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Anatomie Humaine

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Histoire de la médecine à travers les anatomistes du monde.

 

Publication N°1

 

©Pr BOUSSAFSAF Badreddine, Professeur d'anatomie humaine. Constantine.

 

BOUSSAFSAF B*. "IBN AN-NAFIS ET LA CIRCULATION PULMONAIRE". ©JAM (Journal Algérien de Médecine), Volume II, N°4, Juillet-Août 1992, 311-314.

 

IBN AN-NAFIS ET LA CIRCULATION PULMONAIRE

 

(*)Laboratoire d'Anatomie Humaine. Centre Hospitalier Universitaire Ben Badis. CONSTANTINE

Tirés à part: Pr B. BOUSSAFSAF. Laboratoire d'Anatomie Humaine. Centre Hospitalier Universitaire Ben Badis. 25000 CONSTANTINE ALGÉRIE.

 

Communication présentée au IVème Congrès de l’Entente Méditerranéenne. Tunis 10-13 septembre 1989 (Tunisie).

 

RÉSUMÉ: Dans le cadre de l'histoire de la médecine arabe, il est intéressant de rapporter l'oeuvre et la découverte d'un éminent médecin arabe, Ibn-An-Nafis, dans le domaine de l'anatomie du poumon et précisément de la circulation pulmonaire ou petite circulation. Attribuée communément à Servet ou à Harvey, la découverte de la circulation pulmonaire s'est faite, en réalité, 400 ans avant par Ibn-An-Nafis en Syrie (XIIIème siècle après J.C.). Ses connaissances très vastes des oeuvres de Galien et du Canon d'Ibnou Sina lui permirent d'avoir un esprit critique et scientifique rectifiant les erreurs de ses grands maîtres et prouvant d'une manière, indiscutable, l'existence de la petite circulation pulmonaire et son rôle dans la purification du sang par l'air ou hématose. Enfin il insiste sur l'étude de l'anatomie comparée pour la compréhension de l'anatomie humaine et la connaissance de la physiologie du corps humain.

 

Mots clés: Histoire de la médecine. Ibn-An-Nafis. Circulation pulmonaire.

 

SUMMARY : Ibn An-Nafis and the Pulmonary Circulation.

In studying the history of the Arab medicine, it is interesting to report the discovery and the work of an eminent Arab physician, Ibn An-Nafis, whose interest involved the anatomy of the lung and the pulmonary circulation or small circulation. Commonly attributed to Servet or Harvey, the discovery of the pulmonary circulation was made in fact by Ibn-An-Nafis, in Syria, 400 years earlier (XIII century A.D-Anno Domini.). His tremendous knowledge of the works of Galien, and the Canon of Ibnou Sina gave him a scientific and critical spirit, hence, he corrected mistake of his masters, and proved the existence of the small pulmonary circulation. He also discussed the role of the pulmonary circulation in purifying the blood by the air or haematosis. Finally, he insisted on the study of comparative anatomy for the understanding of human anatomy and the knowledge of the human body's physiology.

 

Key-words: History of Medicine. Ibn-An-Nafis. Pulmonary circulation.

 

Résumé en arabe:

 

 

 Plan d'étude

 

I- Introduction

II- Évolution des idées

III- Biographie d'Ibn-An-Nafis

3.1- L'érudit.

3.2- Le médecin.

3.3- L'auteur. 

IV- La circulation pulmonaire selon la théorie d'Ibn-An-Nafis

4.1- Folio 67r.

4.2- Folio 92v et 93r.

4.3- Folio 95r

4.4- Argumentation.

V- Conclusion

VI- Références

 

FIN

 

I- INTRODUCTION: en médecine, très peu de découvertes peuvent être mises au crédit d'un seul homme. Elles résultent presque toujours de la somme des travaux scientifiques accomplis par plusieurs chercheurs, qui contribuent chacun au progrès de la science (5). C'est ainsi que dans l'Histoire de la Médecine, la découverte de la circulation sanguine est considérée comme une des plus grandes découvertes médicales (5,8). Dans la longue route menant à la «découverte» de la circulation sanguine au XVII siècle par l'anglais William Harvey, l'histoire de la médecine nous permet de retracer l'évolution des idées et des conceptions (5,8).

 

II- Évolution des idées : Hippocrate, (469-437 av. J.C.), père de la médecine, avait déjà énoncé des notions sur la circulation sanguine (6). Aristote, (384-322 av. J.C.) découvre que le coeur est le centre de la circulation sanguine (6). Galien (131-201 ap J.C.) marque d'une manière décisive la médecine par son oeuvre gigantesque qui représentait une référence unique pour tous les médecins pendant plusieurs siècles. Au début du VIIème siècle après JC., alors que le monde grec déclinait politiquement et intellectuellement, nous assistons à une véritable révolution scientifique au moyen-orient. C'est grâce à la médecine arabe que les oeuvres grecques ont pu être sauvées, prenant le relais et assurant le rayonnement de la médecine jusqu'au XIIIème siècle (4).

