Le Panthéon de Paris - Architecture

4. L'architecture

Emblématique d'un renouveau architectural tout autant que d'une recherche expérimentale dans l'esprit de la démarche du siècle des Lumières, le projet de Soufflot tient de la synthèse de deux systèmes esthétiques très différents : le classicisme grec et le style gothique.

De l'architecture grecque, Soufflot utilise l'ordonnance, le vocabulaire ornemental et l'emploi des ordres classiques. Ainsi, la façade de l'église est conçue à la manière des temples antiques, avec un portique à colonnes cannelées supportant un fronton triangulaire.

En revanche, le plan centré en forme de croix grecque (quatre bras égaux, celui de l'entrée étant précédé d'un grand portique à fronton) s'inspire des grands exemples de la Renaissance.

Du gothique, l'architecte exploite le système des voûtes, et surtout la légèreté de la structure comme en témoigne sa volonté d'allègement maximum des piles triangulaires de la croisée du transept. Il choisit d'inonder l'édifice de lumière en perçant 45 hautes fenêtres cintrées le long des bas-côtés, d'immenses lunettes semi-circulaires au niveau des tribunes et encore 16 baies au dôme qui coiffe la croisée du transept et culmine à 92 mètres.

Toute les maçonneries sont renforcées par l'utilisation systématique d'armatures métalliques pour l'assemblage des pierres, technique héritée, là encore, de l'architecture antique et à nouveau employée depuis le XIIIe siècle.

La conception architecturale devait offrir une vaste église haute -niveau principal de l'édifice- destinée au culte, lumineuse, transparente et magnifique, au centre de laquelle trônerait la châsse de sainte Geneviève, et une église basse en sous-sol, réservée aux chanoines desservant la basilique, sépulcrale et dépouillée.

Dès 1764, ce plan un peu rigide fut assoupli à la demande du clergé. Soufflot allongea alors d'une travée le bras du cœur, ce qui permit de créer une abside flanquée de deux tours abritant des chapelles au rez-de-chaussée et des clochers en élévation. Le bras de la nef principale, prolongé lui aussi, présentait désormais une sorte de pronaos (vestibule qui précède la salle centrale d'un temple antique). Pour autant, ces aménagements ne modifièrent pas le plan en croix grecque (inédit en France à cette échelle), puissamment inscrit dans le sol de la montagne Sainte-Geneviève. Simple et claire, cette distribution se retrouve dans les solides sous-sols qui abritent la crypte, située sous le cœur, dont l'appareil des voûtes est d'une merveilleuse précision.

Second élément qui ne changera pas au cours des différentes phases du travail de Soufflot : le grand portique à colonnes corinthiennes sous entablement, couronné d'un vaste fronton triangulaire. Par la pureté de ses proportions et son ampleur, ce morceau est une citation directe de l'antiquité, unique à l'époque. Caractéristique du monument, ce frontispice impliqua d'ailleurs presque immédiatement une mise en scène urbaine. Le percement d'une rue axiale et la réalisation d'une place semi-circulaire à l'échelle du portail situent l'église dans un cadre monumental à sa mesure. Ce caractère confère au Panthéon un aspect particulier, qui le rend facilement reconnaissable et empêche une quelconque confusion avec un autre monument de Paris.

Enfin, dernier élément permanent : l'élévation intérieure et le couvrement des quatre bras de la croix où Soufflot innove d'une façon remarquable. L'architecte a préféré une ample colonnade sous entablement, disposée parallèlement aux murs, aux arcades et aux piliers massifs de l'architecture de la Contre-Réforme.

La colonne sous entablement, héritée de l'Antiquité, n'apparaissait alors que dans quelques monuments du siècle de Louis XIV, comme la colonnade du Louvre ou la chapelle royale de Versailles. Mais, dans ces deux prestigieux modèles, la colonnade proprement dite ne régnait qu'au second niveau de l'élévation. Léger et lumineux, ce parti libère l'espace intérieur et laisse le regard appréhender le vaisseau d'un coup d'œil.

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