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PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS

AKABAR ANEMLAY N'IXEDDAMEN   حزب العمال الأشتراكي

* PST, 27 Boulevard Zirout Youcef, Alger - ( 00 213 73 61 41 - 00 213 71 47 72 FAX 00 213 71 47 72 - email : pst_dz@yahoo.fr

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Lectures fraîches

Sommaire

 

 

·         Pour en finir avec une oppression millénaire. Entretien Salhi Soumia avec Algérie News 08 mars 2011

·         Algérie : impuissance des mouvements populaires. par Samir Larabi

·         Samir Larabi : «La CNCD doit intégrer les revendications des travailleurs et des jeunes»  El Watan 27.02.11

·         Tunisie Egypte declaration internationale au congrès du NPA.15 02 2011

·         Nous reviendrons à la charge. Samir Larabi. El Watan. 11 02 2011

·         La révolution s’étend et s’approfondit. Ligue de la Gauche ouvrière. 08 02 2011

·         Plate forme de la coordination des chômeurs 04 02 2011

·         Nos démocrates libéraux fêtent déjà leur victoire sur l'Etat national. Mohamed Bouhamidi. La tribune. 03 02 2011

·          

·         La Tribune écrit sur la mairie PST de Barbacha (Béjaia) 16 octobre 2010

·         Harcèlement sexuel : notre camarade Soumia Salhi à l’expression 06 àctobre 2010

·         Interview de Saddek Akrour, maire PST de Barbacha. El Watan du 10 avril 2010.

·          Les femmes sont devenues plus visibles en dépit du retard des pratiques sociales Soumia Salhi El Watan 06 03 2010

·         Hommage à Daniel Bensaid

·         Que mille Marx s’épanouissent !  Entretien avec Daniel Bensaid

·         Le carnage de Gaza : criminel et abject. par Michel Warschawski 01 01 2009

·         Appel de la coordination Palestine 30 12 2008

·         Déclaration Appel de l'association Nedjma 01 01 2009

·         Grand Moyen-Orient GUERRES OU PAIX ? de Hocine Belalloufi 10-07-2008 Par Mohamed Bouhamidi

·         CRISE FINANCIÈRE MONDIALE  La Sérénité inquiétante de l´Algérie Prof. C .E. Chitour

·         Crise financière : La débâcle du capitalisme mondial et prédateur Prof. C .E. Chitour

·         Le bateau algérien vogue sur l’océan de l’économie mondiale  Benachenhou Mourad

·         L’islamisme algérien: le MSP entre modération et compromission Yassin Temlali

·         Bolivie : les indiens et la lutte des classes

·         La version soft du capitalisme

·         Palestine : Le nettoyage ethnique de la Palestine

·         Palestine : Comment Israël expulsa les Palestiniens

·         Déclaration 8 mars de la commission nationale des femmes travailleuses de l'UGTA

·         Déclaration du SN de l'UGTA appelant à la grève

·         Interview de notre camarade Soumia Salhi dans El Watan

·         Humour noir : le discours de Bush examiné à la loupe

 

Soumia Salhi, féministe

« Pour en finir avec une oppression millénaire »

ENTRETIEN avec Algérie News paru le 08 mars 2011

Soumia Salhi est militante au Parti socialiste des travailleurs (PST). Elle est également cadre à l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) où elle s'est distinguée par un rapport sur les violences faites aux femmes.

 

Algérie News : Quel a été le déclic pour votre engagement politique et syndical ?

Soumia Salhi : C'est à l'université, dans les luttes syndicales et démocratiques, que je suis entrée dans le militantisme. C'était une autre époque, pleine d'espoirs. Je me suis impliquée dans la longue grève de mon institut de psychologie en 1977, puis nous avons constitué un petit cercle féministe qui défrichait des sentiers nouveaux. Très vite, nous nous sommes trouvées engagées dans des initiatives publiques : expositions, ciné-club féminin... Il y a eu, à ce moment, une sorte d'ouverture politique qui nous a trouvées au stade du collectif féminin. Dans ce contexte de grèves ouvrières et d'animation syndicale, nous avons contribué en tant que collectif à l'effervescence démocratique contre la répression du printemps berbère, contre le projet du code de la famille. C'est dans ces luttes, que j’ai rejoint la mouvance de mon parti, le PST dans lequel je milite encore aujourd'hui.

 

Quelle est la situation des femmes après un demi-siècle d'indépendance ?

Nous sommes encore loin de l'égalité qui nous est promise par la Constitution, mais la situation est radicalement différente. Durant les premières années de l'indépendance, les femmes sortaient rarement, même celles qui travaillaient et qui ne constituaient que 3% de la population féminine. Le plus souvent, elles étaient divorcées ou célibataires. Souvent, on arrêtait de travailler lorsqu'on se mariait. Le reste des femmes étaient au foyer. L'enfermement domestique était la norme, on n'avait pas comme aujourd'hui toutes ces femmes au marché, faisant leurs courses. L'arrivée de ces bataillons de jeunes lycéennes et étudiantes dans les rues étaient une première révolution. Car l'indépendance a d'abord signifié la scolarisation massive, ce qui a bousculé une oppression millénaire et changé les codes sociaux. Aujourd'hui, on parle de deux tiers de femmes parmi les diplômés. Les résultats du bac confirment cette majorité féminine. Ce chiffre traduit, surtout, la crise de notre système éducatif et le désintérêt des jeunes hommes pour les études qui ne garantissent plus l'avenir. Mais du point de vue des femmes, cela prouve, au moins, qu'elles ne sont plus exclues du système scolaire. Il y a, aujourd'hui, 17% de femmes qui travaillent. C'est un grand progrès mais ce n'est pas assez. Les autres sont toujours privées des moyens de l'indépendance économique. Les travailleuses des années 1960 étaient des ouvrières, des femmes de ménage, des aide- soignantes. La moitié des travailleuses d'aujourd'hui sont très qualifiées. Mais l'accès aux postes de responsabilités demeure très rare. La porte ne s'est ouverte que depuis quelques années. La rareté des femmes aux responsabilités politiques et dans les mandats électoraux est aussi criante même si la Constitution promet désormais l'imposition d'un minimum de représentation féminine. Les lois de notre pays garantissent en principe l'égalité dans tous les domaines, à l'exception notable du code de la famille qui conserve une architecture inégalitaire malgré les petites améliorations concrètes qui ont été apportées. C'est ce code qui organise la permanence de l'oppression des femmes.

 

Quels sont les principaux acquis perdus jusque-là ?

En général, il y a plutôt des progrès. Même la vague rétrograde des années 1990 n'a pas empêché l'essor du travail féminin et de la réussite scolaire. L'imposition du hidjab pour réprimer la liberté des femmes, s'est retournée contre ses auteurs en facilitant la circulation des femmes dans l'espace public dans des hidjabs de plus en plus éloignés du rigorisme initial. On nous a fait reculer certes, mais les femmes sont beaucoup plus nombreuses maintenant à se réapproprier des morceaux de leur citoyenneté. La généralisation du travail précaire et la privatisation ont par contre fait perdre des acquis précieux comme le congé de maternité, les heures d'allaitement et le soutien de la collectivité au travail des femmes. Comment voulez- vous réclamer ces droits si vous êtes travailleuse non déclarée ou si vous êtes recrutée sur la base d'un contrat temporaire qui pourrait ne pas être renouvelé en cas de maternité ? Sans parler de la recrudescence du harcèlement sexuel dans ce cadre dégradé de la relation de travail.

 

Quels sont les grands défis que doit relever la femme algérienne et plus spécifiquement la femme engagée ?

Il y a un seul objectif acceptable, l'égalité des droits et la parité dans tous les compartiments de la vie sociale.

 

Dans le monde du travail, les femmes sont-elles toujours désavantagées ?

Oui. Il y a toujours une rareté des femmes aux postes de responsabilité malgré une grande qualification.

 

Quels peuvent être les obstacles au progrès des femmes algériennes ?

Les pratiques sociales et les mentalités évoluent en faveur des femmes avec les transformations structurelles objectives. La situation économique actuelle produit le chômage massif des diplômés et un développement massif de subterfuges comme les emplois du filet social. C'est nuisible au progrès des femmes. Car c'est en se faisant respecter dans de vrais boulots de médecins ou d'enseignantes que la femme s'est imposée. Si la crise perdure, de nouveaux drapeaux misogynes vont venir nous faire régresser en accusant les femmes de causer les problèmes.

 

Que pensez-vous du nouveau Code de la famille ?

Le code de 1984 est préférable à la situation réelle vécue par nos mères et nos grands-mères. Celui de 2005 est meilleur que celui de 1984 puisqu'il reconnaît l'apport économique de la femme, supprime l'obéissance au mari, mais il reste profondément injuste, profondément inégalitaire puisqu'il maintient la femme sous tutelle. Qu'on le sache : une femme peut être ministre ou présidente de la République mais elle n'est pas maîtresse de sa vie et a besoin d'un tuteur pour la marier. Elle peut être répudiée sans discussion mais elle a besoin de procédures compliquées et humiliantes pour se libérer de son mariage. C'est une violation de la Constitution. Et d'abord, c'est une violation de nos droits d'êtres humains et de citoyennes.

 

Quels sont les espoirs portés par toutes ces femmes qui sont en première ligne pour le combat pour la démocratie et les libertés individuelles ?

Cela fait plusieurs générations que les femmes contribuent aux combats politiques de leur époque. Trop souvent, elles acceptent de mettre leur engagement au service de courants qui ne font aux femmes que des concessions verbales et qui ne se mouillent pas dans la société réelle pour faire régresser les moeurs patriarcales. J'ai souvent entendu dénoncer le Code de la famille par des gens qui maintiennent leurs soeurs, leurs épouses, leurs filles dans un statut encore plus minorisé que celui de ce Code. Le combat pour le droit des femmes n'est pas une abstraction. Il concerne la remise en cause d'une oppression millénaire qui nous concerne tous.

 

Où placeriez-vous la femme algérienne parmi les femmes arabes ?

Les femmes des pays du Golfe sont les plus opprimées. Les Maghrébines sont en meilleure posture. Les lois tunisiennes sont très en avance et ce depuis l'indépendance. Mais la réalité de l'oppression est à peu près semblable dans les trois pays du maghreb. Il y a des nuances dans les retouches apportées au code algérien et à la «moudawwana» marocaine mais il s'agit de projets jumeaux. Je pense que la grande accumulation de femmes diplômées en Algérie et surtout l'importance des contingents d'emplois féminins décents dans le secteur public nous donnent un moyen de pression pour faire progresser la société.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes à l'occasion ?

Il ne faut pas se laisser faire ! Les transformations objectives sont en notre faveur : masse des diplômées, emploi féminin mais la bataille pour les idées est importante. Ce sont nos luttes depuis l'indépendance qui ont assuré les progrès actuels. La situation de ma mère ne ressemble pas du tout à celle de ma fille. Cela ne s'est pas fait tout seul. Nous avons lutté contre ceux qui ne voulaient rien faire bouger. Nous avons résisté à ceux qui voulaient la régression. Sans nos luttes, ces transformations n'auraient pas eu lieu aussi profondément dans la société. Cette oppression a des formes spécifiques dans notre société mais elle existe partout dans le monde. L'oppression des femmes n'est pas une identité culturelle. Elle existe partout dans le monde et partout nous la ferons reculer par nos luttes.

Entretien réalisé par Idir Ammour

 

Algérie : impuissance des mouvements populaires. par Samir Larabi

Les mouvements populaires algériens – syndicaux, islamistes ou régionalistes – sont à la dérive. En cause, d’une part, la capacité jamais démentie du pouvoir à coopter ou réprimer toute force sociale représentant une menace potentielle pour son hégémonie, d’autre part la difficulté des acteurs sociaux à construire des ponts entre secteurs mobilisés. La prolifération récente de luttes sociales localisées confirme ce diagnostic pessimiste.

Au lendemain de l`indépendance, le jeune Etat indépendant issu d’un mouvement nationaliste radical et d’une révolution armée contre le colonialisme français se trouve face à une situation désastreuse : des milliers de villages rasés, des populations déportées et une économie laminée. Imprégnés d’une culture politique égalitariste et anti-impérialiste, les pouvoirs publics se lancent dans un projet de développement étatiste, la manne pétrolière aidant, qui s`appuie sur de grands projets d`industrialisation, des nationalisations, la réforme agraire et la démocratisation de l`enseignement. Le pluralisme politique et syndical est supprimé dans le même mouvement. L`extension du salariat permet au régime de gagner la confiance des populations fraîchement émancipées de l`indigénat imposé par la colonisation de peuplement.

Le consensus ne tarde cependant pas à se fissurer. La perte de légitimité du système est mise à nu lors des grèves ouvrières de 1977, puis du mouvement démocratique des années 1980. En 1986, la chute des prix du pétrole sonne le glas du contrat social postcolonial. Les révoltes d`octobre 1988 vont accélérer la crise du système et forcer la transition vers le pluralisme politique et syndical. Les ajustements structurels sont mis en œuvre dans un contexte de crise politico-institutionnelle et de guerre civile. Les populations sont coincées entre le marteau de l’Etat, qui réprime et déstructure le secteur économique public, et l’enclume des groupes islamistes armées, qui causent la mort de quelque 200 000 personnes et des pertes économiques gigantesques. Sur le plan social, les réformes imposées par le FMI entraînent un véritable désastre, avec le licenciement de plus de 500 000 travailleurs et la paupérisation de larges couches de la société suite aux coupes dans les budgets alloués aux services publics. Ce contexte a affaibli le mouvement social et l’a mis sur la défensive.

Mal élu à l’élection présidentielle d`avril 1999, Bouteflika opte pour une politique néolibérale de privatisation à tout crin et mise sur les investissements étrangers pour relancer l`économie. Les accords d’association avec l`UE et les négociations pour adhérer à l`OMC terminent de soumettre l’économie aux exigences de la mondialisation libérale, en introduisant la flexibilité de l`emploi et en précarisant le monde du travail. Ces mesures antisociales s’articulent à une gestion répressive des mouvements sociaux, qui remet en cause les libertés démocratiques et syndicales. La criminalisation des mouvements de contestation sociale s’accentue après 2001, suite à la radicalisation des luttes. C`est dans ce contexte historique global qu’il faut analyser l’évolution récente des mouvements sociaux algériens.

Mouvement syndical : entre cooptation et volonté d’autonomie

L`histoire du mouvement syndical algérien post-indépendance est intimement liée à celle de l`UGTA (Union générale des travailleurs algériens). Née pendant la révolution algérienne afin de mobiliser les travailleurs pour la cause nationale sous la direction politique du FLN (Front de libération nationale), l’UGTA a une identité nationaliste davantage qu’une identité de classe. Au lendemain de l`indépendance, elle cherche à maintenir son autonomie vis-à-vis de l`Etat et des luttes de pouvoir de l`époque, tout en soutenant les mesures sociales et économiques officielles. Mais au congrès de 1969, le pouvoir impose de force une direction parachutée et annexe la centrale syndicale au parti-Etat, faisant d’elle une « organisation de masse » officielle.

La centrale devient l`instrument privilégié du régime pour mener à bien ses différentes campagnes politiques. Beaucoup de dirigeants syndicaux seront d’ailleurs cooptés pour devenir des cadres de l`Etat et du parti. Cette prise de contrôle n`a cependant pas empêché les travailleurs de mener des grèves importantes dans les années 1977 à 1982 et d’arracher des conquêtes. Mais l’Etat va intervenir pour mettre un terme à cette montée des luttes qui remettait aussi en cause le pouvoir de la bureaucratie et du parti unique. Il institue les fameux articles 120 et 121, qui exigent l`appartenance préalable au parti pour accéder aux postes de responsabilité au niveau des appareils de l’Etat et des organisations de masse.

A partir de ce moment, les luttes seront durement réprimées par les forces de l`ordre. Les grèves ouvrières de 1988, qui débouchent sur les révoltes sanglantes d`octobre et l`avènement du pluralisme syndical, ont fondamentalement modifié le champ syndical algérien. Loin de s`autonomiser, la centrale maintient son cap et se bureaucratise toujours plus. Au fils des années, l`UGTA tourne le dos aux aspirations des travailleurs et appuie les politiques économiques des gouvernements successifs. Toute tentative de résistance ouvrière va systématiquement être réprimée par la bureaucratie syndicale. Mais la période post-1988 verra parallèlement la naissance d`une cinquantaine de syndicats dits « autonomes ». Ces organisations apparaissent dans le secteur de la fonction publique. Elles constituent l’expression des couches supérieures et lettrées de la classe ouvrière, laminées par les plans d’ajustement structurel (PAS). Ces organisations ont montré une grande combativité syndicale ces dernières années, autour des questions de salaire, de statut et de la défense des libertés syndicales.

Ces syndicats autonomes ont cependant leurs limites, liées notamment à leur hétérogénéité : d’une part, « le caractère pragmatique de leur culture syndicale, l’expérience encore rudimentaire chez certains et même parfois un fonctionnement peu démocratique, voire bureaucratique  » (Abderrezak, 2006), et d`autre part, « une appréciation partielle des rapports de forces » (Djabi, 2008) face à la libéralisation rampante. Il faut ajouter à cela l`incapacité du mouvement syndical à s`implanter dans le secteur privé, lequel « ne reconnaît pas le travail syndical, ni le syndicat comme partenaire. Comme si l’Algérie revenait à la période du capitalisme sauvage  » (Djabi, 2005).

Quant au mouvement étudiant, autrefois connu pour sa combativité et son attachement à son autonomie, il a perdu toute crédibilité et s`est émietté en plusieurs syndicats sans autonomie, enfermés dans un discours « identitaire ». Les formes de contestation sont spontanées et se perdent dans des logiques émeutières sans lendemain, quand elles ne sont pas récupérées par les organisations estudiantines « agréées ». Les solidarités régionales et les tactiques de gangs prédominent, dans un contexte de désyndicalisation massive. Il y a bien des expériences d`auto-organisation dans certaines universités et résidences universitaires, mais d’une part elles sont rares et d’autre part, malgré leur énergie et leur démocratie interne, elles sont sans prolongement national et sans perspective syndicale globale.

Mouvement islamiste neutralisé

Jusqu’au milieu des années 1970, les mouvements islamistes évoluent principalement dans l’espace universitaire. Leurs activités se focalisent sur des campagnes de moralisation de la vie publique du point de vue religieux et ils ne montrent aucun intérêt pour la construction d’un mouvement de masse. Les islamistes sont alors tolérés par l`Etat, qui y voit un moyen d’affaiblir les différents courants communistes et berbéristes. Jusqu`au jour où les salafistes (tendance radicale du mouvement islamiste) changent de stratégie et décident de capitaliser sur les révoltes de la jeunesse d`octobre 1988. Les salafistes réussissent à prendre la direction de ce mouvement de contestation sociale et à se positionner comme alternative à un régime « corrompu » et qualifié de « mécréant ». Ils ravissent en quelque sorte ce statut d’alternative à des courants progressistes implantés de longue date dans les mouvements sociaux classiques mais à court d`initiatives et fragilisés par la chute du mur de Berlin.

Avec l`avènement du FIS (Front islamique du salut), les islamistes deviennent la première force politique du pays. Le Front vise la conquête du pouvoir politique. Après avoir raflé la majorité des assemblées communales lors des élections de juin 1990 et mené une grève insurrectionnelle en juin 1991, il est donné majoritaire à la veille du deuxième tour des législatives de 1992. L’armée décide alors de les annuler et d’instaurer l’état d`urgence. La direction du FIS est emprisonnée ou doit s’exiler. Le conflit entre forces gouvernementales et islamistes prend une tournure militaire et le pays sombre dans la violence.

Les groupes islamistes armés déclarent une guerre sans merci à l’Etat puis au peuple, ce même peuple qui les a soutenus auparavant. Les islamistes radicaux perdront petit à petit le crédit populaire. Une sorte de front anti-islamiste se constitue et l`autodéfense populaire se met en place derrière l`armée. Entre-temps, les pouvoirs publics négocient la reddition de la majorité des islamistes armés en instituant les lois de la concorde civile. Beaucoup d`entre eux se lancent dans les affaires. Quant aux islamistes dits « modérés », ils sont trop divisés pour constituer une force politique et se sont aussi discrédités aux yeux des masses en acceptant le jeu institutionnel, la cogestion et le soutien au régime. Lors des derniers événements de Gaza, les islamistes n`ont pas pu diriger le mouvement de solidarité au peuple palestinien.

Du mouvement culturel berbère au mouvement populaire de Kabylie

Si la revendication berbère remonte au mouvement national, sa structuration en tant que mouvement politique s’est faite après le printemps amazigh, en avril 1980, sous le sigle du mouvement culturel berbère. Ce mouvement interclassiste a mobilisé la majorité écrasante des populations de Kabylie autour de la promotion de la langue amazigh et de la démocratisation du pays. Il a mobilisé des milliers de personnes durant 25 ans et a connu son apogée lors du boycott scolaire de 1994-1995. Le mouvement va ensuite s’épuiser en luttes intestines entre factions, notamment sous l’influence des partis kabyles.

Si le mouvement culturel berbère n`est plus qu`un souvenir aujourd’hui, il a formé une génération de militants politiques qui se sont par la suite investis dans les mouvement sociaux et les structures associatives. Et les émeutes qui ont suivi l`assassinat du chantre de la chanson kabyle Matoub Lounès ont démontré que le fossé entre la population et les structures politiques qui dominent la vie politique en Kabylie reste béant.

C’est la permanence de ce fossé qui explique l’apparition, en 2001, du mouvement populaire de Kabylie. Appelé aussi « mouvement citoyen », il est le résultat de l`élan d`auto-organisation consécutif à la répression des émeutes insurrectionnelles qu`a connues la région au mois d`avril 2001. Cette répression a causé la mort de 132 personnes et fait des milliers de blessés. Constitué des délégués des quartiers et villages, le mouvement s’était doté d`une plate-forme de revendications en 15 points baptisée la « plate-forme d`El-Kseur ». Parmi les revendications principales figuraient l`officialisation de la langue amazigh, le départ de la gendarmerie, un plan socio-économique pour la Kabylie et une allocation de chômage à 50% du salaire minimum pour tout demandeur d`emploi.

Porté par la jeunesse des villes et villages déshérités, ce mouvement a mobilisé toute la Kabylie, notamment lors de la marche historique du 14 juin 2001, à laquelle plus de 800 000 personnes ont participé pour appuyer la plate-forme. Les manifestants ont cependant été l’objet d’attaques violentes de la part de bandes de voyous téléguidées par le pouvoir. Celui-ci a ensuite pris prétexte de la violence des affrontements pour interdire toute marche à Alger et dressé un « cordon sanitaire » autour du mouvement pour éviter toute forme de contagion dans le pays. Cet événement marque le début du déclin de la dynamique, qui n’a pas pu s`étendre à l’ensemble du pays malgré la vague des émeutes qui a secoué 43 départements. Mais la crise du mouvement citoyen de Kabylie s’explique aussi par ses tendances centrifuges et la distance politique que sa direction a voulu garder vis a vis des luttes syndicales que connaissait le pays au même moment.

Entre prolifération des luttes et impuissance sociale

Nous assistons depuis 2001 à un cycle de contestation sociale long et d`une grande densité dans l`ensemble du territoire, où des grèves et des émeutes sont quotidiennement recensées. Les revendications tournent autour de l`amélioration des conditions de vie des citoyens : chômage, niveau des salaires, salaires impayés, revalorisation des métiers, refus des privatisations d`entreprises. Elles révèlent l’évolution de la société et des centres d`intérêts qui mobilisent ses citoyens. « Il y a quelques années à peine, les manifestations en Algérie étaient portées par des revendications culturelles et religieuses. Aujourd’hui, l`intensité des actions collectives tourne autour des problèmes économiques et sociaux… La société algérienne revient en quelque sorte sur terre  » (El-Kenz, 2008).

Côté citoyen, ces luttes obéissent souvent à des logiques émeutières et n’ont généralement pas de prolongement organisationnel. Côté monde du travail, elles sont défensives, malgré la dureté des conflits qui opposent les travailleurs au patronat public ou privé. Ces mouvements ne cessent cependant d`enregistrer des défaites successives et de voir leurs acquis remis en cause. La crise des mouvements sociaux et populaires est essentiellement liée aux limites des forces sociales qui les portent, à leur segmentation, à l`absence de vision globale des enjeux de l`heure qui pourrait les unir en un mouvement alternatif crédible aux yeux de tous les laissés-pour-compte du pays.

Bibliographie

Abderrezak A. (2006), Le mouvement syndical en Algérie et la dynamique des syndicats autonomes, université d’été du CNAPEST (syndicat autonome de l’éducation), 24/07.

Djabi A (2008), « Le syndicalisme entre surpolitisation et désir d`autonomie », Algeria interface, mars.

Djabi A. (2005), entretien, Liberté, 09/01.

El-Kenz A. (2008), « Mouvements sociaux, lien politique et lien social », El Watan, 16/09.

Cet article a été publié dans Etat des résistances dans le Sud - Tunisie, Egypte, Algérie et le reste du monde arabe

http://www.cetri.be/spip.php?article1468&lang=fr

 

Samir Larabi : «La CNCD doit intégrer les revendications des travailleurs et des jeunes»  le 27.02.11

 

 

 est Porte-parole du Comité national pour la défense des droits des chômeurs

- Les marches pacifiques, option adoptée par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), semblent avoir atteint leurs limites objectives. En tant que porte-parole du Comité national pour la défense des droits des chômeurs, membre de la CNCD, quel(s) moyen(s) de lutte préconisez-vous pour imposer le changement et la démocratie et espérer une adhésion massive ?


Il faut d’abord clarifier les choses. Il est primordial de définir quel type de changement nous voulons, et quel modèle d’organisation il faudrait, le cas échéant, adopter. Nous devons tenir compte des erreurs du passé et nous ouvrir davantage au monde du travail. La CNDC doit impérativement intégrer les revendications du peuple, du monde du travail, et de la jeunesse précarisée. Les Algériens attendent un changement radical, aspirent à une société où l’exploitation, la précarité, la soumission et la répression, la connivence avec l’impérialisme n’ont pas de place. Nous devons sortir de l’amateurisme et de la lâcheté organisationnelle. Il faut construire des comités locaux démocratiques et assez représentatifs. Le plus grand challenge est de gagner les travailleurs et les syndicats dans la perspective d’une grève générale. A ce moment-là, le changement sera possible, comme ce fut le cas en Tunisie.

 

- La forte mobilisation escomptée par la CNCD lors de sa marche du 19 février n’était pas au rendez-vous. Quelles en sont les raisons ?

 

Les raisons sont multiples. D’abord, la répression était très importante. Les forces de police ont empêché les manifestants d’entrer à Alger, quadrillé la place du 1er Mai, devenue inaccessible pour les manifestants. Aussi, la propagande du régime a fait des ravages au sein de la société. Le régime a instrumentalisé la peur qu’ont les Algériens d’un retour à la décennie noire, présenté les marches du 12 et 19 février comme étant celles du RCD, alors qu’elles étaient l’œuvre d’une coordination qui, comme son nom l’indique, est forcément plurielle. Cela s’ajoute au discours bien rôdé qui laisse peu de choix aux Algériens : Bouteflika «le sauveur de la nation» ou le chaos ! Autre raison, et elle est très importante à mon sens : le pluralisme politique est vécu comme un échec par le peuple. Une perversion même. La pratique politique et syndicale est perçue et, parfois à juste titre, comme un moyen de promotion sociale. Il faut admettre aussi que la CNCD a énormément précipité les choses. On aurait dû se donner plus de temps, s’organiser davantage, sensibiliser les citoyens. Et pour vous dire vrai, au sein de la CNCD, il se profile comme des velléités de caporalisation de la démarche : nous ne sommes pas assez représentatifs, et nous devons nous ouvrir d’avantage.


- La CNCD est cataloguée comme appendice du RCD. D’ailleurs, certains comités autonomes siégeant au sein de cette coordination s’en sont publiquement démarqués et ont rejeté l’influence du parti de Saïd Sadi. Qu’en pensez-vous ?


La CNCD n’est pas le RCD. C’est une coordination plurielle. Sauf que la presse nationale et étrangère ont amplifié la présence du RCD. Chose qui irrite plusieurs membres de la CNCD, notamment les jeunes. Il faut le dire : ces jeunes expriment aussi les avis d’une bonne partie du peuple, notamment dans les quartiers populaires d’Alger. Cela ne m’empêche pas aussi de reprocher au RCD le fait qu’il soit représenté au sein de notre coordination par plusieurs organisations fantoches. Je pense qu’il faut mettre un terme à cette mascarade. Celui qui ne représente rien n’a pas sa place dans les instances de la coordination.
Ces propos ne sont pas dictés sous l’effet de la propagande officielle ni ne visent à régler des comptes avec ce parti. Mon souci est d’instaurer un climat de travail serein. Il n’est vraiment pas intéressant de reproduire les échecs passés, comme ceux du MCB ou du mouvement citoyen de 2001. J’ai la profonde conviction que le peuple a besoin de voir de nouvelles têtes, une pratique saine de la politique et des militants qui défendent réellement les intérêts des défavorisés, pas des nantis.


- Louisa Hanoune, la SG du Parti des travailleurs, et certaines organisations satellites du régime ont accusé la CNCD d’être à la solde des USA et de L’UE. Vous sentez- vous suppôts de l’impérialisme ?


Ecoutez, le PT se trompe d’ennemi. Ce n’est pas la CNCD qui a vendu les entreprises nationales, signé les accords d’association avec l’UE ; ce n’est pas nous qui avons tenté de dénationaliser les hydrocarbures, ou offert le port d’Alger à DPW… et la liste est très longue. Il se trouve que c’est le régime actuel qui représente objectivement les intérêts de l’impérialisme et du capital.
Déjà, nous, en tant que comité de chômeurs, nos revendications vont à l’encontre des orientations du FMI en matière d’emploi et contre tout monopole privé et des multinationales sur l’activité économique. Ce serait vraiment absurde que de prétendre ces revendications comme émanant de la CIA, de la DST ou autres officines. Nous sommes conscients que les Etats-Unis veulent imposer un changement à la GMO en Algérie ; mais ce jour-là, nous serons les premiers à sortir dans la rue pour les dénoncer et les chasser, comme en Tunisie.
Une dernière chose : qu’est-ce qui empêche les partis de l’Alliance présidentielle, qui se font aujourd’hui les chantres du patriotisme économique, de voter des textes remettant en cause les accords d’association avec l’UE, de reprendre le contrôle de Lafarge ou de chasser le FBI d’Algérie ? Tout le monde sait qu’ils vendent chaque jour une partie de la souveraineté nationale aux Occidentaux.              
 

Mohand Aziri

 

Déclaration internationale des organisations présentes au congrès du NPA

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Crédit Photo: 

Photothèque Rouge/JMB

Le renversement de Ben Ali et de Moubarak change la situation politique non seulement dans le Maghreb et le Moyen Orient mais à l’échelle internationale.

Les révolutions populaires qui ont mis fin à des dictatures soutenues pendant des décennies par l’impérialisme américain et européen redonnent confiance à l’ensemble des peuples arabes et bouleversent tout le dispositif impérialiste et sioniste dans la région.

D’ores et déjà, les populations jordaniennes, yémenites, algériennes, irakiennes, palestiniennes sont descendues dans la rue pour exiger des changements politiques.

Ces révolutions sont l’impact direct de la crise économique internationale et des diktats du FMI et de la Banque mondiale qui imposent une offensive sociale radicale et l’appauvrissement de populations déjà atteintes par des dizaines d’années de politique d’injustice sociale et de corruption.

