embryon.
A droite, vertèbre sur une coquille.
Les os récoltés sont très petits, exemple :
• une tête de fémur = 5 mm de large.
• l’extrémité distale d’un autre fémur
= 5 mm d’épaisseur et 6 mm de largeur.
• les vertèbres (60aine) ne mesurent que quelques millimètres.
De plus, l’arc neural des vertèbres est séparé de
leur centrum, et la surface des os est rugueuse alors que pour les adultes,
elle est lisse, ce qui traduit l’état juvénile de ces ossements.
Grâce à ces os retrouvés (vertèbres, os de membres,
métapodes et fragments crâniens), ces œufs ont été
attribués à des reptiles grâce à :
• l’épaisseur des parois osseuses.
• la solidité des parois osseuses.
Puis à des dinosaures, grâce à :
• la forme des extrémités.
• l’allure rectiligne des diaphyses des fémurs et des tibias.
Et pour finir, à des dinosaures Théropodes (dinosaures carnivores),
grâce :
• à la forme de la tête fémorale (fig.12 A).
• à la forme du petit trochanter.
• aux deux condyles bien développé à l’extrémité
distale du fémur avec la forme caractéristique du condyle médial
et du condyle latéral (fig. 12 B et C).
• à la forme du plateau tibial (fig. 12 D et E).
• à la diaphyse creuse des fémurs et des tibias.
Les autres pièces trouvées sont :
• Un fragment de crâne (fig.12 F) dont le condyle est reconnaissable.
• Une vertèbre dorsale antérieure comportant une cavité
pleurocoele (fig.12 G).

Fig.12 : A, extrémité proximale d’un fémur droit
en vue antérieure. B, extrémité distale de fémur
en vue antérieure. C, extrémité distale de fémur
gauche en vue distale. D, plateau tibial d’un tibia droit en vue proximale.
E, extrémité proximale d’un tibia droit en vue latérale.
F, fragment d’un plancher crânien en vue latéral avec le
condyle occipital. G, vertèbre dorsale antérieure avec sa cavité
pleurocoele en position antéro-dorsale.
Haut de la page
2) But de l’étude
Les restes retrouvés dans le gisement de Lourinhã offrent aux
chercheurs une occasion inespérée d’analyser la paléobiologie
dinosaurienne, et tout particulièrement l’histologie osseuse d’embryons
in ovo de Théropodes du Jurassique supérieur. Ce matériel,
qui peut être considéré en excellent état, permet
de reculer dans le temps pour accroître les connaissances de l’ostéogenèse
précoce et de l’acquisition de la forme, grâce à des
analyses des croissances diamétrales et longitudinales dans les os retrouvés.
Ces études se font déjà depuis les dix dernières
années, mais le manque de matériel et le manque de standardisation
des techniques et du vocabulaire ont fait que l’avancement sur le sujet
fut difficile. Toutefois, le nombre de découvertes d’embryons et
de dinosaures juvéniles (donc de matériel in ovo) augmentant,
la recherche peut se concentrer aujourd’hui sur les sujets de la croissance
et sur les liens phylogénétiques (les Théropodes étant
considérés comme étroitement liés avec la généalogie
des oiseaux). Toutes ces découvertes ont stimulé les études
sur des animaux actuels, tel que les oiseaux, pour obtenir les rapports entre
les typologies de tissus osseux et leur taux de croissance permettant une extrapolation
au matériel fossile.
Remarque : dans ces études il faut faire attention au terme d’embryon
: ici le sens de ce mot est large car « l’embryon fossile »
a passé l’étape embryonnaire réel et en est plutôt
au stade « d’oisillon ».
Haut de la page
3) L’ossification périostique et la croissance des diaphyses
Les corticales des restes de Paimogo sont caractéristiques d’un
os embryonnaire, de texture très lacunaire. En effet, le cortex, entièrement
primaire, est constitué de minces rangées osseuses (apparaissant
isotropes en lumière polarisée avec des grosses logettes périostéocytaires)
séparées par de grands et nombreux espaces vacuolaires, portant
la porosité à 50 % ou plus (Fig.13, 1 et 4). A ce stade il n’y
a pas encore de dépôt ostéonal (fig.13, 1 et 4).
