Joseph

Joseph « Papy » Terrien

Homme de terre et grand voyageur, Joseph Terrien a gagné le 6 juillet 1999 à 10 heures, sa dernière demeure. Retour sur un parcours qui ressemble à une épopée.

    Il aurait pu fêter sous peu ses 97 ans, chez lui, entouré de sa famille. Il est mort à son domicile, dans sa maison du bourg de La Regrippière, après avoir, ainsi le formulait-il devant ses proches, « préparé ce long voyage, avoir attendu son billet de route ». .

    De Joseph Terrien, que chacun appelait affectueusement Papy, beaucoup, à Nantes, dans le vignoble nantais et ailleurs, retiendront qu'il fut le fondateur, en 1929, d'une société de transport de marchandises, puis de voyageurs, toujours bien présente dans la région Passionné de voyages, il avait fait là oeuvre de pionnier.

    Voyagiste doté d'un sens aigu de l'anticipation, Joseph Terrien s'était également passionné pour la sève de la vie de son village, le muscadet. C'est ce qui l'avait amené à acheter, en 1954, les 12 hectares du Domaine de la Duranderie ; avec les années, il avait acquis suffisamment de parcelles pour porter celui-ci à 30 hectares et lui donner le nom de Domaine de Beau-Site, toujours exploité par des membres de sa famille, avec lesquels il aimait plaisanter au cul de la barrique, dans le cave du domaine.

    Passionné par le vin, Joseph Terrien se faisait une fierté de faire découvrir le muscadet partout où il se rendait. Sous toutes les latitudes, il le chantait. Mais il n'y avait en lui aucun sectarisme puisque, de tous les pays viticoles, il ramenait des caisses. Nombreux sont ceux qui, en pays nantais, ont découvert, grâce à lui, les vins du dit « Nouveau monde » viticole : Argentine, Californie, Afrique du Sud…

Service avant tout

    Les clients de l'entreprise qu'il créa ont pu découvrir de multiples destinations. Toutes, il les avait explorées avant d'y envoyer du monde. Et, devenu retraité, il n'en avait pas perdu pour autant le goût du voyage. Il y a quelques années encore, Il s'était rendu, au volant de sa DS Cltroên, au Pôle Nord. Aventurier dans les années 20, Il l'était toujours plus de soixante ans plus tard. Fondée en 1929, l'entreprise se lança dès 1930 dans de premiers pèlerinages vers

    Lourdes et Lisieux, initié par les paroisses, ce qui constituait alors de véritables « expéditions «  . Les congés payés le firent explorer le tourisme, avec pour premières destinations la Côte d'Azur et les Alpes, régions alors lointaines et magiques pour les habitants des bords de Loire. Et, pendant la guerre, il y avait la ligne régulière du vignoble, entre La Regrippière et Nantes, appelée « La Terrien » .Joseph Terrien tenait à apporter le meilleur service possible à ses clients, lesquels appréciaient de ne jamais vivre de mauvaises surprises. Et c’est là-dessus que s'est forgée une réputation qui lui permettra de s'ouvrir de multiples frontières : Marrakech en 1953, Moscou en 1966, le Cap Nord en 1968, Istanbul en 1974...1978 sera l'année du premier, séjour; de 22 jours en Amérique. En 1982, la société faisait décoller le premier Boeing 747 de Nantes, emportant 164 Nantais à destination de la Martinique. Aujourd'hui, passée dans le giron du groupe hôtelier Accor, elle propose plus de cent destinations, sous toutes les latitudes, et s'appuie sur près de cinquante salariés.

    Pour les Nantais, Terrien signifie voyage original et en toute sécurité. Pour les gens du vignoble, Papy Terrien restera l’ homme fier de sa terre, l’épicurien à la cave bien fournie, celui qui, chaque année, faisait don d'un flacon de muscadet 1947 pour la vente aux enchères de la foire de Vallet, celui qui, lors de la dernière récolte, disait à ses neveux que le millésime 99, il faudrait en mettre de côté car il avait une grosse aptitude à un heureux vieillissement. Il ne pouvait dire combien de fois il avait fait le tour du monde, mais il savait combien de pieds de vigne comptait son domaine, sur les hauts de La Regrlppière. Le 6 Juillet 1999 à 10, l'église de La Regrippière a salué, avec grande émotion, son dernier départ.