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UNE AUTRE ANALYSE DE "JE TE RENDS TON AMOUR"

 REALISEE PAR AUDREY

Tout d’abord, il est important de spécifier que cette chanson, qui serait la préférée de Mylène Farmer, peut se faire attribuer diverses interprétations.  Comme l’Artiste l’a déjà suggéré, certains peuvent y voir un détournement de Dieu, d’autres une histoire d’amour.  J’ai même déjà entendu parler du rejet d’un père incestueux (voir l’analyse du clip sur le site L’univers Farmer). 

 

            Pour ma part, je me suis basée sur trois des rares citations que Mylène Farmer a accordé à la presse écrite depuis une dizaine d’années pour baser ma théorie :

            « J’aime la peinture abstraite parce que j’y lis ce que je veux : on ne m’impose rien.  C’est comme tomber amoureux de quelqu’un : on ne sait pas qui est vraiment « l’Autre », mais on a soudain envie de le connaître, de percer son mystère tout en sachant qu’on n’y arrivera jamais complètement… »

« La peinture est un viol; on s’y ouvre ou pas; lorsque le viol se transforme en amour, c’est magnifique.  J’aime aussi passionnément la peinture d’Egon Schiele.  J’aurais pu être son modèle.  Lorsque je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression d’être une de ses rousses écorchées. »

 

            « La peinture synthétise la vraie folie, l’exaltation la plus intime.  Curieusement, j’ai connu quelque chose qui se rapproche dans mon esprit de cette exaltation créatrice, lorsqu’il y a deux ans, je suis montée pour la première fois sur scène. »

Citations extraites du Madame Figaro de novembre 91

 

            Si chaque peinture est une histoire d’amour, pourquoi l’inverse ne serait-il pas aussi vrai?  Ainsi, JTRTA est une grande allégorie où une histoire d’amour est symbolisée par un cadre duquel Mylène Farmer essaie de s’extraire.  Pour ce faire, elle s’adresse directement au peintre, qui a permis à cette peinture de naître, le créateur suprême, c’est-à-dire Dieu.  D’ailleurs, elle jette le blâme de l’échec de la relation amoureuse sur Lui.  On parle donc d’un détournement de Dieu suite à la fin d’une histoire d’amour.

Zone de Texte: M'extraire du cadre 
Ma vie suspendue 
Je rêvais mieux 
Je voyais l'âtre 
Tous ces inconnus 
Toi parmi eux

 

 

 

 

 

L’auteure voit la relation qu’elle vit présentement comme un cadre, duquel elle veut sortir au plus vite.  Cette histoire d’amour semble l’avoir déçue amèrement.  L’âtre symbolise ici l’enfer, elle affirme donc avoir vu Dieu parmi les ténèbre, l’accusant ainsi du tord qu’il lui a causé.

*Mais de qui parle-t-elle lorsqu’elle mentionne « tous ces inconnus » ?

Zone de Texte: Toile 
Fibre qui suinte 
Des meurtrissures 
Tu voyais l'âme 
Mais j'ai vu ta main 
Choisir Gauguin

 

 

 

 

 

La toile souffre, par conséquent, l’auteure aussi.  La relation amoureuse semble s’être essoufflée, voire meurtrie avec le temps et ne suscite plus que la douleur.  Dieu, pour peindre la toile, a choisi le style de Gauguin, malgré qu’il ait vu l’âme de Mlle Farmer.  D’ailleurs, lorsqu’elle parle de ses goûts en matière de peinture, l’Artiste ne mentionne jamais Gauguin.  On pourrait penser que c’est un style qui lui déplaît, et que donc le tableau aurait été peint dans un style qui ne lui convenait pas.  Son histoire d’amour ne se déroule pas comme elle l’avait prévu, et cela lui déplaît.  Il est à noter que la peinture de Gauguin est marquée d’une prédominance de la couleur sur le trait, contrairement à l’œuvre d’Egon Schiele.  Nous reviendrons sur ce point plus tard.

