Paradis pour pauvres
Montée au 7ème ciel
Sous condition.
Peu importe la nature de l'âge,
Paramètre superficiel.
Ascension à péage,
Ticket de dévotion.
Ne seront récompensés
Que ceux qui ont versé
Corps et âme.
Les autres, les assujettis, vogueront tels des infames
Dans les méandres tumultueuses et hasardeuses
Du paradis pour pauvres. Misère.
Délivrance sera accordée aux âmes généreuses
Pour servir les créanciers du cimetière.
Cyril SuquetMars 1997.
Un mur de silence
Une silhouette écrasée, dans la pénombre
Tout de son long, rase le mur.
Effacé, recroquevillé, sombre.
D'un pas ferme, un homme cravaté s'approche
Surpris par le noir de la scène,
A l'esquisse d'un bonhomme de raccroche.
L'homme renfermé, affalé sur l'asphalte
Se cache à l'abri de son ombre en demi-teinte
Et feinte de ne voir l'individu à la cravate.
D'une voix agitée et gênée
L'homme pressé lui tend son sac emplit
De son amitié et de son dîner.
D'un geste lent et sec de la tête
La silhouette, muette et repliée,
La pitié de ce passant rejette.
Le badaud cravaté, décontenancé par ce refus inattendu
Ne comprend pas l'incohérence de cette attitude
Et se désespère de l'échec de cette main tendue.
L'homme de la pénombre, dans son silence se meurt
Et retourne dans ses songes noirs
Ou il préserve sa dernière liberté, son honneur.
Cyril SuquetMars 1997.
Aux Philosophes disparus
Où sont ces hommes d'antan,
qui traçaient nos chemins,
dictaient nos voix,
enseignaient la vérité.
Que sont devenus
ces hommes de foi,
aux discours élogieux
et aux actes de bravoure.
A quand un retour,
à ces poètes de la vie,
à ces sages qui répondaient à nos interrogations,
à ces animaux pensants inexistants.
Cyril SuquetNovembre 1996.
Plus bas que terre
Descente, déchéance,
Lente et rampante.
Destitution sociale,
Destruction physique,
Lente et nauséabonde.
La mort pointe son nez,
Au coin d'une rue,
Par hasard,
Au bout du tunnel,
Comme un lézard,
Sans lumière, sans espoir,
Aucun.
La vie est partie,
Sans repères,
Par peur, elle s'est enfuie.
L'enfer sur terre
N'est pas utopie,
Il a ses réverbères.
La nuit, sans cesse,
Même au lever du jour.
Décadence, déchirement,
Fin des cadences,
Descente au rythme chaotique
Rapide et sure.
La faim s'annonce,
Les regards s'écartent,
L'indifférence circule,
Les yeux dans le brouillard,
L'âme coulée dans les eaux usées.
Terré, humilié,
Oublié,
Plus bas que terre,
La malédiction se prononce,
Avec l'assentiment de la rue.
Rideau.
Cyril SuquetMars 1998.
Poème pour les oubliés
A vous ces vers,
Inconnus des chemins de traverse.
La rue vous berce
Sans endroit, à revers.
Ames vagabondes sans toit ni voix,
L'harmonie du verre
Ne vous rendra pas la foi.
Le badaud esquive les travers.
Pauvreté du poème,
Témoin d'une interminable galère
Pour une vie de bohème
Sans lois ni repères.
Oubliés aux rats,
Encore ces derniers vers :
Je les jette aux scélérats,
Vous de la rue, les ombres des lumières.
BR>
Cyril SuquetMai 1998.
Libres comme le vent
Annihilez vos esprits ravageurs
Retirez nos oeillères
Laissez-nous rêver
Laissez-moi fuir
Élargissez vos angles
Déchirez nos cadres
Laissez-nous sans modèles
Laissez-moi l'horizon
Évitez de penser pour nous
Stoppez vos serments
Laissez-nous découvrir l'inconnu
Laissez-moi souffrir sciemment
Otez mes chaînes
Enlevez vos mains poreuses
Laissez-nous choisir
Laissez-moi tracer mon chemin
Reprenez vos libertés
Gardez votre démocratie
Laissez-nous vibrer avec le vent
Laissez-moi sentir le cap
Arrêtez d'arrêter
Secouez vos censures
Laissez nous vivre
Laissez moi m'envoler
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Cyril SuquetMai 1998.
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