A cet effet Lucien Leclerc (1876), cité par Browne (3), dans son livre intitulé «Histoire de la médecine arabe», prouve avec un esprit objectif et impartial, la contribution des arabes dans le développement de la médecine. En témoigne le Canon d'Ibnou Sina (2,3,7) au XIème siècle, le continent de Rhazès (1,3,7) et les travaux d'Ibn-An-Nafis (4,7) sur la circulation pulmonaire au XIIIème siècle. Dès la Renaissance, l'Europe redécouvrit la médecine arabe grâce à la large diffusion des connaissances médicales dans le bassin méditerranéen (7). C'est ainsi qu'André Vésale (1514-1564) apporta sa contribution dans la célèbre université de Padoue en Italie par son ouvrage intitulé «de humani corporis fabrica» paru en juin 1543 (4,7). L'Italien Michel Servet ou Servetius (1511-1553), dans son ouvrage «Restitutio Christiano», affirme qu'il existe une circulation pulmonaire dont le rôle est d'épurer le sang. Servet est jugé hérétique par Jean Calvin et brûlé vif sur la place publique le 27 Octobre 1553 (4,7). Le passage de William Harvey (1578-1657) à Padoue lui a permis de démontrer définitivement l'existence de la circulation pulmonaire (4,7,8). La découverte des capillaires sanguins par l'italien Marcello Malpighi (1628-1694) vint compléter alors le vide de connaissance laissé par Harvey quant à l'existence des capillaires pulmonaires, trait d'union fondamental entre les artères pulmonaires et les veines pulmonaires de la petite circulation (4). Dans le cadre de la médecine arabe, la circulation pulmonaire, selon la théorie d'Ibn-An-Nafis a retenu notre attention pour prouver la contribution efficace de la médecine arabe au relèvement et au progrès de la science médicale.

 

III- Biographie d'Ibn-An-Nafis (4,7) : Ibn-An-Nafis, de son vrai nom Ala Ad-Din Abu-el-Hassan Alib. Abi-el-Hazm Al-Qurasi, naquit près de Damas, en Syrie en l'an 607 de l'Hégire (1210 ap J.C.). Élève du grand Maître Ad-Dahwar et de plusieurs autres célèbres médecins tels que Umran AI-Isra'ili et Radi ad-Din Ar Rahabi, il partit en Égypte et s'établit au Caire où il travailla à l'Hôpital AI-Mansuri. Il a étudié avec le grand historien en médecine Ibn-Abi Usaibia. Il rédigea son fameux livre bibliographique et devint Doyen de l'hôpital AI Mansuri. Ibn-An-Nafis mourut à l'âge de 80 ans au Caire en l'an 687 de l'hégire (1288 ap J.C.). D'autres biographes reculent la date de sa mort jusqu'en l'an 696 de l'hégire (1296 ap J.C.).

 

3.1- L'érudit:

En plus de la médecine, il excella dans l'étude de la langue arabe, de la philosophie, de la loi et des traditions islamiques.

3.2- Le médecin:

En médecine, Ibn An-Nafis avait une connaissance très vaste des oeuvres de Galien et du Canon d'Ibnou Sina. Il était fin observateur et enregistrait minutieusement les faits. Son esprit logique lui faisait un devoir de l'opposer aux idées d'Ibnou  Sina et de Galien lorsqu'il les estimait fausses et n'hésitait pas à les critiquer avec audace.

3.3- L'auteur (Fig. 1) : Ibn-An-Nafis a écrit dix livres sur des sujets médicaux variés.

 

Figure 1 : Ibn An-Nafis ou Annafis (fin du XIIIè siècle) (vu par Zobeïr Turki). (Source S. Amar. Tunis. Tunisie).

 

IV- La circulation pulmonaire selon la théorie d'Ibn-An-Nafis : C'est dans son Commentaire sur "l'anatomie du Canon d'lbnou Sina", qu'Ibn-An-Nafis traite la question de la circulation pulmonaire (4). Les paragraphes intéressant la circulation pulmonaire sont traduits selon les manuscrits arabes d'Ibn-An-Nafis suivants :

 

4.1- Folio 67r : (Extrait du manuscrit. Fig.2)

«...Il est également indispensable que le cœur de l'homme et celui des animaux qui possèdent des poumons soient pourvus d'une autre cavité dans laquelle le sang est raffiné pour devenir apte au mélange avec l'air, si en effet, l'air se mélangeait avec le sang reste épais, il n'en résulterait pas une substance homogène : cette cavité est le ventricule droit.