Fig. 13: 1, diaphyse d’un os long indéterminé en section transversale. L’os est déposé en fines travées irrégulières séparées par d’importants espaces vasculaires. Nombreuses logettes périostéocytaires, à réseau caniculaire bien développé. Pas de dépôt ostéonal. 4, diaphyse fémorale en section transversale. Observations des travées et des espaces vacuolaires.
Ces rangées osseuses peuvent êtres disposées de façons
différentes d’un os à l’autre et parfois même,
sur la même section :
• certains os, ou région osseuses, ont des rangées osseuses
ayant régulièrement une orientation concentrique, induisant une
organisation laminaire du cortex.
• d’autres ont des rangées osseuses disposées irrégulièrement,
induisant une organisation réticulaire des tissus.
De nombreuses observations ont permis de mettre en évidence un phénomène
de dérive latérale de la cavité médullaire. Cette
dérive est en rapport avec la croissance différente entre les
faces opposées de l’os, et cause un accroissement asymétrique
du cortex pour la pallier. Souvent, la périphérie de la cavité
médullaire montre des signes de résorption (lacune de Howship
= accroissement au dépens du cortex profond). Certains os ne présentent
pas de rangées osseuses (diaphyse tabulaire) et d’autres présentent
une spongiosa formée de fines travées endostéales irrégulières.
Remarque importante : il a été observé que l’os périostique
cortical est similaire à celui d’un oisillon au stade proche de
l’éclosion. Il en a été déduit une vitesse
d’ostéogenèse élevée et radiaire de 20 µm
/ jour ou plus.
Haut de la page
4) L’ossification enchondrale et croissance des épiphyses
Un cartilage calcifié, plus ou moins hypertrophié, constitue les
extrémités des os longs, et peut être observé en
îlots dans l’épaisseur des travées osseuses. Ce cartilage
est en relation avec la cavité médullaire primitive ou avec la
surface conservée de l’épiphyse par des séries de
tubes allongés. Certains tubes ont pour origines la moelle osseuse et
fonctionnent comme des baies d’érosion dans le cartilage en direction
de l’épiphyse (leur paroi pouvant être associée à
un dépôt d’os enchondral). Par contre, en direction diaphysaire,
les baies d’érosion s’élargissent et se rejoignent
pour former une structure en spongiosa.
En général, les observations faites ici, se retrouvent assez clairement
chez les jeunes oiseaux en croissance. En effet, les tubes en position épiphysaire
seraient comparables à des véritables canaux du cartilage chez
les oiseaux, et non pas de simples baies d’érosion d’origine
médullaire. Ceci serait confirmé par l’accroissement de
ces canaux en direction de la surface épiphysaire, mais infirmé
par la présence d’un mince dépôt enchondral à
leur périphérie qui traduirait une colonisation du dépôt
provenant de la moelle. Une grande lacune centrale dans la métaphyse
est souvent occupée par des sédiments et quelques îlots
de cartilage suggèrent l’existence d’un cône cartilagineux
médullaire de type avien. Ce cartilage étant non calcifié,
il ne serait pas fossilisé.
Haut de la page
5) Acquisition de la forme
Les différences anatomiques, comme la forme et la taille du squelette,
sont des conséquences morphologiques des processus histogénétiques
qui peuvent être observés par l’examen histologique. La différence
morphologique entre os courts (vertèbres) et os longs (membres) apparaît
en relation avec différents points :
• l’épaisseur du cartilage calcifié.
• la disposition des baies d’érosion.
• aux vitesses des ossifications périostiques et enchondrales.
On peut observer que la différenciation d’une tête fémorale
excentrée est assurée par une région de résoption
métaphysaire spécifique et les structures de l’extrémité
du fût fémoral et du grand trochanter interne sont clairement différentiables.
