


Les oeuvres de littérature médiévale dites de "Cycle Arthurien" ou encore "Romans de la Table Ronde" puisent leurs sources dans la tradition celtique la plus ancienne.Souvent considérées comme des oeuvres maladroites, naîves, ces épopées sont pourtant de magnifiques créations de l'esprit...Leurs auteurs, souvent anonymes, parfois collectifs, nous transmettent ainsi des données très anciennes, remises à jour au gré des circonstances.
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Les récits anciens d'origine celtique forment un ensemble de textes d'époques et de langues différentes, épisodes fragmentaires, inachevés, ou encore contradictoires. Il est difficile dans ces conditions de se contenter de la lecture d'une seule oeuvre pour en tirer des conclusions.
Chrétien de Troyes dans son Perceval peint le Graal comme un simple récipient sans en décrire le contenu; L'un de ses continuateurs, en fait un peu plus tard un calice contenant le sang du Christ. Au 13ème siècle la version "cistercienne" le montre comme l'écuelle dont usa Jésus pendant la Cène. Pour Wolfram von Eschenbach, au début du 13 ème siècle, dans Parzival, le Graal est une pierre tombée du ciel sur laquelle est déposée une ostie le vendredi de chaque semaine. Quant au chevalier qui acceda aux mystères du Graal: Perceval (Perlesvaux, Parzival, Peredur) pour les uns, Galaad , fils de Lancelot, pour les autres...Difficile de s'y retrouver ou encore de dire que telle ou telle version est la bonne...en admettant qu'il y eut un original.

Arthur est un personnage réel, du milieu du 6ème siècle, un chef de Clan, un "Dux Bellorum". Sa vie se déroula dans les comtés de Cornwall (Tintagel) , du Devon, du Somerset (Glastonbury , avec le Graal et Avalon) en passant par Caerlion sur Wysg (sud du Pays de Galles) et Carlisle (Carduel) au pays des Bretons du Nord. Ses faits d'armes contre les envahisseurs germaniques paraissent avoir permis de repousser d'un demi siècle la venue des Saxons dans une grande partie de l'île. Ses victoires et sa fin tragique ont fait de lui au cours des sièclesun Héros, seul capable d'affronter l'ennemi, rejoignant dans l'imaginaire les figures mythologiques les plus anciennes. Le nom d'Arthur est tiré du Celtique : arth en gallois, arz en breton (ours), chez les Celtes l'ours est le symbole de la caste royale issue des guerriers.

Merlin, lui aussi bien réel, ne pouvait que rejoindre Arthur dans la légende( bien qu' ayant vécu à la fin du 6è siècle). Ce petit chef de tribu de la forêt de Kelyddon (Caledonia, Ecosse) qui aurait perdu la tête au cours d'une bataille (selon certains textes latins) et se serait réfugié dans une forêt pour y exercer ses dons de voyance auprès de ceux qui le consultaient. Le "couple" Merlin-Arthur représente bien le couple Druide-Roi sur lequel repose la société celtique. La mythologie se moque bien de la chronologie et de la réalité des faits.