Ces deux révolutions ouvrent la voie non seulement à des revendications démocratiques pour rompre avec les dictatures antérieures, mais aussi à la remise en cause des systèmes économiques capitalistes, à l’origine de tant d’injustice. Ce sont les questions sociales qui ont été à l’origine des insurrections populaires.

L’impérialisme va tout faire pour sauvegarder ses positions dans la région et empêcher le développement anti-impérialiste des processus à l’oeuvre et leur propagation dans la région.

Aussi, les peuples tunisiens et égyptiens, les forces qui dans ces pays veulent impulser une voie anti-impérialiste et socialiste, ont besoin de la solidarité et du soutien actif des révolutionnaires, des mouvements anti-impérialistes, des mouvements sociaux et syndicaux du monde entier.

Chacun dans nos pays, nos régions, nous engageons à développer cette solidarité, notamment pour combattre les attaques que mènent d’ores et déjà les institutions et les groupes capitalistes internationaux pour empêcher tout prolongement social et économique de ces révolutions naissantes et à s’appuyer sur cet exemple magnifique pour stimuler les mobilisations contre la dette et les exigences du FMI.

VIVE LES REVOLUTIONS TUNISIENNE ET EGYPTIENNE !

SOLIDARITE INTERNATIONALE !

Le 12 février 2011.

Nota bene : L'Assemblée mondiale des mouvements sociaux réunie dans le cadre du Forum social mondial de Dakar appelle à une journée mondiale de mobilisation le 20 mars

SIGNATAIRES :

Tunisie : Ligue de la Gauche Ouvrière Tunisienne, Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT)

Maroc : Al Mounadil-e

Iraq: Irak Freedom Congres, Union des communistes-Irak

Liban: Parti communiste libanais

Palestine: Front Populaire de Libération Palestinien

Angleterre: Socialist Worker’s Party, Counterfire

Belgique : LCR/SAP

Portugal: Bloco de Esquerda

Corse : A Manca

Italie: Sinistra Crítica

Etat Espagnol: Izquierda Anticapitalista, , Parti Ouvrier Révolutionnaire

Catalogne : En Lluita

Euskadi : Askapena

Irlande : Socialist Worker Party

Pologne : P.P.P.

Grèce : SEK, , DEA

France : NPA

USA : ISO

Canada : Socialist caucus of the New Democratic Party

Mexique: Parti Révolutionnaire des Travailleurs

Martinique : Groupe révolution Socialiste

Venezuela : Marea Socialista

Brésil: PSOL

Argentine: MST

Pérou : Parti Révolutionnaire des Travailleurs

Indonésie: KPRM-PRD ( Comité politique des pauvres – Parti démocratique du peuple), Working People Association (PRP)

Sri Lanka: NSSP ( Nouveau Party pour l'égalité sociale )

Corée du Sud : New Progressive Party, Institute of 21th Century Korean Research, KDLP-Paris Comitee

La Réunion : NPAR

Australie : Socialist Alliance

Suisse : MPS, SolidaritéS

 

Samir Larabi. Porte-parole du Comité national pour la défense des droits des chômeurs

Nous reviendrons à la charge

Taille du texte normaleAgrandir la taille du textele 11.02.11 |

Pour sa première action à Alger dimanche dernier, le Comité national pour la défense des droits des chômeurs a réussi à mobiliser des jeunes sans emploi des quatre coins du pays. Une action qui s’inscrira dans le temps puisque les animateurs du comité sont déterminés à revenir à la charge prochainement. En attendant de nouvelles actions de rue, ils participeront à la marche demain. 

- Un Comité national pour la défense des droits des chômeurs, pourquoi une telle initiative ?   

L’idée de créer ce comité est venue du comité des chômeurs du Sud. Depuis 2006, ils lancent des mouvements de protestation et le hasard a fait que nous nous sommes rencontrés lors d’une réunion syndicale. Et c’est là qu’a émergé  l’idée d’aller vers une structure nationale pour la défense des droits des chômeurs.  Le 4 février, nous avons fait la déclaration de proclamation du comité. Nous avons désigné un bureau national provisoire et un comité exécutif. C’est là où nous avons appelé à une manifestation devant le ministère du Travail dimanche dernier.

 

- Peut-on avoir des détails sur la composante de ce comité, combien de chômeurs y ont adhéré, sont-ils tous des diplômés ?

Pour le moment nous sommes dans une phase de construction. Nous ne sommes pas encore organisés de telle manière à vous donner ce genre de détails. Nous sommes dans un chantier et c’est encore inégal par rapport à l’ensemble des wilayas. Je vous dis également qu’un chômeur est un chômeur. Il n’y a pas de distinction entre un diplômé ou non-diplômé. Pour l’âge, nous avons reçu des chômeurs de plus de 50 ans. Nous pensons que ce comité est un espace autonome et démocratique et un moyen de lutte pour arracher des acquis pour un travail décent. Droit à la retraite, congé payé, droit à la sécurité sociale, droit syndical, etc. Agir au lieu de se suicider.          

 

 - Il s’agit donc d’un comité qui s’inscrit dans la duré…

Evidement. Nous nous inscrivons dans la durée. Tant qu’il y a chômage, le comité existera. Et j’espère que nous serons à la hauteur pour défendre les droits des chômeurs. Le comité appelle l’ensemble des chômeurs algérien à s’auto-organiser au niveau local et à nous rejoindre pour défendre ensemble et dans l’unité le plus large nos intérêts.

                                                                                         
- Quel est votre plan d’action ?

Pour le moment nous n’avons pas de plan d’action précis. Nous continuons de nous structurer. Il y a beaucoup de chômeurs qui nous appellent de toutes les wilayas. L’important, c’est d’abord de trier pour faire face à certains opportunistes qui veulent casser de l’intérieur. Nous avons demandé à ces gens de s’organiser,  lancer des actions, élire leur délégué et démontrer leur bonne foi. Il y a une plateforme de revendications et des propositions de politique d’emploi comme alternative à respecter.

 

 - Vous avez organisé un sit-in devant le ministère du Travail et vous avez été reçus par certains cadres… et des promesses, comme à chaque fois, ont été faites…   

L’unique promesse qu’ils ont faite, c’est qu’ils vont transmettre nos doléances au ministre et au gouvernement. On leur a dit que nous ne voulons plus de promesses, mais des solutions concrètes. Chacun de nos délégués a raconté, lors de l’audience, la complexité et le drame que vivent  quotidiennement les chômeurs. Certains ont vu leur frère, cousin ou ami s’immoler ou se suicider. Ils ont également dénoncé la ségrégation dans le recrutement et les postes précaires.

 

 - Quelles sont vos propositions et votre politique d’emploi alternative ?

Nous considérons que le chômage, qui est une crise structurelle, est la résultante directe des réformes libérales imposées par les différents gouvernements à partir des années 1980. Elles se sont inscrites dans le processus de privatisation des entreprises et leur dissolution. Les gouvernements ont consacré la précarité de l’emploi au nom de sa flexibilité. Il y a aussi la politique de désinvestissement. De 1980 à 2010, la part de l’industrie  dans le PIB était de 20% et elle est descendue à 6%.  Il y a également un désengagement de l’Etat par rapport au secteur public. Avec les accords avec le FMI, il fallait, à l’époque, supprimer des postes d’emploi. Toutefois, il se trouve que depuis 1990, avec la flambée des prix du pétrole et avec 150 millions de dollars stockés, l’Etat n’a rien changé dans sa politique, au lieu de les réinjecter dans l’économie et construire des usines, il est resté sur la même politique des années 1990.         

 

 - Que demandez-vous exactement ?

Toutes nos revendications sont réalisables, nous avons un capital financier et humain important pour créer des richesses. Nous demandons un travail décent, une allocation chômage pour tout demandeur d’emploi à l’ordre de
50% du SNMG. Nous avons dit aussi qu’il faut interdire les licenciements économiques. Il faut permaniser tous les travailleurs contractuels de tous les secteurs, ceux du pré-emploi et du filet social. Nous avons une politique d’emploi alternative. Il faut rouvrir des entreprises dissoutes et les préserver de la concurrence étrangère. Il faudrait encourager les entreprises communales, renforcer les EPIC de wilaya, ouvrir de nouveaux postes budgétaires, tous secteurs confondus, pour absorber le chômage et avoir un service public de qualité. Loin de tout racisme, nous demandons que la main-d’œuvre algérienne soit prioritaire. Nous demandons également à ce que les entreprise de sous-traitance soient dissoutes, par ce que c’est un lieu de vol et d’exploitation. Je vous donne l’exemple des entreprises privées de sécurité : l’Etat débourse 60 000 DA, mais l’agent armé ne touche que 20 000 et le reste est versé au chef. En plus, c’est un poste licenciable à tout moment.

 

- Des instructions ont été données sur l’emploi lors du dernier Conseil des ministres, qu’en pensez-vous ?   

Pour le moment rien n’est clair. Dans leur politique, ils disent qu’ils comptent s’appuyer sur les PME et PMI. Ils calquent cette démarche sur le modèle européen, mais en Europe il y a une grande industrie. La réalité a démontré également que les bénéficiaires prennent de l’argent sans donner signe de vie. Depuis son existence, jamais l’Ansej n’a fait son bilan de manière sérieuse. Réellement, il y a une minorité qui a relativement réussi. C’est impossible que ce dispositif règle le problème. C’est de l’argent jeté par les fenêtres et consacre même le vol.

 
- Que comptez-vous faire dans le proche avenir ?

La manifestation du dimanche dernier nous a permis d’être visibles. Nous sommes devenus, en un laps de temps, un repère, et les chômeurs nous appellent de toutes les wilayas. Cela nous permet de nous construire. Notre challenge est la construction de l’organisation. Des gens commencent à réfléchir sur des manifestations de rue. Nous reviendrons à la charge. Nous réunissons nos forces et nous nous donnons un peu de temps de réflexion.  

 

 - Revenons à votre douloureuse expérience à Radio El Bahdja, où on est votre plainte au niveau de l’inspection du Travail ?

Au départ, nous nous sommes lancés dans une grève légale et demandions un contrat de travail illimité, dans la mesure où nous faisons le même travail que les autres. Il y a une ségrégation salariale et de statut. A chaque fois qu’il y a une vague de permanisation, nous avons toujours été écartés.  La législation du travail n’a jamais été respectée, même en termes de sanctions. Nos revendications sont légitimes et nous avons saisi toutes les institutions, sans aucune réponse, à nos jours. La plainte est au niveau de la justice. Et jusqu’à présent, nous sommes interdits d’accès à la radio, alors qu’aucune notification de licenciement ne nous a été adressée.               

Pour tout renseignement, contactez: larabisamir24@yahoo.fr

Bio express :

Né à El Kseur en 1976, Samir Larabi a eu sa licence en sociologie en 2006. Il soutient bientôt sa thèse de magister portant sur le mouvement populaire en Kabylie en 2001.

Avant de rejoindre Radio El Bahdja comme journaliste présentateur en 2003 où il a exercé pendant 8 ans, il a effectué de brefs passages à Alger Républicain et Circuit d’économie. Il a fait partie du collectif des comités autonomes des universités d’Alger en 2001.

 

 

بيان

رابطة اليسار العمالي

الثّورة تمتدّ الثورة تتعمّق

الشّعب يريد إسقاط النّظام

نحن في رابطة اليسار العمالي وكطرف من جبهة 14 جانفي نرفعها عاليا إننا مع شعبنا الثائر ضد طغمة حكومة الغنوشي البوليسية الدستورية خدّامة رأس المال العالمي إننا نناظل مع شعبنا من أجل فرض مؤتمر وطني لحماية الثورة يعيّن حكومة مؤقة لتصريف الاعمال تتخذ إجرائات فورية إقتصادية وإجتماعية وسياسية في صالح الشعب الثائر وتعد لإنتاخاب جمعية تأسيسية يصدر عنها دستور جديد ديموقراطي وشعبي ووطني.

- حل التجمع الدستوري

- حل أجهزة البوليس السياسي وإعادة هيكلة كل المصالح الأمنية بما يخدم ويتناسب مع واقع وتتطلعات شعبنا الثائر.

- تشغيل المعطلين عن العمل.

- حل شركات المناولة.

- ترسيم كل العمال الوقتيين.

- إقرار مجانية النقل والصحة للمعطلين والشباب.

- تخفيض مباشر في اسعار المواد و الخدمات الأساسية.

- المساواة التامة و الفعلية بين المرأة و الرجل بما في ذلك الإرث والولاية.

- تأميم ممتلكات العصابات الفاسدة وتسييرها تحت مراقبة شعبية وعمالية.

- إلغاء الدين الخارجي.

- إقرار جباية عادلة في صالح الجماهير الشعبية.

- إلغاء كل القوانين المكبلة للحريات وفرض ممارسة حرية التنظم والتظاهر و التعبير.

- الإعتراف بأطر التنظم الذاتي الجماهيري كأدوات مراقبة وتسيير.

 

 

عاشت ثورة شعبنا المستمرة ، النصر لثورة شعبنا في مصر

لتسقط كل السلطات و الاطراف القمعية الرجعية.

عاش النظال ضد رأس المال العالمي.

ــــــــــــــ

 

رابطة اليسار العمالي

تونس في 08 فيفري 2011

 

Plate forme de la coordination des chômeurs SNAPAP

نحن ممثلو البطالين من عدة ولايات الوطن المجتمعون اليوم بتاريخ 04/02/2011 بمقر دار النقابات بالدار البيضاء الجزائر.

نعلن رسميا عن ميلاد اللجنة الوطنية المستقلة للدفاع عن حقوق البطالين، هذه اللجنة هي فضاء مستقل و ديمقراطي للدفاع عن الحقوق المشروعة للعمل اللائق و الدائم و الحماية الاجتماعية بدلا عن الحرقة و السرقة و الانتحار أمام الدوائر الحكومية، كما أنها أداة للنضال بغية تحقيق مكاسب حقيقية تضمن لهم العيش الكريم و التطلع نحو مستقبل أفضل.

إن اللجنة تعتبر أن البطالة المدقعة و المزمنة التي تمس فئات هامة من المجتمع الجزائري خاصة فئات الشباب منه هي نتاج لسياسة النيولبرالية التي اعتمدتها مختلف الحكومات المتعاقدة و ما تبعه من تعديل هيكلي و خفض للإنفاق العام للدعم الموجه للطبقات الفقيرة و انسحاب الدولة من عملية الإنتاج و التوزيع بخصخصة المؤسسات العمومية و الاعتماد على القطاع الخاص في مشروعات التنمية و رفع الحماية عن العمال و ترك سوق العمل للعرض و الطلب دون تدخل الدولة، هذه السياسة ألقت بآلاف العمال إلى الشارع ليزيد بذلك نسبة البطالة رغم البحبوحة المالية التي تعيشها البلاد نتيجة لارتفاع سعر النفط و تكديس الثروات التي تتجاوز حاليا 150 مليار دولار و لكن المواطن الجزائري يعاني من الفقر، البطالة، الاستغلال الفاحش و هشاشة المناصب المقترحة في سوق الشغل حتى العاطلين ذوي الشهادات العليا لم يسلموا منها.حتى أصبحنا اليوم مثابة سلعة تباع و تشترى في سوق الله يرحم و أصبحنا نستعمل من طرف أرباب العمل سواء كانوا عموميون أو خواص بالضغط على الأجراء و إعادة النظر في مكاسبهم.

إننا نرفض إنا نرفض هذا المصير! ؟

 

 

نحن نعتبر أن مختلف سياسات التي طبقتها الحكومات المتعاقبة لم تستطع توفير مناصب شغل قارة و دائمة بالعدد الكافي لجميع البطالين فلا "الأنساج" و "القرض المصغر" التي توزع بالمحسوبية "المعارف" و أصحاب الأيدي الطويلة و أولاد الأثرياء استطاعة أن تمتص البطالة بالعكس زادت من "حقرة "  الفئات المحتاجين و حتى عقود ما قبل التشغيل و الشبكة الاجتماعية لم تقضى على الظاهرة فهل من المعقول أن يعش إنسان ب 2500 د ج بالفعل إنها إهانة لكرامة الإنسان الجزائري.

إن اللجنة الوطنية للدفاع عن حقوق البطالين تستنكر و تندد بالممارسات المنتهجة من طرف شركات المناولات التي تمتص دماء العمال و كذا الشركات الوطنية و الشركات متعددة الجنسيات التي و بتواطؤ مع مكاتب التشغيل خاصة بالمناطق البترولية و مناجم الغاز الطبيعي بشكل أوسع حيث تمارس أبشع أنواع التمييز في التوظيف و وضع شروط تعجيزية أن لم نقل جد خيالية  كما أنها تشغل العمال بأجور زهيدة و بدون رعاية اجتماعية مع الغياب التام للسلطات الوصية .

إن المطلب الأساسي للجنة الوطنية هو العمل اللائق لكل جزائري و جزائرية و توزيع المناصب المتاحة بصفة عادلة و شفافة دون اللجوء إلى الرشوة و المحسوبية التي تنخر قطاع الشغل .

و في هذا السياق نطالب بلجنة تحقيق مستقلة و شفافة لكشف كل الأطراف المتواطئة نضيف إلى ذلك تقديم منحة شهرية تحفظ ماء الوجه بمعدل 50% من الحد الأدنى للأجر SNMG لكل طالب عمل.

ü    منع أي تسريح للعمال لأسباب اقتصادية كما يدعون

ü  ترسيم كل العاملين المتعاقدين بما فيها عقود ما قبل التشغيل كذا الشبكة الاجتماعية و المطالبة بسياسة تشغيل بديلة.

ü    تأميم الشركات الإستراتجية و حمايتها.

ü  إعادة فتح المؤسسات المنحلة و تدعيمها مع حماية الاقتصاد الوطني و العمومي خاصة من المنافسة غير المشروعة و هذا للحفاظ على أدوات الإنتاج و مناصب العمل.

ü    إعادة تفعيل المؤسسات البلدية و تدعيم المؤسسات ذات الطابع الاقتصادي و الصناعي التابعة للولايات.

ü  فتح مناصب مالية جديدة في الوظيف العمومي و المصالح الإدارية ( التربية الوطنية، الصحة، التعليم العالي.........).

ü    أولوية التشغيل للعمالة الجزائرية في المؤسسات و الشركات المتعددة  الجنسيات

ü  حل شركات المناولات التي تمتص دماء العمال على مسمع و مرأى من السلطات إن لم نقل و للأسف بتواطؤ معها.

ü    تحويل أموال ANSEJ  و أموال القرض المصغر لبناء مؤسسات عمومية صغيرة و متوسطة.

كما أن هذه الإقترحات ستساهم بلا شك ليس فقط في امتصاص البطالة و لكن أيضا في تحسين الخدمة العمومية .

إن اللجنة الوطنية للدفاع عن حقوق البطالين تشكر كل المبادرات المعلنة في مساندة كل نظالات البطالين و العمال المكافحين أينما كانوا.

كما تتقدم اللجنة بنداء إلى كافة البطالين من مختلف الأعمار و الفئات في كل ولايات القطر الجزائري للانضمام إليها بغية لم الشمل و توحيد الرؤى و تكثيف النضال حتى ينال كل حقوقهم المشروعة .

عاشت اللجنة الوطنية المستقلة للدفاع عن حقوق البطالين و عاش نضال البطالين المحرومين   

Comme les marins vont contre le vent avec la force du vent

Nos démocrates libéraux fêtent déjà leur victoire sur l'Etat national

03-02-2011

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Par Mohamed Bouhamidi

La leçon grandeur nature : comme une leçon grandeur nature les révoltes de Tunisie et d’Egypte - seront-elles des révolutions ? - ont opposé immédiatement les aspirations des peuples tunisien et égyptien aux intérêts géostratégiques des Etats-Unis, de la France, puis de l’Angleterre et de l’Allemagne ; avec une mention spéciale pour cette dernière puissance puisque Angela Merkel s’est exprimé sur l’Egypte à partir d’Israël. Les tyrans égyptiens et tunisiens sont alors apparus dans leur réalité toute nue : des hommes en charge d’imposer à leurs peuples des orientations et des programmes politiques au service de puissances étrangères. Bien sûr, ces tyrans appartenaient à un système de familles oligarchiques, à une caste de ploutocrates dopés au commerce extérieur ; mais ils n’étaient que cela, une interface entre un pays à tenir d’une main de fer et les institutions d’un ordre capitaliste aux multiples visages. Cette réalité a pris des dimensions cocasses quand Israël est entré dans la danse pour rappeler à ses parrains la nécessité d’écarter dès maintenant tout risque de danger pour lui. Même au plus fort des crises, Ben Ali comme Moubarak ont plus discuté avec leurs parrains qu’avec leurs peuples des possibilités qui leur restaient. Mais ces tyrans savent mieux que quiconque combien ils n’ont été que les gangsters au service du grand capital. Les médias dominants deviennent prolixes sur les méthodes maffieuses du clan Ben Ali. Plus aucun détail ne nous a épargné des intimidations, détournements et autres joyeusetés criminelles à nous donner le tournis et nous faire croire que la misère dans laquelle ont sombré le peuple tunisien et sa jeunesse ne vient pas de la présence maffieuse – sinon le peuple américain serait le plus pauvre du monde – mais des orientations du FMI qui n’est qu’un chaînon du commandement mondial du capitalisme et un rouage de la gouvernance mondiale. Michel Chossudovsky a écrit sur cet aspect un texte à découvrir sur le site «www.mondialisation.ca».Le choc a été immédiat entre les aspirations de ces deux peuples et les frontières qu’on leur trace déjà. Oui pour la révolte non à la révolution. La révolution, c’est clairement  la réappropriation par ces peuples de ce qui reste des Etats nationaux pour réenclencher les processus du développement centré sur leurs besoins. Partout, les orientations du FMI ont débouché sur les mêmes fléaux. L’enrichissement d’une caste de compradores immergée dans l’informel et un relatif confort d’une intelligentsia compradore face à la marginalisation des fractions nationales de la bourgeoisie, la marginalisation de l’économie productive et la paupérisation des couches populaires dont une bonne partie est sous-prolétarisée aux franges de l’activité parasitaire des compradores et de leur informel.  La partie se joue directement entre ces peuples et le grand capital international. Les tyrans sont renvoyés à leur véritable statut, celui de comparses, sous-traitants falots et passablement malades et délirants dont on peut retenir que leur psychose repose sur une sérieuse confusion révélée par les discours de Ben Ali et Moubarak : ils prennent leur tyrannie pour une œuvre et le pays pour leur propriété. Cette réalité revenue sur le devant de la scène nourrira certainement beaucoup de controverses et de polémiques mais aussi de relations scientifiques et militantes. La confrontation directe entre peuple et centres de l’impérialisme (ou de l’empire comme on dit aujourd’hui) déclasse-t-elle les vieilles formes de lutte et les concepts qui les encadraient et les nourrissaient ? Au contraire, valide-elle le concept d’impérialisme avec ce retour à la gestion directe des conflits et des territoires par les grandes puissances et par un retour de la présence sur le terrain des anciennes puissances coloniales ? Il est certain en tout cas que ces révoltes sont nées dans des pays dans lesquels les Etats nationaux avaient perdu toute consistance. Il était difficile de parler encore en Tunisie d’Etat national, pays dans lequel, pourtant, toute l’histoire de la bourgeoisie, depuis, s’est confondue avec celle de la construction d’un Etat tunisien. Il n’était même pas question de parler d’un Etat national en Egypte, tant les humiliations subies et le rabaissement du pays devant Israël avaient provoqué une blessure narcissique  profonde qui n’est pas sans rapport avec les dérivatifs dans les passions du football, etc. C’est probablement cette blessure narcissique qui jouera un rôle décisif dans le combat politique engagé par le peuple égyptien. Il ne s’arrêtera que si cette blessure narcissique serait réparée, que si les humiliations étaient réparées. Ou si les Etats-Unis jugent que la révolte égyptienne risque de se transformer en révolution et menacer substantiellement leurs intérêts et ceux d’Israël. Alors, l’armée égyptienne réprimera sans pitié la révolte. En sortira-t-elle victorieuse ? C’est une autre paire de manches. Il est maintenant évident que nos peuples doivent courber l’échine devant deux maîtres : le grand capital et Israël. Et pour les deux, notre sang ne vaut pas grand-chose. C’est pourquoi l’impérialisme ne laissera plus de marge de manœuvre à Moubarak. Il doit faire les réformes qu’on lui a dictées. Peu importe que ce soit lui ou son vice-président. Et le peuple égyptien doit comprendre que l’hégémonie du capital et d’Israël n’est pas discutable. De grands dangers pèsent sur le peuple égyptien. A la mesure du gouffre qu’il ouvre sous les talons de fer de l’impérialisme.

L’Algérie au temps des Ouattara
C’est entendu, le vent qui s’est levé en Tunisie soufflera sur notre beau pays d’Algérie et emportera le régime vers la destination inconnue du cimetière des dictatures. Il faut croire nos libéraux ! Quand ils le disent, ils le disent ! Surtout, qu’avec une ostentation qui ressemble aux vieilles fiertés de nos tirailleurs de 14/18 exhibant les médailles accrochées sur leurs poitrines par les mains de leurs maîtres coloniaux, nos libéraux étalent leurs conversations avec les ambassades étrangères sur l’avenir de l’Algérie. Ils n’ont plus besoin de cacher, comme dans le passé, ces conversations sur l’avenir de l’Algérie que nous aurions ignorées sans WikiLeaks. Comme nous aurions ignoré, sans WikiLeaks, les contacts avec des responsables algériens dont les fonctions imposent naturellement la confidentialité, sinon le secret. Il faut que nos libéraux soient tout à leur joie de ce vent inéluctable pour qu’ils nous étalent leur nouveau statut d’interlocuteurs des puissances étrangères sur «l’avenir de l’Algérie». Car, il y a un fossé entre les rencontres ordinaires des opposants qui exposent leurs points de vue politiques et les rencontres dans lesquelles on discute de l’«avenir de l’Algérie» ! Depuis Fanon, nous sommes en mesure de comprendre que ce genre de rapports transporte les concernés dans la joie ineffable d’un nouveau statut : en discutant avec les représentants des maîtres du monde, nos libéraux se créent l’illusion d’une extraction de leur indigénat et l’illusion d’un accès au statut de couches moyennes mondialisées parties prenantes du mouvement qui emporte le monde vers la mondialisation des crises du capitalisme et candidates aux postes de dirigeants de ce mouvement pour leurs propres indigènes comme avant eux caïds et bachagas ont été les candidats à diriger nos ancêtres provisoirement vaincus par Bugeaud et Cavaignac. Ils vont un peu vite en besogne ces ambassadeurs qui discutent de l’avenir de notre pays avec leurs amis libéraux ; en toute bonne compréhension de la démocratie dont ils nous tartinent, c’est au peuple algérien de décider de son avenir, pas aux seuls libéraux adoubés par les ambassades étrangères. Cette demande d’ingérence et cette demande de tutelle étrangère n’indignent plus ces couches moyennes candidates à nous montrer la voie de la démocratie entendue comme voie ultra libérale parce que candidate à un statut mondialisé, candidate à séparer leur propre sort du destin du peuple algérien. Quand on aspire à un statut mondialisé et aux «valeurs» qui le justifient on ne discute plus de l’avenir avec son peuple mais avec les supports de la gouvernance mondialisée. Et avec cette rupture d’avec le peuple, l’Algérie n’est plus un pays mais un territoire, une zone comme on dirait, une zone de libre-échange. L’Algérie n’est pas peu dans le dispositif géostratégique de la Méditerranée. En Moubarak et en Ben Ali, Sarkozy avait trouvé de dociles exécutants. Moubarak comme Ben Ali repoussaient le «danger islamiste», et même criminels avérés et endurcis, ils sont à préférer à l’Algérie. On imagine Alexandre Adler, de la bave aux lèvres quand il rappelle à tous que l’ennemi c’est le régime algérien pas Ben Ali : «Cela étant dit, même quand on déplace trois tonnes d’or dans une camionnette, même quand on vole de façon éhontée ici un yacht ou une grosse voiture, là une entreprise florissante, cela coûte toujours moins cher que le préjudice causé aux Algériens par leurs technocrates formés à l’énarchie française, incapables de gérer correctement la manne représentée par les hydrocarbures. Nous assistons d’ailleurs en Tunisie à une révolution de la prospérité mal répartie et non à une révolution de la misère.»  (http://www.nicematin.com/article/derniere-minute/alexandre-adler-a-nice-la-tunisie-n%E2%80%99etait-pas-un-pays-monstrueux). En quoi la situation de notre pays regarde Adler ? Parce qu’il est en situation de défense de la suprématie d’Israël. Mais pas seulement. Ouvertement idéologue de la suprématie de l’Occident et particulièrement des Etats-Unis, Adler assume son rôle jusqu’au bout, et en pleine crise, il se démasque. Pas le temps de faire des chichis. L’urgence, c’est l’Algérie. C’est ici que cela doit tomber et nos libéraux sont disponibles. Mais pourquoi l’Algérie ? Malgré les concessions faites aux puissances étrangères et malgré le zèle inattendu mis à appliquer des conseils du FMI, malgré le démantèlement du secteur public, etc., elle reste une cible. Pour la simple raison que le pouvoir n’a pas tout à fait abandonné
la notion de souveraineté. (www.city-dz.com/jean-ziegler).
Et nos libéraux se proposent de jeter aux oubliettes de l’histoire cette notion de souveraineté. Mais pour faire quoi ? Pour nous appliquer les recettes et la politique qui ont soulevé le vent de la révolte en Tunisie et en Egypte. Pour être bref, si, à Dieu ne plaise, nos libéraux qui vont de conclave en conclave avec les ambassades étrangères prenaient le pouvoir, ils privatiseraient tout le système bancaire, tout ce qui reste du secteur public, tout ce qui subsiste de notre droit sur le pétrole. Ils reproduiraient chez nous avec le zèle des gens contrariés par le calendrier la casse sociale et économique connue par les anciens pays de l’Est. Ce sera alors l’occasion de liquider notre propriété sur le pétrole et de prendre une revanche sur les patriotes qui ont fait échouer les pressions pour la privatisation du CPA. Nous appliquer les recettes du FMI et nous amener vers le bilan de la Tunisie ? Lisez plutôt : (http://algeriedebat.over-blog.com/article-les-recettes-economiques-du-fmi-en-tunisie-ont-provoque-la-pauvrete-generalisee-et-le-chomage-65830336.html). Alors, pendre appui sur les vents venus de Tunisie et d’Egypte pour nous faire appliquer la politique qui a engendré la colère des peuples de ces deux pays. C’est le pari sur notre quotient intellectuel pris par nos libéraux. 

