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J'ai aimé

La porte des Orients perdus - Maurice Gouiran
Jigal, mars 2004, 226 pages, 14€

4ème de couverture

Une fois encore Clovis Narigou aurait mieux fait de s’occuper de ses chèvres dans les collines de Marseille... plutôt que de soulever le couvercle de cette satanée caisse...
Il ne savait pas grand chose de Marseille aux temps des colonies... ni des fortunes amassées sur le port, ni des familles qui régnaient alors sur la ville.
Il ignorait à peu près tout des Polynésiens trompés par les promesses politiques et décimés par les essais nucléaires français dans les années 60...
Quant à comprendre cette histoire de momie dans laquelle Bébert de la Belle de Mai, futur roi des îles, allait jouer le premier rôle...
Mais pour un ami, un vrai, ça valait le coup d’essayer ! D’autant plus que, quand la lune est pleine, tous les fadas sont dans la plaine...

Sixième roman pour Maurice Gouiran, qui vient de recevoir le “Prix Sang d’Encre des Lycéens”. Entré en trombe dans le monde du polar, Maurice Gouiran a su imposer un style drôle, féroce et corrosif que tous s’accordent aujourd’hui à louer et restecter.

Maurice Gouiran, fidèle à son habitude, nous fait voyager. Un double voyage dans l’espace et dans le temps. Il nous transporte en Tunisie, à Kairouan, puis dans le Pacifique, à Papeete. Belles balades pour Clovis Narigou qui veut comprendre pourquoi on a occis son ami Luc qui l’avait appelé pour lui dire : “Clo, il faut que je te voie rapido, ça urge, y a une engambi de première”. L’engambi c’était qu’il avait trouvé, en provenance de Tahiti, un mec dans un cercueil. Puis ce sont les ouvriers du même chantier qui se font descendre. Alors Clovis suit la trace de ce cercueil qui le va le conduire à Papeete. Voyage aussi dans le passé, au temps de Mururoa et plus loin au temps où Bébert de la Belle de Mai avait fait fortune avec le coprah, balade encore dans le Marseille du début du XX° siècle au temps des expositions coloniales.
Grâce à Maurice Gouiran on en apprend de belles sur Mururoa. Par exemple, savez-vous qui était le principal actionnaire de la société qui bétonna les atolls ? Non ? Vous ne croyez pas que je vais vous le dire, quand même ?
Un roman à la belle écriture, Maurice Gouiran est peintre aussi, ça se devine quand on lit ce livre, ou plutôt qu’on le déguste, ses descriptions de Papeete ou des collines du Rove sont de véritables tableaux.
On y retrouve les personnages pittoresques du Beau Bar, qui refont le monde en buvant des pastis, et en regardant la belle Muriel “avec sa jupe taillée dans un confetti de satin.”
En conclusion un livre que j’ai beaucoup aimé, comme les précédents : il y a tout ce qu’il faut, une bonne intrigue, de l’action, de l’humour, des détails historiques prenants, une écriture savoureuse, et derrière une apparente désinvolture on y trouve une réalité sociale qui lui donne tout son poids et l’ancre dans le quotidien.    

Maurice Gouiran, les héros de vos romans voyagent souvent, cette fois c'est en Polynésie. Je  suppose que vous y êtes allé. Est-ce au cours d'un tel voyage que vous est venue l'idée de ce roman ?

J'ai commencé à écrire ce roman à Tahiti en juin 2002, lors des après-midi d'orages que connaît cette île.
C'est  à Tahiti qu'on  m'a raconté l'histoire de ce Français qui fut Roi d'une  île avant  d'être chassé et de revenir en Europe travailler dans un cirque (cf question 3.), d'où mon personnage de Bébert.
C'est à Papeete également que j'ai connu l'histoire du nucléaire et du CEP.

Est ce que le personnage de Pouvanaa Oopa a réellement existé ?

C'est  la  suite logique  de  la  question  précédente. Pouvanna Oopa a réellement existé.  Tous  les faits  et  les personnages que je cite dans l'histoire   du  nucléaire en Polynésie  sont  rigoureusement  exacts  Et vérifiés. Je ne prends jamais de liberté avec l'Histoire.

3) Et Bébert,  devenu  roi des  îles, vous a-t-il été inspiré par un personnage réel ?

En complément à la question 1, si un personnage m'a inspiré pour le rôle de Bébert,  je  reconnais  que j'ai inventé sa vie. Ce gars n'était pas de la Belle-de-Mai, ni de Marseille je pense. Je ne crois pas qu'il soit revenu dans les  îles, ni qu'il  se  soit produit dans les cirques que je cite. L'histoire du tatouage de Gauguin est une fiction (même si la description de la vie de Gauguin à Punaauïa est exacte..). Mais il faut avouer que cet aventurier  devenu  roi,  puis  qui a connu la déchéance, était éminemment romanesque...

Vous aimez  bien, dans vos romans, placer des extraits de poème, vous citez  souvent Louis  Brauquier,  je  suppose que  c'est un de vos poètes préférés,  ou  de  chanson,  ici  Brassens, Michel Sardou ou Jean-François Michaël avec Adieu jolie Candy. C'est assez rare dans les "polars", Pourquoi ce choix ?

La peinture,  la  poésie  et  la  chanson font partie de l'ambiance de mes histoires ou de mes personnages (autant que leurs amours ou leurs emmerdes). Louis Brauquier est un poète important (et assez méconnu) de Marseille. Sa vision  de  la ville et du port coïncide bien avec l'atmosphère que j'aime donner. Parmi les 3 chanteurs cités, Brassens est une référence, Sardou une coïncidence et J. F.  Michael un clin d'oeil. On retrouve souvent le premier (avec Ferré) dans mes  bouquins. La chanson  de  Sardou collait  avec l'ambiance de l'expo coloniale. "Adieu jolie Candy" illustre bien le coté un peu  ringard de la "variété" polynésienne actuelle qui regorge de ces succès démodés entendus à tous les coins de rue.

Page 147 vous citez des phénomènes exposés dans le cirque Barnum. Encore une fois ces  personnages ont-ils  existé  ou sont-ils le fruit de votre imagination ?

Tous les  personnages des "zoos humains" et les "monstres de foire" que je cite ont  existé. Ils ont été célèbres de leur temps. Je dispose de photos d'eux. Même le personnage de Carl Forster  (le violoniste qui jouait avec les pieds) a existé. Comme il avait un rôle qui s'écartait un peu de sa réalité dans mon histoire, j'ai modifié son nom. il s'appelait Carl Hermann Huntam. Strauss  l'engagea dans son orchestre en 1863 et il mourut en 1929 dans des circonstances qui n'ont rien à voir avec mon bouquin (d'où le changement de nom...)

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