LES SEIGNEURESSES ET LE MOULIN BANAL
La seigneurie des Grondines appartenait, au début, aux Religieuses de l'Hôtel-Dieu et aux malades de cet hôpital. Les censitaires, premiers habitants, réclamaient un moulin pour faire moudre leurs grains. En 1674, les religieuses décident cette grosse dépense et consent ce travail à Pierre Mercereau, le meilleur constructeur de moulins à cette époque, avec Jean Lemire de Québec.
<< Le dix-neuf septembre 1674, Pierre Mercereau est convoqué au parloir extérieur de l'Hôtel-Dieu de Québec: où se sont réunies à l'intérieur de la grille du cloître, les mires Marie- Renée de la Nativité, supérieur, Marie-de-saint-Bonaventure- de-lésus, assistante, Marie Guillerette de Saint-Augustin, maîtresse des novices, Catherine de Sainte-Agnès, première discrète, Jeanne Agnès de Saint-peul, économe du bien des pauvres et seconde discrète, Jeanne-Françoise de Saint- lgnace, dépositaire du bien de la communauté. Sont aussi présents Messire Jean Dudouyt, supérieur de l'Hôtel-Dieu, le notaire Romain Becquet et ses témoins et assistants, Jean Michel, chirurgien çt Jean Journet. Le notaire rédige l'entente suivante : Pierre Mercereau s'engage << de faire tous et chacun les ouvrages de charpenterie, couverture, menuiserie, arbre du moulin à vent volant, tournant et travaillant à icelui et autres qu'il convient faire pour le bâtiment et construction entière et parfaite d'un moulin à vent en la seigneurie de Saint-charles- des-Roches au lieu qui sera jugé le plus à propos dans l'étendue d'icelle ; et commencera à travailler et faire travailler audit ouvrage dès le lendemain de la fête de la Toussaint prochain venant, et continuera incessamment à travailler au nombre d'ouvriers suffisants sans discontinuation et rendra le tout faits et parfait bien et damant comme dit est dans le jour et fête de Saint-lean-Baptiste prochain 1675, et livrer le dit moulin & boulange faisant du blépharite & les clefs d'icelui des mains lesdites dames religieuses ou autres ayant leur ordre pour cet effet... Ce marché & promesses faits a la charge par lesdites dames religieuses de faire faire la maçonnerie du moulin, de fournir le moulage d'icelui garni, Jable, toile des volants, clous et toutes ferrures nécessaires. Le tout rendu sur les lieux où il sera construit, et outre moyennant la somme de treize cents livres tournois pour tous lesdits ouvrages que doit faire le dit entrepreneur pour rendre le moulin fait & parfait, avec la somme de vingt livres pour le vin du présent marché. Sur laquelle somme de treize cents vingt livres, le dit Pierre Mercereau a reconnu et confessé avoir reçu ce jour d'hua comptant lesdites dames religieuses celle de quatre cents vingt livres, et ce, par avance sur lesdits travaux & ouvrages & le surplus montant à la somme de neuf cent livres lesdites dames religieu- ses ont promis les cailler & payer audit Mercereau ou au por- teur, savoir moitié lorsque la charpenterie audit moulin sera faite et l'autre moitié lorsque lesdits ouvrages seront faits & parfaits bien et dûment au dire d'ouvriers & gens à ce connaissant, et ledit moulin du bléd farine et les clefs à la main... >> (Greffe Romain Becquet).
Le moulin fut livré dans le temps requis: car dès le treize septembre 1675, les religieuses de l'Hôtel-Dieu retenaient les services de Gilles Masson pour prendre à bail le moulin sei- gneurial. Masson était un meunier d'expérience. 11 habitait déjà la seigneurie de la Poterie quand, en 1670, Mgr de Laval lui donnait à bail pour trois ans son moulin à eau du Sault-à- la-puce et son moulin à vent de Château-Richer, sis tous deux dans la seigneurie de Beaupré, (greffe Gilles Rageot, six juillet) ; il était encore au service de Mgr de Laval lorsqu'il avait obtenu verbalement une concession à Saint-charles-des- Roches. Les religieuses retiennent les services de Gilles Masson, tant pour opérer le moulin que pour entretenir < l'habitation qui sert de manoir seigneurial >> , car Gabriel Benoist n'a pas honoré ses obligations contractées le huit juillet 1674. Le bail, cette fois, est consenti pour cinq ans, à raison de deux cents livres pour chacune des trois premières années, et trois cents livres pour chacune des deux dernières années, payables en deux versements égaux chaque année, aux fêtes de Saint- Jean-Baptiste et de Saint-Michel. Tout alla bien les premières années, guis voici que Masson néglige ses paiements. Le quatorze janvier 1679, Il signe aux religieuses une obligation pour la somme de 250 livres <x pour reste des loyers du moulin et terre du manoir seigneurial, laquelle somme ledit Masson promet : rendre susdites religieu- ses à la volonté lesdites dames et pauvres ou au porteur, sans toutefois déroger au bail passé entre ledit Masson et lesdites dames religieuses le treize septembre 1674:: , (greffe Romain Becquet). Quelques mois plus tard, soit le deux no- vembre 1680, (greffe Romain Becquet), Gilles Masson reconnaît cette fois devoir aux religieuses la sommesix cents livres,
et d'un commun accord, le bail est résilié. Les religieuses consentent une réduction de 110 livres << et une pièce de toile à voile qui ont été remis audit Masson sur les remontrances qu'il a faites qu'il avait perdu en la jouissance de ladite habitation et moulin >> . Ainsi prend fin la première expérience de l'administration du moulin seigneurial.
La construction du moulin seigneurial, malgré la défaillance ultérieure du meunier, a certainement eu quand même un heureux effet sur le moral des colons. A partir de 1675, la seigneurie devient plus stable. Quelques-uns des colons des premières années, et parmi les plus sérieux, ceux sur lesquels les religieuses semblaient le plus compter, sont allés s'établir en d'autres lieux, où d'ailleurs ils possèdent aussi des concessions. six cents livres,et d'un commun accord, le bail est résilié. Les religieuses consentent une réduction de 110 livres << et une pièce de toile à voile qui ont été remis audit Masson sur les remontrances qu'il a faites qu'il avait perdu en la jouissance de ladite habitation et moulin >> . Ainsi prend fin la première expérience de l'administration du moulin seigneurial.
La construction du moulin seigneurial, malgré la défaillance ultérieure du meunier, a certainement eu quand même un heureux effet sur le moral des colons. A partir de 1675, la seigneurie devient plus stable. Quelques-uns des colons des premières années, et parmi les plus sérieux, ceux sur lesquels les religieu- ses semblaient le plus compter, sont allés s'établir en d'autres lieux, où d'ailleurs ils possèdent aussi des concessions.