Je suis Québec, morte ou vivante!
Elle était en France, elle était comédienne. Elle remplaçait une interprète malade dont le rôle comportait quelques vers à chanter dans la pièce La Fable de l'enfant échappé de Pirandello. Après le spectacle, le metteur en scène Georges Vitaly vint la trouver et lui demanda dans quel cabaret elle chantait.
C'est comme ça, par hasard, que Pauline Julien est devenue la pasionara du Québec, pour reprendre l'expression de François-Régis Bastide (Les Nouvelles littéraires).
D'abord interprète, puis auteure-compositeure-interprète, toujours militante tant pour l'indépendance que pour le mouvement féministe, Pauline Julien « parle d'elle, de chez elle, des gens de son pays, de ceux qu'elle aime, de ceux qu'elle aime moins ou pas du tout. Elle chante, elle bouge, elle danse, elle tourne, en un mot elle est (verbe intransitif). Et cela fait de la chanson, c'est-à-dire tout à la fois de l'amour, de la joie et de la peine, de la politique, de la vie... »(CALVET, Louis-Jean, Pauline Julien, Collection poésie et chanson, Éditions Seghers, 1974).
« Au fond, plus qu'une interprète, Pauline Julien est une proposante : elle pose devant nous une certaine façon de comprendre, à prendre ou à laisser d'ailleurs, nous sommes libres. »(CALVET, Louis-Jean, Ibid.).« On a toujours l'impression que Pauline parle réellement aux gens au lieu de dire un texte, qu'elle s'adapte, en un mot qu'elle leur répond. »(CALVET, Louis-Jean, Ibid.).
Au cours de sa carrière, Pauline Julien a interprété des chansons de différents auteurs, différents compositeurs, dont Raymond Lévesque, Gilles Vigneault, Georges Dor, Michel Tremblay, Claude Gauthier, Gilbert Langevin et bien sûr son compagnon de vie, Gérald Godin. Mais n'oublions pas non plus ses propres compositions dont la plus connue est fort probablement L'âme à la tendresse.
Et non seulement Pauline Julien prêtait-elle sa voix à divers auteurs, mais elle la prêtait aussi à diverses causes. Par exemple, en octobre 1970 elle fut l'une des nombreuses victimes de la Loi des mesures de guerre et fut emprisonnée pendant huit jours. La raison invoquée fut probablement qu'elle chantait et écrivait des chansons indépendantistes. Elle a également beaucoup milité pour le mouvement féministe et plusieurs se rappellent sûrement la trilogie des chansons que Michel Tremblay a écrit pour elle : Huit heures dix, Chus tannée Roger et Allez voir vous avez des ailes.
Pauline était une militante, Pauline était une femme. Comme plusieurs poètes engagés, elle était également une grande parolière intimiste. « Parce qu'elle parle d'elle et donc de nous. »
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Pauline qu'on attendait
Pauline qui est v'nue
Pauline dont on a besoin
Pauline dont on a besoin pour « arriver »
Au milieu de la vie, peut-être à la veille de... je t'aime.
(Michel Tremblay)Pauline nous aime, malgré nous! Malgré que nous soyons inconstants, infidèles, Pauline nous aime. Malgré notre froideur, Pauline s'étonne. Malgré notre indifférence, Pauline surveille nos regards et traduit dans sa voix, son désir de nous voir vivre.
(Clémence Desrochers)C'est dans le calme et la sérénité que Pauline Julien a mis fin à ses jours au matin du 1er octobre 1998. Elle qui était atteinte d'aphasie dégénérative et pour qui la vie était faite de paroles et de mots n'avait plus de raison de vivre et de souffrir plus longtemps.
Adieu, Pauline, nous ne t'oublions pas, tu seras toujours notre Québec, morte ou vivante!


Deux hommages en vers : Pauline (Martin Pagé) et Hommage à Pauline Julien (Jean-Pierre Rivest) Merci aux auteurs !!
