Les Roubaïates d'Omar Khayyam
   
Les Roubaïates


Quatrain : 145 @ 153


145
O toi qui est le résumé de la création universelle!
cesse donc un instant de te préoccuper de gain ou de perte;
prends une coupe de vin, de la main de l'échanson éternel,
affranchis-toi ainsi des soucis de ce monde et de ceux de l'autre!


146
Maintenant que le rossignol a fait entendre sa voix,
ne pense qu'a saisir la coupe de vin rubis dans la main des buveurs;
lève-toi, viens car les roses épanouies respirent la joie, viens, venge-toi,
venge-toi durant deux ou trois jours des tourments que tu as endurés.


147
Ecoute-moi, ô toi qui n'as pas vu de vieux amis!
Ne t'inquiète pas de cette roue des cieux qui n'a ni surface ni fond:
contente-toi de ce qaue tu as, et, en paisible spectateur,
observe ici-bas les jeux divers de la destinée des hommes.


148
Hier au soir, dans la taverne, cet objet de mon coeur
qui me ravit l'âme me présenta la coupe avec un air ravissant de sincérité
et de désir de me complaire, et m'invita à boire. "Non, dis-je, je ne boirai pas.
- Bois, me répondit-il, pour l'amour de mon coeur"


149
Oublie le jour qui te quitte;
ne t'inquiète pas de celui de demain, qui n'est pas encore venu;
ne te repose pas sur ce qui est ou sur ce qui n'est plus;
vis un isntant heureux et me jette pas ainsi ta vie au vent.


150
Mon pauvre coeur, plein de douleur et de folie
n'a pu être affranchi de l'ivresse où l'a plongé l'amour dde ma bien aimée.
Oh! le jour où le vin de cet amour a été distribué,
ma portion a été sans doute puisée dans le sang de mon coeur!


151
Cette roue des cieux court après ma mort et la tienne, ami;
elle conspire contre mon âme et la tienne.
Viens, viens t'asseoir sur la gazon, car bien peu de temps nous reste encore
avant qu'un autre gazon germe de ma poussière et de la tienne.


152
Je suis tel que m'a produit ta puissance. J'ai vécu cent ans,
comblé de ta bienveillance et de tes bienfaits.
Je voudrais cent ans encore commettre des péchés
et voir si la somme de mes fautes l'emporterait sur celle de ta miséricorde.


153
C'est nous qui achetons du vin vieux et du vin nouveau,
et c'est nous qui vendons le monde pour deux grains d'orge.
Sais-tu où tu iras après la mort?
Apporte-moi du vin et va où tu voudras.

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