M. B.

 

 

La Tribune écrit sur la mairie PST de Barbacha (Béjaia)

Petite municipalité dans la wilaya de Béjaïa

Barbacha, un exemple des contraintes et difficultés des APC

16-10-2010

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Photo : M. Hacène

De notre correspondant à Béjaïa
Kamel Amghar

Pour exposer n’importe quel problème, le citoyen s’adresse en premier lieu à l’Assemblée populaire communale, cellule de base de l’édifice institutionnel algérien. Mais, l’APC n’a pas toujours les moyens nécessaires pour répondre favorablement aux nombreuses doléances de ses administrés. Ses ressources financières très limitées, provenant exclusivement du budget de l’Etat, les prérogatives réduites des élus, la rareté du foncier et les contradictions de l’ensemble du  système socio-administratif, limitent énormément son champ d’action. Faute de réponse immédiate à ses soucis, le citoyen doute souvent de la bonne foi des membres de l’exécutif communal. «Il est aujourd’hui extrêmement difficile de gagner la confiance du citoyen», témoigne Sadek Akrour, maire de la commune de Barbacha dans la wilaya de Béjaïa. Cette petite municipalité montagneuse de 20 000 habitants fait face, comme toutes les autres d’ailleurs, à un énorme déficit en matière d’infrastructures et de services publics de base. «On se plie quotidiennement en quatre pour offrir le strict minimum. Réparer les routes, assurer la collecte des ordures ménagères, garantir le ramassage scolaire, restaurer le réseau public d’alimentation en eau potable, veiller au bon fonctionnement de l’état civil sont autant de tâches anodines qui constituent autant de défis à relever chaque jour», ajoute notre interlocuteur en soulignant au passage que des dossiers de première importance comme la culture, le sport ou l’environnement sont automatiquement renvoyés aux calendes grecques à défaut de ressources financières suffisantes et de pouvoir de décision à l’échelon local. «La mairie est devenue une simple courroie de transmission. Faute d’une entreprise communale de travaux publics, l’APC passe obligatoirement par le privé dans l’exécution des PCD (programmes communaux de développement). L’influence de ce dernier ne cesse conséquemment de grandir aux dépens des véritables représentants de la population. Les petites enveloppes, attribuées par l’Etat à ce chapitre, suscitent immanquablement des frustrations et des rivalités tribales. Et si un projet sectoriel, échappant totalement au contrôle de la mairie, connaît un retard quelconque, c’est cette dernière qui se trouverait aussi incriminée par les usagers. La logique du système en vigueur fait de l’APC un pare-chocs», explique toujours le maire de Barbacha. Pour se justifier, notre interlocuteur cite, à titre d’exemple, la rareté des imprimés du fameux
12 S (extrait des actes de naissance spécial). Pour l’administré, la pénurie de ce document très demandé incombe à l’APC, alors que la réalité est tout autre. «Quelle est cette fameuse imprimerie qui en détient le monopole ? Elle appartient à qui ou plus exactement qui en est le responsable ? J’ai vu des maires faire la queue devant la DRAG pour s’en procurer 5 petits exemplaires. C’est franchement avilissant pour l’homme qu’on présente, en théorie, comme le premier magistrat de la commune», regrette-t-il. Elu sur la liste de PST, Sadek Akrour estime que les idéaux socialistes pour lesquels il a toujours milité ne sauraient se réaliser dans un tel contexte. Selon lui, rien ne saurait se faire sans l’ancrage de cette conscience politique et citoyenne qui fait tant défaut à la société d’aujourd’hui. «Pour satisfaire les besoins élémentaires des populations, il convient de créer, d’abord, le rapport de force adéquat. Ce n’est pas une question de textes ou de codes, c’est un problème de système. En ce qui nous concerne ici, on a toujours associé les comités de village et de quartier à la gestion de notre commune. Quand la situation nous dépasse, on se mobilise toujours pour  accompagner plus loin leur combat et leurs revendications», explique-t-il. Ce «partenariat» entre les élus et la population a permis à la commune de décrocher sept projets de proximité et de développement rural intégré (PPDRI). Des améliorations ont été également réalisées dans l’équipement des écoles, la qualité des prestations dans les dispensaires et salles de soins ou la prise en charge des activités culturelles et sportives.
La petite localité compte aujourd’hui pas moins de 1 000 athlètes, dont une équipe de basket-ball féminine, même si les subventions octroyées par la DJS et le Fonds de wilaya sont quasiment négligeables. Le centre culturel local a vu aussi l’éclosion des groupes de musique et des troupes de théâtre amateur qui animent la scène régionale. Afin d’élargir ce cercle de mobilisation, les élus de Barbacha œuvrent au développement de «l’intercommunalité» en appelant tous les élus de la wilaya à faire preuve de solidarité active au service des citoyens et de la chose publique. Une œuvre de pédagogie et d’entraide qui peine cependant à se mettre en place. «L’échec du mouvement de protestation populaire de 2001 a eu des conséquences fâcheuses sur l’organisation sociale en Kabylie. Pour le bien-être de tous, il est impératif de remédier à cette situation», conclut Sadek Akrour, en lançant un appel dans ce sens aux élus et aux représentants de la société civile. 

K. A.

Harcèlement Sexuel : SOUMIA SALHI, SYNDICALISTE, À L’EXPRESSION
«Seule une révolution des mentalités peut en venir à bout!»
06 Octobre 2010 - Page : 9
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L’Expression: Peut-on dire, aujourd’hui, que les amendements au Code pénal relatifs au harcèlement sexuel, ont eu l’effet escompté?
Soumia Salhi: L’existence de la loi est un acquis qui permet de se défendre. Alors que pour les premiers procès nous devions recourir à d’autres dispositions légales peu commodes comme celles qui répriment l’attentat à la pudeur.
De ce fait, l’article 341bis du Code pénal, qui incrimine le harcèlement sexuel, est une victoire pour les femmes, une victoire de nos luttes. D’abord sur le plan symbolique, car son existence signifie la condamnation du «harceleur» et la réhabilitation de la victime. Désormais, les «harceleurs» ne se sentent plus en sécurité et nous pouvons dire que nous assistons actuellement à une prise de conscience sociale qui s’est considérablement élargie depuis quelques années. Mais la paupérisation et le recours au contrat à durée déterminée fragilisent la travailleuse et la mettent dans une situation de chantage. Il faut donc combattre la généralisation des contrats temporaires et imposer partout un contrat de travail décent.
La promulgation d’une loi fera-t-elle reculer le recours au harcèlement sexuel? Nous ne le pensons pas. Seule une révolution des mentalités dont l’objectif serait le bannissement de la discrimination sexiste pourrait venir à bout du recours au harcèlement sexuel comme violence à l’égard des femmes. Le harcèlement a pour but de s’attaquer au droit du travail des femmes qui ne sont pas reconnues comme des travailleuses, mais réduites à des objets sexuels.
Les plus vulnérables des victimes restent, bien entendu, les femmes qui sont dans la situation la plus difficile: célibataires, divorcées, veuves, ou séparées donc supposées privées de défenseurs surtout si elles ont une famille à charge (des parents et /ou des enfants) qui rend indispensable le salaire et facilite le chantage. Si le silence observé préserve la réputation morale et sociale et la famille de la victime, il est toutefois, un allié objectif du harcèlement sexuel.

Pensez-vous qu’on devrait aller vers d’autres changements sur le plan juridique?
Nous voulons faire progresser la loi...face à la montée de la parole des victimes. Notre pratique pour la prise en charge des victimes de harcèlement sexuel nous a conduites à réinterroger l’article 341 bis du Code pénal pour revendiquer son amélioration. C’est le sens de la lettre ouverte que nous avons adressée au ministre de la Justice. Notre priorité c’est la protection des témoins. Souvent, le harcèlement est difficile à prouver, il survient généralement à l’abri des regards et donc des témoins. Face à la difficulté d’apporter la preuve sur ce qui se passe dans l’intimité d’un bureau, il est impératif de réunir des témoignages de personnes qui travaillent avec vous afin de corroborer les preuves des pressions exercées par le supérieur hiérarchique. La protection des témoins contre des représailles est de ce point de vue vitale. Comme je l’ai déjà dit, l’article 341bis du Code pénal constitue un point d’appui précieux dans les pénibles procédures entreprises par les victimes. Et sur ce terrain, nous avons relevé des insuffisances. Ainsi, il est arrivé que des témoins qui ont eu le courage et le mérite de témoigner en faveur des victimes subissent des sanctions, qui vont jusqu’au licenciement.

Des femmes hésitent toujours à porter plainte...
Effectivement les victimes sont souvent réticentes à témoigner. Même lorsqu’ elles osent le faire, il y’a un écart entre le nombre de témoignages et le nombre de plaintes. Le tabou et l’interdit du sexuel sont un frein. En parlant, la femme a peur de la réaction de son entourage professionnel, elle craint les réactions de sa famille. C’est pourquoi les psychologues comme les militantes recommandent à celle qui subit cela de ne pas rester seule avec une douleur qui la détruira. Il faut parler à une personne de confiance, à un psychologue. C’est la première démarche à effectuer. C’est aussi la chose la plus importante. Il restera la difficulté de prouver les agissements du chef.

Propos recueillis par Hadjer GUENANFA

 

MOHAND SADEK AKROUR. Président de l’APC de Barbacha (Béjaïa) sur El Watan du 10 avril 2010

«90% des nouveaux recrutés sont en CDD»

Commune déshéritée, située à l'extrême sud de la wilaya de Béjaïa, Barbacha a enregistré l'un des plus importants taux de suivi de la grève des agents communaux. Au moins 8 sur

10 travailleurs ont débrayé. Le maire, Mohand Sadek Akrour, parle de «véritable esclavage des temps modernes». Propos recueillis par Kamel Medjdoub

 

Les travailleurs communaux dénoncent leur marginalisation. Quel est l’avis du président d’APC que vous êtes concernant leurs conditions de travail ?

L'un des éléments qui bloquent le bon fonctionnement des communes est effectivement la marginalisation de ces travailleurs communaux, qui sont toujours désignés comme boucs émissaires de tous les maux qui caractérisent le service communal, mais personne ne se penche sur leurs conditions de vie et de travail. Ils sont classés au bas de l'échelle des salaires de la Fonction publique. La majorité n'atteint même pas le SNMG. Malheureusement, les présidents d’APC n'ont aucun pouvoir pour agir dans le sens d'améliorer leurs conditions.

 

Dans une commune rurale – défavorisée par-dessus le marché – comme Barbacha, cela constitue-t-il un élément aggravant ?

Justement, nos décideurs font dans la standardisation. Les communes rurales et défavorisées ne bénéficient pas de traitement spécifique.

La sociologie, le relief, le climat et autres conditions naturelles qui caractérisent ces communes ne sont pas pris en considération lors des prises de décisions centrales. Les difficultés inhérentes aux moyens de transport, de restauration, de sécurité, etc. compliquent la vie de ces travailleurs et les empêchent d'être assidus et efficaces.

La cherté de la vie et le marasme social pèsent davantage sur le pouvoir d'achat dans les régions rurales que dans les centres urbains où l'essentiel des investissements sont concentrés.

Des primes de zone spécifiques aux régions rurales sont nécessaires, à l'image de celles octroyées au Sud.

La politique de l'emploi s'appuie sur des formules précaires et cela n'est pas pour rassurer les travailleurs. La précarité est criante dans les communes.

La majorité – soit 80% des travailleurs et travailleuses – est précarisée : emploi de jeunes (2270 DA/mois), filet social (3000 DA/mois), les «5 heures» (<10 000 DA/mois). Ces derniers n'ont même pas droit à la prime de femme au foyer.

L'ancienneté acquise durant des années de travail dans ce cadre n'est même pas comptabilisée par la Fonction publique dans les concours de recrutement.

Quel rendement peut-on attendre de cette catégorie de travailleurs ? 90% des nouveaux recrutés sont, au mieux, en CDD. C’est un véritable esclavage des temps modernes.

 

. M.

 

 

 

 

Les femmes sont devenues plus visibles en dépit du retard des pratiques sociales

 

Avant de commencer cette analyse du mouvement féministe algérien, je voudrais saluer la mémoire de Nabila et Katia, assassinées il y a quinze ans. Katia Bengana, lycéenne de 17 ans, assassinée le 28 octobre 1994 à Meftah, près d’Alger, pour avoir refusé de porter le hidjab et Nabila, architecte de 29 ans, assassinée le 15 février 1995 à Tizi Ouzou, parce qu’elle était la présidente de l’association féminine Tighri N’tmettouth, (le cri de la femme).

 

La présence des femmes dans l’Armée de Libération nationale, si minoritaire fut-elle, n’en a pas moins constitué une référence essentielle tout au long du combat des femmes algériennes pour leur émancipation. Alors que toutes les composantes du mouvement national exigeaient le respect du statut personnel traditionnel, cette présence a valorisé une symbolique de l’égalité des sexes et fourni aux mouvements des femmes depuis l’indépendance, un contingent de militantes aussi prestigieuses qu’intraitables sur le droit des femmes. C’est parmi les moudjahidate que naquit la revendication d’une organisation propre aux femmes que le pouvoir a concédée, d’autant mieux qu’elle servait son image de pays progressiste à l’extérieur du pays. L’UNFA est créée, mais elle sera rapidement mise au pas. Elles ont été, malgré leurs limites, à l’origine d’un travail d’alphabétisation, de sensibilisation sur la contraception... C’est autour de quelques-unes d’entre elles que s’organisaient les premières batailles, comme celle qui permit, en 1966, le rejet du premier projet de code de statut personnel inspiré de la charîa traditionnelle.

Elles seront aussi partie prenante de toutes les mobilisations, du printemps 1973 aux rassemblements de 1981, des coordinations de 90 aux actions les plus récentes.

 

La révolte des femmes scolarisées

 

La scolarisation massive des filles bouleverse la routine traditionnelle. Les familles traditionnelles encouragent l’instruction des filles. Des centaines de milliers de lycéennes et d’étudiantes circulent dans un espace public où leur présence contrevient aux règles non écrites de la société patriarcale rigoriste. Elles se heurtent à l’agressivité des passants, mais elles protestent contre le harcèlement sexuel dans les transports, elles imposent leur présence dans certains cafés, elles développent des solidarités autour de détresses personnelles. La mixité était réelle dans la majorité des écoles, collèges, lycées et dans les universités. Des enseignantes universitaires se révoltent contre leur exclusion des attributions de logement de fonction et leur maintien dans des chambres d’étudiantes.

Au printemps 1973, un collectif étudiant rassemble une centaine de femmes à l’Université d’Alger contre un projet de code de la famille. En janvier 1981, un rassemblement de 900 femmes dans un amphithéâtre de l’Université d’Alger obtient le retrait de l’autorisation de sortie du territoire, par un père ou un mari. D’autres rassemblements et coordinations se succédèrent jusqu’en décembre de cette année-là. Parmi les scolarisées, l’heure était à la révolte, au rejet de l’enfermement, des traditions... Le même phénomène est observé dans l’émigration, les jeunes femmes rejetant les mariages arrangés ou forcés et craignant une codification juridique qui aurait consacré l’oppression traditionnelle.

 

Des cercles aux collectifs

 

Une dizaine de cercles clandestins se constituent dans les principales villes en 1977, puis les activistes investissent des cadres officiels pour pouvoir agir publiquement. Le GTE (groupe de travail étudiant) de psychologie initie un ciné- club féminin à Alger, la section syndicale de sciences politiques organise un séminaire sur les droits des femmes, d’autres infiltrent une section de l’UNFA officielle... Des collectifs unitaires se constituent dans l’effervescence démocratique de 80 puis ce sont les rassemblements devant l’Assemblée nationale à l’automne 81, pour exiger le retrait du nouveau projet de code de la famille.

Les animatrices de ces protestations appartiennent à l’organisation communiste tolérée, le PAGS (Parti de l’avant-garde socialiste) et aux organisations clandestines de l’extrême-gauche trotskyste, principalement le GCR (Groupe communiste révolutionnaire) et l’OST (Organisation socialiste des travailleurs). Le soutien continu et déterminé des moudjahidate (anciennes de la guerre de libération), malgré leurs attaches politiques et parfois familiales avec les dirigeants du pays, a offert au mouvement un surcroît de légitimité et une protection précieuse.

Les divers noyaux constituaient un tissu commun, malgré les divergences politiques. Les revendications juridiques avancées par les moudjahidate (refus du tuteur, droit au travail, droit au divorce, mariage sans dot...) faisaient consensus.

Les lignes de partage étaient fluctuantes. Les trois tendances pouvaient s’opposer ou faire front selon :
-
 la position par rapport au code de la famille, amendements pour la mouvance du PAGS, abrogation pour la mouvance des trotskystes ;
-
 l’idée qu’au-delà des droits juridiques, il faut œuvrer à transformer les pratiques sociales et les mentalités, alors que l’OST se limitait à l’abrogation du code de la famille ; (Ils mobilisaient dans la perspective de la constituante souveraine sous le slogan : « le peuple doit décider ».)
-
 le type d’action, travail de terrain, de proximité pour changer les pratiques sociales (mixité, pratique du sport, représentations des femmes dans les manuels scolaires, inégalité des salaires, discriminations professionnelles...) que partageaient les mouvances du PAGS et du GCR.

 

Le reflux

 

Après 82, le champ politique se ferme, c’est le reflux. Les collectifs féminins s’affaiblissent. Le code de la famille est adopté, l’été 84 sans réaction notable. Les noyaux militants survivent modestement. L’expérience du groupe Ahlam, qui organise des ciné-clubs féminins massifs et maintient un fonctionnement régulier, servira de modèle dans les années qui suivent. L’atelier ARFA, qui animera la revue Présence de femmes, est installé la même année. Une année plus tard, l’Association pour l’égalité devant la loi entre les femmes et les hommes est proclamée. Ces différents noyaux maintiennent la célébration du 8 mars qui rassemble encore des centaines de femmes. Dans cette phase de reflux, deux phénomènes vont contribuer à former une nouvelle génération de militantes féministes : les ciné-clubs féminins et le mouvement syndical étudiant autonome.

 

Contre la montée intégriste

 

Au lendemain de la révolte populaire du 5 octobre 1988, le mouvement féministe s’engouffre dans l’ouverture politique. Les tentatives d’unifier les associations se heurtent à la volonté d’indépendance des familles politiques. L’association pour l’égalité devant la loi entre les hommes et les femmes, dite Egalité, l’association de défense et promotion des droits des femmes, dite Promotion et l’association pour l’émancipation de la femme dite Emancipation. Les associations se créent plus massives qu’hier. L’association pour l’émancipation de la femme (AEF) rassemble près de 7000 femmes lors de la marche du 8 mars 1989 et essaime à travers une demi-douzaine de villes. Mais bientôt va se profiler une immense vague rétrograde qui submerge les quartiers populaires. La campagne contre « les femmes qui demandent quatre maris » et le discours misogyne sont l’essentiel du message du FIS. Et le mouvement se divise encore dans l’approche de cette adversité.

La floraison d’initiatives pour le droit des femmes se transforme bientôt en cadre de résistance contre l’intégrisme. En novembre 89, une rencontre nationale regroupe toutes les associations et débouche sur la mise en place d’une coordination régulière. En décembre un rassemblement de trois mille femmes provoque l’appel d’El Daâwa à faire marcher les femmes. 25 000 personnes au centre d’Alger qui effraient la capitale.

Les femmes ne baissent pas les bras. Le 8 mars 90, 2500 femmes sortent en manifestation, de l’Afrique, pour finir à 20 000 devant l’Assemblée nationale. L’AEF est au cœur d’un processus d’alliances, le forum démocratique, qui tourne court.

 

Face à l’hégémonie intégriste

 

Le raz-de-marée du FIS aux élections locales du 12 juin 90 met fin à cette dynamique. Désormais surmédiatisées, les associations féminines ne regroupent plus autant de monde. L’arrêt des élections en janvier 92 divise les rangs entre celles qui rejoignent le CNSA contre le danger intégriste et celles qui prônent l’autonomie des partisans de la démocratie. A mesure que la décennie devient sanglante, les féministes d’hier se divisent entre les éradicateurs et les réconciliateurs. Il s’agit de s’opposer au diktat vestimentaire des intégristes, de dénoncer les viols collectifs et la terreur misogyne.

Les réconciliatrices s’expriment plutôt sur des thèmes démocratiques d’opposition, notamment à l’étranger. L’opposition au code de la famille, demeurant le trait d’union de toutes. Les ateliers sur le code de la famille, proposés par la ministre de la Solidarité nationale et de la Famille, Mme Mechernène, impliquent la plupart des associations présentes dans le pays et débouchent sur une démarche d’amendements. L’hésitation du gouvernement à affronter le conservatisme dominant, à la veille d’échéances électorales, conduit ces associations à mener campagne de façon autonome pour 22 amendements. D’autres, comme l’AEF, ont conservé la revendication d’abrogation sans se désintéresser des questions soulevées par les amendements.

Il était difficile dans ce contexte dramatique d’exprimer un discours féministe autonome. Ce fut l’ambition du rassemblement « Agir ensemble » qui regroupa, vers la fin des années 90, la plupart des associations présentes dans le pays dans leur diversité. Mais cette réaffirmation identitaire des militantes féministes ne constituait pas un cadre de rassemblement de masse. En 1999, l’examen du rapport Algérie dans le cadre de la CEDA West a été l’occasion de faire un bilan équilibré loin des schématismes.

 

La problématique des travailleuses

 

La scolarisation massive des filles, depuis l’indépendance, a produit l’entrée massive des femmes sur le marché du travail. Une femme sur trente travaillait en 1966, souvent avant le mariage ou après le divorce. Près d’une femme sur six travaille en 2009. Un juge sur trois, la moitié des personnels de l’éducation et de la santé et 40% de l’administration sont des femmes. Le code de la famille apparaît terriblement anachronique, alors que la Constitution et le reste de la législation proclament l’égalité. Cette irruption déstabilise la férule patriarcale radicalisée par la vague intégriste.

La proportion importante de femmes diplômées dans une société qui demeure patriarcale produit des effets pervers qu’on désigne pudiquement par la surqualification des femmes au poste occupé. La libéralisation de l’économie multiplie les contrats temporaires, et le travail au noir devient majoritaire. La CNFT-UGTA, commission nationale des femmes travailleuses de la centrale syndicale, multiplie les initiatives et les campagnes autour des questions centrales que sont désormais le harcèlement sexuel, le droit à la formation et à la promotion, la liberté d’accéder à la responsabilité politique, syndicale ou administrative et obtient la criminalisation du harcèlement sexuel par un amendement au code pénal.

En 2005, une série d’amendements au code de la famille reconnaissent l’apport économique de la femme et suppriment l’obéissance au mari. Mais son architecture demeure inégalitaire, malgré les quelques petits progrès pratiques sur le plan du mariage de la tutelle ou du divorce. Les femmes accèdent à de nouveaux métiers, à de nouvelles responsabilités et, en novembre 2009, un amendement constitutionnel impose une présence des femmes dans les institutions élues. Les femmes sont de plus en plus visibles et mêmes incontournables, mais les pratiques sociales sont encore très en retard.

Des études sur la réalité des femmes, des campagnes contre la violence à l’égard des femmes sont menées par des associations, des collectifs et des institutions. CNFT, Réseau Wassila, FEC, SOS femmes en détresse, AEF, Ciddef, Crasc, Cread, Cneap ... Un demi-siècle après l’indépendance, la légitimité du mouvement des femmes pour leurs droits juridiques sociaux et politiques est immense. Mais le chemin qui reste à parcourir est lui aussi immense.

 

Salhi Soumia : Militante féministe et syndicaliste

 

 

Abréviations :


- AEF : Association pour l’émancipation de la femme
-
 UNFA : Union nationale des femmes algériennes
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 CIDDEF : Centre de documentation et d’information sur les droits des enfants et des femmes
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 CRASC : Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle
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 CREAD : Centre de recherche en économie et développement
-
 CNEAP : Centre national d’études et d’analyses pour la planification
-
 CNFT-UGTA : Commission nationale des femmes travailleuses de l’Union générale des travailleurs algériens
-
 ARFA : Atelier de recherche sur les femmes algériennes
-
 CNSA : Comité national de sauvegarde de l’Algérie
-
 P AGS : Parti de l’avant-garde socialiste
-
 GCR : Groupe communiste révolutionnaire
-
 OST : Organisation socialiste des travailleurs
-
 FIS : Front islamique du salut


 

Par Soumia Salhi

 

 

 

 

Hommage à Daniel Bensaid

Daniel est parti ce mardi 12 Janvier. C’était un militant, un intellectuel , un camarade, un ami. Né en 1946, il aura mis sa vie au service de la défense des idées marxistes révolutionnaires.

Il avait été un des fondateurs des JCR et de la Ligue communiste révolutionnaire. Animateur du mouvement de Mai 68, il était de ceux qui avaient un sens très sûr de l’initiative politique. Il avait été un des animateurs du mouvement du 22 mars. Saisissant la dynamique des mouvements sociaux, en particulier le lien entre le mouvement étudiant et la grève générale ouvrière, il était aussi un de ceux qui avaient compris la nécessité de construire une organisation politique, d’accumuler des forces pour la construction d’un parti révolutionnaire.

L’intelligence de Daniel, c’était d’allier théorie et pratique, intuition et politique, idées et organisation. Il pouvait, dans le même temps, diriger un service d’ordre et écrire une œuvre théorique. Ce fut un des inspirateurs d’un combat qui conjuguait principes, délimitations politiques et ouverture, rejet du sectarisme. Ses convictions politiques chevillées au corps, Daniel était toujours le premier à rechercher la discussion, à essayer de convaincre, à échanger les positions, et à renouveler sa propre pensée.

Participant de la fin des années 60 au début des années 90 à la direction quotidienne de la LCR, il avait joué un rôle décisif dans la construction d’un projet, d’une orientation qui lie activité quotidienne et tension révolutionnaire. Une bonne partie de son travail théorique et politique sera centrée sur les questions stratégiques, sur les leçons historiques des principales expériences révolutionnaires.

Daniel était profondément internationaliste. Il aura un rôle clé dans la construction de la LCR espagnole, à l’époque du franquisme. Lors de ces années, Daniel jouera un rôle majeur au sein de la IVe Internationale, suivant particulièrement la situation en Amérique latine et au Brésil. Il contribua beaucoup à actualiser notre vision du monde, à nous préparer aux bouleversements historiques de la fin des années 80.

Des années 90 à nos jours, tout en poursuivant son combat politique, il se concentra sur la réflexion et l’élaboration théorique : l’histoire des idées politiques; «le capital» de Karl Marx; le bilan du siècle et de ses révolutions, dont, en premier lieu , la révolution russe ; l’écologie ; le féminisme ;les identités et la question juive ; l’élaboration d’une nouvelle politique pour la gauche révolutionnaire face à la globalisation capitaliste. Il suivait, régulièrement, les forums sociaux mondiaux du mouvement altermondialiste.

Daniel aura assuré la continuité historique d’un marxisme révolutionnaire ouvert, non dogmatique et l’adaptation aux changements de la nouvelle époque, avec toujours pour horizon, la transformation révolutionnaire de la société.

Frappé par la maladie, il la surmontera durant des années, en pensant, en écrivant, en travaillant ses idées, sans refuser ni voyage, ni meeting, ni simple réunion. Daniel s’était donné comme tâche de vérifier la solidité de nos fondations et de les transmettre à la jeune génération. Il le fit de tout son cœur, de toutes ses forces. Ses interventions, à l’Institut international d’Amsterdam, dans les universités d’été de la LCR puis du NPA ont marqué des centaines de camarades. Passeur de l’expérience de la LCR pour le NPA, Daniel avait décidé d’accompagner le lancement de notre nouvelle organisation, en relançant la revue Contre temps et en constituant la société «Louise Michel», cadre de débat et de réflexion de la pensée radicale.

Daniel, c’est tout cela. Et, en plus, il était sympathique, chaleureux, convivial. Il aimait la vie.

Alors que nombre d’ex –de 68 ont tourné casaque, ont abandonné les idéaux de leur jeunesse, Daniel n’aura rien lâché, rien abandonné. Il est là, présent !

François Sabado membre dirigeant de la 4ème internationale et du NPA (France).

 

 

En hommage au camarade Bensaid , nous vous proposons de relire cet entretien avec Pierre Vincent Cresceri et Stéphane Gatti, le 02 Mars 2009,paru sur Site de La Parole errante .

« Que mille Marx s’épanouissent ! »

lundi 2 mars 2009, par BENSAÏD Daniel

 

À partir du réel du militant d’organisation s’élaborent les outils nécessaires à une transformation de la société. Transformation elle-même utopique sans l’appui stratégique d’une organisation. Daniel Bensaïd, plutôt qu’un intellectuel engagé, se veut donc un « engagé intellectualisé ». Acteur de 68, philosophe aujourd’hui membre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), sa pensée, ses interventions dans le débat d’idées sont indissociables de son appartenance à un parti politique héritier d’une histoire révolutionnaire dont mai 68 est un jalon. Quarante ans après, les trotskistes composent l’extrême gauche constituée de la vie politique française. La disponibilité au nouveau des intellectuels de cette tendance l’explique en partie, qui leur permet, au-delà des dogmatismes, de contribuer à actualiser des concepts tels que la lutte des classes. L’internationalisme, de son côté, ouvre des horizons, cependant que les engagements dans diverses expériences, fussent-elles « réformistes », sont autant de coups à jouer dans la durée. En témoignent, entre autres, l’intérêt de Daniel Bensaïd pour les mouvement sociaux de la fin des années 90, le zapatisme ou encore sa participation au projet de budget participatif de la municipalité de Porto Alegre, au Brésil.