Quand le sang a été raffiné dans celte cavité, il lui faut passer dans la cavité gauche, où se forme /'esprit vital...

Cependant, il n'existe, entre ces deux cavités, aucun passage ; à ce niveau, la substance du cœur est particulièrement solide et il n'existe ni passage visible, comme /'ont pensé certains auteurs, ni passage invisible pouvant permettre le transit de ce sang, comme l'a cru Galien. Bien au contraire, la substance est épaisse et il n'y a pas de pores perméables.

Donc ce sang, après avoir été raffiné, doit nécessairement passer dans la veine artérieuse, aller ainsi jusqu'au poumon, se répandre dans sa substance et s'y mélanger avec /'air pour que sa portion la plus subtile soit purifiée et puisse passer dans /'artère veineuse pour arriver dans la cavité gauche, devenu apte à former l'esprit vital…».

 

Figure 2 : Manuscrit d'Ibn An-Nafis. PL III. Bibliothèque Nationale Paris Fonds Arabe n°2939. Folio 67r.

 

4.2- Folio 92v et 93r : (Extrait du manuscrit. Fig. 3) : Anatomie du poumon: en décrivant l'anatomie du poumon, Ibn-An-Nafis écrit: «... La nécessité pour le poumon de la veine artérieuse est de lui amener le sang qui a été raffiné et chauffé dans le cœur. Ainsi ce qui coule à travers les pores des branches de la veine dans les alvéoles pulmonaires peut se mélanger avec /'air que contient le poumon et se combiner avec lui. Le mélange devient apte à former l'esprit vital lorsqu'il arrive par l'artère veineuse à la cavité gauche du cœur….».

 

Figure 3 : Manuscrit d'Ibn-An-Nafis.  PL. VI. Bibliothèque Nationale-Paris-Fonds Arabe N°2939. Folio 92v-Folio 93r.

 

4.3- Folio 95r : (Extrait du manuscrit. Fig. 4) : «L'opinion d' Ibnou Sina que le cœur a trois ventricules n'est pas exacte. Le cœur n'a que deux ventricules: /'un est rempli de sang (c'est le droit) et l'autre rempli d'esprit (c'est le gauche). Il n'y a point de passage entre ces deux ventricules… L'anatomie montre qu'il n'en est rien et dément ce qui a été dit. La cloison entre les deux ventricules est plus épaisse que d'autres parties du cœur et cela afin qu'il ne puisse y avoir interpénétration et perte de sang ou de /'esprit. ...Le passage du sang dans le ventricule gauche se fait par la voie des poumons…».

 

Figure 4 : Manuscrit d’Ibn An-Nafis Pl. XI. Bibliothèque Nationale-Paris-Fonds Arabe N°2939. Folio 95r.

 

4.4- L'argumentation: Celle traduction littérale et presque intégrale des passages précédents de la description de la circulation pulmonaire prouve qu'Ibn-An-Nafis a décrit, trois siècles avant les médecins italiens, cette circulation selon une théorie qui est très proche de la vérité. Selon Meyerhof (1933), cité par Chéhade (4), cette découverte ne représente qu'une heureuse hypothèse. Pour Haddad et Khairallah (1936) cité par Chéhade (4), il semble qu'Ibn-An-Nafis ait pratiqué la dissection anatomique pour défendre sa théorie avec une ténacité et un courage tels qu'il n'hésite pas à s'élever contre les idées erronées de Galien et d'Ibnou Sina.

La théorie d'Ibn-An-Nafis sur la circulation pulmonaire a eu un retentissement important grâce à la traduction en latin de son ouvrage "le commentaire de l'anatomie du Canon d'Ibnou Sina" par Alpago à Damas au début du XVIème siècle. Le texte d'Alpago fut publié à Venise en 1547. Peut-on se demander si la théorie d'Ibn-An-Nafis eut une influence sur l'École italienne de la Renaissance ?

Selon Binet et Herpin (1948), cités par Chéhade (4), il semble que trois cents ans avant Michel Servet, Ibn-An-Nafis ait décrit le circuit pulmonaire.

En effet, Michel Servet, qui faisait partie de cette École, présenta cette théorie en des termes identiques et depuis lors on lui attribue la paternité de la découverte de la circulation pulmonaire.