Nous pouvons aussi observer les détails histologiques responsables de
la mise en place du trochanter interne (fig.14) et du quatrième trochanter.
Fig.14: région épiphysaire proximale d’un fémur en
section transversale passant par le fût osseux principal (x) et par le
trochanter interne (+). La cavité osseuse métaphysaire (x), probablement
occupée in ovo par le cône cartilagineux médullaire, est
entourée de travées enchondrales.
Haut de la page
D) Conclusion
Les types de tissus périostiques qui constituent les diaphyses des os
longs et les parois des vertèbres sont typiques d’un os fœtal
ou embryonnaire, et susceptibles d’être déposés à
grande vitesse. D’un autre côté les observations faites sur
les structures épiphysaires des os longs suggèrent une croissance
longitudinale rapide.
Ces études tendent à rapprocher encore un peu plus les Théropodes
et les oiseaux, par la présence probable de canaux du cartilage et d’un
cône cartilagineux médullaire.
Pour conclure sur les Théropodes du gisement de Paimogo, il faut dire
que l’observation la plus importante est que la forme semble se mettre
en place précocement. En effet, la conservation remarquable des fossiles
a permis de voir avec précision les détails anatomiques de chaque
os, et même de chaque région de l’os, traduisant l’acquisition
précoce de leur aspect. Ces petits détails ont été
observés chez des Théropodes adultes, avec pour différence
un facteur 100 en taille. Donc, il en ressort le maintient des caractéristiques
morphologiques tout au long de la trajectoire ontogénique.
Conclusion :
Les découvertes d’œufs fossiles se font de plus en plus souvent,
offrant aux scientifiques un matériel sans égal à étudier.
Ces trouvailles conduisent à trois études principales : premièrement,
étudier les pontes, deuxièmement, les œufs, et troisièmement,
quand la chance s’y associe, l’études des embryons conservés
dans ces œufs. Les observations sur les coquilles permettent une classification
parataxonomique, et donnent des renseignements sur la paléobiologie (en
relation avec les structures des pontes). Celles faites sur les embryons conduisent
à étudier la morphogenèse, l’ontogénie (en
comparant avec des formes adultes), et donnent parfois des arguments sur la
phylogénie. Quant aux études simultanées des coquilles
et des embryons, elles permettent d’associer un type de coquille (avec
toutes ses caractéristiques) à une espèce (si et seulement
si l’embryon a pu être attribué à une espèce).
Bien entendu, beaucoup des observations engendrent, en parallèle, des
études sur des animaux actuels (utilisation de l’actualisme).
Haut de la page
ANNEXES :
PARATAXONOMIE (d'après Mikhailov et Kerourio)
VETEROVATA
• Coquilles de type testudoide
•• Chelonia
••• Oofamille N/A
•••• Haininchelys curiosa (Schleich et al., 1988) -
Paléocène - Belgique
•••• Testudinarium ovum (Schleich & Kastle, 1988)
- Miocène - Allemagne
• Coquilles de type geckoidé
•• Gekkota
••• Oofamille N/A
•••• Gekkonidovum textilis (Schleich & Kastle, 1988)
- Oligocène - Allemagne
• Coquilles de type crocodiloidé
•• Crocodylia
••• Krokolithidae
•••• Krokolithes helleri (Kohring & Hirsch, 1996)
- Eocène - Allemagne
•••• Krokolithes wilsoni (Hirsch, 1985) - Eocène
- Amérique du Nord, Etats-Unis
• Coquilles de dinosauriens de type sphérolithique
•• Dinosauria: Ornithopoda et Sauropoda
••• Spheroolithidae
•••• Oolithes carlylensis (Jensen, 1970) - Crétacé
inférieur - Ouest des Etats-Unis
•••• Paraspheroolithus irenensis (Zhao & Jiang,
1974) - Crétacé supérieur - Chine