 

Un engagé intellectualisé

Il y a une formule qui me gêne toujours, c’est celle d’intellectuel engagé. On a l’impression qu’on est d’abord un intellectuel, donc un être de raison et qu’en tant qu’être de raison on va, tout bien pesé, décider de sa vie, de ce qu’on fait. Pour plaisanter, je retourne la formule et je dis : « Je suis plutôt un engagé intellectualisé. » Tu tombes dedans, d’une certaine manière. Après, il y a les histoires, les biographies personnelles. Ce qui est sûr, c’est qu’une génération a été marquée, mais sortie d’un creuset relativement petit… Je pense que les étudiants communistes, à la plus belle période de leur histoire, n’ont jamais dû avoir plus de trois à cinq mille membres au début des années 60. C’est la génération de la guerre d’Algérie, des gens qui ont vingt ans au début des années 60, qui sont nés pendant ou à la fin de la guerre. Beaucoup viennent de familles d’origine juive, pour qui la guerre n’est pas totalement finie. Pour moi, il y a d’abord un engagement par les circonstances biographiques, familiales, sociales ; le climat toulousain sûrement, la proximité de la guerre d’Espagne. À la Jeunesse Communiste, il y avait plus de JC espagnols que français. La JC espagnole existait à Toulouse. Il y avait les vieux anars qui refaisaient la bataille de Guadalajara tous les dimanches matins à la Bourse du travail. Après, comment trouver un équilibre ? C’est assez curieux. Quand on a été exclu de la JC, j’étais encore à Toulouse. De l’UEC en 66, on a créé quatre groupes de réflexion : un sur Lacan, un sur Roland Barthes, un sur Lévi-Strauss et un sur Godelier.
Sans complaisance, la rencontre avec Gatti a été importante pour nous. On était un cercle de la JC au lycée, on nous avait emmerdé. J’étais dans un lycée mixte et, quand on a adhéré à la JC, on a voulu nous mettre dans des cercles non mixtes. Il y avait l’UJFF pour les filles, c’était le collège des Oiseaux, et la JC pour les garçons. On est vite entré en conflit avec le Parti. Je pense que Gatti revenait de Cuba, il montait Chronique d’une planète provisoire. On le capturait pour aller jusqu’à 2h du matin dans une arrière-salle de café pour qu’il nous parle de Cuba, d’Henri Michaux. Pour nous, c’était une ouverture considérable. Il y avait Adrien Dax à Toulouse, qui était un ancien du groupe surréaliste. Il y avait Raymond Borde et la cinémathèque de Toulouse qui était aussi dans cette mouvance-là. C’est vrai qu’en France, paradoxalement, il y a un rayonnement, non pas du trotskisme politique, mais plus généralement d’une approche de la politique, de la littérature qui a été portée par des gens comme Naville, comme Maurice Nadeau qui a joué dans l’édition, et qui continue à jouer, à 97 ans, un rôle étonnant. Tout cela a fait qu’on n’avait pas le même rapport de méfiance, que le PC a entretenu, avec le champ intellectuel. Le PC a eu un rapport d’instrumentalisation des intellectuels : pétition, etc. Cela vient même d’avant le Parti communiste. Si on lit des vieux communards, on voit bien d’où vient la méfiance par rapport aux intellectuels en France : c’est le sentiment du mouvement ouvrier d’avoir été trahi par les Républicains en 1848 au moment de la Commune. C’est le fait aussi qu’en France l’institution universitaire a une énorme capacité de cooptation par le jeu des grandes écoles, des bourses, et donc aussi d’écrémage de ce qui pouvait apparaître comme source de renouvellement intellectuel dans les classes populaires… Pourquoi le Parti bolchevique en Russie accueille-t-il une élite intellectuelle ? C’est que la société russe était complètement bloquée. C’étaient des gens qui avaient quelque chose d’original, des comptes à régler avec la société. Ils ne pouvaient pas être canalisés dans l’université tsariste. C’est vrai dans une moindre mesure en Italie. Il y a un rapport très spécifique en France entre le mouvement ouvrier et le monde intellectuel. On est arrivé à un moment où ce rapport s’est dégelé…
Le fait d’avoir rompu avec le Parti communiste ou d’en avoir été exclu a été, finalement, douloureux. Il ne faut pas minimiser. Personnellement, c’était une rupture de milieu : je quitte le Parti, il me vire, mais je le souhaite. Mais le Parti n’était pas pour moi que les bureaucrates. Mes parents avaient un petit bistrot de quartier à Toulouse, c’étaient les gars qui racontaient leur Résistance, les gens des Brigades internationales. Je romps avec un appareil bureaucratique que je déteste, mais je romps aussi avec ces gens-là qui vont m’en vouloir parce que je fais des études. Le fantasme de trahison de classe qui a hanté Nizan toute sa vie est aujourd’hui difficile à imaginer. Ça a été très fort. Et la méfiance, ce n’est pas par hasard. Dès qu’on fait des études universitaires, après avoir jeté sa gourme, on va passer de l’autre côté. C’était un défi qu’on voulait relever aussi. Et, sans fétichiser, l’idée d’un collectif, d’une organisation, c’était aussi cela : un contrepoids à la tentation des carrières solitaires, des promotions académiques. Finalement, ce n’est pas ce qui pour nous était le plus important. Il ne faut pas dire que cela a été un sacerdoce et un sacrifice de militer. Il y a des pays où c’était le cas. En France, on a été interdit deux fois, mais il n’y a pas eu de massacre, d’années de prisons, sauf pour Rouillan et Action directe. On ne peut pas dire qu’on ait fait de gros sacrifices. En revanche, on a rencontré des gens et fait des expériences intéressantes. L’autre aspect du militantisme dans une organisation c’est aussi, pour moi, un principe de responsabilité par rapport à ce que l’on dit. Les médias aidant, je trouve qu’il y a une irresponsabilité intellectuelle considérable aujourd’hui en France. Les gens peuvent raconter tout et n’importe quoi, le contraire le lendemain, sans jamais rendre compte de pourquoi ils ont changé, sur quels arguments. Le fait d’appartenir à une collectivité militante laisse une trace, on peut vérifier, on sait pourquoi ou, en tout cas, on essaie de comprendre pourquoi on s’est trompé, pourquoi on a changé. C’est un principe de modestie ou d’humilité. Là encore, les médias font croire qu’on peut être intelligent tout seul. Non, les idées, on les exprime plus ou moins bien, mais elles viennent toujours d’une expérience beaucoup plus large et collective.

·         Juste après 68, tu as 22 ans, le vent va souffler fort contre le marxisme.

J’ai l’impression qu’il y a une mythologie aujourd’hui. C’est vrai qu’en 67 à Nanterre, on pouvait faire un sujet de maîtrise sur la crise révolutionnaire chez Lénine, mais avec Henri Lefebvre. Il n’y avait pas des Henri Lefebvre partout. Aujourd’hui, on retient Althusser comme s’il y avait eu un âge d’or du marxisme à l’université en France. C’est en partie une illusion d’optique. Il y a eu quelques points d’ancrage. Il y avait une puissance de rayonnement, y compris culturel, du PC. C’est difficile à imaginer aujourd’hui et ce n’était pas forcément universitaire : cela pouvait passer par le théâtre, les municipalités, les relais syndicaux. À l’université, la culture marxiste restait marginale, il ne faut pas se raconter d’histoire. Il n’y avait que quelques profs.
Après, il y a eu un véritable refoulement. Mais c’est le tournant des années 70, le goulag, ce qu’on a pu appeler l’effet Soljenitsyne – pour beaucoup la révélation sur les camps —, le traumatisme de la Tchécoslovaquie, qui a pesé plus lourd que le traumatisme de la Hongrie en 56. Tout cela s’accumulant, on voit poindre le discours des nouveaux philosophes : c’est la faute à Marx ou à Rousseau. En même temps, je crois que c’est un phénomène contradictoire. D’une part, cette offensive, pour nous — c’est un « nous » collectif —, a peu pesé parce que, finalement, notre univers de pensée n’a pas été détruit par tout cela. Même par la chute du Mur de Berlin. Je ne dis pas qu’on en sort indemne. On a partagé des illusions du XXe siècle, on en est partie prenante. Mais on avait aussi des outils pour comprendre ce qui se passait. Pour nous, Soljenitsyne n’était pas une révélation. On avait lu David Rousset, Victor Serge. Au contraire, c’était une confirmation. Ce n’est pas un univers qui s’effondre. Trotski a dit des conneries. Mais, y compris dans les conneries, c’est quelque chose dont on peut garder le fil pour comprendre ce qui s’est passé dans le XXe siècle — peut-être pas tout, mais suffisamment pour ne pas perdre les pédales. D’une certaine manière, cette offensive contre Marx ou le marxisme est paradoxale — Newsweek titrait au début des années 80, à la une : « Marx est mort ». C’est un titre bizarre, parce que personne n’éprouve le besoin d’annoncer la mort d’Aristote ou de Descartes… Quand on annonce la mort de quelqu’un à la une d’un magazine, c’est qu’il inquiète encore, que cela bouge encore. D’ailleurs, cela s’est mis à bouger de plus en plus au fil des années 90, le discours libéral triomphaliste de Georges Bush senior a perdu de sa superbe. On ne s’en rend pas compte, mais, en moins de quinze ans, le libéralisme triomphant a perdu beaucoup de légitimité. Il est même dans un état de délabrement inquiétant pour lui.
En revanche, la perte du monopole d’un discours marxiste officiel, qui est presque un discours marxiste d’État ou de Parti, a, au contraire, libéré une relecture critique de Marx. On a pu librement aller chercher ses points obscurs, voir ce qu’il y avait d’illusion sur le progrès, mais aussi des germes de critique sur l’écologie, sur la question de la rente foncière, sur l’agriculture moderne. Il y a cela aussi. Marx se chamaille parfois avec lui-même, ce n’est pas une pensée d’un bloc. Et on peut chercher là-dedans ce qui est utile à réactiver aujourd’hui et qu’on ne voyait pas à l’époque. Il y avait une vulgate officielle qui était le marxisme version manuel du Colonel-Fabien, qui était une chose très particulière. Donc la fin de ce marxisme-là nous a libérés. « Que mille Marx s’épanouissent », pourrait-on dire…

De l’utilité d’un parti

·         Il y a en effet à l’époque cette interrogation constante, qui semble aujourd’hui obsolète : si les communistes étaient arrivés à se débarasser du Parti… On a sans cesse recours aux idéologies communistes, mais l’existence d’un parti constitué y fait obstacle. On se dit alors qu’il n’y a pas de possibilité de recomposition tant que cette sorte de rocher obsolète fait partie du paysage. Comment vois-tu cela ?

On avait publié en 69 un bouquin sur les conséquences de la bolchévisation dans les années 20, processus par lequel le Parti s’est bureaucratisé. Le vieux Charles Tillon, des FTP, m’avait dit : la bolchévisation, c’est ce qui a étouffé la vie démocratique dans le Parti. Mais souvent on impute à la force organisationnelle des travers qui s’appliquent à toute forme organisée dans la société. Le danger bureaucratique, personne n’y échappe : ni les administrations, ni les partis, ni les syndicats, ni, aujourd’hui, les ONG. Parce que la bureaucratisation est liée à la division sociale du travail dans nos sociétés. Tant qu’on n’aura pas les moyens de dépasser cette division, notamment entre travail manuel et travail intellectuel, il y aura un effet récurrent de bureaucratisation. Paradoxalement — et je sais que je suis à contre-courant —, je trouve qu’une organisation est un des meilleurs moyens de résister à ce phénomène. Un parti, ou un mouvement — peu importe le nom qu’on lui donne —, c’est-à-dire une organisation avec un statut, ses délimitations, ses règles de vie interne. Pour moi, c’est un moyen de résister à ce que j’appelle la démocratie d’opinion. J’entends par là la manière dont la logique médiatique sélectionne les porte-parole en fonction de leur image, leur sympathie, leur docilité éventuellement. Comment rester maître d’une parole collective et ne pas en être dépossédé au profit d’un mécanisme plébiscitaire ? On a bien vu, par exemple lors de la dernière campagne électorale, que le souci commun de Sarkozy et Ségolène Royal était de s’émanciper de leur parti, en particulier Ségolène, pour mieux établir un rapport direct avec l’opinion publique, avec ce que ça implique de démagogie. C’est une tendance qui lamine les formes intermédiaires, la pluralité des forces organisées en présence. Après, on peut discuter du fonctionnement des partis, de la relation à entretenir avec les mouvements sociaux, avec les syndicats. Il y a des principes à discuter et des pratiques à constater. C’est un espace de débat.
Une autre raison de mon attachement à une organisation, c’est qu’un parti est un opérateur stratégique qui organise la politique dans la durée, qui peut prendre des décisions. Il y a des moments de décision. Pour revenir à 68, il y a trois jours où une décision politique se joue : entre le départ de De Gaulle et la dissolution de l’Assemblée, entre le 27 et le 30 mai. Est-ce qu’il y a une force politique qui est capable de faire basculer la situation à un moment donné ? Imaginons qu’en 68, face aux accords de Grenelle, une force politique ait été capable de dire : on se bat pour une coordination nationale des comités de grève, on rejette les accords et on met comme préalable le départ du gouvernement. Ce genre de rapport de force ne s’improvise pas en trois jours. Cela suppose des militants qui ont réfléchi, qui ont une expérience commune et qui vont mener bataille pour faire basculer la situation à un moment donné. Ce n’est pas seulement valable dans les situations extrêmes, mais aussi lors des périodes de recul. Si on prend au sérieux l’idée que l’adversaire est puissant, organisé, qu’il a les moyens, une organisation collective autour d’un projet et d’une mémoire commune me semble un facteur stratégique indispensable.

Évidente lutte des classes

·         Ce sont des notions simples qui organisaient notre lecture du monde, comme la lutte des classes. C’est une notion qui avait l’air un peu manichéiste, mais qui avait du poids, structurait toute la perception du monde. Il y avait ainsi ceux qui faisaient partie de « la » classe et ceux qui n’en faisaient pas partie… Tout était dans une stricte répartition binaire. Et tout d’un coup, tout cela, pratiquement et théoriquement, n’existe plus.

J’ai connu cela. Mes cousins étaient ouvriers métallos et il y en avait un qui bossait à l’entretien. Il avait des doutes existentiels sur le fait qu’il était un prolétaire parce qu’il n’était pas à la production, mais à l’entretien. Il avait les mains dans le camboui comme les autres. Le problème vient du fait que le PC a développé une interprétation très ouvriériste de la lutte des classes. C’était l’ouvrier d’industrie. Si on abordait le problème d’un point de vue sociologique, c’était très discutable. Il n’y a pas de définition. Marx ne pense pas par définitions. Une des rares qui serait à peu près utilisable, c’est celle de Lénine qui définit les classes selon le rapport de propriété, propriétaire ou non des moyens de production ; selon la place dans la division du travail, place de direction et d’organisation ou d’exécution ; selon la forme du salaire et le montant du revenu. Si on recoupe tout cela aujourd’hui, les manutentionnaires de la grande distribution ou la plupart des gens des services vivent la condition, en termes de salaires et de subordination au travail, de rapport à la propriété, qui est celle d’un ouvrier. Le PC donnait une définition restrictive qui justifiait aussi son monopole. C’était le seul vrai parti de la classe ouvrière et les autres étaient des partis, dans le meilleur des cas, des classes moyennes. Maintenant, on a une vision plus complexe : il n’y a pas une forme de domination ou d’exploitation exclusive qui est le rapport de classe. Il y a évidemment les rapports de domination de sexe ou de genre, des contradictions par rapport à l’écologie, des tas de contradictions qui traversent la société et qui se nouent, qui ne sont pas réductibles au rapport capital/travail.
Ceci dit, dans nos sociétés, je considère qu’il continue à conditionner la plupart des autres formes de rapports contradictoires. Et, sociologiquement, on ne peut pas dire que les classes sociales ont disparu. La preuve, la lutte des classes, ce sont les discours du Medef et de Laurence Parisot. Quand on s’interroge sur l’existence des classes aujourd’hui, on ne se demande pas s’il existe une bourgeoisie et des actionnaires parce que la réponse est évidente. Si ceux-là existent, il doit bien exister quelque chose en face, même si c’est compliqué. Je pense aussi qu’il y a des effets de langage. Je ne vois pas pourquoi on emploierait des euphémismes : conflictualité sociale, etc. Parler de lutte des classes, ça structure aussi la façon de penser et ça a son importance. Si on pense les conflits dans nos sociétés d’un point de vue de classes, il y a toujours un autre soi-même de l’autre côté de la frontière ou derrière l’autre clocher. Cela permet de traverser et de ne pas s’enfermer dans des conflits de nation, de tribu ou de religion, ce qui est une tendance aujourd’hui. Là où on renonce à formuler les rapports en termes de classe, on finit par les formuler en termes de luttes confessionnelles ou de races. Comment se représente-t-on aujourd’hui les conflits dans le monde ? Il faut que le discours corresponde à une réalité sociale, mais je ne crois pas que les classes aient disparu. À l’échelle mondiale, certainement pas. Il y a des changements internes au salariat en France. Par exemple, on est passé de 35 % d’ouvriers d’industrie dans la population active à 26 % à peu près. Mais ce n’est pas une disparition. En revanche, il y a des formes de prolétarisation des services qui font qu’on crée des travaux qualifiés d’un côté et des petites mains à l’autre bout en permanence, y compris dans les pools d’assistance téléphonique, qui sont taylorisés puisqu’on contrôle la communication à la seconde près, avec des mouchards électroniques dans les batteries téléphoniques. C’est céder à l’air du temps que de céder sur les mots.

Lexique en crise

·         Si on était un peu perméable au mouvement, cette idée d’imaginer de nouveaux lexiques existait déjà en 68. Les mots dont on disposait dans le vocabulaire révolutionnaire classique et ce qui s’était passé ne se répondaient pas directement. Dans ton dernier livre, tu dis : il faut repartir de là, arriver à mettre en place un nouveau lexique.

On sent bien qu’il y a des catégories, tout un vocabulaire, qui sont en crise. Par exemple, on invoque beaucoup depuis une dizaine d’années, peut-être plus, le terme de « citoyenneté » au point d’en avoir fait un épithète. On parle de comportement citoyen. Avant, on disait civique. C’est le symptôme d’une crise et d’un manque. C’est parce qu’on ne sait plus très bien comment pratiquer la citoyenneté. On a une cité sans citoyens et des citoyens sans cité, relégués dans les périphéries. Voilà une catégorie en crise, mais qui est en crise ? Parce que la catégorie de peuple est devenue, elle aussi, incertaine. Est-ce qu’il existe un peuple européen comme sujet politique ? Je crois qu’il y a tout un dispositif de termes qui ont été mis en place, qui sont les termes dans lesquels on a pensé, parlé, pratiqué la politique depuis le XVIIe ou le XVIIIe siècle et qui, aujourd’hui, dans le remue-ménage de la mondialisation, devient un vocabulaire flottant. Pour autant, on ne peut pas inventer arbitrairement un nouveau lexique. Tout le vocabulaire de la Révolution française est né d’une pratique sociale à l’échelle de masse. On est dans une situation intermédiaire. On voit bien qu’il y a des mots qui n’opèrent plus ou qui opèrent de plus en plus mal, qu’on est obligé d’interroger à chaque fois qu’on les utilise. En même temps, la tentative de trouver des remplaçants d’une manière un peu arbitraire ne fonctionne pas, à mon avis, ou apporte des inconvénients. Foucault avait essayé de dire : la classe ouvrière, le peuple, ce sont des catégories un peu rigides — la plèbe… Mais la plèbe lui a joué un mauvais tour. La plèbe ce n’est pas un mot si nouveau que ça finalement. On essaie de penser la nouveauté avec un terme ancien, mais qui ramène le pain et les jeux, l’empire et la plèbe. Et la plèbe n’est pas un acteur. Ce n’est pas uniquement un problème de terminologie. Si l’on regarde comment il a pensé la Révolution iranienne comme la fusion entre la plèbe et une nouvelle spiritualité religieuse, je pense que ça l’a amené sur une pente glissante. Il s’en est sorti, mais il a dit de belles bêtises à ce propos. Les mots ne sont pas innocents. On sent bien qu’on a un vocabulaire défaillant.

Pour moi, l’idée est qu’on est au tout début d’une nouvelle séquence. Il faut se situer dans le temps. Le XXe siècle a été une grande défaite historique des politiques, des rêves d’émancipation. Il faut partir de là, le reconnaître comme tel. Et ce n’est pas une défaite qui est finie : l’irruption sur le marché mondial du travail de centaines de millions de travailleurs chinois ou russes ou autres, pratiquement sans protections, sans droits sociaux, tout cela va peser pendant des années pour tirer à la baisse. Jusqu’à ce que ces travailleurs eux-mêmes se réorganisent et imposent leurs propres droits. Ce qui, à petite échelle, est indiqué, aujourd’hui, par les grèves de Renault chez Dacia en Roumanie : on ne veut pas être les sous-prolétaires de l’Union européenne. Ou les grèves qui commencent en Chine. Cela va prendre du temps, on est au tout début d’une reconstruction dont les expériences vont produire un nouveau discours politique, comme le XVIIIe siècle a préparé la terminologie de la Révolution française en termes de souveraineté, de peuple, de citoyenneté. C’est un peu frustrant d’être dans la transition, mais on y est.

·         Dans la mise en place du nouveau lexique, les nouveaux interlocuteurs ne sont plus les mêmes que ceux d’il y a trente ans ; le guévarisme a disparu, le maoïsme a été disqualifié. Quand on lit ton dernier livre, c’est comme s’il y avait eu une bascule, comme si ce n’était plus le mouvement social lui-même qui fournissait la matière de la réflexion mais ceux qui essaient d’y réfléchir en ce moment avec ce qu’ils apportent, ce qu’ils essaient de cerner.

Ce sont les deux, il y a deux registres. Aujourd’hui, il y a effectivement une série d’auteurs. Curieusement, en France, pour des raisons culturelles bizarres, c’est un des pays où, bien qu’il y vive aujourd’hui, Negri a relativement peu d’écho par rapport à l’influence qu’il peut avoir, lui, Hardt ou quelqu’un comme Holloway en Amérique latine et, dans une moindre mesure, dans le monde anglo-saxon. Évidemment, ce sont des auteurs qui essaient de penser le monde actuel, qui ont en partie une histoire qui est la nôtre, donc des références qui évoluent. Dialoguer et même polémiquer avec est une manière de réfléchir. Mais il y a l’autre pôle qui est la dimension intellectuelle, plus abstraite du débat, mais elle se nourrit en permanence de l’expérience des mouvements sociaux d’Amérique latine. J’ai beaucoup travaillé au Brésil, au moment où a émergé toute l’histoire du budget participatif, qui est utilisée à tort et à travers aujourd’hui. Et puis il y a eu l’apparition des mouvements indigènes, que ce soit au Mexique, en Bolivie ou aujourd’hui en Équateur ou au Paraguay. Du coup — je ne le dis pas pour personnaliser, mais plutôt symboliquement —, la génération Besancenot, c’est une autre culture. C’est le parcours inverse du nôtre. Les références immédiates, c’est le mouvement zapatiste, la culture du rap en musique. Et, à partir de là, il s’agit de remonter à des outils de pensée dont le besoin se révèle petit à petit. Olivier n’a pas dû commencer par lire Lénine, Rosa Luxemburg ou Trotski, mais plutôt Malcolm X, en fonction du racisme des banlieues, le sous-commandant Marcos et des auteurs contemporains, la culture autour du mouvement alter-mondialiste. Ce sont deux sources : un débat intellectuel qui continue, entre des gens qui ont finalement parcouru ensemble ou parallèlement les quarante années passées en essayant de répondre aux problèmes qui se posaient au fur et à mesure. Ce que j’essaie de faire dans mon dernier livre est une cartographie, car je crois qu’on est à un tournant. Il y a tout un discours qui correspond aux années de résistance, mais aujourd’hui des problèmes politiques reviennent en force — on le voit avec ce qui se passe en Italie —, qui font que le discours de la résistance ne suffit plus. Résister, cela a été nécessaire et c’est le point de départ de tout dans les pires années de la réforme libérale. Mais on voit bien que la crise est telle qu’il faut aussi essayer de reconstruire des éléments de réponse. Un autre monde est-il possible ? Oui. Mais lequel ? C’est moins lequel que comment y aller. Cela me paraît symptomatique du moment politique dans lequel on est, l’usage et l’abus du mot « autre » : un autre monde, une autre Europe, l’autre campagne au Mexique. C’est une altérité qui n’a pas de contours, quelque chose qu’on pressent ou qu’on souhaite, mais qu’on n’est pas encore capables de nommer. Le problème est surtout de ne pas savoir comment avancer vers cela sans tomber dans du faux réalisme. La gauche italienne est le moindre mal face à Berlusconi, c’est le gouvernement Prodi. Et le moindre mal du gouvernement Prodi, ça a été le plus court chemin vers le pire, qui est le retour de Berlusconi avec une gauche détruite. Comment éviter cela aujourd’hui ? C’est notre problème. Comment combler l’écart entre le renouveau des mouvements sociaux, qui est réel depuis une quinzaine d’années, et le fait que le paysage politique bouge millimètre par millimètre ou à pas de tortue ? Pour moi, c’est la question urgente qu’on ne soit pas condamné à tourner en rond entre des luttes sociales importantes et qui pour la plupart échouent — les grèves de 95, de 2003 en France — et après, passer des luttes radicales au pire…
Par exemple, en Italie, passer du grand mouvement anti-guerre de 2003 contre la guerre en Irak au vote des crédits de guerre par le gouvernement Prodi pour l’expédition en Afghanistan. Il y a un cercle vicieux à briser. Est-ce qu’on peut le briser ? Je n’en suis pas sûr, mais on peut essayer de trouver les points de fragilité où il peut être brisé, en tout cas. Cela suppose de reconstruire des rapports de force sociaux, mais aussi politiques et électoraux. C’est sûrement un point de désaccord avec mon collègue et camarade Badiou qui, lui, est pour l’abstention de principe. Moi, je crois que cela fait partie des rapports de force, bien que les dés soient pipés.

·         L’arrivée de Marcos a été effectivement une bouffée d’air et, en même temps, une grande perplexité. Marcos a fait son armée, a été dans la forêt et a attendu qu’un jour les paysans qui entouraient la forêt lui disent : « On a besoin de vous, peut-être. »

Il y a une histoire particulière au Mexique. En fait, il n’y a pas l’idée d’aller se mettre dans un coin et d’attendre. C’est une position de repli après une défaite, après la répression de 68 ; des mouvements qui ont cherché à survivre. Certains l’ont fait dans des luttes ou des guérillas urbaines. Eux sont allés au Chiapas. Il a fallu presque une vingtaine d’années pour que cela donne des fruits. D’ailleurs, à propos de renouvellement du lexique, dans l’expérience zapatiste, il y a une innovation de langage. Ce n’est pas le même langage militant. Il y a le talent personnel, y compris littéraire, de Marcos, mais c’est vrai que cela se fait aussi à partir d’une remobilisation de l’indianité, d’un discours indigène, d’un registre symbolique qui n’est pas celui du mouvement ouvrier classique. Aujourd’hui, le problème, ce sont les limites de l’expérience zapatiste. Ce n’est pas tout le Mexique. On a bien vu avec la fraude aux élections de l’été 2006 qu’il y a une crise politique. Pour le moment, il y a une espèce de statu quo, mais ce n’est pas une réponse à la crise politique globale du Mexique. Je crois que les zapatistes ne l’ont pas. D’où le flottement actuel, y compris le fait qu’on en parle moins. On est dans une période de redéfinition.
C’est le problème qui est posé à tout le monde. Pour le dire vite, on peut comprendre, après ces périodes de défaites, qu’il y ait eu une renaissance de mouvements sociaux dans la fin des années 90, qui se sont définis à juste titre comme des forums « sociaux » gardant la politique à distance. Derrière cette mise à distance, il y a d’abord l’idée que l’on n’a pas les moyens de résoudre les problèmes politiques. Ensuite, il y a l’idée que la politique est douteuse ou salissante. On peut comprendre pourquoi, tout cela est, d’une certaine façon, légitime. Mais il y a derrière tout cela l’illusion d’une autosuffisance des mouvements sociaux. Je ne partage pas cette opposition manichéenne entre une politique qui serait par définition « sale » et les mouvements sociaux qui seraient par définition « propres ». Non, il y a des bureaucraties des deux côtés, mais elles n’opèrent pas de la même manière. En revanche, si on veut reconstruire des rapports de force, il faudra agir sur les deux niveaux simultanément et les combiner. Je crois que c’est le défi auquel on arrive. Le prochain
forum social   mondial aura lieu à Belém au Brésil, au milieu de l’Amazonie. On peut imaginer que Chavez et Lula y feront une apparition, mais ce ne sont pourtant pas les mêmes orientations, pas les mêmes projets, pas les mêmes pratiques. À fortiori si viennent aussi Morales et les Boliviens. Dans cet espace de renouveau du mouvement social, il y a une confrontation politique, pompeusement « stratégique », qui doit avoir lieu tout en préservant le cadre unitaire parce que c’est une expérience qui se reconstruit. C’est la même chose en Europe, où, pour dire les choses crûment, on va se retrouver dans les forums sociaux européens avec Refondation communiste, qui vient de participer au gouvernement Prodi en Italie, et la Ligue. Pour la période à venir, la condition pour reconstruire une gauche digne de ce nom, c’est l’indépendance vis-à-vis de toute responsabilité gouvernementale en rapport avec ce que devient ou ce qu’a été la social-démocratie européenne, en gros le New Labour en Angleterre, le Parti démocrate de Veltroni en Italie et le PS français, qui va occuper le même espace en France quel que soit son futur dirigeant. Est-ce qu’il y aura encore une gauche après cela ? C’est la question. Et toute expérience qui ajoute la confusion à la confusion, comme cela a été le cas en Italie, nous retarde, sous prétexte d’un faux réalisme. C’est le défi pour les années à venir.

·         Tu as été beaucoup travailler au Brésil. C’est une particularité du mouvement trotskiste que de participer à des expériences qui sont comme des laboratoires — on peut penser à Pablo en Algérie —, des expériences où l’on essaye des choses concrètes dès qu’il y a des possibilités qui s’offrent.

Je crois que le fait d’être une Internationale, cela nous a aidé à survivre dans les plus mauvais moments. On aurait pu faire d’énormes bêtises sur la lutte armée dans les années 70. Le fait qu’on ait travaillé à l’époque avec les Basques de l’ETA 6e Assemblée, qu’on ait été directement impliqué dans l’expérience argentine nous ont aussi appris, pas seulement pratiquement, un sens des rapports de force et de ce qu’on pouvait faire ou pas. Le Brésil, ce n’est pas une mission comme cela. On avait des camarades au Brésil qui voulaient bénéficier de notre expérience et réciproquement. D’où une expérimentation importante. C’est comme cela que j’ai vu naître l’histoire du budget participatif. On en a parlé dans les années 90. Au début, c’était une idée démocratique. Ce sont des camarades, dont Raoul Pont, qui a été maire de Porto Allegre, qui ont été élus un peu par surprise, vu qu’il y a un parlement du Rio Grande — puisque c’est un État fédéral. Ils ont réussi à faire passer une espèce de constitution locale au moment de la sortie de la dictature en 83 : la municipalité serait, désormais, tenue de présenter le bilan de son budget six mois avant l’adoption du budget suivant et de l’ouvrir à une initiative d’amendement de cinq cents citoyens ou de trois syndicats. C’est le point de départ de l’expérience du budget participatif. Et contrairement à la version Ségolène Royal, les collectifs ou les comités locaux de quartier du budget participatif ne sont pas seulement consultatifs. Ce n’est pas : « Émettez vos vœux et je fais la synthèse. » Ils interviennent dans le pouvoir de décision, sont à la base de véritables amendements du budget. C’est une expérience de démocratie locale qui a ses limites parce qu’il y a l’État fédéral. Ce n’est pas le socialisme à l’échelle d’une ville, mais c’est, dans une double légitimité démocratique, quelque chose de tout à fait intéressant. Voilà, l’avantage d’une Internationale, même petite et modeste, c’est de pouvoir grappiller et mettre en commun ces expériences-là.

Élections, piège à cons ?

·         Vous avez choisi la présence électorale comme continuité. C’est un chantier que vous avez développé et qui a gardé, année après année, de la visibilité. Comment avez-vous vu mai 68 par rapport à cette question-là, et comment avez-vous travaillé ça dans le temps ?

Le fait qu’on ait une pratique continue n’est pas si clair. Dans notre héritage politique, on ne pense pas que le jeu électoral peut changer les choses parce que les élections sont pipées, c’est une représentation déformante. D’ailleurs, notre première expérience électorale après 68, c’est le boycott des élections de juin, « élections, piège à cons ». Cette opération électorale était conçue comme un moyen d’enterrer, de relégitimer. Les élections sont constitutives de rapports de forces, mais la priorité n’est pas là. La priorité est le rapport de forces sociales, les mouvements, ce qui s’invente de politique à travers les mouvements sociaux. Dans l’histoire récente est apparu un renouveau des mouvements sociaux, notamment à partir de 95, avec l’apparition des Sud et de différentes associations comme le DAL ou Act Up. Mais si on ne parvient pas, parallèlement, à modifier la scène politique et les rapports de forces, dont les rapports de forces électoraux sont constitutifs, c’est comme marcher sur une jambe. Et le mouvement social se retrouve réduit à jouer le rôle de groupe de pression et de gueuler quand arrive un gouvernement de gauche, si limité et si mauvais soit-il. Quand un militant syndical a une ville, il peut avoir une audience importante d’un point de vue syndical. Mais si son organisation est inexistante, on va lui dire : tu es sympa pour les luttes locales, mais quand on passe aux choses sérieuses de la politique, ce sont les grands partis. Finalement, cela va revenir à redéléguer à la politique institutionnelle, ou à redonner le monopole de la politique à ceux qui en font profession, et parfois commerce.

