Pauline Te voir partir volontaire après tant de combats Te voir partir solitaire après tellement d’ébats Pauline, souvenir de ma jeunesse La voix qui miel du champagne et des fraises La voix qui pleut clés et des chemins meilleurs Pauline, souvenir de mon pays Pionnière devant la barricade, prêcheuse engagée Debout, écumante devant nos molasses raisons Libre avant quiconque, ton élan sur notre confort Qui barre à gauche toute qui ouvre chaque pore Te voir partir volontaire après tant de combats Te voir partir solitaire après tellement d’ébats Pauline, souvenir de ma jeunesse C’est ta génération qui s’acquitte en silence Des comptes qui se règle sur le sang du temps Alors que reste seuls devant les vieux rêves qui pâlissent Cette jeunesse qui se cherche un combat Dans le feu des idées recyclées Armée de ta boussole et de ton compas Elle écume déjà dans ces pacages de frissons en criant : « Qui lèvera demain la prochaine liberté ? » Pauline, souvenir de mon pays Ce soir j’ai l’âme à la tempête J’ai le coeur scruteur de prochains lendemains Avec autant de ferveur que les tiens Langevin, Miron, Godin et tous tes prêtres Par où s’en va le rang des vraies missions ? Celles qui nous font cramper le timon Chanter à hurle-tête et danser la nuit en rond Qui nous donnera la voie de la prochaine opinion ? Te voir partir volontaire après tant de combats Te voir partir solitaire après tellement d’ébats Pauline, souvenir de nos fibrillations Et c’est ce goût de liberté qui lâchement nous revient Au gage de ta vie croyante Missionnaire d’un vent plus doux sur la falaise du Cap Quand le mot « révolution » bug les traitements de textes Que l’on décaféine le mot « séparation » déjà bien oxydé Te voir partir devrait nous donner le goût de te suivre De s’endormir pour ne plus rien sentir... Mais non! Debout! Que l’on réponde à ta quémande! Te voir partir nous donne le goût de monter en haut, de descendre en bas Te voir partir nous donne le goût de sortir dehors D’écrire une histoire, la prochaine, la bonne, la celle D’écrire une chanson, la prochaine, la bonne, la belle Te voir partir avant le dernier combat Ta voix droite, radicale et luminaire de l’infinie patience M’appelle au coin de la rue avec les tiens M’ouvre l’oeil franc et la raison claire Te voir partir volontaire après tant de combats Te voir partir solitaire après tellement d’ébats Pauline, souvenir de notre futur Martin Pagé 2 octobre 1998 « Poème dédié à Pauline Julien » NOTE: Ce poème a été lu par Monique Giroulx aux funérailles de Pauline Julien.