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Souvenirs de marée basse
Souvenirs d'enfance en Normandie,
A Villers/mer, entre Houlgate et Deauville,
Secrètement enfouis et préservés pour l'éternité.
Quand je recherche des traces de ces années,
Tout semble vague au fin fond de ma mémoire.
Soudain, le flou laisse place à une miraculeuse éclaircie,
La marée basse prend place,
Un flot de sensations remonte en surface.
Les mouettes annoncent la marée et font la causette
Sur les premiers bancs de sable sec,
Les crabes sortent de leurs grottes et posent leurs serviettes,
Les vers laissent à la clarté jour
Des panneaux de signalisation en forme de serpentin,
Les crevettes jouent à cache-cache avec les filets des pécheurs,
Les bars et les maquereaux font l'anguille,
Histoire de narguer les hameçons errants,
Les vieux marins posent leurs parasols et leurs sièges
Sur une petite île improvisée,
Des enfants sautent à la marelle, au rythme des vagues,
D'autres s'éclaboussent avec frénésie,
Certains même se baignent, plongent, nagent,
Tous savourent ces moments simples de grand bonheur
Pendant que les adultes se querellent autour d'une partie de boules.
La mer, pendant tout ce temps,
Parcourt tranquillement son chemin
Et jamais ne s'arrête.
Le soleil pose son regard sur ces terres laissées à l'abandon,
Un couple de jeunes amoureux, court sur le sable mouillé,
Les cheveux au vent, de l'amour plein la tête,
Des chevaux au galop trempent leurs sabots au bord de l'eau,
Les coquillages sont à la fête,
Les moules s'installent tranquillement et font banquette,
Les beaux bateaux et les paquebots, au loin,
Venus du Havre de paix, font trempette,
Des bandes de gamin construisent des châteaux de sable,
De véritables forteresses de pacotille parées à la tempête.
Soudain, tout m'échappe,
Les odeurs s'enfuient, les images se retirent
Les souvenirs disparaissent, les sensations s'effilochent
La mémoire s'efface,
La mer remonte.
Cyril Suquet Août 1997.
Poème tiré du recueil "Arc-en-ciel", octobre 1997.
Océan d'automne
(Sonnet)
La plage vidée de son sable est à nouveau nue.
A marée, basse ou haute, la mère n'en a que faire
De cette pluie monotone qui joue au bras de fer
Avec les vaguelettes : l'automne est revenu.
Au bord de l'eau, les vagues se cassent et se prélassent,
Les mouettes chantent et virevoltent comme au plus beau jour,
Les bateaux dans le vent dansent au large à contre-jour.
Au bord de l'eau, crustacés et marins s'entassent.
Juste ciel ! Que l'océan est beau en automne.
Les cris des enfants ne jouent plus le métronome,
Des airs et des embruns remontent en surface.
Quelle mélancolie lorsque le soleil se glace
Et rayonne de tout son long sur l'horizon.
Par bleu ! L'océan est si gai à cette saison.
Cyril Suquet Mai 97.
Poème tiré du recueil "Arc-en-ciel", octobre 1997.
Le chant de la rivière
Loin du tumulte de la ville,
Des pas sans fin sur le pavé qui croulent,
Du rythme à l'allure débile,
La rivière, tranquille, sereine, roucoule.
Orchestré par la mélancolie des oiseaux,
Le lit, se prélasse et abreuve l'eau qui coule
De ses milles richesses, zigzague avec les roseaux
Et tarde a mettre les voiles, bercé par le temps qui s'écoule.
Aspergée d'amour par des petits cours d'eau,
La rivière enchante les régions qu'elle encense,
Dessine des courbes mélancoliques dans tous les sens.
Sa mélodie est un don du ciel, un simple cadeau.
Cyril Suquet Juin 1997.
Poème tiré du recueil "Arc-en-ciel", octobre 1997.
Château de sable
Jour après jour,
Grain après grain,
Le château de sable prend forme.
Nuit après nuit,
La base se solidifie,
La structure s'amplifie.
Du haut de la dune,
Le château a fière allure,
Armé de ses remparts,
Illuminé par les rayons du soleil.
Loin des vagues,
Protégé du vent et des marées,
A contre courant,
Il a le vent en poupe.
En plein sacrement,
Le ciel devient hésitant,
Le sable semble mouvant,
L'esprit vague à l'âme.
Le château de sable tremble
Et pleure sur son royaume.
La tempête qui ne s'est pas présentée,
A pris d'assaut la citadelle.