Dans un premier temps, notre rapport aux élections a été de l’improvisation juvénile, en 69 avec De Gaulle qui fout le camp et les élections présidentielles. Pour l’anecdote, Michel Rotman passe me prendre un matin pour une réunion et me dit : il va y avoir des présidentielles, on va présenter un candidat. À l’époque, c’était inimaginable : comment on fait, qu’est-ce qu’il faut, quelles sont les conditions, l’âge minimum… Et il fallait 100 signatures de maires, ça paraissait exorbitant. On se dit : c’est un coup ! Ce n’est pas une stratégie. Il y a une tribune, on va voir, c’est marrant. Et en dérision, on va présenter Krivine puisqu’il est bidasse. Mais est-ce qu’un soldat a le droit de se présenter ? Il fallait que le Conseil constitutionnel statue là-dessus. On a fait la campagne. Ceci dit, par la suite, on a été très intermittent électoralement ; c’est quand même secondaire pour nous par rapport au terrain social, à la construction de rapports de forces sociaux. Mais je crois que ça reste utile aujourd’hui. La situation s’y prête. Les élections en elles-mêmes ne font jamais un miracle. Mais le fait qu’on a été présent électoralement a été un levier pour cette reconquête d’un espace, en partie au détriment de l’extrême droite, qui captait jusqu’en 2002 une forme de désespérance réelle. Ceci n’implique aucune illusion sur le fait qu’en grignotant on puisse devenir majoritaire et changer le monde. Non. Ça passe par des crises, des ruptures. Et, notamment, le jeu électoral est subordonné au fait qu’à chaque occasion, il faut privilégier et donner la priorité à tout ce qui est structures d’auto-organisation, comité, collectif, coordination, etc. Essayer de faire émerger des éléments d’une légitimité autre, alternative, qui a son centre en dehors de l’institution parlementaire telle qu’elle fonctionne. Sinon, j’ai l’impression qu’on est un peu piégés. Surtout quand on fait de la non-participation électorale une question de principe. La contradiction étant : est-ce qu’on peut utiliser ce jeu institutionnel sans en être otage tant qu’on n’est pas capable de le casser ? Ce n’est possible que si on garde son centre de gravité ailleurs, dans la pratique sociale.

 

 

LE CARNAGE DE GAZA
CRIMINEL ET ABJECT

 
Il faut le dire et le répéter: ce n'est pas une guerre qui se déroule dans la Bande de Gaza, mais un carnage réalisé par la troisième force aérienne du monde contre une population civile sans défense.
Il faut le dire et le répéter: le carnage de Gaza n'est pas une réaction "disproportionnée" aux roquettes que tirent les militants du Jihad Islamiste et autres groupuscules palestiniens  sur les localités israéliennes proches de la Bande de Gaza, mais une action préméditée et préparée de longue date, ce que reconnaissent d'ailleurs la plupart des commentateurs israéliens.
Il faut le dire et le répéter: ces tirs de roquettes ne sont pas, comme veulent nous le faire croire certains diplomates européens, des "provocations que rien ne peut expliquer", mais des ripostes, assez dérisoires il faut le reconnaître, à un embargo sauvage imposé par Israël, depuis un an et demie, au million et demie de résidents de la Bande de Gaza, femmes, enfants, vieillards compris, avec la collaboration criminelle des Etats-Unis mais aussi de l'Europe.
Il faut le dire et le répéter: il ne s'agit  pas, comme on essaie de l'expliquer à tous ceux qui ont la mémoire courte ou sélective, un acte d'auto-défense, longtemps retardé, face à une agression palestinienne que rien ne justifiait. Ehoud Barak l'avoue sans problème, cela fait des mois que l'armée israélienne se préparait à frapper l'"entité terroriste" dénommée Gaza. Comme l'expliquait avec pertinence Richard Falk, rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme dans les territoires occupés, quand on définit comme "entité terroriste" une zone peuplée par un million et demie d'êtres humains, on entre dans la logique du génocide.
 
Tout comme l'attaque du Liban en 2006, l'agression israélienne s'inscrit dans la guerre globale permanente et préventive des stratèges néo-conservateurs en place à Tel-Aviv, et pour quelques mois encore, à la Maison Blanche. Comme son nom l'indique, cette stratégie est préventive, et n'a nul besoin de prétextes immédiats et tangibles: l'occident démocratique serait menac par un ennemi global que l'on a d'abord identifié comme "le terrorisme international" puis comme "terrorisme islamiste" pour devenir finalement l'Islam tout court. Le "choc des civilisations" de Huntington n'est pas une description de la réalité politique internationale, mais le cadre idéologique de la stratégie offensive des néo-conservateurs américains et israéliens, telle qu'elle a été élaborée en commun dès la seconde moitié des années quatre-vingt. Dans cette stratégie de guerre, la menace islamiste est venue remplacer ce qu'avait été le danger communiste pendant la guerre froide: un ennemi global qui justifie une guerre globale.
Si le bombardement criminel de Gaza  jouit en Israël d'un soutien consensuel, si la gauche institutionnelle, et en particulier le parti Meretz, a joint son petit piccolo à l'orchestre guerrier dirigé par Ehoud Barak, c'est précisément parce qu'elle partage cette vision du monde qui fait de l'Islam une menace existentielle qu'il faut impérativement neutraliser avant qu'il ne soit trop tard.
 
À l'horreur du crime, il faut ajouter l'abject des motivations immédiates: dans moins de deux mois se dérouleront en Israël des élections générales, et les victimes palestiniennes sont aussi des arguments électoraux. Les martyrs de l'attaque israélienne sur Gaza sont l'objet d'une concurrence médiatique entre Ehoud Barak, Tsipi Livni et Ehoud Olmert, à qui sera le plus déterminé dans la brutalité. Le criminel de guerre qui dirige le Parti Travailliste, ou plutôt ce qu'il en reste, se vente ce matin d'avoir gagné quatre points dans les sondages. Au-delà du cynisme sans limite qui marchande 350 victimes palestiniennes innocentes contre quelques dizaines de milliers de voix, Barak démontre, une fois de plus, sa myopie politicienne: dans la surenchère de bestialité, et malgré tous ses efforts, il ne parviendra jamais à dépasser Benjamin Netanyahou, les électeurs préférant toujours l'original à la copie. D'autant plus que le chef de guerre se trouve aujourd'hui confronte au même problème que celui qui a transformé la guerre du Liban en fiasco israélien, un problème bien connu de tous ceux qui ont initié des guerres coloniales : comment la terminer ? "On n'arrêtera que quand nous aurons fini le travail" annonce-t-il avec toute l'arrogance des petits chefs. Mais quand est-ce que "le travail" sera achevé ? Quand la population de Gaza et de Cisjordanie acceptera de capituler devant les rêves coloniaux des dirigeants israéliens et de limiter leurs aspirations nationales à un "Etat Palestinien" réduit à une douzaine de réserves isolées les unes des autres et encerclées par un mur ? Si tel est le "travail" que Barak espère pouvoir réaliser, le peuple israélien doit alors être prêt à une guerre qui ne sera pas seulement extrêmement longue mais sans fin. Et si l'Etat Juif est bien armé pour les guerres-éclair (blitz krieg, en allemand), surtout quand elles sont menées par l'aviation, il entre rapidement en crise des lors qu'il s'agit d'une course d'endurance dans laquelle les Palestiniens, comme tous les autres peuples victimes de l'oppression coloniale, sont passés maîtres.
C'est ce qui explique que moins d'une semaine après qu'elle ait débuté, et malgré les déclarations triomphalistes des politiques et des militaires, l'ambiance en Israël est dors et déjà en train de tourner. Samedi dernier, quelques heures après le bombardement de Gaza, nous étions un peu plus de mille personnes à manifester, spontanément, notre rage et notre honte, nous serons beaucoup plus ce samedi soir a exiger des sanctions internationales contre Israël et la traduction d'Ehoud Barak et cie. Devant une cour de justice internationale. J'en suis certain.
 
                                                                        Michel Warschawski
                                                            Porte Parole du Centre d'Information Alternative
Jerusalem, 1 Janvier 2009                                                                                                                                                       

                                                                                                                

Coordination algérienne des initiatives pour la solidarité avec la résistance palestinienne (CAISRP)

Aujourd’hui 30 Décembre 2008, 4ème jour de l’agression sauvage caractérisée contre le peuple palestinien assiégé et sans défense à Gaza,

Devant le spectacle révoltant des massacres génocidaires et des simulacres de condamnations des instances internationales qui s’apparentent à une caution de cette agression,

 Devant l’absence de toute réaction énergique des régimes arabes qui trahissent ainsi l’obligation de solidarité agissante envers le peuple martyr de Palestine, il est crée une Coordination Algérienne de Initiatives pour la Solidarité avec la Résistance Palestinienne.

 La coordination condamne énergiquement ce crime contre l’humanité perpétré par le gouvernement israélien envers la Palestine.

 Elle relève l’absence de vigueur dans les réactions du gouvernement algérien en discordance avec les attentes légitimes de son peuple traditionnellement à l’avant garde des manifestations de soutien envers les peuples opprimés et agressés et particulièrement le peuple cher de Palestine.

 La coordination, en toute urgence, interpelle les autorités algériennes, afin qu’elles lèvent toutes les restrictions et contraintes envers le mouvement de la sociétés civile pour lui permettre d’exprimer ses protestations contre les crimes d’Israél et sa solidarité morale et matérielle envers la résistance palestinienne.

 Elle demande que soient mobilisées toutes les ressources populaires et nationales au service d’un élan de solidarité effectif avec la résistance.

 Comme elle appelle à un gel de toute participation algérienne aux travaux de l’UPM dont Israél, membre à part entière massacre les populations palestiniennes.

 Elle encourage et soutient toute initiative qui converge vers la solidarité avec le peuple palestinien et sa résistance héroïque et appelle à un large mouvement populaire pour la soutenir.

 -Halte à l’agression criminelle

-Halte au terrorisme israélien

-Pour une large mobilisation autour de la résistance palestinienne

-Non au silence et au mutisme des gouvernements arabes

-Oui à la résistance.

 Cette initiative est ouverte à tous, ses auteurs n’en sont que premiers signataires.

 

Point de contact : 05, rue Saïd Ben Larbi -Alger centre-

Tel & fax : (+213) 21 73 95 20

E-mail : laddh_ligue@hotmail.com

 

Déclaration-Appel

*Non au massacre du peuple palestinien*

*Pour un Etat palestinien maintenant*

Après avoir imposé un injuste et inhumain embargo d’une année, l’Etat sioniste s’acharne avec d’intenses bombardements sanglants sur le peuple palestinien. Rien que pour les 6 premiers jours, l’agression sauvage et aveugle menée contre la population de Ghaza s’est soldée par plus  de 420 morts et plus d’un millier de blessés dont des enfants de bas âge. Soutenue par l’impérialisme occidental en général et américain en particulier, la machines sioniste à démontrer pour l’énième fois toute la barbarie dont elle sait faire œuvre. Et ce dans l’objectif de panser sa blessure occasionnée par sa défaite devant le Hizbollah en aout 2006, d’achever son œuvre d’extension coloniale, et de regagner en crédibilité dans la perspective des prochaines élections israéliennes .  

            Devant cette ignoble atteinte au droit du peuple palestinien,  Ladite communauté internationale, les organisations mondiales (ONU, UE, UA…)  et surtout les pays arabes, se sont contenté d’une  dénonciation de façade.

L’Etat sioniste avec l’appui de la machine de propagande impérialiste, tente par tous les moyens de criminaliser la résistance palestinienne, d’affaiblir les pacifistes israéliens et de faire croire à l’opinion internationale que cette agression est une attaque contre le Hamas, comme Bush a, d’ailleurs tenté de faire croire que l’invasion de l’Irak est une guerre pour «la démocratie».  Or, toutes ces guerres n’ont d’intérêts que la satisfaction des appétits du colonialisme sioniste et de l’impérialisme mondial au détriment des peuples.

L’association Nedjma, fidèle à ses principes ne peut rester indifférente devant cette boucherie, appelle toute la communauté universitaires et toutes les personnes éprises de justice et de liberté à venir massivement assister au

Rassemblement de  Soutien  au  peuple palestinien

Qui se tiendra le Dimanche 04 janvier 2009 à 11h00

à la faculté de Bouzaréah.

Soyons nombreux pour :                                                                                                                      

- Dénoncer  l’agression du peuple palestinien et  le silence complice de ladite communauté internationale.                                                                                                                                                                - Exiger l’arrêt immédiat du massacre, la libération de tous les détenus palestiniens et le retour inconditionnel des réfugiés.                                                                                                                                           - Exiger la constitution et la reconnaissance d’un Etat palestinien.

Vive la résistance du peuple palestinien.

Pour un Etat palestinien démocratique et social.

Pour une solidarité active de tous les peuples contre l’impérialisme et contre toutes formes de colonialisme.

Alger le 01.01.2009



Un regard algérien attendu sur un brasier régional  Grand Moyen-Orient GUERRES OU PAIX ? de Hocine Belalloufi

10-07-2008 Par Mohamed Bouhamidi


Hocine Belalloufi n’a pas fait qu’écrire un livre. Il inaugure –si ma mémoire ne me fait défaut– une écriture sur des sujets brûlants dans notre pays qui ne connaissait que la tradition de l’écriture historique, que la tradition des enjeux déjà tranchés du passé, même si, vous le savez, le présent n’est qu’une forme développée du passé dans laquelle se prolongent les processus engagés hier. Risque bien grand mais risque assumé brillamment dans cette ouverture sur l’histoire se faisant encore hésitante aux abords des carrefours que dessinent les conditions réelles, les rapports de force, les tâches inachevées et les appels du présent. Le regard de Hocine Belalloufi se porte sur cette question qui agite notre région, le projet de Grand Moyen-Orient sorti des cartons états-uniens après la «réussite» de l’invasion de l’Irak, brièvement discuté avec les régimes arabes concernés, despotiques mais irremplaçables, qui surent trouver les arguments convaincants pour leur pérennité aux premiers résultats des élections démocratiques et en qui les Américains crurent trouver une seconde vie et la voie royale qui leur manquait avec l’agression israélienne contre le Liban qui se transforma en «6ème guerre». Les pronostics américains, israéliens et arabes, qui tablaient sur une victoire éclair d’un Israël réputé invincible et d’un désarmement du Hezbollah qui achèverait la déroute du nationalisme arabe, la fin du patriotisme dans la région et administrerait en une magistrale leçon de stratégie et de tactique militaires les preuves finales et définitives d’une supériorité d’un Etat d’Israël qui donneraient les preuves à postériorité de la sagesse de la reddition passée des Etats arabes devant la supériorité militaire et les preuves de la sagesse de toute reddition future. Condoleezza Rice, radieuse, annonçait l’accouchement du Nouveau Moyen-Orient et n’attendait plus qu’impatiemment que la violence, «cette accoucheuse de l’histoire», selon K. Marx, donne naissance au redécoupage politique tant rêvé de la région. Elle a appelé ce processus le «chaos créateur». La résistance libanaise ruinera projets et pronostics mais vous trouverez dans le livre de Hocine Belalloufi la lecture attentive et «armée» de cet épisode inaugural de ce qui devait être la marche tranquille et triomphante du GMO du Pakistan aux rives de  la Mauritanie sous les applaudissements des peuples ravis d’avoir trouvé des maîtres indiscutables par leur stature. Lecture «armée», comme on dit, des expériences de laboratoires qu’elles ont armées c’est-à-dire soumises constamment à la validation de leur objet, la vérification de l’hypothèse, la mise en place d’un protocole de conduite et de vérification. Il existe bien des différences entre la conduite expérimentale en sciences de la nature et pour les sciences sociales mais les deux ne peuvent «parler» sans des validations épistémologiques.

 

La rupture libanaise

Hocine Belalloufi ouvre son livre sur cet épisode libanais d’une lutte et de conflits régionaux qui remontent loin dans les confrontations aux dix-neuvième siècle –déjà– de la Sublime Porte et des puissances coloniales montantes, France et Grande-Bretagne,  en Méditerranée –encore !– pour la domination d’une région clé pour le commerce et les échanges vers l’Asie avant que le pétrole ne vienne mettre son odeur et ses inséparables parfums de sang. Il l’ouvre sur ce moment car –lisez le livre, il est passionnant de tous les points de vue– la victoire de la résistance libanaise ou l’échec de l’armée israélienne va provoquer une rupture. Une grande. Une immense rupture dans des processus de domination et de résistance confus, sans grande ligne générale hormis celle des défaites des régimes arabes nationalistes –pour quelles raisons de fond ?– suivies de l’émergence de nouveaux régimes inféodés aux USA ou le renforcement puis la domination des régimes arabes les plus anciennement soumis plus qu’alliés de l’impérialisme et dont l’Etat-phare reste incontestablement l’Arabie saoudite. La rupture libanaise met fin à la série des défaites visibles mais conforte aussi les petites séries de victoires politiques et militaires dont la libération du Sud-Liban de l’occupation israélienne ; petite série de victoires politiques, sociales, militaires qui n’accédaient pas à la visibilité par leur caractère parcellaire, leur discontinuité territoriale et temporelle, leurs fragilités et leur dispersion hors d’un champ arabe constitué de la résistance. C’est dire si cette victoire de la résistance libanaise était à la fois visible et porteuse, au moins aux niveaux émotionnel et symbolique et peut-être même de la conscience, d’une promesse fédérative, unificatrice, structurante sous la bannière d’une possibilité avérée d’infliger défaite et dégâts à l’ennemi. Vous suivrez dans le livre de Belalloufi la combinaison des facteurs historiques, politiques, militaires, stratégiques qui expliquent cette rupture dans ce qui apparaissait comme un processus inexorable de soumission d’une immense région vouée à être partagée sous le principe d’un peuple, d’une ethnie, d’une confession = un Etat et vouée à devenir ensemble de confettis sous l’hégémonie proche d’un Israël élevée en statue de la victoire et l’hégémonie lointaine d’une Amérique concentrant sa tendresse sur les champ pétrolifères.

 

L’écho lointain de l’histoire

Hocine portera pourtant un regard bien algérien sur cette ouverture de l’histoire. Un regard qui lui vaudra quelques haines solides dans l’establishment politique, quelques quolibets de roquets alertés d’un vague danger sur les certitudes de leurs sectes mais certainement  beaucoup de reconnaissance des lecteurs en attente d’un éclairage sérieux sur cette phase historique marquée par la profusion des fausses identités politiques, des appellations de contrebande et du bonneteau idéologique. Alors qui est qui sur la scène ? Hocine reprend les appellations en cours, les classements lapidaires ou non, les forces en présence et examine dans le détail qui est qui ?  Car, vous l’avez deviné, le principal obstacle pour comprendre la réalité de ce qui se passe, c’est d’abord les mots que nous mettons sur les choses pour les classer. C’est que, au plan national, dans la presse en particulier, le classement du Hezbollah comme parti islamiste a tendu à brouiller complètement le sens de ce qui s’est passé et de ce qui se passe toujours au Liban. Hocine est aussi un homme politique. Il y va avec d’infinies précautions pour agglomérer autour de cette idée d’une résistance possible des peuples aux plans et aux agressions impérialistes. Il ne veut choquer personne, alors il prend le temps et avec quelque tact pour expliquer que notre propre tragédie, notre propre expérience de l’islam politique et les discours qui en ont résulté ne peuvent rendre compte de la variété des courants islamiques et islamistes en œuvre dans le monde arabe. De longs développements sont consacrés à ce mystère politique qui s’appelle Hezbollah dont le discours, contrairement à son identité réclamée de Parti de Dieu, ne produit aucune des rhétoriques religieuses, développe un discours politique séculier et rationnel, appelle à des alliances non confessionnelles, s’allie avec les chrétiens de M. Aoun et avec les communistes, etc. etc.

Malheureusement, notre presse s’est faite aussi l’écho d’un danger chiite imminent sur l’Algérie au moment même où les pays arabes, Israël et les USA annonçaient que le nouvel ennemi dans la région, l’«ennemi mortel» c’est l’Iran. Le renversement d’alliance était spectaculaire. Trois pays, l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite, assumaient ouvertement ce renversement et lançaient une campagne pour faire passer leur message dans les masses arabes. D’ennemi, Israël devient l’ami. Mieux, il devient le bouclier contre les prétentions nucléaires de l’Iran, l’argument militaire dissuasif, voire le protecteur indispensable. Les USA veulent, avec l’aide de leurs amis arabes, généraliser la division sunnite-chiite expérimentée en Irak. La mayonnaise prend dans quelques journaux.

Les mêmes qui considéraient la conversion au chiisme comme un danger défendront la conversion de Habiba au christianisme comme un droit et un exercice de la liberté de conscience comme il avait auparavant mené campagne contre la venue de Majda Roumi comme le FIS avait mené campagne contre Linda de Suza. Vous ne trouverez pas cette vindicte chez Hocine, elle est juste dans mon article ; lui préfère expliquer, mettre dans les racines et dans les perspectives historiques mais je n’ai pas encore avalé le déchaînement de haine contre Majda Roumi venue dans notre pays en plein terrorisme et quand il était infréquentable.

 

Le critère de la pratique

La question du GMO nous concerne directement. Nous sommes dans  cet arc «pétrolier» et la bande sahélienne qui va du Darfour au golfe de Guinée passe par nos frontières sud. Dans notre pays comme dans d’autres des fractions de la société algériennes peuvent souhaiter l’inclusion rapide de l’Algérie dans cet arc sous tutelle américaine. Elles en escompte une intégration aux centres du capitalisme et des moyens et des possibilités d’enrichissement rapide et sécurisé par le parapluie américain. Ce même phénomène de différenciation sociale a maturé dans le monde arabe depuis longtemps. Derrière la notion de monde arabe et d’arabes se profilent des réalités sociales extrêmement complexes, des conflits internes à ces sociétés qui durent depuis des décennies, des luttes sociales qui ont mis en prise des  groupes et des classes qui ont construit comme ils ont pu et sur la base de leurs héritages culturels des représentations idéologiques et politiques.

Parfois même objectivement contraires à leurs propres intérêts mais les peuples n’apprennent pas les luttes politiques dans les académies. Ils font avec l’héritage des ancêtres et la dure expérience des échecs. Hocine va débrouiller pour nous l’écheveau des réalités sociales qui s’expriment dans les empoignades de cette région. Il va ramener cette embrouille des mots et des appellations à leur logique sociale. Celle qui éclaire réellement les choses qui se cachent derrière les mots car les mots justement ne les désignent pas mais les voilent pour jouer leur rôle d’idéologie. Mais les «hommes ne sont pas ce qu’ils disent mais ce qu’ils font» (K. Marx) et les hommes ne peuvent faire ce qu’ils font sans donner à leurs actes des justifications et des finalités qui rendent possible leur réalisation et les rendent désirables pour les autres hommes. Hocine y parvient admirablement, redonnant toute sa force à cet autre écrit de Marx et toute sa fraîcheur : «Si l’essence et l’apparence coïncidaient, alors on n’aurait pas besoin de science.» Hocine va faire ce travail de chercher l’essence des choses derrière leur apparence. C’est quoi l’Iran, qui sont les mollahs, pourquoi ce pays devient-t-il l’ennemi à abattre pour toutes les puissances impérialistes et cela fait-il de lui un pays réellement anti-impérialiste, avec ou sans limite et au profit de qui ?

 

La longue trame de l’histoire

L’âpreté des luttes actuelles autour de ce projet pas du tout abandonné mais re-profilé tactiquement en fonction des résistances a atteint des sommets. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, l’agression contre la résistance libanaise, la promesse de renvoyer l’Iran à l’âge de pierre après l’avoir fait en Irak montrent à quel degré de barbarie es arrivé le couple à trois : USA, Union européenne et Israël. Rien ne peut arrêter leurs plans sauf la résistance des peuples. Mais les peuples résistent-ils ? En apparence non, mais en apparence seulement. Hocine reprend à zéro la notion de lutte et de résistance. Il montre que le fait militaire ne peut se comprendre sans la politique et que le fait politique ne peut se comprendre sans les faits sociaux. Quel est le point commun entre une grève des ouvriers égyptiens, une lutte des travailleurs marocains, une manifestation des syndicats libanais, la défense des terres d’un village palestinien, la construction d’une organisation de guérilla libanaise ? Le fait qu’elles s’opposent à des orientations dictées de l’extérieur pour tuer toute capacité nationale de production, réduire nos pays à des marchés béants et pour accéder à nos ressources. Il le montre avec une exceptionnelle clarté. Et ces luttes ne sont pas visibles car elles ne situent pas dans un champ politique arabe unifié. Il reste à construire. Quel rêve, quelle utopie ! Pas si utopique si on apprend à voir le réel derrière les apparences et à prendre la pratique comme critère de vérité. Mais lisez le livre, vous en saurez plus long en plus du plaisir de la lecture.

 M. B.

 

Grand Moyen-Orient GUERRES OU PAIX ? de Hocine Belalloufi – 2008 – Editions Lazhari Labter – 309 pages – 600 DA

 

 

CRISE FINANCIÈRE MONDIALE
La Sérénité inquiétante de l´Algérie
29 Septembre 2008 - sur le quotidien national l'expression

Karim Djoudi, ministre des Finances"Tout va très bien, tout va très bien. Pourtant, il faut, il faut que l´on vous dise, On déplore un tout petit rien: Un incident, une bêtise, La mort de votre jument grise, Mais, à part ça, Madame la Marquise Tout va très bien, tout va très bien"....Ray Ventura