 

Zone de Texte: Et je te rends ton amour 
Redeviens les contours 
Je te rends ton amour 
C'est mon dernier recours 
Je te rends ton amour 
Au moins pour toujours 
Redeviens les contours 
La "femme nue debout" 

 

 

 

 

 

 

Dans les deux premières strophes de la chanson, l’auteure joue un rôle passif.  Elle observe, ressent, subit, mais n’agit pas.  Ce « je te rends ton amour » marque un premier geste concret posé pour s’extorquer d’une situation souffrante.  Elle s’adresse à Dieu, mais aussi à l’amoureux qu’elle rejette.  On délaisse les couleurs de Gauguin pour revenir aux contours, aux lignes de Schiele.  C’est une décision difficile, mais définitive et inévitable pour la survie de l’auteure.  La « femme nue debout » est la première référence directe à Egon Schiele.  De plus, la répétition du son « our » rappelle la plainte déchirante du loup ou encore l’urgence stridente d’une sirène, comme on peut l’entendre dans le troisième refrain.  Elle marque l’éclatement du mal de vivre et l’urgence du désir de s’extirper de ce cadre malsain.

Zone de Texte: M'extraire du cadre 
La vie étriquée 
D'une écorchée 
J'ai cru la fable 
D'un mortel aimé 
Tu m'as trompé

 

 

 

 

 

Les trois premiers vers marquent encore le besoin de quitter un contexte qui rend l’auteure malheureuse.  Les mots « étriquée » et « écorchée » font directement référence à l’univers macabre d’Egon Schiele.  On revient ensuite à la déception  d’avoir été trahie par un « mortel aimé » (mortel, par opposition à l’immortalité de Dieu).  Elle associe cette trahison à Dieu, qu’elle accuse d’être responsable de ce dénouement malheureux.

 

 

 

 

 

Zone de Texte: Toi 
Tu m'as laissé 
Me compromettre 
Je serai  l'unique 
Pour des milliers d'yeux 
Un nu de maître

Le ton devient de plus en plus accusateur (les trois derniers Tu Toi Tu donnent un effet de martèlement, de coups assénés avec d’autant plus de force que la voix semble s’affaiblir).  Elle reconnaît son ancien état passif « Tu m'as laissé » tout en affirmant le désir de changer de position.  De soumise à un Dieu et à un amour plus fort qu’elle, elle veut devenir un être suprême, supérieur, « l'unique ».  Comme elle associe la folie créatrice qui se dégage d’un tableau à l’énergie qu’elle connaît sur scène, elle transpose cette exaltation à ses ambitions.  Les milliers d’yeux sont bien sûr ceux des fans en transe devant l’apparition de l’ange roux qu’ils vénèrent.  L’Artiste se voit grandiose et exposée, en « nu de maître ».

* Il est à noter que les participes passés des «Tu m'as trompé » et de « Tu m'as laissé »  ne sont pas accordés comme ils devraient l’être.  Ou Mlle Farmer a oublié ses règles de grammaire (après tout, elle écrit « parmi » avec un « s » - voir les paroles à l’intérieur du single), ou elle parle comme si elle était le tableau, (nom masculin qui justifierait l’accord).  Il est aussi possible que l’Artiste joue une fois de plus avec son côté androgyne, comme elle l’a déjà fait dans Sans Contrefaçon.

 

 

 

 

 

 

 

 

Zone de Texte: Et je te rends ton amour 
Au moins pour toujours 
Je te rends ton amour 
Le mien est trop lourd 
Et je te rends ton amour 
C'est plus flagrant le jour 
Ses couleurs se sont diluées 
Et je reprends mon amour 
Redeviens les contours
De mon seul maître : 
EGON SCHIELE et...

 

De nouveau, la rupture se présente comme la seule solution et elle est irréversible.  L’auteure est ainsi déchargée d’un poids qu’elle ne pouvait plus supporter.  Le « C'est plus flagrant le jour » garde une part de mystère pour moi.  À moins que la lumière du jour n’éclaire le tableau avec plus d’acuité, exposant ses failles et rendant la séparation plus facile.  On fait référence encore une fois aux couleurs de Gauguin qui se sont « diluées », éteintes, comme un amour devenu fade et vide de sens.  Mylène Farmer reprend l’amour que Dieu l’avait forcée à accorder malgré elle et se retourne vers son seul maître, Egon Schiele, qui est le seul qui aurait pu la peindre avec justesse.

 

            Le « et... » de la fin nous laisse sur une impression d’inachèvement.   On s’attend à ce qu’elle nomme quelqu’un d’autre, mais non, puisque son seul maître est Egon Schiele.  Pour ma part, je crois que ces points de suspension sont là simplement pour nous laisser sur une impression d’inachèvement.  Notre ange roux s’est déjà décrit comme « une peinture que l’artiste n’a pas eu le temps d’achever. »  Peu étonnant dans ce cas qu’une chanson où elle se voit comme un tableau soit elle aussi incomplète…