•••• Shixingoolithus erbeni (Zhao et al., 1991) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Spheroolithus chiangchiungtingensis (Zhao &
Jiang, 1974) - Crétacé supérieur - Chine
•••• Spheroolithus maiasauroides (Mikhailov, 1994) -
Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Spheroolithus megadermus (Young, 1959) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Spheroolithus tenuicorticus (Mikhailov, 1994) -
Crétacé supérieur - Mongolie
••• Phaceoolithidae
•••• Phaceoolithus hunanensis (Zeng & Zang, 1979)
- Crétacé supérieur - Chine
••• Ovaloolithidae
•••• Ovaloolithus chinkangkouensis (Zhao & Jiang,
1974) - Crétacé supérieur - Chine
•••• Ovaloolithus dinornithoides (Mikhailov, 1994) -
Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Ovaloolithus laminadermus (Zhao & Jiang, 1974)
- Crétacé supérieur - Chine
•••• Ovaloolithus mixtistriatus (Zhao, 1979) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Ovaloolithus monostriatus (Zhao & Jiang, 1979)
- Crétacé supérieur - Chine
•••• Ovaloolithus tristriatus (Zhao & Jiang, 1979)
- Crétacé supérieur - Chine
••• Megaloolithidae
•••• Cairanoolithus dughii (Vianey-Liaud et al., 1994)
- Crétacé supérieur - France
•••• Dughioolithus roussetensis (Vianey-Liaud et al.,
1994) - Crétacé supérieur - France
•••• Megaloolithus aureliensis (Vianey-Liaud et al.,
1994) - Crétacé supérieur - France
•••• Megaloolithus mamillare (Vianey-Liaud et al., 1994)
- Crétacé supérieur - France
•••• Megaloolithus petralta (Vianey-Liaud et al., 1994)
- Crétacé supérieur - France
•••• Megaloolithus siruguei (Vianey-Liaud et al., 1994)
- Crétacé supérieur - France
•••• Megaloolithus trempii (Moratella, 1993) - Crétacé
supérieur - Espagne
••• Faveoloolithidae
•••• Faveloolithus ningxiaensis (Zhao & Jiang, 1976)
- Crétacé supérieur - Chine
•••• Youngoolithus xiaguanensis (Zhao, 1979) - Crétacé
supérieur - Chine
••• Dendroolithidae
•••• Dendroolithus microporosus (Mikhailov, 1994) -
Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Dendroolithus verrucarius (Mikhailov, 1994) - Crétacé
supérieur - Mongolie
•••• Dendroolithus wangdianensis (Zhao & Li, 1988)
- Crétacé supérieur - Chine
••• Dyctyoolithidae
•••• Dyctyoolithus hongpoensis (Zhao, 1994) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Dyctyoolithus neixiagensis (Zhao, 1994) - Crétacé
supérieur - Chine
••• Incertae sedis
•••• Placoolithus cf.taohensis (Zhao, 1979) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Sphaerovum erbeni (Mones, 1980) - Crétacé
supérieur - Uruguay
•••• Stromatoolithus pinglingensis (Zhao et al., 1991)
- Crétacé supérieur - Chine
•••• Tacuarembovum oblongum (Mones, 1980) - Crétacé
supérieur - Uruguay
• Coquilles de dinosauriens de type prismatique
•• Dinosauria: Ornithischia (Hypsilophodontidae, Protoceratopsidae,
Ceratopsia)
••• Prismatoolithidae
•••• Prismatoolithus coloradensis (Hirsch, 1994) - Jurassique
supérieur - Ouest des Etats-Unis
•••• Prismatoolithus gebiensis (Zhao & Li, 1993)
- Crétacé supérieur - Mongolie intérieure - Chine
•••• Prismatoolithus matellensis (Vianey-Liaud &
Crochet, 1993) - Crétacé supérieur - France
•••• Prismatoolithus tenuis (Vianey-Liaud & Crochet,
1993) - Crétacé supérieur - France
•••• Protoceratopsidovum fluxuosum (Mikhailov, 1994)
- Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Protoceratopsidovum minimum (Mikhailov, 1994) -
Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Protoceratopsidovum sincerum (Mikhailov, 1994)
- Crétacé supérieur - Mongolie
• Coquilles de type ornithoide
•• Dinosauria: Theropoda?