A bien des égards, cette chanson décrit bien la situation financière actuelle. La crise économique connaît de nouveaux rebondissements, de nouvelles faillites ayant eu lieu. Utilisant l´argent du contribuable pour combler les pertes, le Trésor américain annonce un plan de 700 milliards de dollars. Mais la crise n´est pas finie. Il y a quinze jours, c´était la crise réelle qui tenait le devant de la scène, avec un monde développé en récession. Désormais, c´est la crise financière qui passe au premier plan. Elle progresse suivant toujours le même axe: l´effet domino, où chaque pièce qui tombe en entraîne une autre à sa suite. " Après Fannie et Freddie, écrit Isaac Joshua, les deux géants du refinancement hypothécaire américain, la banque d´affaires Lehman Brothers; après Lehman, la compagnie d´assurance n°1 mondial AIG, après AIG, la banque anglaise Hbos, rachetée en catastrophe par la Lloyds TSB. (...) Mais l´effet domino, nous dit Isaac Joshua, a élargi son cercle et concerne de nouveaux acteurs, qui ne sont plus directement liés au marché hypothécaire américain.
La chute de Fannie et Freddie s´explique évidemment par l´effondrement de ce marché. Tel est encore le cas de Lehman, fortement impliqué dans le crédit immobilier aux États-Unis. Nous en sommes même arrivés à un effet domino qui anticipe son propre mouvement. Une fois un domino tombé, les acteurs de la finance cherchent quel sera le prochain, persuadés qu´il y en aura un. Chaque fois qu´une victime est désignée, la meute de loups l´entoure, l´isole, fixant sur elle des yeux de braise, attendant qu´elle tombe pour la dépecer, tout en se lamentant sur la crise effroyable. La logique de la crise financière est désormais auto-entretenue".(1)
"Le plus grave, c´est qu´à côté de l´effet domino, il y a un effet ping-pong, où sphère financière et économie réelle se renvoient la balle.(...) En une dizaine de jours, la probabilité d´une crise mondiale s´est nettement accrue. Mais une autre possibilité est maintenant ouverte: celle d´un effondrement en cascade de l´ensemble du système financier mondial. Et les autorités publiques s´empressent de voler au secours du capital, comme elles l´ont fait avec Fannie et Freddie, puis à nouveau avec AIG.
On nous a longuement et doctement expliqué que les marchés s´équilibraient eux-mêmes, et qu´il ne fallait surtout pas intervenir, ni perturber leur fonctionnement. Mais, dès que le système de profit est menacé, les beaux discours sont jetés aux orties, littéralement piétinés, et il ne reste plus que la réalité toute crue de la défense du fric. Le système capitaliste lui-même n´a-t-il pas démontré sa nocivité, l´effroyable capacité qu´il a d´entraîner avec lui toute l´humanité aux abîmes? Un sursaut s´impose, la contre-offensive doit s´organiser. Il nous faut un nouveau plan d´urgence, un plan d´urgence face à la crise".(1)
Deux événements majeurs retiennent actuellement l´attention du monde: la crise économique mondiale et l´ouverture de la 63e session de l´Assemblée générale des Nations unies. Rares sont ceux qui ont relevé les interventions d´Évo Morales, président de la Bolivie, de Cristina Fernandez, présidente de l´Argentine, de Luis Ignacio Lula, président du Brésil, d´Antonio Lugo, président du Paraguay et ainsi que celles de nombreux autres représentants de l´Amérique latine, de l´Afrique, de l´Asie et du Moyen-Orient. La grande majorité des intervenants de l´Amérique latine ont fait ressortir que le modèle d´un capitalisme laissé à lui-même avait été la principale cause du sous-développement dont souffre toujours le Continent. Le capitalisme ne peut répondre qu´à des intérêts individuels et corporatifs et c´est hors de sa nature même de répondre aux intérêts du Bien commun des peuples.(2)
"Les objectifs recherchés étaient toujours les mêmes: soutirer le maximum des ressources matérielles, humaines et organisationnelles pour en obtenir " le plus " en payant " le moins ". Mais, voilà que depuis une dizaine d´années, la démocratie a ouvert ses portes à la montée de partis politiques qui veulent en découdre avec ce système qui génère pauvreté et misère pour les uns, richesse et pouvoir pour les autres. (..) Plusieurs intervenants n´ont pas manqué l´occasion de faire ressortir que les grands défenseurs du capitalisme, comme système économique idéal, deviennent, dans le cadre de la présente crise, de véritables socialistes en demandant à l´État d´intervenir pour sauver le système de la banqueroute. De mauvaises langues ont parlé d´un socialisme pour les dettes et les déficits et d´un capitalisme pour les profits. Dans le premier cas, c´est le peuple qui s´en charge, dans le second cas, ce sont les maîtres du jeu qui encaissent. C´est ainsi que des centaines de milliards de dollars sortent, comme par magie, des coffres de l´État pour renflouer le système. Par contre, lorsque les "socialistes" parlent de mettre des limites au capitalisme en le soumettant aux exigences d´un bien commun comme le partage des terres, le contrôle des richesses naturelles, la santé, l´éducation, l´alimentation, tout cela devient de l´interventionnisme d´État, jugé inacceptable et néfaste pour l´économie. Je pense que le discours des présidents de ces nouvelles démocraties montantes éclaire les voies de l´avenir pour les personnes et les peuples à la conquête du respect de leurs droits et de leur dignité (...) Lorsqu´Hugo Chavez, président du Venezuela, parle du socialisme du XXIe siècle".(2)
Pour bien décrire la situation actuelle Dominique Dhombres parle de hold-up du siècle. "Le contribuable américain doit sauver les banquiers pourris, sinon il lui en cuira! Dobeliou l´a dit devant toutes les chaînes de télévision américaines réunies. C´est très fort. Le citoyen américain a intérêt à régler l´addition laissée par ces voyous de Wall Street. Sinon, il risque de perdre son travail, sa dignité, sa maison, jusqu´à son pantalon (..) Messieurs les parlementaires démocrates, s´il vous plaît, agissez! Vous devez voter dare-dare mon plan d´urgence de 700 milliards de dollars. Si vous traînez, c´est le gouffre. Si vous rechignez, l´horreur. On admirera, au passage, le combat intérieur, digne des plus grands mystiques, dont Dobeliou est la proie". "Le marché ne fonctionne pas correctement. En fin de compte, notre pays pourrait être confronté à une longue et pénible récession. Chers concitoyens, nous ne devons pas le permettre." En clair, payez! Il faut, à tout prix, verser fissa la caution de tous ces bandits en élégants costumes à fines rayures qui sont en garde à vue au commissariat du coin. Si vous ne les sortez pas du trou, c´est vous qui y tomberez! Payez, mais payez donc! Le Congrès fait des manières? Il voudrait qu´on en laisse quelques-uns, au trou. Dobeliou approuve! Mais par pitié, messieurs les démocrates, majoritaires au Congrès, payez! payez! (..) Il fallait y penser. Le hold-up du siècle!"(3)
Pour Attac France, M. Sarkozy a développé une analyse en apparence sévère par rapport aux excès les plus visibles du capitalisme financier. Mais, ce qu´il n´a pas dit, c´était que la financiarisation, c´est-à-dire l´enrichissement des riches et la spéculation des institutions financières, était nourrie par toutes les dégradations sociales. Plus profondément, la responsabilité en revient à la logique même du néolibéralisme, c´est-à-dire aux politiques menées depuis trente ans et qui n´ont eu pour résultat que de renforcer l´emprise de la finance sur toutes les sphères de la société et ses corollaires que sont l´explosion des inégalités et la marchandisation du monde. (...) Dans ces conditions, une démarche de rupture qui tirerait les leçons de la crise de ce système devrait remettre en cause toutes les politiques de dégradation sociale appliquées aujourd´hui partout en Europe et dans le monde. Parce qu´aujourd´hui un autre monde n´est pas seulement possible, il est aujourd´hui indispensable.(4)
On sait que l´intervention de George Bush, faite pour rassurer, a eu l´effet contraire. Elle est interprétée comme une preuve que les USA sont au bord du gouffre.
Les pays asiatiques, lourdement chargés de la dette américaine, ne cachent plus leur inquiétude. M.Yu Yongding, ancien conseiller de la Banque centrale chinoise, avertit que " la Chine est très préoccupée par la sécurité de ses actifs ", et met les points sur les I: " Si on veut que la Chine garde son calme, on doit aussi garantir à la Chine que ses actifs sont en sécurité. " M.Yu espère qu´un accord entre les principaux créanciers de l´Asie permette d´éviter que ne s´enclenche une incontrôlable " vente panique " des bons du Trésor US. (...) Un accord est nécessaire afin qu´aucun pays ne se précipite pour vendre, " provoquant un effondrement ", déclare M.Yu.
Le Japon est le plus grand détenteur de bons du Trésor américain, avec 593 milliards de dollars, et la Chine vient en deuxième position avec 519 milliards. Les pays asiatiques détiennent ensemble la moitié sur un total de 2670 milliards de bons du Trésor accumulés hors des USA. La Chine, le Japon, la Corée du Sud et d´autres nations devraient se réunir prochainement pour conclure un accord, estime M.Yu. "Cela serait inhabituel. Mais si on s´aperçoit que les nations asiatiques vendent leurs bons du Trésor, les marchés le prendraient très mal.
C´est quelque chose qu´il faut éviter. "La Chine a tiré une leçon de la crise financière aux Etats-Unis, qui est: "Pourquoi continuons-nous à accumuler ces reconnaissances de dettes si elles peuvent ne pas être honorées? " La stratégie économique chinoise, en mettant l´accent sur la croissance des exportations, a produit des excédents commerciaux qui se sont traduits par l´accumulation de 1810 milliards de dollars sous forme de réserves de change, et cela constitue le principal problème, note M.Yu. Sans appréciation du yuan, la Chine continuera d´accumuler des réserves en devises, ce qui signifie continuer à accumuler " des reconnaissances de dettes des Etats-Unis", déclare M.Yu. "C´est du papier, qui peut ne pas être honoré, et qui ne va pas améliorer le bien-être national de la Chine."(5)
Mutatis Mutandis avec la Chine -qui, elle, est inquiète-, comment l´Algérie -force tranquille- s´est préparée à cette crise multidimensionnelle et dont les prémisses sont connues depuis plus d´un an avec le feuilleton des subprimes. Il est hors de doute que le peuple doit savoir ce qui est fait de ses deniers. Les élus qui se dépensent tant pour améliorer leur condition sociale devraient, maintenant qu´ils ont extorqué des salaires aussi élevés, faire en sorte de les mériter. Notre gouvernement doit aussi rendre compte par médias lourds interposés et d´une façon didactique aux citoyens que nous sommes et ne pas les traiter de haut d´une façon condescendante. Que deviennent les 130 ou 140 milliards de dollars en bons du Trésor américain dont on sait qu´ils peuvent subir les retombées de cette crise multidimensionnelle? Doit-on se tenir le ventre devant les convulsions du monde et attendre d´une façon inerte que l´orage passe? Il ne passera pas sans dégâts. Il y a, comme nous l´avons écrit plus haut, une remise en cause salutaire du néolibéralisme prédateur. Nous devons plus que jamais serrer les rangs et avoir une économie de guerre qui doit impérativement se substituer à l´économie de bazar et l´économie du conteneur. Il nous faut réapprendre à fabriquer, pour commencer, le fil à couper le beurre- car nous ne savons plus rien faire- seul voie obligée de recherche et de mise en place d´un savoir-faire pérenne. Il nous faut sauver ce qui reste de notre économie et donner un coup d´arrêt à cette couse effrénée vers l´abîme de la privatisation prédatrice qui jette sur le pavé des milliers de travailleurs au nom de la mondialisation qui fait de nous des victimes consentantes du marché. Il nous faut inventer une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l´éviction des grandes féodalités économiques et financières qui n´apportent rien comme valeurs ajoutées. Cela suppose un retour à la nation et des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun. Nous devons imaginer un plan de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d´existence. Un droit au travail, une sécurité de l´emploi et enfin, un réajustement important des salaires et la garantie d´un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur - en fonction de sa vraie valeur ajoutée et non en fonction d´une quelconque capacité de nuisance,- la sécurité, la dignité et la possibilité d´une vie pleinement humaine. Le monde est en train de découvrir dans la douleur que le marché ne peut et ne doit pas se substituer à l´Etat qui doit, plus que jamais, être présent.
Dans ce cadre, le monde de l´énergie étant ce qu´il est, notamment dans l´irrationalité des prix du pétrole, il paraît inexplicable que l´on continue encore à saigner le sous-sol algérien d´une façon frénétique pour gagner des dollars qui s´effritent à Wall Street. Il faut savoir que les quantités de pétrole vendues ces dernières années, quand le pétrole valait moins de 50 dollars, auraient rapporté deux fois plus de dollars si elles étaient vendues en 2008 avec un prix moyen de 100$. Le pétrole étant de plus en plus rare, la probabilité de découvrir un autre Hassi Messaoud tend vers zéro. Ces mêmes quantités épargnées, vendues dans le futur- au moment où on aura besoin d´un financement bien identifié- nous auraient rapporté beaucoup plus!! Devant les incertitudes du futur, il est nécessaire de jouer la transparence et d´associer le peuple algérien à son destin. Notre meilleure banque c´est - au risque d´être lancinant- notre sous-sol. Les responsables politiques, économiques ne doivent pas se laisser impressionner par l´actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie à l´échelle mondiale et qui ciblent en premier les pays vulnérables comme le nôtre. La crise se résorbera car les loups ne se mangent pas entre eux, elle laissera des séquelles, à nous d´être prudents.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Isaac Johsua. http://www.millebabords.org/ spip.php?article9153# forum923. 27.09.2008
2.Oscar Fortin-La fin d´un empire et l´émergence d´un nouveau monde. Alterninfo 26.09.08
3.Dominique Dhombres: Le hold-up du siècle, Le Monde 25.09.08
4.Discours de N.Sarkozy.Communiqué d´Attac France, 25 septembre 2008
5.Kevin Hamlin, Yu Yongding veut prévenir une "vente panique" de bons du Trésor US Bloomberg, 25 septembre 2008 http://contreinfo.info/article. php3?id_article=2199

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

 

Crise financière : La débâcle du capitalisme mondial et prédateur

25 Septembre 2008 - Prof. C .E. Chitour - Paru dans le quotidien l'expression

« Pile, je gagne. Face, les contribuables perdent. »

Paul Krugman dans le New York Times du 15 septembre : Devise des banquiers

Le monde de la finance est entrain de s’écrouler. Le 11 septembre, a vu une panique généralisée , le dépôt de bilan de Lehman Brithers, le sauvetage de « Freddie", la nationalisation de l’assureur AIG et en définitive l’annonce catastrophe d’un Plan de sauvetage par monsieur Paulson secrétaire d’Etat au trésor, de 700 milliards de dollars, certains parlent de 1300 milliards de dollars.
Pour les démocrates Le plan de sauvetage présenté "n’est pas acceptable" en l’état, a déclaré mardi 23 septembre le président de la commission bancaire du Sénat, le démocrate Chris Dodd. "Ce qu’ils (le gouvernement) nous ont envoyé n’est pas acceptable. Cela ne va pas marcher", a dit Chris Dodd à la presse après avoir auditionné M. Paulson et le président de la réserve fédérale américaine Ben Bernanke. "Ils vont devoir revenir et travailler avec nous", a affirmé M. Dodd "700 milliards de dollars, c’est beaucoup d’argent pour moi, c’est beaucoup d’argent pour les contribuables", a-t-il ajouté.
Les plus hauts dirigeants américains ont imploré mardi le Congrès d’adopter rapidement un plan de sauvetage du système bancaire, alors que les places financières mondiales restaient dominées par l’inquiétude après 10 jours d’une crise sans précédent. Devant l’ONU, le président George W. Bush a assuré que le Congrès allait approuver le plan de sauvetage "avec la rapidité requise". Le président brésilien Luiz Inacio "Lula" da Silva a appelé à "rebâtir" les institutions financières internationales afin qu’elles puissent prévenir les crises à l’avenir. Malgré son ampleur, le plan de sauvetage américain ne lève pas les incertitudes. A l’ONU , Nicolas Sarkozy a invité, mardi 23 septembre, les dirigeants des pays "les plus directement concernés" à se réunir avant la fin de l’année pour tirer "leçons (...) de la crise financière la plus grave qu’ait connue le monde depuis celle des années 1930". (1)

Le G7 soutient "fortement" le plan de sauvetage américain Bruxelles s’est également félicité de la mise en place par Washington de ce plan à 700 milliards de dollars. George W. Bush a défendu une approche "audacieuse", qui va cependant faire passer la dette américaine à environ 11.300 milliards de dollars. La faillite de Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaine, fragilise un peu plus un secteur en crise depuis plus d’un an. Chacun craint une réaction en chaîne. Par définition, les sociétés financières reposent sur la confiance. Une fois celle-ci ébranlée, les clients deviennent méfiants, exigent des garanties ou placent leur argent ailleurs, accélèrant la chute. C’est ce qui s’est passé avec Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac, AIG, Washington Mutual, Lehman, Merrill Lynch... Les rumeurs négatives, de ce fait, accélèrent la descente aux enfers. Difficile à ce jour de cerner l’ampleur des dégâts. Tant que les banques créancières ne communiqueront pas sur le sujet, les seules informations disponibles sont consignées dans le document déposé dimanche soir par les dirigeants de Lehman Brothers aux autorités américaines lors de sa procédure de suspension provisoire de poursuites.(2)

D’une façon synchrone à la Fed, les banques anglaises, japonaises et la BCE on injecté des sommes énormes pour donner confiance aux investisseurs. Ainsi Mardi 16 septembre 2008 : La Banque Centrale Européenne a injecté 165 milliards d’euros pour sauver les banques.. Depuis 8 jours, le montant des injections réalisées par la Banque centrale européenne a lui atteint environ 178 milliards d’euros, et quelque 117 milliards pour la Fed. La Banque d’Angleterre n’est, de son côté, intervenue sur les marchés qu’à hauteur de 86 milliards d’euros, comme la BoJ, et la Banque nationale suisse de 7 milliards. Le montant des injections réalisées par l’ensemble des banques centrales atteint ainsi plus de 470 milliards depuis la mise en faillite de Lehman Brothers au début de la semaine dernière.

Bref retour en arrière pour parler de la précédente crise qui de l’avis des spécialistes est moins brutale que celle déclenchée aux Etats Unis un certain 11 septembre 2008, décidément ce chiffre porte la poisse « Impossible écrit Thomas Wieder d’y échapper. A chaque grande secousse de l’économie mondiale, la question revient sur toutes les lèvres : "Sommes-nous en 1929 ?" Ceux qui la posent ont en tête les mêmes images : hommes attroupés devant Wall Street lors du fameux Jeudi noir ; familles en haillons rassemblées autour d’une soupe populaire ; et puis, bien sûr, ces fermiers de l’Oklahoma chassés de leurs terres et jetés sur les routes, dont Steinbeck a raconté la triste odyssée dans Les Raisins de la colère... Comme le remarquait l’économiste John Kenneth Galbraith (1908-2006), 1929 est l’une des rares années, aux Etats-Unis, dont "chacun se souvient". Au point, ajoutait-il, que la mémoire des Américains s’est longtemps structurée autour de ce sombre millésime ("On est allés en faculté avant 1929, on s’est mariés après 1929, on n’était même pas nés en 1929"). Rien, a priori, ne devait faire de 1929 une année noire. Dans le dernier discours sur l’état de l’Union qu’il prononça avant de quitter la Maison Blanche, le 4 décembre 1928, le président Calvin Coolidge avait déclaré aux membres du Congrès qu’ils pouvaient "considérer le présent avec satisfaction et l’avenir avec optimisme" »(3)

« Au cours des années 1920 poursuit Thomas Wieder, les Etats-Unis se sont en effet considérablement enrichis. Malgré quelques à-coups en 1924 et en 1927, la production industrielle s’est envolée. Or la croissance entretient la confiance. Et celle-ci s’accompagne d’une véritable frénésie spéculative. En 1927, 577 millions d’actions sont échangées à la Bourse de New York ; en 1928, 920 millions. Dans le même temps, les cours grimpent en flèche. Au cours de l’été 1929, certaines valeurs gagnent plus de 25 %. Courant septembre, cependant, le marché commence à s’essouffler. "L’envolée des cours était telle qu’un rien pouvait suffire à inverser la tendance. La faillite de Clarence Hatry, un homme d’affaires londonien à l’honnêteté douteuse, semble avoir joué un rôle déclenchant dans cette époque où la hausse se fragilisait à mesure qu’elle se confirmait", explique Bernard Gazier, professeur d’économie à la Sorbonne Tout bascule le 24 octobre. Ce jeudi, six millions d’actions sont mises en vente. Du jamais vu. Tout au long de la matinée, les prix s’effondrent. La foule se presse autour de Wall Street. Selon un journaliste, on lit sur les regards "une espèce d’incrédulité horrifiée". A midi, on compte déjà onze suicides de spéculateurs ruinés ».(3)
« Au même moment, dans les locaux de la banque J.P. Morgan, en face de la Bourse, une réunion de crise est improvisée en présence d’une demi-douzaine de grands banquiers. Ils décident de soutenir le marché en rachetant massivement des titres stratégiques. L’effet est immédiat. A la fin de la journée, certaines actions sont même en hausse par rapport à la veille. Mais le sursaut n’est qu’éphémère. Le Jeudi noir a définitivement rompu la confiance Lundi 28 octobre, neuf millions de titres sont vendus ; mardi 29, seize millions. Cette fois, les banquiers n’interviennent pas. Plus rien ne peut enrayer le krach. Mi-novembre, l’indice Dow Jones a perdu 51 % de sa valeur depuis septembre. L’effondrement des cours se poursuivra, de façon presque linéaire, pendant plus de trois ans. Le krach de 1929 est donc, avant tout, lié à l’éclatement d’une bulle spéculative. Celle-ci s’est notamment constituée grâce à l’engouement spectaculaire pour les call loans (prêts au jour le jour). ». (3)

"Aucune muraille de Chine ne sépare le fiduciaire du réel, souligne John K. Galbraith dans son étude classique sur La Crise économique de 1929 (Payot, 1970). Le rôle de la catastrophe boursière dans la grande tragédie des années 1930 (...) fut d’une importance indiscutable." La spirale est infernale. La ruine des courtiers accule les banques, dont ils sont les débiteurs, à la faillite - 4 300 établissements ferment entre 1929 et 1931. Des millions d’épargnants perdent leurs économies en un jour. L’effondrement du pouvoir d’achat entraîne une chute de la demande et une contraction de l’activité. Quatre millions d’Américains sont au chômage en 1930, douze millions en 1932. Mais l’ampleur qu’elle prend aux Etats-Unis n’est pas la seule originalité de cette crise. Celle-ci, souligne Bernard Gazier, "se caractérise surtout par sa propagation fulgurante à travers le reste du monde". L’économiste insiste sur "l’effet domino" du krach de Wall Street dans l’épanouissement de la Grande Dépression à partir de 1930-1931. Avec une double conséquence. D’une part, l’abandon progressif de l’étalon-or aboutit à la désintégration du système monétaire mondial. D’autre part Les pays industrialisés recourent à des méthodes protectionnistes (hausse des barrières douanières, quotas, etc.). Pour Bernard Gazier, ce "verrouillage protectionniste" constitue la première différence entre la crise de 1929 et la crise actuelle. La seconde différence, majeure, tient, selon lui, à la place des Etats dans le règlement de la crise. "En 1929, l’Etat n’avait absolument pas les moyens d’intervenir comme il le fait aujourd’hui en injectant des liquidités quand le système menace de s’effondrer. Roosevelt, qui était à la tête d’un Etat fédéral pesant 10 % du PIB, n’a jamais imaginé mener une vraie politique de relance de type keynésien. Aujourd’hui que l’Etat pèse 40 % du PIB, il peut intervenir beaucoup plus facilement. L’Etat doit en effet à la fois punir des spéculateurs et sauver le système. Pour le grand public, c’est incompréhensible." (3)

Déjà en 2007 avec le déclenchement de la crise des subprimes, on s’interrogeait si ce n’est pas une réplique de 1929. « Sommes-nous confrontés à un nouveau jeudi noir ? écrit Danielle Bleitrach La fermeture de trois fonds de la Banque BNP Paris Bas a déclenché un vent à la baisse sur toutes les places boursières. A l’origine de la panique expliquent les commentateurs, il y aurait les « subprimes ». Ces prêts immobiliers accordés aux ménages nord-américains les moins solvables et que leurs débiteurs pourraient de moins en moins honorer. On nous présente la crise comme étant liée au fait que les ménages nord-américains non solvables ont été incités par des prêts à acheter des logements. La baisse du prix des terrains et de l’immobilier n’avantage que ceux qui auraient les moyens d’acheter au comptant, les autres qui à un moment quelconque sont obligés de réaliser leur biens se retrouvent avec un bien moins cher, dont ils doivent continuer à payer les intérêts en hausse. Or les prix ont commencé à redescendre depuis quelques mois. Comme les taux d’intérêt grimpaient, il leur était de plus en plus difficile d’honorer leurs prêts. Plusieurs ménages endettés, qui croyaient faire une bonne affaire, ont cessé de rembourser leurs prêts hypothécaires. Enfin il faut voir que la crise dite des subprimes part des pauvres surendettés, précarisés, au chômage, mais atteint de plus en plus des couches beaucoup aisées de la population . (..) Les subprimes ne sont que le niveau visible de l’iceberg. La crise des liquidités, crise de confiance, n’est pas simplement lié au défaut de paiement des ménages non solvables nord américain, mais c’est tout le système de financement de l’économie par le biais des jeux monétaires, qui est en cause. Nous avons donc une économie de casino qui engendre des phénomènes spéculatifs, mais cette spéculation n’est pas purement virtuelle, elle repose dans tous les cas dans sur un renforcement de l’exploitation, un accroissement monstrueux des inégalités au niveau planétaire (..).Nous sommes non pas seulement dans des crises financières à répétition mais dans une crise systémique ».(4)

Plus dure est la chute après la gloire. Bear Stearns, Lehman Brothers, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Morgan Stanley. Depuis vingt ans, ces cinq banques d’affaires américaines faisaient rêver les financiers du monde entier. En raison des profits exceptionnels qu’elles dégageaient et en raison des bonus mirifiques que touchaient les salariés. En 2006, année record, leurs 170 000 employés s’étaient partagés 36 milliards de dollars de primes de fin d’année. Avec des pointes à plus de cent millions de dollars pour quelques-uns des traders stars. Leur puissance et leur opulence se doublaient d’une arrogance sans limites. Mais voilà, en quelques mois, la bande des cinq a disparu, victime de la crise des subprimes et plus généralement des marchés de crédit. Cette déconfiture s’explique facilement lorsqu’on sait que ces banques tiraient l’essentiel de leurs profits des activités de marchés Avec la paralysie observée sur les marchés du crédit à la suite de la crise des subprimes, c’est une bonne partie de leur fonds de commerce qu’elles ont perdu. Fragilisées, elles ont ensuite été victimes de l’action de certains hedge funds qui, en vendant massivement les titres, leur ont fait rendre gorge.

Comme le décrit Michael Shedlock sur le site de Seeking Alpha Financial, ce fut un grand moment de vérité : « Lorsque vous l’entendiez décrire la situation, vous aviez la gorge nouée », raconte le sénateur démocrate de New-York Charles E. Schumer. Ces mesures, au mieux, retarderont l’Armageddon mais qu’ils n’ont pas écarté le danger : « Les interventions gouvernementales ne peuvent jamais empêcher un Armageddon financier. En fait, l’intervention du gouvernement dans les marchés libres garantit l’Armaggedon. L’Armageddon n’a pas été évité, juste retardé, au frais du contribuable. » Ecoutons l’économiste Nouriel Roubini dont la plupart des prévisions se sont révélées exactes Il prédit, selon le journaliste économique Felix Salmon, « des pertes de 2000 milliards de dollars de crédits, la nationalisation de la moitié du système bancaire US, des défauts de paiement, l’accélération de la baisse des prix de l’immobilier, un arrêt brutal de la consommation des ménages, une contagion globale, une récession, que sais-je encore. »(5)

Aujourd’hui, tous les ingrédients d’une récession sont réunis, en particulier aux Etats-Unis. En 2000, l’éclatement de la bulle technologique a provoqué une récession relativement légère. Mais rien ne garantit qu’il en sera de même pour la prochaine récession. En économie, le passé n’est pas un guide pour l’avenir. La crise actuelle des marchés monétaires renforce la perspective d’une récession affectant l’ensemble de l’économie. L’économie n’est pas une science exacte. La morale ce cette débâcle est : « Contribuables : "Payez !" » Quand les banques privées européennes jouent à l’économie-casino, elles gagnent toujours. L’Etat vient au secours de leur gabegie en puisant dans les fonds publics. Par contre quand tout va bien pour elles, ce sont une minorité ; les actionnaires qui empochent la mise ! Joseph Stieglitz prix Nobel d’économie a bien raison de parler de « socialisation des pertes » , mais pas des profits … Pour nous, il faudrait savoir si les 120 milliards de dollars ne vont pas fondre dans cette tourmente.

1.Le plan Paulson n’est "pas acceptable" en l’état, AFP. 23 09 2008.

2.La finance mondiale redoute l’effet domino Challenge.fr. 18 Septembre 2008

3. Thomas Wieder : 24 octobre 1929, tout bascule : Le Monde du 21.09.08

4. Danielle Bleitrach :La crise financière pour les nuls, par une nulle… 11 août 2007

5.D. Schechter Notre 11 septembre financier : http://www.legrandsoir.info/spip.php ?article6879

Prof. C .E. Chitour Ecole Polytechnique

 

 

 

Le bateau algérien vogue sur l’océan de l’économie mondiale

par Mourad Benachenhou*

 

Combien de fois faut-il que l’Histoire se répète, pour que ceux qui sont supposés la faire en tirent les leçons ? Y a-t-il une réponse à cette question ?

On peut suggérer que, le temps aidant, la réponse à cette question pourrait apparaître avec la clarté des vérités qui sont tellement évidentes qu’on ne pense même pas à les proclamer. Dans le long terme, les questions les plus ardues trouveront réponse. Mais, hélas ! Comme se plaisait à le répéter l’économiste John Maynard Keynes : « Dans le long terme, nous serons tous morts ».

 Eviter l’aveuglement de la complaisance

La question posée n’a rien de philosophique : il s’agit simplement de se demander si les réactions officielles suscitées par les crises économiques passées vont se reproduire face aux circonstances actuelles. On sait comment les milieux officiels ont réagi à la crise économique du milieu des années quatre-vingt du siècle passé, qui a entraîné l’effondrement du prix du pétrole. Ils ont simplement proclamé que cette crise ne concernait pas l’Algérie, qui, suivant l’expression utilisée par certains, « n’est pas le Mexique ; » ils ont même été jusqu’à se déclarer « prêts à aider financièrement certains pays industriels s’ils en faisaient la demande ». Il est à souhaiter que la terrible leçon d’économie infligée à l’Algérie du fait de l’irresponsabilité des dirigeants de l’époque a été assimilée et que l’autosatisfaction, la complaisance et la condescendance ne vont pas de nouveau être affichées en réponse à la tempête qui se prépare et dont même l’économie algérienne subira les conséquences destructives, tout comme le reste du monde, dont elle est partie.

Une crise rampante depuis deux années

C’est une crise dont les premiers signes sont apparus, dès 2006, essentiellement dans un certain nombre de pays les plus avancés, dont les secteurs financiers - échappant à tout contrôle au nom du principe cher à Adam Smith suivant lequel les mécanismes du marché constituent les remèdes automatiques aux outrances du capitalisme débridé, et profitant de politiques monétaires laxistes des gouvernements en cause - se sont lancés dans le financement spéculatif d’opérations portant tant sur l’immobilier que sur les matières premières et les transactions en bourse. Il a suffi qu’un élément, important certes, de cette vaste pyramide Ponzi - à savoir le marché des prêts hypothécaires - s’affaiblisse pour que tout l’édifice complexe du système financier de ces pays montre des signes d’effritement, plus ou moins accéléré suivant le pays en cause.
Il se trouve que le pays où le principe de la totale liberté de transaction est appliqué dans toute son implacable et barbare logique, à savoir les Etats-Unis d’Amérique - où la spéculation financière a atteint des niveaux et des montants incommensurables - est celui également où la déliquescence du secteur bancaire est la plus poussée.



L’effondrement de la pyramide Ponzi

A ce jour, 285 banques américaines ont été déclarées insolvables ; deux grandes sociétés d’investissement séculaires et brassant des centaines de milliards de dollars, Lehman Brothers et Merrill Lynch ont été purement et simplement dissoutes, la première se déclarant en faillite, la seconde acceptant d’être vendue à une grande banque américaine ; les deux grandes sociétés d’investissement restantes ont été obligées de transformer leur statut pour diluer les risques causés par leurs pertes dans certaines transactions spéculatives portant sur l’immobilier comme sur les opérations boursières.

La plus grande banque mutuelle américaine - la WAMU - dont les actifs sont évalués à plus de trois cents milliards de dollars, vient de se déclarer en état de cessation de payement, ce qui constitue la plus faillite bancaire de l’histoire américaine.

Les deux grandes institutions de refinancement des prêts hypothécaires - Freddie Mac et Fannie Mae - ont été placées sous administration de l’Etat central. AIG, la plus grande compagnie d’assurance du monde a subi le même sort. Autre mesure indice de la gravité de la situation du secteur financier américain : le gouvernement fédéral, soutenu par le Federal Reserve System, ou FED, la banque centrale des USA, se propose de verser une subvention aux banques dont le bilan est alourdi par des crédits hypothécaires douteux, pour un montant de sept cents milliards de dollars, dont les règles d’utilisation seraient laissées à la discrétion du ministre américain des Finances - le Secrétaire d’Etat au Trésor. Ce montant représente dix-sept et demi pour cent des créances hypothécaires douteuses, dont le montant est évalué à quatre mille milliards de dollars. Le fait même que le Trésor américain ait pris l’initiative de faire cette proposition qui vise à impliquer en concours définitif le budget fédéral dans les opérations de sauvetage des entreprises financières, prouve, s’il le fallait encore, que la situation exige plus que de simples avances à court terme de la banque centrale, et qu’elle va perdurer.

Cette avalanche de mise en faillite et de placement sous administration n’est pas prête de s’arrêter ; il ne semble pas que la débâcle du secteur financier américain ait atteint son paroxysme. D’autres entreprises bancaires sont en situation d’extrême fragilité et peuvent être contraintes d’un moment à l’autre d’arrêter leurs opérations et de connaître le même sort que les 285 banques en état de cessation de payement. Il ne s’agit pas ici de proposer une analyse des multiples causes de cet effondrement cataclysmique du secteur financier américain, qui commence à donner des signes de contagion sur le secteur productif, mais de s’interroger sur les conséquences qui peuvent en être attendues sur l’économie algérienne.

Il apparaît évident, à travers les informations publiques, que l’effet de domino enclenché par le cataclysme financier n’a pas encore fini de dévoiler toutes ses conséquences, quelles que soient par ailleurs les décisions prises en catastrophe pour atténuer ces conséquences. La crise économique n’en est, en fait, qu’à ses débuts et, comme le montrent le cafouillage actuel dans les mesures prises ça et là par les autorités politiques et financières de différents pays industrialisés, nul ne peut prédire comment elle évoluera.

La dévaluation du dollar va se poursuivre

 La conséquence la plus visible est que le taux de change du dollar par rapport aux monnaies internationales principales, à savoir l’euro et le yen, ne se redressera pas de si tôt. L’énorme dette extérieure américaine, évaluée par les services du Trésor à plus de treize mille milliards de dollars, le déficit budgétaire pour l’année fiscale 2009, qui va crever le plafond des mille cents milliards de dollars lorsque la mesure de subventions des entreprises financières américaines sera mise en oeuvre, le déficit de la balance des comptes courants sont des indicateurs qui ne peuvent que corroborer la conclusion que la principale monnaie de réserve mondiale connaitra des jours difficiles dans les années à venir.

La relance de l’endettement international, conséquence de l’accroissement du déficit budgétaire va avoir également des effets sur le service de la dette extérieure, rendant impossible le redressement de la valeur du dollar, et présageant de la continuation de son affaiblissement, même si les pays qui en conservent dans leurs réserves de change n’ont pas intérêt à jouer sa dévaluation, et prendront toutes les mesures nécessaires pour éviter son effondrement sur le marché des changes, y compris des opérations d’achat massives, comme celle des récents jours.



 La dévaluation du dollar inflige des pertes à l’économie algérienne

Du fait de la structure de son commerce extérieur et de la règle imposée d’accepter exclusivement le dollar comme monnaie de payement de ses exportations d’hydrocarbure, qui représentent quatre-vingt-dix-huit pour cent de ses recettes extérieures, l’Algérie continuera à subir la détérioration du pouvoir d’achat du dollar, d’autant plus que ses importations proviennent à plus de quatre-vingts pour cent de pays utilisant d’autres monnaies que le dollar pour leurs exportations ou exigeant le payement en d’autres devises que le dollar, pour se prémunir contre sa perte de valeur. Il est à noter que toute baisse de la valeur du dollar par rapport à l’euro, qui représente 64 pour cent des payements extérieurs algériens, si tenue soit-elle, fait perdre à l’Algérie des sommes importantes : par exemple une baisse du dollar de un pour cent par rapport à l’euro, ce qui n’est nullement rare, représente une perte de change de un milliard de dollars en supposant que quatre-vingts pour cent des réserves de changes algériennes sont détenues en dollars, et de six cents millions de dollars si cette proportion est réduite à cinquante pour cent.

Dans les temps à venir, et malgré la volonté des banques centrales principales de venir au secours du dollar chaque fois qu’il montre des signes d’affaissement, et malgré le fait que les autres pays détenteurs de réserves de changes en dollar ne feront rien pour le miner en tentant de diversifier encore plus la composition de ces réserves, cette monnaie internationale n’est pas prête de s’affermir et il faudra s’attendre à ce qu’elle continue à s’affaiblir dans les mois, si ce n’est les années à venir. Seules des décisions internes dirimantes, telles une réduction dramatique du déficit budgétaire par une politique combinée de réduction des dépenses et d’accroissement des impôts, mesures impopulaires par essence et aux conséquences économiques sérieuses, permettront le redressement sensible du dollar sur le marché des changes ; et aucun gouvernement américain n’est disposé à ajuster sa politique fiscale par souci pour la stabilité du pouvoir d’achat du dollar détenu dans les réserves de changes internationales.