Meyerhof (1935), cité par Chéhade (4), en lisant le premier passage relatif à cette question dans le «Commentaire arabe d'Ibnou Sina», note la ressemblance extraordinaire avec quelques phrases essentielles de Servet. Tout se passe comme si le passage de l'ouvrage arabe avait été traduit en latin un peu libre.

Enfin Mieli (1938), cité par Chéhade (4), relève dans Ies écrits d'Ibn-An-Nafis, une description de la petite circulation qui rappelle étrangement (même mot à mot) celle donnée par Michel Servet au XVIème siècle dans sa «Reslitutio christiano».

 

V- Conclusion: Au terme de cette étude, il est loyal d'attribuer la découverte de la circulation pulmonaire à Ibn-An-Nafis qui fut un lointain précurseur des Médecins de l'École italienne au XVIème siècle et de William Harvey qui a décrit, quatre cents ans après, d'une manière juste, claire et définitive, toute la circulation pulmonaire.

 

VI- Références

1- AMAR S. Abu Bakr eRAZI (Rhazès) (Fin du IX ème siècle), Méd. Et Hyg.I984,42,7S3-76.

2- AROUA A. Hygiène et prévention médicale chez IBNOU SINA. SNED Ed. Alger. N°791/1979.

3- BROWNE E.G. La Médecine Arabe. Ed. Française (H.P.J) Renaud. Librairie coloniale et orientaliste Larose. Paris 1933.

4- CHEHADE A. Ibn An-Nafis et la découverte de la circulation pulmonaire. Thèse, Damas, SYRIE. 1955.

5- DELMAS A. L'anatomie humaine. Presses Universitaires de France. Paris 1974.

6- JOLY R. Hippocrate. Médecine grecque. Gallimard Ed. Paris 1964.

7. SOLASSOL A. Quatre siècles d’enseignement de la Médecine Arabe à la Faculté de Montpellier. Rev. Méd. Chir. (Constantine-Algérie) 1985 N°4, pp : 55-63.

8- WALKER K. Le sang et la vie. Marabout Université. Belgique. 1986.

 

Publication N°2

 

Janvier 2002

ANDRE SOLASSOL

Professeur d'anatomie, André Solassol était venu faire une tournée de conférences en novembre 1994 dans 12 Alliances.

Conférences:

1) La médecine Arabe, témoin prestigieux de la civilisation Musulmane au moyen-âge : ses apports à la médecine occidentale. L'influence de la médecine arabe sur la médecine occidentale s'est exercée essentiellement de trois façons :

* d'abord par la transmission des connaissances des grecs : dès le IXème siècle, se déclencha au PROCHE ORIENT ce que l'on appela "la fièvre des traductions". Grâce à elle, les oeuvres des médecins grecs ont été recueillies et probablement qu'un certain nombre d'entre elles ont ainsi été sauvées de leur disparition.
* ensuite par la classification méthodique de la médecine grecque : les arabes en effet ne se contentèrent pas de recueillir des textes grecs mais les classèrent et les présentèrent logiquement. Tous les grands auteurs de RHAZES à AVICENNE, d'AVERROES à MAIMONIDE, rédigèrent de nombreuses encyclopédies mettant en relief ce qui était le plus important.
* enfin et c'est tout à fait capital, ils ont, observateurs avertis, enrichi les connaissances médicales par leurs oeuvres originales sur de nombreuses affections inconnues avant eux remis en honneur la chirurgie, développé la thérapeutique et la pharmacologie et introduit une nouvelle discipline, l'hygiène à laquelle ils ont donné une grande impulsion.
Si la médecine arabe a dominé les connaissances médicales du Xème au XIème siècle, son influence sur la médecine occidentale s'est maintenue bien au-delà.

2) Les vestiges architecturaux de la présence musulmane en occident au moyen-âge : L'épopée militaire, qui 80 ans après la mort du prophète a mené les arabes au frontière de l'Inde à l'Est et au delà des Pyrénées à l'Ouest est déjà étonnante. Plus étonnante encore, est l'ascencion culturelle de la civilisation arabe au moyen âge et elle pourrait nous sembler presque irréelle s'il n'y avait les témoignages que l'Islam a semés à profusion dans les régions d'Europe qu'elle a longtemps occupées et profondément marquées de son empreinte, exerçant une influence décisive sur l'édification de la culture occidentale. L'architecture, aussi bien religieuse dans les mosquées, que civiles dans les palais, a été le reflet brillant de cette civilisation. C'est principalement en Espagne, affranchie après des siècles d'occupation arabe, mais aussi en Afrique du Nord, qui est restée musulmane, que ces vestiges architecturaux ont pu être conservés et nous permettent d'imaginer la présence musulmane en occident au moyen-âge.

 

FIN