| Les Roubaïates
127 Le plus sage est de chercher la joie dans une coupe de vin;de ne pas trop nous préoccuper du présent ni du passé; enfin, même pour un instant, de délivrer des entraves de la raison cette âme qu'on nous prête et qui gémit dans sa prison. 128 A l'heure où je fuirai la mort, où, semblables aux feuilles desséchées,les parcelles de mon corps se détacheront des branches de la vie, of, alors! avec quelle joie ne passerais-je pas l'univers à travers un crible, vant que la maçon vienne y passer ma propre poussière! 129 Tu m'as formé d'eau et de terre, qu'y puis-je faire?Cette laine ou cette soie, c'est toi qui l'as tissé, qu'y puis-je faire? Le bien que je fais, le mal que je commets, c'est toi qui m'y a prédestiné; qu'y puis-je faire? 130 O ami! viens à moi, ne nous soucions pas de demain,cosidérons comme un don précieux ce court moment d'existence. Demain, quand nous aurons abondonné ce vieux séjour nous serons auprès de ceux qui l'ont quitté depuis setp mille ans! 131 Lève-toi et frappe des pieds, afin que nous frappions des mains.Buvons en présence des belles aux yeux langoureux du narcisse. Le bonheur n'est pas très grand quand on a vidé qu'une vintaine de coupes il est étrangement complet quand on arrive à la soixantième. 132 Jusqu'à quand aurons-nous à rougir de l'injustice des autres?Jusqu'à quand brûlerons-nous dns le feu de ce monde insipide? Lève-toi, bannis loin de toi le chagrin de ce monde, si tu es homme; c'est aujourd'hui fête, viens, buvons le vin couleur de rose. 133 Puisque ce monde n'est point pour nous un séjour permanent,c'est une grande faute de boucher le vin, de fuir les faveurs de sa bien-aimée. Ô homme pacifique! pourquoi discuter sur la création ou l'éternité du monde? Quand je n'y serai plus, que m'importe qu'il soit ancien ou moderne? 134 Pour ton amour je suis prêt à subir tous les blâmes,si je transgresse mon serment, j'accepte d'en subir la peine. Oh! dussé-je endurer jusqu'au jour dernier les tourments que tu me causes, cet espace de temps me semblerait encore trop court. 135 Lorsque, la tête renversée, jeserai tombé aux pieds de la mort;lorsque cet ange destructeur m'aura réduit à l'état d'un oiseau déplumé, alors, gardez-vous de faire de ma poussière autre chose qu'un flacon, peut-être le parfum du vin qu'il contiendra me fera un isntant revivre. Votez pour ce site au Weborama |