OUI
...et c'est d'ailleurs simple
à comprendre.
En 1907, sur les 300 000 hectares du plateau de Kaibab (près du Grand Canyon du Colorado), on entreprit d'exterminer systématiquement tous les grands carnivores pour augmenter les populations de cerfs-mulets , dont on comptait alors environ 4000 têtes.
De 1907 à 1939, on "régula" donc une trentaine de loups, 816 pumas et 7388 coyotes. les résultats ne se firent pas attendre: dès 1918, la population de cerfs atteignit 40 000 individus, et des signes de dégradation de la forêt apparurent. En 1924, malgré la chasse, on atteignit les 100 000 cerfs... soit 25 fois la population initiale, avec une densité d'un animal pour 3 hectares, alors qu'il lui en faut normalement une soixantaine...
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
| Cerf-mulet (Odocoileus hemionus) |
Puma (Felis concolor) |
Loup (Canis lupus) |
Coyote (Canis latrans) |
Les hivers 1925 et 1926 furent rudes, et la végétation dégradée ne put nourrir les animaux: 60 000 moururent de faim en 18 mois...(60% de l'effectif). la forêt toujours surpaturée étant trop endommagée pour se reconstituer, les cerfs ne firent plus que décliner. En 1939, il n'en restait plus que 10 000, dans les rares lambeaux subsistant de la forêt originelle, l'érosion ayant transformé le reste en semi-désert... (Léopold 1943, cité par Ramade)

Il en est ainsi à chaque fois qu'une espèce plus efficace que ses concurrentes, n'est plus contrôlée par des carnivores ou des parasites. La situation est particulièrement grave lorsqu'il s'agit d'une espèce introduite (voir la pullulation du lapin après son introduction en Australie, ou celle du poisson-chat Ictalurus nebulosus en France par exemple).
Autre exemple: en 1910, un petit troupeau de rennes (Rangifer tarandus) fut introduit sur l'île St Paul, au large de l'Alaska. En l'absence de tout prédateur efficace, ils atteignirent un effectif de 2 000 individus en 1938. Le surpâturage des lichens fut alors tel que la population s'effondra: en 1950, on ne comptait plus que 8 animaux... sur 16 000 hectares.( cité par Hainard)
Passez sans cliquer votre souris sur l'image ci-dessous pour voir le résultat.

S'il n'en restait que 3, l'augmentation annuelle serait encore de 50%. Dans un système stable, où aucune espèce ne disparaît ni ne pullule à terme, 10 canards (ou ufs) doivent donc disparaître dans l'année -d'où la nécessité des prédateurs (intempéries et maladies étant toutefois souvent des causes importantes de mortalité).
Une carpe (Cyrpinus carpio) femelle, elle,
pond annuellement 100 000 ufs par kilogramme de poids corporel (si vous peinez à
voir ce que cela représente, suivez le poisson
) Douze mois plus tard, il ne devra plus en
rester que deux... et cela suffira à l'espèce pour se maintenir.
En règle générale, seule une petite minorité d'individus parvient donc à survivre et à se reproduire: 10% seulement des mésanges bleues (Parus caeruleus) réussissent à se reproduire au moins une fois dans leur vie et à laisser une descendance - et les 2/3 seulement d'entre elles auront des petits-enfants. Leur prédateur, l'épervier (Accipiter nisus), fait à peine mieux, puisque moins du quart des individus ont des descendants... (Newton 1989)
Dans les fonctionnement NORMAL des systèmes naturels, la majorité des jeunes disparaît donc sans jamais se reproduire. LES POPULATIONS DE PROIES SONT DONC ADAPTÉES AUX PRÉLÈVEMENTS DES PRÉDATEURS, CE QUI LEUR PERMET DE SE MAINTENIR, même et surtout sans intervention humaine. Notons que les premiers prédateurs sont apparus il y a plus d'un milliard d'années, bien longtemps avant l'homme moderne (100 000 ans...). Les adaptations réciproques, successives et incessantes de la proie et du prédateur (ou du parasite), dans une "course-poursuite" évolutive, constituent d'ailleurs des modèles classiques de coévolution. |