 L’inexplicable passivité du FMI, le donneur officiel de leçons en orthodoxie économique   
Les Etats-Unis ne sont pas tenus de passer sous les fourches caudines des conditionnalités du FMI, supposé être l’institution internationale en charge de veiller à la stabilité des marchés des changes. On ne peut qu’être surpris par le silence assourdissant de cette institution internationale dont la création et le maintien n’ont d’autre justification que de veiller à ce que les pays dont la monnaie est utilisée dans les transactions internationales mènent des politiques économiques et financières propres à maintenir la stabilité du pouvoir d’achat de leurs monnaies nationales pour éviter le désordre dans le commerce international.

On a vu cette institution se faire l’écho des déclarations lénifiantes des autorités monétaires en cause, ou s’en tenir à des banalités, tout en s’abstenant de toute action de réprimande ou de critique, même sous forme de point à l’ordre du jour de son conseil d’administration bihebdomadaire, visant à attirer l’attention du pays en cause sur les effets négatifs de ses politiques économiques et financières sur sa monnaie.

La question qui se pose est donc la suivante : est-ce que le FMI sert encore à autre chose qu’au recouvrement des dettes contractées par les pays les plus pauvres, abandonnant sa fonction principale telle que décrite dans son article premier ? Est-il chargé exclusivement de rappeler à l’ordre, par article 4 interposé, les pays marginaux dans la scène économique internationale, qui sortent de la logique économique ultralibérale, tout en s’abstenant d’imposer les mesures de redressement nécessaires aux pays les plus riches dont les décisions économiques ont des effets négatifs ressentis à travers la planète ?

On peut se poser légitimement ces questions car, face à la passivité de cette institution internationale si prompte à donner des leçons de bonne gestion aux pays marginaux, mais qui garde le silence le plus total quand ce sont de grandes puissances qui créent le désordre dans le monde par des politiques économiques et financières systématiquement mauvaises de la reconnaissance de leurs propres économistes et de leurs propres classes politiques. Si le FMI ne sert qu’à ramener à la raison économique les pays les plus pauvres, il n’a plus aucune raison d’être et sa bureaucratie n’est qu’une machine à distribuer des satisfecit aux plus doués, quoi qu’ils fassent, et des réprimandes aux plus faibles élèves de la classe, quelle que soit la cause de leur faiblesse !

Les placements en obligations du Trésor américain se font à perte

En ce qui concerne les dollars détenus sous forme d’obligation du Trésor américain, ni leur valeur, ni la sécurité de leur détention ne sont garanties. Leur valeur nominale en capital ne change pas, puisque, contrairement aux obligations du Trésor détenues par les particuliers, celles souscrites par les autorités monétaires étrangères, ne sont pas susceptibles de varier en prix suivant l’évolution des taux d’intérêts sur les dépôts en dollar. Cependant, le pouvoir d’achat de ce capital évolue avec le taux de change du dollar comme avec le taux d’inflation international ; et le gouvernement américain ne donne aucune garantie quant au maintien de sommes qui sont mises à sa disposition par les banques centrales étrangères ; un milliard de dollars d’obligations du trésor contracté en janvier 2008 a, en fin d’année, un pouvoir d’achat de neuf cent soixante millions de dollars si le taux d’inflation international a été de quatre pour cent au cours de cette année. Pour que le pouvoir d’achat initial soit maintenu, il faudrait que le taux d’intérêt produit par le placement soit au moins égal à quatre pour cent ; et pour que le rendement du placement soit positif, il doit dépasser les quatre pour cent par an ; or, du fait de la politique de faible taux d’escompte menée par le FED, les placements en obligations du trésor se font à perte.

Les obligations du Trésor américain : des «junk bonds» ?

 Il faudrait calculer ce que l’Algérie a perdu dans ses placements en cet instrument ; on pourrait avoir la surprise de constater qu’en fait, ce n’est pas un placement productif, mais une subvention au Trésor américain égale au différentiel de pouvoir d’achat de ce placement entre le début et la fin de l’année.

De plus, la crédibilité financière du gouvernement américain étant mise à mal par les événements actuels, la prime d’assurance sur les risques de défaut de cet emprunteur a été élevée à 0,26 pour cent des montants assurés, à comparer au 0,09 pour cent pour les obligations du Trésor allemand !
Et nombre d’analystes financiers se demandent si la cotation AAA des obligations du Trésor américain ne doit pas être revue à la baisse, et vont même à estimer que ce sont des obligations à très haut risque - junk bonds.

Il n’est pas raisonnable de conjecturer que les taux d’intérêts des placements en obligations du Trésor américain vont devenir positifs dans les prochains temps. Le FED ne pourra que maintenir le taux d’intérêt directeur à deux pour cent pour éviter que la crise financière ne s’aggrave ; donc, l’Algérie fait un placement à perte sous couvert de solidité de la crédibilité financière du débiteur. Et sans aucun doute, le même raisonnement peut s’appliquer à tous les placements en obligations gouvernementales dans les pays à monnaie convertible.

Revoir le rôle du dollar comme monnaie
de transaction et de réserve

Le dollar est une monnaie fondante et son redressement n’est pas pour demain du fait même de la crise financière, il faudrait bien qu’un jour on évalue ce qu’il coûte de l’accepter comme monnaie unique pour les transactions pétrolières et comme monnaie de réserve, maintenant que le système monétaire international n’a plus d’institution en mesure de ramener à la raison les autorités politiques et monétaires responsables de la fluctuation de la valeur de ces monnaies sur les marchés de change internationaux.
Se pose donc, et directement, le problème de l’ordre monétaire mondial, qui est supposé fonctionner en parallèle avec l’ordre commercial mondial, représenté par l’OMC. Comment peut-on avoir un système commercial efficace et efficient si chaque pays ou groupe de pays émettant une monnaie acceptée dans les transactions internationales, gère cette monnaie sans tenir compte des intérêts de ses détenteurs internationaux ? On est, en fait, revenu au désordre monétaire international qui prévalait avant la Seconde Guerre mondiale, et qui a été une de ses principales causes. Toute conférence internationale qui se réunirait pour traiter de la tourmente financière actuelle, ne pourra éviter d’aborder de sujet, et, éventuellement de saborder le FMI, s’il continue à négliger la mission pour laquelle il a été créé, à savoir le maintien d’un système de payement international fondé sur la stabilité des grandes monnaies.


Pouvoir d’achat du baril de pétrole : un indice, la santé économique de l’Algérie

Le pouvoir d’achat du dollar pose également le problème du pouvoir d’achat du baril de pétrole, car, qu’on l’accepte ou non, l’économie algérienne est en fait une économie de troc où le pétrole sert de moyen d’échange international par dollar interposé ; on peut même, sans violer les bases d’un raisonnement économique universellement accepté, convertir toutes nos importations en équivalent-baril, par exemple calculer l’équivalent-baril des importations de biens de production, de produits alimentaires, de produits pharmaceutiques ; les deux pour cent d’exportation hors hydrocarbures, dans le contexte actuel, n’achètent pour pas plus de onze jours d’importations, sur la base des trente-trois milliards d’achats à l’étranger projetés pour 2008. Donc, le bon sens même dicterait que toutes les données chiffrées sur nos relations économiques et financières internationales comportent un volet exprimé en équivalent-baril.

Prix du pétrole et spéculation

On ne le répétera jamais assez, malgré les commentaires teintés de scepticisme qu’entraîne cette affirmation : le prix du pétrole n’est pas directement lié à la fluctuation du différentiel entre les quantités produites et les quantités consommées quotidiennement et projetées à trente jours. L’OPEP elle-même reconnaît, dans son site officiel, qu’elle n’est pas seule responsable de la fixation du prix du baril du pétrole, dont le marché est soumis à d’autres facteurs que le pur équilibre entre l’offre et la demande. Peut-on être être plus OPEP que l’OPEP elle-même ? Le taux de change du dollar joue un rôle également, mais ce rôle semble avoir été exagéré, pour des motifs aisément explicables, par les négociants en bourse des matières, qui n’ont pas intérêt à ce qu’ils soient montrés du doigt comme responsables des fluctuations du prix du baril de pétrole. Et pourtant, on ne peut totalement expliquer ces fluctuations sans faire référence à la spéculation. Les observateurs les plus compétents du marché pétrolier attirent, depuis longtemps, l’attention sur les effets de cette spéculation. Les autorités politiques américaines, en l’occurrence le Sénat et la Chambre des Représentants ont, à plusieurs reprises au cours des années passées, et aussi récemment que ces trois derniers mois, ouvert le débat sur les conséquences que la spéculation, à objectifs de profits essentiellement financiers, a sur la fluctuation du prix du pétrole.

Il a même été proposé qu’une loi soit passée, interdisant les contrats de «futures» qui prennent comme base le pétrole, mais ne conduisent qu’à dix-sept pour cent de leur montant à la livraison effective de pétrole aux contreparties de ces contrats. Suivant ce projet de loi, seuls seraient autorisés les contrats «forward » souscrits par des entreprises qui veulent bloquer sur trente jours le prix du pétrole qu’elles achètent pour l’utiliser effectivement dans leurs activités de production, et dont elle prennent effectivement et physiquement livraison à l’issue de ces trente jours. Seule la puissance des lobbies financiers, dont les banques, a bloqué le passage de cette proposition de loi.
On peut aisément multiplier les citations d’économistes et de praticiens dans le domaine des contrats de «futures» qui ont attiré l’attention sur les effets distordants que ces contrats ont sur le marché pétrolier.

 Différentiel de Rendement
des placements et spéculation sur le pétrole

On ne peut pas donc réfuter le rôle de la spéculation. Reste à se demander pourquoi des négociants en bourse des matières premières, évidemment soutenus par les masses d’argent des grandes banques et des fonds spéculatifs - hedge funds - jouent à acheter des contrats de vente et d’achat de pétrole dont leurs clients ne prendront quasi jamais livraison. Il peut sembler que c’est un jeu stérile que de s’entre acheter et s’entre vendre des morceaux de papier signés et dont la garantie est assurée par des maisons de réescompte mobilisant des sommes astronomiques pour maintenir le bon ordre dans ce grand jeu de Monopoly où on s’échange de l’argent contre de l’argent en prenant quasiment prétexte de quelque matière première, dont le pétrole. Mais, tout réside dans la façon dont les spéculateurs font de l’argent sur ce marché des « futures ».

Tout spéculateur est, par définition, une personne qui profite du mauvais fonctionnement d’un marché de biens et services, pour quelque raison que ce soit, pour acheter bon marché un bien et le revendre cher un peu plus tard. Paradoxalement, le spéculateur en pétrole joue sur le différentiel de rendement entre les instruments financiers classiques, comme les placements en bourse, les obligations du Trésor, d’un côté, et, de l’autre les rendements qui peuvent être obtenus en empruntant à bon marché et en utilisant les sommes empruntées à générer des profits par des transactions portant sur des produits dont les prix sont susceptibles de fluctuations rapides.

  Les contrats de « futures »sur le pétrole :

de simples conduits pour des spéculations essentiellement financières

Le pétrole, ou tout autre matière première, sert de conduit ou de prétexte à ces transactions rapides, dont chacune peut donner lieu à faible bénéfice, mais dont l’accumulation, si ces transactions sont répétées fréquemment, génère des profits supérieurs à ceux données par les transactions en bourse de valeurs ou les placements en obligations.

Le spéculateur n’est tenu de payer qu’une fraction du montant du contrat d’achat qu’il souscrit, actuellement environ douze et demi pour cent, en général emprunté à court terme, chaque contrat correspond à mille barils de pétrole ; ainsi, une société suisse a souscrit jusqu’à un milliard de dollars de contrats sur le pétrole en une seule séance, ce qui correspond à huit milliards de dollars en valeur réelle des quantités de barils, ou, en supposant que le baril ait été alors coté à cent dollars, quatre-vingts millions de barils, ou quatre-vingt-quinze pour cent de la production quotidienne de pétrole. Cet effet de levier financier ne peut qu’avoir des répercutions sur le prix du baril de pétrole ; en fait, les transactions sur le marché des « futures » pétrolier, par définition, sont de loin supérieures en volume physique à celle du marché pétrolier réel. Ce type de spéculations, dans lequel sont impliquées toutes les grandes institutions financières transnationales, est d’autant plus lucratif que les taux d’intérêt sont faibles ; la brusque accélération du prix du pétrole à compter du dernier mois de l’année 2007 s’explique essentiellement par le fait que le FED avait réduit le taux d’intérêt directeur à deux pour cent et continue à le maintenir jusqu’à présent à ce faible niveau.

Toute augmentation du taux d’intérêt aura un effet réducteur sur les transactions spéculatives portant sur le pétrole et en poussera le prix à la baisse ; également, tout renchérissement du financement bancaire sous la pression des mécanismes du marché, ou comme conséquence de la tourmente actuelle, qui réduit les sources de financement à faible taux d’intérêt pour les producteurs de biens et services, aura également un effet négatif sur ce type de transaction spéculative et donc sur le prix du baril de pétrole, quelle que soit par ailleurs l’évolution du taux de change du dollar ou les fluctuations de l’offre et de la demande, qui vont vers le sur-approvisionnement, du fait de la réduction de la consommation du pétrole au cours de ces récents mois.

Il suffit que les restrictions d’accès au crédit que le FED imposera dans les temps à venir pour réduire les effets spéculatifs des facilités de crédits qu’il accorde aux entreprises financières en difficulté, aboutissent à l’augmentation des taux d’intérêts sur les crédits destinés à couvrir des transactions sur le marché à terme du pétrole, pour que le prix de ce produit plonge rapidement. Il ne faut surtout pas donner une interprétation erronée à la brusque remontée du baril au cours de ces derniers temps ; il s’agit essentiellement du résultat de transactions spéculatives destinées à tirer profit des facilités accordées ou envisagées par le FED comme par le Trésor américain en faveur du secteur financier.

Une fois absorbé, ce surcroît de liquidité par l’économie américaine, les taux d’intérêts débiteurs et créditeurs augmenteront, que le FED élève -ou même baisse - ses taux d’intérêts ou non.
Donc il faudra s’attendre à une chute du prix du pétrole plutôt qu’à son raffermissement dans les mois à venir, en particulier si s’ajoute au renchérissement du crédit une contraction de la demande qui va au-delà du un pour cent déjà constaté.


En conclusion :
- Malgré l’aisance financière dont jouit actuellement l’Algérie, il est important de résister à la complaisance, car la conjoncture économique internationale, qui ne fait que se détériorer, finira par avoir des effets négatifs sur la situation économique et financière du pays ;
- La crise financière actuelle, malgré la tournure dramatique qu’elle a pris au cours de ces dernières semaines avec la mise en faillite ou sous contrôle du gouvernement fédéral des E.U. de grandes sociétés bancaires américaines, n’a pas encore donné toutes ses conséquences négatives ;
 - Le dollar, monnaie de transaction obligatoire pour le pétrole, et monnaie de réserve internationale, ne peut que continuer à s’affaiblir du fait des fondamentaux qui concernent la situation financière et fiscale des E.U. ;
 - La perte du pouvoir d’achat du dollar ne peut pas ne pas être comptabilisée et factorisée comme risque sur la situation économique de l’Algérie ;
 - L’absence de réaction pratique du FMI face à la détérioration du taux de change du dollar pose le problème de la mission de cette institution internationale et de son rôle dans la stabilité des taux de change en vue d’encourager les échanges internationaux ;
 - Toute conférence internationale convoquée pour traiter de la crise financière actuelle devrait aborder le problème du rôle du FMI ;
 - Les placements en obligations du Trésor américain s’effectuent à perte, non seulement du fait de la détérioration du taux de change du dollar, mais également du fait que les intérêts payés ne couvrent pas l’effet négatif de l’inflation ; les pertes ainsi causées devraient être évaluées ;
 - Le prix du pétrole continue à être fortement influencé par les activités spéculatives sur les marchés des « futures » où les contrats pétroliers visent essentiellement à profiter du faible taux d’intérêt sur les prêts utilisés pour ce type de transaction ;
 - Ces transactions spéculatives couvrent des montants physiques en pétrole plusieurs fois supérieurs aux montants offerts par la production, et ne demandent que de faibles apports initiaux de fonds par les spéculateurs, tout en leur permettant de contrôler des montants physiques importants en cette matière première ;
 - Tout renchérissement des crédits aura un effet sur les facilités financières à la disposition des spéculateurs et entraînera une chute brutale du prix du pétrole ;
 - Cette hypothèse est d’autant plus crédible que le FED pourrait maintenir son taux directeur à un niveau bas tout en menant une politique restrictive d’accès à sa facilité pour réduire les poches de spéculation encore existantes dans l’économie américaine et qui peuvent avoir un effet aggravant sur la situation de cette économie, et donc sur l’économie mondiale ;
 - Donc, dans la conjoncture actuelle, l’Algérie est soumise au double risque de la continuation de la détérioration du taux de change du dollar, malgré les mesures prises par certaines grandes banques centrales pour stabiliser son cours, et à la possibilité d’une brusque décélération du prix du pétrole du fait de l’assèchement du financement des opérations de spéculation sur cette matière première ; de plus, les placements de ce pays en obligations du Trésor subissent la double perte en termes de taux de change du dollar et d’intérêts négatifs perçus sur ces placements ;
 - Le bateau algérien vogue sur l’océan de l’Economie mondiale, et les tempêtes causées par les grandes puissances économiques sur cet océan ne peuvent que secouer ce bateau ! Oublier cette réalité constitue un aveuglement irresponsable.

 Dans le quotidien d'Oran septembre 2008

 

 

 

 

L’islamisme algérien: le MSP entre modération et compromission   Yassin Temlali

(Babelmed, 24 septembre 2008)

 

 

 

Mahfoud Nahnah

 

La presse «démocrate» évoque rarement Mahfoud Nahnah, le père fondateur du courant des Frères musulmans (1) algériens, sans rappeler l’implication d’El Mouwahiddoun, organisation clandestine qu’il dirigeait dans les années 70, dans des «actions de subversion» visant à instaurer en Algérie un «Etat islamique».

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), descendant direct d’El Mouwahiddoun, n’a avec cette organisation qu’une vague ressemblance : la conviction que «l’islam doit retrouver sa place légitime dans le pays». Créé par Mahfoud Nahnah en décembre 1990 sous le nom de «Mouvement de la société islamique» (MSI), il est aujourd’hui représenté aussi bien au gouvernement qu’au Parlement. Certains de ses cadres, comme Amar Ghoul, le ministre des Travaux publics, sont devenus des éléments fixes du décor gouvernemental.

La littérature du MSP situe la naissance du courant des Frères musulmans algériens dans la période qui suivi immédiatement l’indépendance (1962). Mahfoud Nahnah et Mohamed Bouslimani auraient formé, dans les années 60, à l’université, un groupe clandestin opposé à la «politique laïque et socialiste» d’Ahmed Ben Bella, accusé d’être l’allié du communisme mondial. Fort de son prestige international et de sa popularité, le premier président de l’Algérie indépendante (1962-1965) avait déclaré la guerre aux conservateurs radicaux, d’anciens dirigeants de l’«association des Oulémas musulmans» pour la plupart (2). Quant aux plus religieux modérés, il avait acheté leurs faveurs en leur cédant le système d’enseignement traditionnel (dépendant du ministère des Affaires religieuses).

Comme ces conservateurs crypto-islamistes, Mahfoud Nahnah et Mohamed Bouslimani estimaient que l’«identité islamique» de l’Algérie était menacée par le «socialisme» benbelliste et que la langue arabe demeurait minorée, après 132 ans d’embargo linguistique colonial. La «lutte contre les laïcs» et autres «francophones» étaient les deux bannières sous lesquelles ils mobilisaient les tenants d’une Algérie exclusivement musulmane, exclusivement arabe. Leur discours avait quelque écho dans certaines élites, qui voyaient la politique socialisante du régime bouleverser les structures traditionnelles de la société.

Les années 70: opposition violente au pouvoir

http://www.babelmed.net/lib/getfile.php?codimmagine=6619Bembella et Nasser

L’opposition à Ben Bella, bien qu’elle eût des motivations d’ordre local, s’intégrait dans un mouvement plus large, hostile aux pouvoirs arabes «progressistes» issus des mouvements de libération (Nasser, etc.). Dans le contexte de la guerre froide, les organisations islamistes étaient considérées par le bloc de l’Ouest, notamment les Etats-Unis, comme d’indispensables «compagnons de route» dans la lutte contre l’«intrusion communiste» au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Arabie saoudite, leur principal allié arabe, finançait ces organisations et offrait l’asile à leurs militants qui fuyaient la répression (3).

L’accès au pouvoir de Houari Boumediene, après le putsch du 19 juin 1965, n’a pas tempéré l'hostilité des Frères musulmans au régime. Pourtant, bien qu’allié à l’Union soviétique, le nouveau président n’était pas connu pour sa bienveillance envers le parti communiste. Il avait envers lui une attitude utilitariste : après avoir démantelé ses organisations, il l’a utilisé comme force d’appoint à sa politique de nationalisations (hydrocarbures, etc.). Houari Boumediene n’était pas non plus un défenseur de la «francophonie» (il a entrepris l’arabisation de l’enseignement), ni un «laïc» (son gouvernement a lancé, en 1970, une «campagne contre la dégradation des mœurs»). La haine que lui vouaient les Frères
musulmans ne pouvait s’expliquer que par leur refus de l’alignement de l’Algérie sur le bloc de l’Est et leur rejet des «réformes socialistes» (la réforme agraire…), contraires à leurs yeux aux «règles de propriété en islam».

C’est de l’époque boumédiéniste (1965-1978) qu’on peut dater l’émergence des Frères musulmans en tant que force organisée, implantée principalement parmi les étudiants issus des couches rurales que la politique linguistique officielle - dans laquelle le français tenait malgré tout une place prépondérante – menaçait de laisser sur la marge de la vie professionnelle. Les Frères musulmans se regrouperont en 1976 dans El Mouwahiddoun. Cette organisation clandestine s’est illustrée par des «actions de sabotage» (pylônes électriques, etc.) qui ont valu à ses dirigeants d’être condamnés à 12 ans de réclusion. C’est en référence à ces actions que la presse anti-islamiste, encore aujourd’hui, qualifie Mahfoud Nahnah de «scieur de poteaux».

En dépit de la répression, l’influence des Frères musulmans s’étendait. Le «progressisme» avait fait long feu : la défaite arabe de juin 1967 avait achevé de discréditer les régimes «progressistes», à l’ombre desquels étaient nées de nouvelles bourgeoisies intéressée par la «normalisation des relations» avec le bloc de l’Ouest. La résistance afghane à l’invasion soviétique et la Révolution iranienne donnaient à l’islamisme arabe un nouveau souffle et lui offraient de nouveaux moyens de mobilisation.

Années 80: alliance «anti-communiste» avec le régime

 

Chadli Ben Djedid

Cependant, déjà à l’époque où il «sciait des poteaux», Mahfoud Nahnah était un «modéré» plutôt qu’un extrémiste. Il appartenait à cette fraction du courant international des Frères musulmans, rejetant le discours djihadiste de Sayyid Qotb qui nourrit aujourd’hui des groupes islamistes radicaux, comme ceux issus du djihad islamique égyptien. Ainsi, à sa libération en 1982, il ne cautionnera pas la rébellion islamiste de Bouyali (1982-1985). Cette attitude s’explique aussi bien par les origines doctrinaires modérées des Frères musulmans que par le nouveau contexte national, ouvert par l’arrivée au pouvoir de Chadli Ben Djedid ((1979-1992).

Le président Chadli s’écartait des «orientations socialistes» des années 60-70 et, emboîtant le pas à Anouar Sadate, il entreprenait de libéraliser l’économie. Pour donner à son pouvoir une légitimité religieuse, il a fait voter un Code du statut personnel inspiré de la loi islamique et a encouragé la construction de mosquées. Les Frères musulmans pouvaient dès lors contracter avec lui une alliance tactique. Ils pouvaient l’aider à discréditer les «acquis» du socialisme boumédiénien et se charger pour son compte de contenir la gauche et le mouvement berbériste. En échange de ces services, ils étaient moins exposés à la répression que d’autres courants islamistes radicaux. Leur propagande idéologique et leurs œuvres caritatives étaient tolérées. Leur audience s’élargissait. Elle dépassait à présent les limites de l’université et des franges inférieures des classes moyennes (enseignants, petits fonctionnaires, etc.) et s’étendait à la nouvelle bourgeoise commerçante, en plein essor. La quasi-unanimité des Frères musulmans sur cette alliance tactique avec le régime ne les a pas prémunis des conflits de leadership. Au milieu des années 80, beaucoup de militants les quitteront .. Ils rejoindront le courant dissident (dirigé par Abdallah Djaballah) qui leur reprochait leur grande subordination aux Frères musulmans égyptiens..

A la faveur de l’ouverture relative qui a précédé la révolte d’octobre 1988, les deux courants des Frères musulmans créeront deux associations, qui seront leurs façades légales. Mahfoud Nahnah formera «El Irchad oual Islah» (prédication et réforme) et Abdellah Djaballah «El Nahda El islamiya» (renaissance islamique). La révolte d’octobre 1988, réprimée dans le sang, a ouvert la voie à un multipartisme contrôlé. Rétifs à l’organisation partisane pour des raisons essentiellement doctrinaires, les Frères musulmans n’ont consenti à constituer des partis qu’en voyant l’influence du Front islamique du salut (FIS) menacer la leur (4). Ils créeront deux partis, aux programmes similaires : le Mouvement de la société islamique (MSI, dirigé par Mahfoud Nahnah, 1990) et El Nahda El islamiya (dirigé par Abdallah Djaballah, 1989).

1994-2008 : intégration dans les rouages du système
Inquiété par la montée de l’islamisme radical et les contestations sociales qu’il charriait, le régime a décidé d’annuler les législatives de décembre 1991 - dont le premier tour avait été remporté par le FIS - et d’interdire ce parti. Le MSI, comme El Nahda El Islamiya, a dénoncé ces deux décisions, mais, contrairement à celui-ci, il acceptera, en 1994, de fournir des députés au Conseil national de transition (CNT), une assemblée législative désignée par l’Armée. Il deviendra, de ce fait, une des cibles des groupes armés islamistes. Dans les années 90, ces groupes assassineront des dizaines de ses militants, dont son vice-président Mohamed Bouslimani.

Aux présidentielles de novembre 1995, Mahfoud Nahnah a totalisé, selon les chiffres officiels (naturellement peu fiables), 25% des suffrages (3,2 millions de voix), se classant deuxième après le général Liamine Zeroual, candidat de l’Armée. La participation à ces présidentielles, boycottées par plusieurs partis d’opposition, a ouvert au MSI les portes du gouvernement. En 1996, et après avoir changé de dénomination pour devenir le «Mouvement de la société pour la paix» (MSP), il a obtenu deux ministères. Aux législatives de 1997, caractérisées par une fraude massive au profit du parti gouvernemental RND, il totalisera 71 sièges. Dans le gouvernement formé après le scrutin, le nombre de ses ministres augmentera à sept. Son congrès de mars 1998 entérinera sa ligne «participationniste» en dépit de quelques contestations mineures.

Mahfoud Nahnah sera privé par le Conseil constitutionnel de se présenter aux présidentielles d’avril 1999. Ceci n’empêchera pas le MSP de soutenir Abdelaziz Bouteflika, favori de l’Armée, au nom de la défense du pays contre le «danger laïc» et de la «nécessité de la réconciliation nationale» (mesures en faveur des hommes armés qui abandonnent les maquis) promise par ce candidat. Cette position ne lui rapportera pas de nouveaux portefeuilles ministériels : le nombre de ses ministres se réduira même à quatre dans le premier gouvernement Bouteflika. Les législatives de juin 2002 démontreront que son audience se rétrécissait, pendant que celle de son rival plus radical, le mouvement Islah (issu d’El Nahda et dirigé par Abdallah Djaballah) demeurait stable. Le nombre de ses députés a été divisé par deux (38), mais il a gardé ses quatre ministres dans le gouvernement.

Au troisième congrès du MSP (août 2003), Boudjerra Soltani a succédé à Mahfoud Nahnah, décédé le 19 juin 2003. Aux présidentielles d’avril 2004, le mouvement soutiendra la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, après avoir constitué avec les deux partis gouvernementaux (le FLN et le RND) l’«Alliance présidentielle». Une de ses récompenses a été la nomination de son nouveau président au poste de «ministre d’Etat auprès de la Présidence de la République». Les législatives du 17 mai 2007 révéleront qu’il n’a recueilli de sa stratégie collaborationniste que de maigres fruits. S’il a gardé le même nombre de députés, il n’a eu que quelques dizaines de milliers de suffrages supplémentaires, qu’il semblait devoir essentiellement à l’appel au boycott lancé par Abdallah Djaballah.

Modération ou compromission ?
La ligne participationniste du MSP ne l’empêche pas de critiquer le régime. Régulièrement, ses dirigeants montent au créneau pour fustiger la corruption, le trucage des élections. L’un d’eux, Abdelamadjid Menasra, a même exigé, en décembre 2007, la démission du gouvernement ! Pourtant, non seulement ses députés votent chaque année la loi de finances et d’autres lois plus impopulaires les unes que les autres, mais ses ministres les appliquent avec un grand zèle. Chargé du secteur florissant des travaux publics, Amar Ghoul gère des milliards de dollars, et c’est un autre ministre MSP, El Hachemi Djaaboub, qui négocie l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. La responsabilité du mouvement est également évidente dans la politique musclée du régime, de la répression sanglante des manifestations du «Printemps noir» en Kabylie (2001-2002) à celle des contestations sociales et syndicales au rythme desquelles vit l’Algérie depuis 2001.

Le MSP avance, pour justifier sa ligne participationniste, plusieurs arguments «réalistes» : «ne pas pratiquer la politique de la chaise vide évite au mouvement islamiste d’être marginalisé» ; s’allier aux franges conservatrices du régime «empêchera les laïcs de prendre possession du pays», etc. Toutefois, la constance de cette orientation s’explique par un autre facteur : l’intégration grandissante de ses élites dans les rouages du système.

L’accès de dizaines de cadres du MSP à des postes ministériels et à des sièges de députés a créé en son sein une aristocratie militante, bénéficiant de privilèges qu’elle ne voudrait pas perdre en se montrant critique envers le système. La littérature du mouvement reconnaît ce fait. Sur le site internet du MSP, un article intitulé «Bilan de la participation au gouvernement algérien», avoue que celle-ci «a provoqué le refroidissement du militantisme de certains cadres, qui se considèrent comme une partie du pouvoir en place».

A l’approche des élections, le MSP connaît les mêmes «batailles pour les candidatures» que connaissent le RND ou le FLN. Ces batailles, observe le sociologue Abdelnasser Djabi, «reflètent une lutte sans merci pour le pouvoir entre les élites qui composent [les partis]. Ces élites sont généralement issues de couches pauvres ou de couches moyennes […] Le système leur offre des possibilités d’ascension sociale. Arracher un siège au Parlement permet une promotion d’autant plus intéressante et rapide que le pays connaît une aisance financière sans précédent.» (5)

La mutation de la pratique du MSP s’est accompagnée d’une mutation idéologique réelle - bien qu’encore embryonnaire. On ne peut l’apprécier à sa juste valeur qu’en comparant le discours actuel du mouvement à celui des Frères musulmans dans les années 70 et 80. Bien que fondamentalement conservateur, le MSP ne revendique plus l’instauration d’un Etat religieux. Lors d’une rencontre organisée à Londres, le 28 octobre 2007, par les Frères musulmans égyptiens pour discuter leur programme de gouvernement, son représentant (l’ancien ministre Abdelmadjid Menasra) a longuement critiqué les pouvoirs de contrôle sur le Parlement que ce programme accorde aux religieux, estimant qu’ils étaient «contraires au principe de l’Etat civil».