••• Elongatoolithidae
•••• Ageroolithus fontllongensis (Vianey-Liaud &
Lopez-Martinez)
•••• Elongatoolithus andrewsi (Zhao, 1975) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Elongatoolithus elongatus (Young, 1954) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Elongatoolithus excellens (Mikhailov, 1994) - Crétacé
supérieur - Mongolie
•••• Elongatoolithus frustrabilis (Mikhailov, 1994)
- Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Elongatoolithus magnus (Zeng & Zhang, 1979)
- Crétacé supérieur - Chine
•••• Elongatoolithus subtitectorius (Mikhailov, 1994)
- Crétacé supérieur - Mongolie
•••• Macroolithus mutabilis (Mikhailov, 1994) - Crétacé
supérieur - Mongolie
•••• Macroolithus rugustus (Young, 1965) - Crétacé
supérieur - Chine et Mongolie
•••• Macroolithus yaotunensis (Zhao, 1975) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Nanhsiungoolithus chuetinensis (Zhao, 1975) - Crétacé
supérieur - Chine
•••• Trachoolithus faticanus (Mikhailov, 1994) - Crétacé
supérieur - Mongolie
• Coquilles de type ornithoide
•• Aves
••• Laevisoolithidae
•••• Laevisoolithus sochavai (Mikhailov, 1991) - Crétacé
supérieur - Mongolie
•••• Subtiliolithus microtuberculatus (Mikhailov, 1991)
- Crétacé supérieur - Mongolie
••• Medioolithidae
•••• Diamantornis corbeti (Pickford & Dauphin, 1993)
- Miocène inférieur - Namibie
•••• Diamantornis laini (Pickford et Dauphin, 1993)
- Miocène inférieur - Namibie
•••• Diamantornis wardi (Pickford & Dauphin, 1993)
- Miocène inférieur - Namibie
•••• Mediolithus geiseltalensis (Kohring & Hirsch,
1996) - Eocène - Allemagne
•••• Struthiolithus chersonensis (Brandt, 1873) - Pliocène
supérieur - Ukraine
•••• Struthiolithus daberasensis (Pickford et al., 1996)
- Pliocène - Namibie
•••• Struthiolithus oshanai (Sauer, 1969) - Pliocène
- Namibi
••• Oofamille N/A
••••Ornitholithus arcuatus (Dughi & Sirugue, 1962)
- Eocène inférieur - France
•••• Ornitholithus biroi (Dughi & Sirugue, 1962)
- Paléocène supérieur - France
•••• Ornitholithus mammeatus (Dughi & Sirugue, 1962)
- Eocène inférieur - France
•••• Ornitholithus mammillatus (Dughi & Sirugue,
1962) - Eocène inférieur - France
•••• Ornitholithus mammosus (Dughi & Sirugue, 1962)
- Eocène inférieur - France
••• Incertae sedis
•••• Oolithus bathonicus (Buckman, 1960) - Jurassique
supérieur - Grande-Bretagne
•••• Oolithus sphaericus (Carruthers, 1871) - Grande-Bretagne
•••• Oolithus obtusatus (Carruthers, 1871) - Grande-Bretagne
Haut de la page
Références :
Nesteroff A.1991. On a marché sur la terre.
Taquet P, Mateus I, Mateus H, Telles Autunes M, Mateus O, Ribeiro V, Manuppela
G. 1997. Couvée, œufs et embryons d’un Dinosaure Théropode
de Jurassique supérieur de Lourinhã (Portugal).
Taquet P. 2001. Philippe Matheron et Paul Gervais : deux pionniers de la découverte
et de l’étude des os et des œufs de dinosaures de Provence
(France).
Ricqlès A, Mateus O, Telles Antunes M, Taquet P, 2001. Histomorphogenesis
of embryos of Upper Jurassic Theropods from Lourinhã (Portugal).
http://www.geocities.com/phkerourio. Les œufs fossiles de Dinosaures du
Bassin d’Aix-en-Provence (France).
DUBOIS Laurent