En un coup de vent,
En une seconde de folie,
Tout s'écroule, tout fuit,
Tout est balayé jusqu'au dernier grain.
Plus de château, plus de sable,
Que du vent qui fait table rase,
Telle une lame de fond que rien n'arrête,
Si ce n'est sa propre chute sur le sable froid.
Cyril Suquet Juillet 1997.
Poème tiré du recueil "Arc-en-ciel", octobre 1997.
Féerie du dictionnaire
Page après page,
la magie fascine,
L'hymne à l'écrit se dessine:
Anthologie des mots,
Mamelle du savoir,
Rempart à l'illétrisme
Embryon de la science
Confident de nos recherches
Estuaire de la connaissance
Squelette de l'histoire
Observatoire des moeurs
Compagnon de nos cahiers et de nos routes
Caverne dorée de nos citations
Maternité des termes en devenir
Roue de secours des pannes de mémoire
Symphonie de la conjugaison
Spectateur de nos galères grammaticales
Et de nos maux verbaux
Repère conscient de notre confiance de A à Z
Trésors de dico,
Ta présence rassure les bibliothèques,
Hante les incultes.
Un petit livre,
Simple et svelte
Mais si grand.
Cyril Suquet Février 1997.
Poème tiré du recueil ""Aux portes de l'inconscience", mars 1997.
Jardinage sur fond rose
Dans le pré carré vert,
Les fleurs gaiement, j'arrose,
Surtout les roses.
Au passage, je pose quelques vers
Histoire de faire pousser de la prose.
J'ôte aussi quelques petits vers
Venus se frotter à la rigueur
De cet terrible hiver.
J'arrose, toujours j'arrose,
Les vers en ont la cirrhose.
Dans le pré carré vert,
Je mets la dose
D'amour et de fraîcheur,
Histoire de faire monter la prose.
J'arrose, toujours j'arrose,
Je mets les vers à pied d'oeuvre,
Les obligeant au revers.
J'adore cet univers,
je m'y sens en osmose,
Même si parfois, je passe au travers.
Dans le pré carré vert,
J'oublie mon arthrose,
Je reprends des couleurs.
J'arrose, toujours j'arrose,
Et j'attire les couleuvres
Qui courent après les petits vers.
J'adore cet univers,
Son ambiance et sa chaleur.
Le jardinage, et pour cause,
C'est la vie en rose !
Cyril Suquet Novembre 1997.
Poème tiré du recueil "Entre ciel et terre", mars 1998.
Les artisans du clair de lune
La ruelle, plongée dans la pénombre,
Laisse apparaître quelques petites lueurs
Au travers des baies vitrées sombres.
Des hommes en tablier travaillent encore à cette heure.
Le forgeron croise le fer
Avec l'étameur qui recouvre le cuivre
Et le maréchal-ferrant qui s'entête àferrer.
De ces petits artisans, les ruelles en sont remplies,
Mais le commun des mortels les ignore
Ils vivent avec leur bois, leur fer, leur cuir, la nuit
Pendant que la ville, paisiblement, dort.
Le boulanger met la main à la patte,
Le tonnelier cuve son millésime,
Et le crémier fouette et écrème le mauvais goût.
Les ruelles de Vielle France sont son emblème,
Elles regorgent de trésors oubliés,
Des artisans installés depuis Mathusalem
Sculptent des objets d'art dans leurs ateliers.
Le cordonnier bichonne les semelles,
Le chausseur et le savatier se mêlent aux pointures
Alors que le bottier leur fait un pied de nez.
La lune veille à la qualité et au moindre détail
Au petit matin, les ruelles s'éveillent avec le soleil,
Les artisans se sont endormis sur leurs plans de travail,
Les oeuvres du petit jour s'émerveillent.
Pendant que le lanternier s'abreuve de lumière,
Le tisserand ne perd pas le fil de ses créations
Et le lainier étoffe sa pelote;
Alors que la cité se lève, à la bonne heure,
Les artisans du clair de lune,
Rêvent assurément d'un jour meilleur,
Où l'exercice de leur métier sera synonyme de fortune.
L'apothicaire rend compte de ses préparations
Au boisselier qui cintre son bois
Et à l'épicier droguiste qui encense ses herbes.
La ruelle, plongée à nouveau dans la pénombre,
Laisse entrevoir quelques petites lueurs
Au travers des baies vitrées sombres.
Des artisans travaillent encore pour quelques heures.
Cyril Suquet mars 1998.
Poème tiré du recueil "Entre ciel et terre", mars 1998.
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