Les Roubaïates d'Omar Khayyam
   
Les Roubaïates


Quatrain : 136 @ 144


136
C'est moi qui suis le chef des chalands habitués de la taverne;
c'est moi qui suis plongé dans la rebellion contre la loi,
c'est moi, qui durant de longues nuits, abreuvé ce vin pur,
crie à Dieu les douleurs de mon coeur ensanglanté.


137
Voici l'aurore, ciens, et, la coupe pleine de vin rose en main,
respirons un instant. Quant à l'honneur, à la réputation, cristal fragile,
brisons-le contre la pierre. Renonçons à nos intiatiables désirs,
que la caresse des chevelures et les doux sons de la harpe nous suffisent.


138
Si je suis ivre de vin vieux; eh bien! je le suis.
Si je suis infidèle, guèbre ou idolâtre; eh bien! je le suis.
Chaque groupe d'individus s'est formé une idée sur mon compte.
Mais qu'importe, je m'appartiens et je suis qui je suis.


139
Je suis constamment attiré par la vue du vin limpide,
je ne cesse d'être attentif aux sons mélodieux de la flûte et de rubab.
Oh, si le potier fait une cruche de ma poussière,
puisse cette cruche être constamment pleine de vin!


140
C'est le bord de la jarre, le lieu de nos prières;
c'est en buvant du vin
que nous nous somme rendus dignes du nom d'homme;
dans la taverne nous rattraperons le temps perdu dans les mosquées.


141
Nous sommes le vértable but de la création universelle;
aux yeux de l'intelligence, nous sommes l'essence du regard divin.
Le cercle de ce monde est semblable à une bague,
sans aucun doute, c'est nous qui en sommes le chaton gravé.


142
Voici la saison des roses. Oh! je veux réaliser une de mes idées.
Je veux commettre un acte qui enfreigne la loi du chèr'e.
Durant quelques jours, avec des belles aux joues veloutées et vermeilles,
je veux, répandant du vin rose sur la gazon, faire naître un champ de tulipes.


143
Les soucis de ce monde nous sont plus légers qu'un grain d'orge.
Nous sommes heureux! notre déjeuner est certain, le dîner point.
Nous sommes heureux! Bien que rien n'arrive des cuisines,
nous n'importunons personne; quel bonheur est le nôtre!


144
Présentez le salut de ma part à Khayyam, et ensuite dites-lui:
"Ô Khayyam! tu es un ignorant. Quand donc ai-je dit que le vin est défendu?
Il est licite pour les hommes intelligents,
il est défendu qu'aux ignares."

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