Cette question simple en apparence trouve en réalité une étonnante diversité de réponses, parfois notablement éloignées de lopinion courante. Pour Barbault (1990), " Dans lacceptation la plus large du terme, la prédation est le fait de se nourrir dautres organismes vivants. En ce sens sont considérés comme prédateurs la totalité des animaux non détritivores : herbivores, carnivores, et parasites. " Dajoz (1996) est à la fois plus général dans les termes et plus restrictif dans lidée " On appelle prédateur tout organisme libre qui se nourrit aux dépens dun autre ", ce qui est plus conventionnel mais appelle quelques commentaires.
* La condition " organisme libre " exclut les parasites (ce qui est la conception classique), qui se nourrissent à un moment ou à un autre de leur cycle vital en étant fixés sur un hôte, temporairement (moustique) ou définitivement, avec des degrés de fusion divers avec lhôte en question (sacculine, ténias, etc ).
|
Il existe toutefois des cas-limites, comme celui des
hyménoptères parasitoïdes, connu depuis des siècles : ces petites guêpes pondent
leurs ufs sur ou à lintérieur de leurs proies (insectes ou araignées au
stade uf, larve ou adulte selon le cas). Leurs larves grandiront en se nourrissant de lhôte " parasité ", lequel reste vivant (mais généralement plus ou paralysé) jusquà la fin du développement de lhyménoptère et son émergence sous forme adulte. Bref, ces parasitoïdes se comportent comme des " prédateurs qui tuent lentement " et leur cas est intermédiaire entre les deux catégories. |
|
| Dautre part, la notion " organisme
libre ", prise au pied de la lettre, exclurait aussi des prédateurs toutes les
plantes carnivores, mais aussi les organismes benthiques tels que les coraux et anémones
de mer : elle sous-entend donc en réalité " libre de sa proie "
et non pas dun support physique quelconque. * " aux dépens dun autre ", sans précision de la nature de " lautre ", inclut là aussi les herbivores parmi les prédateurs (sous-entendu : de végétaux). Elle nexclut en fait que les saprophytes, nécrophages et autres détritivores, décomposeurs et charognards, censés ne consommer que de la matière organique morte. Un esprit chagrin pourrait arguer que ces organismes consomment généralement par la même occasion une profusion de bactéries bien vivantes . Dans ce cas, tout être hétérotrophe se nourrissant dautre chose que de simples molécules devient de facto un prédateur. |
|
Se pose aussi le problème des animaux symbiotiques (nectarivores par exemple): par définition, le partenaire fournissant la nourriture y trouve un avantage... Notons enfin que nombre de prédateurs sont aussi à l'occasion des décomposeurs, charognards, etc...
Bref, la définition de "prédateur" -comme beaucoup de termes en écologie d'ailleurs- est avant tout une manière commode d'étiqueter et de classer le monde vivant, selon un point de vue bien humain: elle n'est pas dictée par une loi supérieure, divine ou autre, et tous les sujets qu'elle prétend englober ne rentrent pas forcément très bien dans son moule.
* Sur le plan écologique, les prédateurs " au sens large " occupent tous les niveaux dune chaîne alimentaire à lexception du premier (celui des producteurs primaires autotrophes, végétaux chlorophylliens généralement) et des décomposeurs de tout ordre. Herbivores, carnivores et parasites présentent effectivement des analogies du point de vue de la dynamique de leurs populations, et de leurs rapports avec celles de leur proies ou hôtes. Les décomposeurs nont pas ces mêmes relations et sont ainsi bien distincts.
Toutefois, les systèmes herbivores/plante ou parasites/hôtes présentant quelques règles spécifiques, nous réduirons dans nos pages la définition de " prédateur " à son sens courant, restreint et intuitif de " consommateur de proies vivantes animales et/ou mobiles ", que le propos soit ou non valable pour dautres catégories dêtres vivants.EN RESUME...
![]() |