A mesure que les auteurs brodaient sur le thème, d'autres héros rejoignaient Arthur et Merlin. Ceci aboutit enfin à une synthèse, vers le milieu du 13è siècle, avec la version cistercienne de la légende en son plus grand développement. Lancelot du Lac, absent du cycle primitif (il était d'origine armoricaine) apparaissait auprès d'Arthur , Tristan et Yseult (d'origine irlandaise: Diarmaid et Grainné, récit antérieur à la version du 12è siècle) se matérialisaient en Cornwall et Bretagne armoricaine, inspirant les grandes lignes des amours tumultueuses de Lancelot et Guenièvre.
C'est un poème épique, le Gododin, attribué au barde Aneurin, qui fait allusion à Arhur pour la première fois, dans un manuscrit du 11è qui,par ses archaïsmes, doit reposer sur un original du 6è siècle.
Au 10è siècle, les Annales de Cambrie, donnent quelques détails sur la victoire d'Arthur au Mont-Badon (516) et la bataille de Camlann (537) où il affronta Medrawt (Mordret).
Toujours au 10è siècle, dans l'Historia Brittonum, attribuée à Nennius, le personnage du Roi se charge d'éléments mythologiques.
C'est un manuscrit du 12 è siècle, transcription d'un original du 9è siècle, peut être même du 7è siècle, qui constitue le premièr récit littéraire; il s'agit de Kulhwch et Olwen, une oeuvre galloise où Arthur, entouré de compagnons doués de pouvoirs magiques, se plonge dans des aventures relevant de la plus ancienne mythologie celtique. Cette oeuvre pourrait constituer une première tentative de synthèse des traditions orales des territoires tardivement conquis par les Saxons.
L'europe continentale ne découvrira la tradition arthurienne qu'au 12è siècle , avec tout d'abord les sculptures de la cathédrale de Modène en Italie (environs de l'an 1100) constituant un recit en images (les noms des personnages y figurent aussi.) de l'enlèvement de la femme d'Arthur par un mystérieux Roi de l'Autre Monde (cf Chrétien de Troyes le Chevalier de la Charette).
Vers 1135, le clerc gallois Geoffroy de Monmouth, famillier du monastère de Glastonburry, écrit la Vita Merlini et l' Historia Regum Britanniae. Ce dernier texte fut traduit en gallois (Brut y Breninhedd, Brut des Rois) et adapté en français, en 1155, par Robert Wace sous le nom de Roman de Brut. Brut est le diminutif de Brutus, déscendant d'Enée, et ancêtre mythique des Bretons. Tout ceci sous l'oeil bienveillant des Plantagenêt , aidant Henri 2 à asseoir son pouvoir en se prétendant l'héritier d'Arthur.
Vers 1160: Erec et Enide, du juif converti champenois Chrétien de Troyes, qui intégra une légende nettement armoricaine à l'ensemble arthurien.
Entre 1160 et 1170, les 2 Tristan anglo-normands de Béroul et Thomas adaptés en allemand par Eilhart d'Oberg et Gottfried de Strasbourg. A la même date, Chrétien de Troyes et son Lancelot du Lac armoricain dans le Chevalier à la Charette, tandis que l'allemand Ulrich von Zatzikhoven adaptait la légende primitive de Lancelot dans son Lanzlet.
Toujours le même Chrétien de Troyes, vers 1180 pénétrait plus avant la légende arthurienne insulaire en la localisant en Armorique (forêt de Brocéliande) avec le Chevalier au Lion, puis vers 1190 il lancait le thème du Graal dans Percival, oeuvre inachevée mais suivie de 3 continuations différentes, tandis qu'un auteur occitan écrivait un Roman de Jauffré au schema très voisin. Un autre anonyme, lié à Glastonburry, composait un Perlesvaux d'inspiration archaïsante mais bien éloigné du récit gallois de Peredur, tradition populaire sur le même thème.
Au début du 13ème siècle, Wolfram von Eschenbach adaptait le roman de Chrétien dans son Parzival en y ajoutant des éléments ésotériques, souvent d'origine orientale et d'idéologie douteuse.
Parallèlement à ces oeuvres, apparaissait la tradition dite de Robert de Boron; lié au Plantagenêt et à Glastonburry, ce franc-comtois, écrivit un Merlin en vers(Huth-Merlin et Didot-Percival en sont des adaptations en prose). Ce sont ces différentes oeuvres qui provoquèrent, vers le milieu du 13 ème siècle, la grande fresque attribuée à Gautier Map, version "cistercienne" de la légende, où figurent la Quète du Saint-Graal et la Mort d'Arthur.
Le thème a fait fureur et dés le 12 ème siècle, des épisodes jaillis de la mémoire collective sont venus enrichir le sujet primitif. Ces récits fragmentaires (en français,anglais,allemand,italien,occitan,castillan,gallois, et même en gaélique d'Irlande) s'organisent autour d'un héros qui prend le relais des aventures et tente de les mener à terme. C'est le cas de Gauvain (Le chevalier vert, l'âtre périlleux), de Lancelot (Les Merveilles du Château de Rigomer), Yder de Northumbrie (Edern), Yvain (Owein)...Que d'aventures autour de ces antiques divinités réduites au rang de héros surhumains !
Et cela durera jusqu'au 15 ème siècle avec, en Angleterre, la synthèse anglaise de Sir Thomas Malory, condensé de l'immense épopée du Graal et de la Table Ronde : le Morte d'Arthur.
Il existe de fortes présomptions pour que les innombrables récits de la légende arthurienne obeissent aux impératifs d'un plan unique. Au Moyen Age, la notion d'oeuvre collective était plus forte que celle d'oeuvre individuelle, c'était reconnaître qu'un thème d'origine mythologique était la propriété de tous.

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* Nota Bene: En fait, un humble résumé de l'introduction de Poul Fetan au Cycle du Graal de Jean MARKALE ( Edition Pygamalions/Gérard Watelet,70 av de Breteuil,75007 PARIS)![]()
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