Malheureusement, cette mutation de l’idéologie est moins le résultat d’une opération d’autocritique que le simple résultat de sa compromission avec le système. «L’intégration de ‘’l’Islam modéré’’ dans les luttes de sérail risque de conduire à l’émergence d’un autre courant radical, certes pacifique mais pernicieux», souligne le politologue Rachid Tlemçani (6). Le MSP lui-même reconnaît que ce risque est réel (7). Cependant, la solution qu’il propose pour l’éviter ne tient pas compte des origines sociales du radicalisme religieux. Elle ne remet pas en cause sa collaboration avec le pouvoir. Elle se résume à ceci : autoriser ses prédicateurs à «réoccuper le terrain de la prédication islamique» dans les mosquées afin d’empêcher les mouvements extrémistes de se l’approprier (8).


Yassin Temlali
(24/09/2008)

 



Notes
1) Les Frères musulmans sont une organisation panislamiste fondée en 1928 en Égypte dans le but d'instaurer un grand état islamique fondé sur la charia basée sur la sunna débarrassée des influences culturelles locales. Elle a des ramifications dans beaucoup de pays arabes et musulmans.
2) Il a, par exemple, placé en résidence surveillée El Bachir El Ibrahimi, un des fondateurs de l’Association des oulémas musulmans algériens» (1931-1962) en qui, bien qu’il ne fût pas à proprement parler islamiste, certaines organisations islamistes algériennes voient leur père spirituel.
3) Dans les années 60 et 70, beaucoup de dirigeants des Frères musulmans égyptiens y ont trouvé refuge - et, surtout, fait fortune.
4) Beaucoup de dirigeants du FIS (Ali Djeddi, Abdelkader Boukhamakham, etc.) étaient d’anciens militants des différentes organisations des Frères musulmans.
5) Interview. Babelmed, 16 avril 2007.
6) Interview, le quotidien algérien «El Watan», (18 mai 2008)
7) «Certains mouvements islamiques exploitent le vide que connaît le domaine de la prédication pour le remplir d’idées et de méthodes peu conformes à la prédication islamique modérée. Ces mouvements attirent les jeunes musulmans, ce qui prélude de développements dangereux.» Article en arabe intitulé «tqyim tajribat moucharakat Harakat moujtamaâ el silm fi el houjouma el jaza’iriyaa» (Bilan de la participation du MSP au gouvernement algérien). Le site internet du mouvement : www.hmsalgeria.net)
8) Même article.

Des régions séparatistes gouvernées par des Blancs ont enflammé le pays

Bolivie : les Indiens et la lutte des classes

25-09-2008

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Par Mohamed Bouhamidi

Quand vous lisez sur les dépêches de deux grandes agences d’information occidentales puis dans les journaux et les revues que les manifestations antigouvernementales en Bolivie se sont soldées par huit morts, que comprenez-vous ? Que huit manifestants anti-gouvernementaux sont morts. Vous ne seriez pas les seuls dans ce cas. Cinq personnes à qui j’ai soumis le cas ont eu la même compréhension des dépêches : le gouvernement de Morales a fait tirer sur la foule et provoqué la mort de huit opposants. La suite des dépêches comme des articles de la plupart des médias français ne donneront pas plus de précisions sur ces morts ni sur la façon dont ils ont été tués. Bien sûr, les personnes que j’ai interrogées m’ont demandé pourquoi je leur posais cette question. Je leur ai expliqué qu’en réalité des opposants au gouvernement ont tué des Indiens. Elles furent stupéfaites. Elles s’indignèrent carrément quand je leur eus précisé que les tueurs avaient tendu une embuscade et tiré sur les paysans, au moment où ils franchissaient un pont, à la mitrailleuse lourde et aux fusils de snipers. Un site palestinien d’information a repris le témoignage d’un sénateur bolivien, Abraham Cuellar. Lisez-le : «Les gens qui étaient à pied ont été pris dans une embuscade préparée par la préfecture, réalisée avec de l’armement militaire, et le terrible résultat est qu’il y a eu de nombreux morts du côté des paysans, dont la majorité appartiennent aux communes de cette région, qui n’appartiennent pas au MAS [Mouvement d’action socialiste], mais qui font partie d’organismes soutenant le gouvernement.» Les faits se déroulent dans le gouvernorat de Pando, une région amazonienne du nord de la Bolivie frontalière du Brésil où se réfugièrent des rescapés alors que d’autres se cachèrent dans la montagne. L’embuscade n’a pas fait huit morts, sept paysans et un employé du gouvernement, mais beaucoup plus. Quand sont parus ces articles, tout le monde savait que le bilan était beaucoup plus lourd car d’autres dépêches parlaient de 17 morts et d’autres de 28 en précisant que le bilan n’était pas définitif. Depuis des mois, les gouverneurs blancs séparatistes préparaient ces violences contre les paysans, majoritairement des Indiens. Ils n’avaient accepté la proposition de remettre leurs mandats qu’après leurs succès discutables au cours des référendums anticonstitutionnels d’autonomie boycottés par les partisans du gouvernement. Dans la région de Santa Cruz, seuls 25% des électeurs avaient rejoint les centres de vote et près de 75% d’entre eux avaient voté pour le démembrement de l’Etat bolivien. Les mêmes agences et les mêmes médias avaient célébré le triomphe des gouverneurs séparatistes : 75% de 25% des électeurs relevaient du triomphe démocratique ! Le taux de 75% de boycotteurs passait à la trappe. C’est cela la lecture objective et démocratique de la presse occidentale ! Ces gouverneurs, grisés par leurs propres mensonges, par la presse et par les exactions impunies de leurs groupes fascistes sur les Indiens, pensaient rééditer leur «succès». Ils acceptaient, enfin, la proposition par Morales d’un vote confirmatif de son mandat et des leurs. Le résultat fut conforme aux 75% de boycotteurs ignorés par la presse occidentale. Morales rassemblait autour de sa personne et de son programme 67,41% des voix et nettement plus de suffrages que pour son élection. Les commentateurs de presse restent froids devant le fait que le président Morales a proposé un vote de confirmation de sa légitimité. Les médias
occidentaux connaissent certainement beaucoup de «démocraties» dans lesquelles un président prend l’initiative de la sanction électorale. Les yeux sont plutôt braqués sur les exploits du gouverneur de Santa Cruz qui crée une police parallèle, une milice entraînée par des paramilitaires colombiens et qui parade avec l’ambassadeur des Etats-Unis. Mais le séparatisme des gouverneurs prenait des couleurs «démocratiques», des allures de revendication démocratique dans leur langage, les termes q’ils voulaient imposer au débat. Démocratique, c’est-à-dire légitime dans la compréhension du monde qu’il veulent nous mettre dans la tête. Mais la démocratie ne signifie pas seulement cette réduction.
Bref, les gouverneurs perdent la vraie confrontation démocratique, celle des urnes, contre l’Indien et il ne leur reste plus que les voies de la violence. Car un nouveau projet de Constitution déjà adopté par le Parlement en décembre 2007 doit passer à la confirmation par référendum en décembre 2008. Le succès de Morales ne laisse aucun doute sur les résultats du vote populaire d’une Constitution jugée «indigéniste» -cela ne vous rappelle rien ce langage ? Cette formule est celle des gouverneurs, de leurs partis, des groupes fascistes qu’ils rassemblent autour d’eux sur une base raciale et auxquels s’agrègent des métis tout aussi racistes que les Blancs. Désigner sous ce terme d’indigènes des composantes de la population de son propre pays en dit long sur les rapports des descendants des conquistadors avec les Indiens descendants des Indiens qui ont échappé au génocide et qui veulent revenir prendre leur part des terres confisquées de leurs ancêtres. Car, bien sûr, Morales tient à sa réforme agraire et la redistribution des terres des latifundia. C’est bien là le secret du meurtre délibéré, planifié par le gouverneur de la province de Pando. Il aura une justification éloquente du massacre : «Ce sont de faux paysans, des paysans socialistes.» Vous vous rendez compte ! Ce sont de faux paysans car ils sont socialistes. Dès qu’un paysan opte pour autre chose que la soumission, il n’est plus paysan. Notez le caractère discriminatoire de la formule. En Europe, une telle déclaration aurait soulevé un tollé ! Dire de Bové qu’il n’est pas un paysan mais un paysan socialiste aurait été compris comme il se doit, une discrimination inacceptable. Elle passe pour la Bolivie. Une discrimination de plus ou de moins à l’endroit des Indiens ! Cela fait deux raisons de les tuer sans remords : ils sont indiens et socialistes !
Morales ne prévoyait pas que la justice agraire, que la réparation partielle du pillage des terres indigènes par les colons, ancêtres des latifundiaires. Le mouvement social qui le porte veut le rétablissement de la souveraineté de l’Etat sur les hydrocarbures, leur appropriation nationale et une juste redistribution de leurs revenus. Le sénateur Cuellar précise l’une des raisons de l’âpreté de la bataille : la province de Pando reçoit 8 000 Boliviens par an et par personne alors qu’un habitant de La Paz n’en reçoit que 240 venant de l’IDH. Le gouvernement a voulu prélever 30% de ces revenus pour les distribuer sous forme de pensions aux plus démunis, notamment les vieux âgés de plus de 60 ans se retrouvant sans ressources, sous forme d’une «allocation de la dignité». Là se trouve l’explication de l’occupation des champs gaziers par les paramilitaires et les groupes fascistes des gouverneurs séparatistes. Il n’est pas question que le gouvernement nationalise le gaz et centralise la redistribution de la rente. Sinon, tous les médias auraient crié au scandale devant l’occupation des champs gaziers qui aurait mis en danger la sacro-sainte liberté d’entreprendre ! Mais Moral s a déjà nationalisé ces champs. Ce n’est plus du tout la même chose. Résumez et vous trouverez dans l’action et dans les paroles de Morales tout ce que les gardiens des «valeurs démocratiques» de l’Occident abhorrent : l’idée d’un Etat national souverain opposant ses droits et ceux de son pays aux multinationales, l’idée que les peuples ont droit à des droits économiques, sociaux et culturels opposables à la toute puissance du capital international et du capital national, l’idée de la justice par la répartition avec intervention de l’Etat. Voilà les vices rédhibitoires de Morales, des Indiens, des mineurs et des autres couches populaires qui le portent et le poussent à plus de fermeté et de combativité. Si ces médias apportent spontanément leur soutien aux séparatistes, c’est parce les journalistes et les patrons de ces médias portent dans leur tête les mêmes idées, les mêmes valeurs. Le formatage a fait son chemin et la pensée unique a produit ses ravages.
Dans cette désinformation, la palme de ce type de traitement de l’information revient incontestablement à l’Express dans son édition du mercredi 12 septembre. Un lecteur certainement informé par ailleurs des faits
véritables a réagi en soulignant combien cette façon de faire laissait entendre ce que vous avez compris : Morales a ordonné une répression sanglante. L’Express répond au lecteur, persiste et signe, prétextant la solide réputation de professionnalisme des deux agences émettrices des dépêches, Reuters et l’AFP, et reprises par lui-même dans l’urgence. Il n’y aurait vraiment rien à reprocher à l’Express sauf à vouloir lui faire prendre parti et si ce n’est de se départir de sa neutralité. Et quasiment tous les autres médias ont traité l’information de cette façon. La mauvaise foi de l’Express est touchante. Il y a eu juste huit morts dans des manifestations de l’opposition. Choisir les termes, les mots pour dire la «réalité», c’est déjà la reconstruire. Comme le fait cet article, d’ailleurs, en toute conscience. Ce lecteur qui insiste et met le doigt sur la plaie représente une conscience française et européenne de moins en moins dupe des termes que les patrons des médias veulent imposer aux débats et à l’info, patrons des médias, tous patrons, par ailleurs, de grands groupes industriels privés, ce qui nous éclaire sur leur «amour immodéré» de la souveraineté des Etats. Une grande pétition circule pour dénoncer ces dérives, ces manquements et ces mensonges. Son intitulé est en lui-même une dénonciation des tentatives de remettre en cause le résultat des élections démocratiques qui ont amené Morales, Chavez et les autres dirigeants socialistes au pouvoir en Amérique latine. En voici un extrait : «Menace contre la démocratie en Amérique latine [appel collectif]… L’Amérique latine fait actuellement face à l’une de ses plus graves crises depuis la restauration de la démocratie à la fin du XXe siècle. Le complot contre la démocratie au Venezuela via une conspiration, révélée par des conversations téléphoniques entre officiers militaires de haut rang et diffusées à la télévision nationale, visait à faire assassiner le chef de l’Etat démocratiquement élu. En Bolivie, les préfets séparatistes de cinq provinces les plus riches de l’Est et du Sud ont entamé une campagne de violence et de sabotage économique destinée à déstabiliser le régime démocratique. Ces événements démontrent sans équivoque qui sont ceux qui défendent la démocratie et qui sont ceux qui la menacent aujourd’hui. Nous sommes scandalisés devant l’échec d’une bonne partie des médias internationaux à fournir une information précise et fiable sur ces événements. Tous les démocrates doivent se rassembler pour défendre la démocratie en Amérique latine.».
La leçon vaut pour nous Algériens, avant tout autre. Ce qui est insupportable pour la presse de l’Empire n’est pas tant le caractère social des revendications des mineurs et des paysans boliviens. Cela, l’Empire peut l’admettre. Il a même encouragé le développement du Forum social mondial pour «coincer» les revendications populaires dans le strict créneau des questions sociales. Il ne peut admettre que ces revendications se transforment en processus de libération nationale et de rétablissement d’un Etat national souverain, indépendant dans ses orientations et ses décisions. C’est-à-dire un Etat qui oppose des frontières aux lois du marché. C’est cela la ligne de clivage de la révolution mondiale aujourd’hui, la restauration des Etats-nations et des Etats nationaux. L’Empire ne le pardonnera pas à la Chine, ni à Cuba, ni à Chavez, Corréa ou Morales. Et l’attitude de la presse de l’Empire est conforme  aux buts de l’Empire. Ecoutez Labevierre, dernièrement licencié de RFI parce que d’évidence il n’est pas pro-israélien. Il résume la mission essentielle de ces médias : «Derrière la vitrine d’une presse libre, on assiste en fait à la mise en œuvre d’une entreprise flagrante de désinformation et de manipulation des opinions publiques. Je ne suis pas dans la résignation. Je suis un homme et un journaliste en colère, parce qu’aujourd’hui en France, dans ce pays que j’aime tellement, être qualifié de journaliste pro-arabe ou pro-palestinien est devenu un délit d’opinion, un crime pouvant justifier toutes les mises à mort professionnelles. J’ai une autre idée et une autre mémoire de l’histoire de mon pays, qui s’inscrit dans l’héritage de Robespierre, de la Révolution française, de Jean Moulin.»
 Pro-palestinien ou pro-indien, ce n’est pas la même chose ?

Texte paru sur le quotidien national La Tribune

 

La version soft du capitalisme

Le MDS vient d'ajouter la "particule" laïc à son sigle. La montagne qui accouche d'une souris ! Est-ce ainsi qu'il entend répondre aux efforts surhumains des communistes algériens et à l'attente sociale des citoyens qui s'appauvrissent à mesure de l'augmentation de nos réserves de change ?
Loin de renoncer à sa théorie fumeuse de "capitalisme moderne contre le capitalisme archaïque", il aggrave son analyse en prétendant encourager le développement des "forces productives", entendre par-là le prolétariat. Or ce prolétariat existe. Il a été développé , volontairement ou non, par Boumediene qui, à travers sa politique d'industrialisation, a urbanisé et prolétarisé la paysannerie, prenant paradoxalement à contre-pied les thèses de Frantz fanon dont il était partisan et ami. Il a crée des "rurbains", pour reprendre la pertinente expression de notre défunt ami Mustapha Lacheraf.
Le MDS (L !) dont il faut par honnêteté rappeler qu'il fut à l'avant-garde de la lutte contre l'islamisme, veut instaurer en Algérie, mais sous un masque clean,  le programme économique du FIS qui était le capitalisme. Il n'y a pas entre eux de différence mais une nuance: le premier milite pour un capitalisme clean tandis que le second prônait franchement un capitalisme de bazar. Bouteflika les a eu tous deux en instaurant un capitalisme rentier, c'est-à-dire fondé sur les revenus pétroliers. Nos adversaires idéologiques ironisaient en accusant Boumediene de pratiquer "le socialisme de la mamelle" (le pétrole). On ne savait pas qu'un jour ils pratiqueraient "le capitalisme de la mamelle" ! Sauf que le socialisme de la mamelle assurait la gratuité de la santé, des soins et de l'Education, qu'il subventionnait le livre...et les mouvements de libération ! Je vais arrêter ici mon énumération sinon je vais passer pour un nostalgique gâteux, alors que je ne suis qu'un gâteux nostalgique. Nostalgique d'une époque où il était impensable que le FBI ouvre une antenne publique à Alger. Ce dernier fait est unique dans les annales de l'aplatventrisme. Le FBI qui est l'équivalent de la DCE (Direction du contre-espionnage) algérienne, est une agence de sécurité intérieure. Est-ce à dire que l'Algérie de Ben M'Hidi et de Hassiba Benbouali fait partie du territoire étatsunien ? Il faut le croire puisque le clown du Palais d'El Mouradia a autorisé l'installation de bases militaires nord-américaines au Sahara soit-disant pour lutter contre le terrorisme, alors que les services de sécurité algériens peuvent donner des cours au Pentagone en matière de lutte anti-terroriste.
Mais revenons, pour en finir (provisoirement) avec ce MDSL qui a inventé le concept de "capitalisme moderne", cet euphémisme fumiste qu'emploient ça et là ses militants qui ne lui sont attachés que par "le besoin d'un père" que Freud explique en détails.

Chez nous, il existe depuis toujours la "primauté de la morale sur l'idéologie". Or ce particulet n'a aucune morale -comme toute formation capitaliste- puisqu'il marche allègrement sur les aspirations de son peuple et sur les sacrifices des communistes qui ont permis sa création. Certains sont morts assassinés. D'autres exilés. D'autres enfin, et c'est le moins pire des sorts, abasourdis. Ces derniers ont cependant une alternative, mais la seule pour le moment : rejoindre le PST.
Je finirai en signalant que ce MDSL va à rebours de l'Histoire : au moment où s'aiguisent les luttes anti-capitalistes et anti-impérialistes et où sont remporté des victoires éclatants  (voir l'Amérique latine... et même au Nepal), cette formation choisit d'être le pompier du capitalisme. Misère de l'idéologie ou idéologie de la misère, pour paraphraser l'autre.
Une consolation cependant : mes livres ont plus de lecteurs qu'il n'a de militants.

Salutations patriotiques                   

Djamal Benmerad
Journaliste, écrivain
Bruxelles
djamalbenmerad@...
Tel: 00 32 (0) 471 30 11 01
Site : http://dbenmerad.free.fr/
Blog : http://euromed.skyblog.com

 

 

Palestine

L’historien israélien témoigne

Ilan Pappe et le Nettoyage ethnique de la Palestine*

03-07-2008

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Par Mohamed Bouhamidi

Le 21 mai 2008, à la Bibliothèque nationale d’Alger, la Belge Marianne Blum, auteur du livre Gaza dans mes yeux où elle a passé dix ans à enseigner et faire du théâtre avec ses étudiants, parlait de la Palestine. Dans la description du désastre mental que provoquait, chez les Palestiniens, leur enfermement dans des îlots compartimentés par les barrages et les points de contrôle, elle a parlé d’un ado palestinien. Les soldats avaient tué son grand frère. A quoi rêvait-il, lui avait-elle demandé. Il rêvait d’un travail dans les champs de la colonie voisine. Marianne Blum rappelait ce souvenir pour insister sur un fait qui lui semblait massif chez les Palestiniens : ils n’avaient pas de haine pour les Juifs et leur écrasante majorité envisageait parfaitement de vivre ensemble avec eux. J’avais été à peine surpris car tous mes souvenirs d’enfant, pendant la guerre de libération, me rappelaient la dualité des sentiments dans mon environnement, tout entier engagé dans la lutte avec son lot de maquisards, de prisonniers, de torturés et de martyrs : la haine totale et absolue du colonialisme (stiâmar, plus rapide à prononcer qu’istiâmar) et l’absence totale de haine pour nos voisins pieds-noirs en tant que personnes, y compris aux moments les plus noirs quand, en 1961-62, l’affrontement se généralisa avec l’OAS et devint direct avec les plasticages et les ratonnades. Cette réalité s’exprima le mieux au lendemain de l’indépendance quand, le problème colonial réglé, tout fut oublié et les pieds-noirs souvent surpris, plus tard, de l’accueil chaleureux qu’ils trouvaient dans les pèlerinages dans leurs anciens quartiers. Mais c’est une vieille histoire que les dominés tournent vite la page.
Cependant, je n’ai pris toute la mesure de ce que voulait nous dire Marianne Blum qu’en lisant le Nettoyage ethnique de la Palestine. Il ne s’agissait pas seulement de cette absence de haine ni d’un manque de volonté manifeste de lutter. Mais de quelque chose d’infiniment plus profond qui apparaît parfois, accidentellement, à d’autres lectures ou dans la rencontre d’autres éclairages. Le livre d’Ilan Pappe m’a irrésistiblement ramené aux propos de Marianne Blum. Sans jamais faire référence spécifiquement aux héritages politiques des uns et des autres, l’auteur du Nettoyage ethnique de la Palestine nous découvre l’océan culturel, la radicale différence des visions du monde, de la vie et de la politique qui séparait palestiniens et sionistes.

Un auteur au grand courage
Ilan Pappe appartient à cette génération des nouveaux historiens israéliens qui a essayé de porter un regard dé-sionisé sur l’histoire de leur Etat. Il va cependant beaucoup plus loin que ses confrères. Il ne s’agit plus chez lui d’une critique universitaire devenue possible et même nécessaire au regard des critères académiques d’une histoire officielle ou de son réajustement aux critères de vérité et aux faits réels et dont la méconnaissance aurait poussé les historiens israéliens vers une reproduction des «vérités» officielles. A la lecture, Ilan Pappe semble bien avoir franchi une frontière interdite. Il parle de nettoyage ethnique et ce terme désigne bien un crime contre l’humanité. Comme tous les universitaires, il commence par valider la notion, retrouver sa définition la plus consensuelle, c’est-à-dire la définition minimale, celle qui ne peut faire l’objet de contestation et au regard de tous les textes disponibles et de toutes les approches avalisées, notamment à partir du cas yougoslave, il montre que, pour l’intention, pour les actes ou pour les fins pratiques poursuivies, on  ne peut appeler  autrement que nettoyage ethnique l’expulsion de la moitié de la population palestinienne de ses villages et de ses villes. Le coup est rude. L’histoire officielle israélienne parle de départs volontaires et jamais cette version n’a été contestée, mise en doute ou examinée sous son véritable jour. Du point de vue international, dès 1949, il existe bien un problème de réfugiés palestiniens pour lesquels l’ONU a créé  un organisme mais, de ce même point de vue international, il n’existe pas un crime contre l’humanité -un crime donc passible des tribunaux– qui s’appelle nettoyage ethnique en Palestine.
Le drame va mettre en présence deux groupes humains. Des Palestiniens, à peine insérés dans le mouvement d’émancipation arabe de la domination ottomane et passés sous domination britannique avant d’avoir construit leurs structures politiques. Ils n’ont comme expérience de l’Etat que la Sublime Porte sans grande influence sur la vie des différentes sociétés qui continuaient à vivre paisiblement avec leurs différentes communautés ethniques ou religieuses. Ils n’avaient aucune idée des grands changements culturels survenus en Europe avec la naissance des Etats-nations et leurs mythes d’unicité ethnique. Ils n’avaient, non plus, aucune expérience militaire, monopole exclusif de la Sublime Porte et de ses armées professionnelles avant l’heure. Ils n’imagineront jamais, même à partir de l’expérience douloureuse de leurs morts et de leurs expulsions, que les juifs arrivés en Palestine voulaient construire un Etat aux formes inédites dans la région : un Etat-nation juif.
En face, les immigrants juifs arrivaient armés d’une idéologie, d’un but et surtout d’une culture et d’une expérience de l’organisation infiniment supérieures à celle des indigènes qui vivaient depuis si longtemps dans une société plurielle qu’ils ne percevaient pas du tout –et d’ailleurs, ils ne l’auraient pas compris– que d’autres hommes ne concevaient la vie que dans l’uniformité ethnique ou, au pire, dans une écrasante domination démographique de leur groupe. Cette différence essentielle que nous découvrons à la lecture du livre d’Ilan Pappe ne constitue pas son sujet central ni sa préoccupation. Mais dans l’examen détaillé des plans d’épuration et de leur exécution, nous sommes frappés par les réactions des Palestiniens. Certes, l’auteur explique que, quand les sionistes, sous la direction politique de David Ben Gourion, passent à l’acte, les Anglais avaient décimé les élites politiques et les capacités organisationnelles des Palestiniens dans la répression de 1936. Certes, l’auteur rappelle le contexte arabe tout entier pris dans les rets de la politique britannique promettant aux grandes familles princières les dépouilles de l’Empire ottoman et, certes, il rappelle  les connivences et les complicités durables entre sionistes et Hachémites pour se partager les territoires de la Palestine. Certes, il souligne combien le Monde arabe n’était que virtuel et sans capacités réelles de s’opposer au projet sioniste. Mais la question reste quand même la réaction palestinienne. Tout au long du livre se dégage l’impression d’un peuple pris au piège de sa culture ancestrale de paix civile et de paix sociale. Ilan Pappe nous raconte l’histoire de ces habitants d’un village côtier, près de Haïfa, qui avaient fait place à des migrants juifs, leur apprenant à produire avec eux un sel de grande qualité alors que les attaques de villages avaient déjà commencé, comme s’il s’agissait d’événements accidentels et non d’un plan qui les visait tous.
Ces villageois seront massacrés et expulsés, leurs maisons et leurs biens pillés, leurs terres confisquées. Evidemment, à aucun moment, il n’exista une résistance systématique, organisée, planifiée en dehors de l’arrivée de volontaires arabes en nombre insuffisant, dérisoire presque, sous-équipés, sous-encadrés et sans coordination.  Et le livre souligne combien au plus fort des expulsions et des massacres, village après village, les paysans palestiniens restaient sans réaction, cherchant juste à continuer leur vieille vie paisible, à cultiver leurs champs.  

La froide détermination moderne
En face, Ilan Pappe nous aligne des noms et des origines. L’Europe de l’Est, la France, l’Angleterre, l’Amérique avec des ingénieurs, des militaires chevronnés, des politiciens formés dans les partis modernes, une tradition politique, des capacités élevées de coordination, de planification, d’organisation et d’évaluation permanente des programmes et de leur exécution.
Des capacités scientifiques permettant la systématisation du renseignement, de la définition des objectifs, de la connaissance préalable du terrain, des villages, des hommes qui y vivent, de leurs manières de vivre, de leurs idées, de leurs différends, de leurs aptitudes à résister. Jusqu’à la valeur des terres, la présence de l’eau, la fertilité de chaque lot, etc. L’attaque d’un village était précédée de toutes ces études, de toutes ces évaluations et de tous ces préparatifs. Déjà, les sionistes trouvaient de précieux auxiliaires chez les mouchards qui les aidaient ensuite à sélectionner leurs victimes. La terreur, le meurtre, l’assassinat, les incursions de nuit, le dynamitage des maisons devaient inspirer une terreur tétanisante.
Ben Gourion et ses adjoints avaient monté, avant le départ des Britanniques, un service de renseignements qui se chargeait de ces besognes. A côté, un organisme avait pour mission de mettre un véritable cadastre parallèle. A côté de la Haganah, armée officieuse puis officielle des sionistes, opéraient la Stern et l’Irgoun. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Anglais se firent complices des massacres. L’histoire de Haïfa que vous lirez dans le livre –si j’avais un quelconque pouvoir, je mettrais  ce livre dans le programme de socio, de sciences politiques, de l’Ecole de journalisme, de l’ENA et des écoles militaires– est bouleversante par sa brutalité inouïe, sa cruauté et la duplicité anglaise. Duplicité qui était le trait dominant des dirigeants sionistes. Quand tous les rapports informaient Ben Gourion de la passivité palestinienne et de son pacifisme, il criait à un deuxième Holocauste et à une menace d’extermination des juifs.
Les colons juifs arrivaient avec dans la tête le modèle de l’Etat moderne : l’Etat-nation. Ils ont d’abord balayé un premier obstacle idéologique : il s’agissait bien de coloniser la Palestine mais pas pour en exploiter les habitants. Les dirigeants qui portaient dans leur tête le schéma classique de colons exploitant les indigènes devaient renoncer à leur vision. C’est une colonie de type nouveau dans laquelle non seulement il fallait déposséder l’indigène de sa terre mais dont il fallait le chasser. C’était une colonie, certes, mais juive et, à aucun moment, la présence des Arabes ne devait constituer une menace sur le caractère juif de ce nouvel Etat et encore moins constituer un danger démographique. Voilà la doctrine de base. Le pourcentage acceptable était un rapport de 20% d’Arabes pour 80% de Juifs. L’objectif ne variera pas au cours des décennies qui suivirent les quelques mois pendant lesquels le nettoyage atteignit les cimes du crime : entre les mois de décembre 1947 à mars 1948 et une prolongation jusqu’en 1949. Mais ce pic ne constitue que le modèle achevé de la cruauté. Tous les dirigeants israéliens continueront à appliquer la doctrine judaïsant les territoires, villes et campagnes, avec la même détermination, la même volonté froide, avec les mêmes arguments et avec les mêmes massacres de femmes et d’enfants, de destruction des vergers et des cultures, le même oubli jeté sur l’histoire palestinienne des lieux conquis, etc.
Ce nettoyage ethnique a été racial, culturel, religieux et il continue. L’appel de Tzipi Livni aux Arabes israéliens pour qu’ils admettent le caractère juif de l’Etat d’Israël présage une nouvelle campagne d’épuration. Elle a fait cette déclaration quelques jours après le discours de W. Bush à la Knesset. Il avait affirmé le caractère juif de l’Etat d’Israël. Tout le monde avait compris qu’il bénissait une proposition israélienne d’envoyer les Arabes israéliens vers les territoires de M. Abbas ou vers des pays arabes contre compensation financière. Ilan Pappe n’écarte pas un scénario de ce genre. Il rapporte le consensus général en Israël sur le danger démographique palestinien dans les territoires annexés. Il montre combien les responsabilités internationales sont lourdes sur ce dossier et combien ce crime  bénéficie de complicités pour le taire. Mais Ilan Pappe écrit que cette réalité du crime et du nettoyage ne pouvait rester indéfiniment ensevelie. Il a pris l’immense et l’énorme responsabilité de le décrire en détail et sous toutes ses facettes dans un livre qu’on referme en se disant simplement : cet homme ! Quel courage ! Quel courage d’aller à contre-courant de toute sa société, de toute sa communauté, d’appeler au retour des réfugiés et à la réparation du crime. Mais pas seulement le courage. Ce livre est un modèle de travail scientifique et de méthodologie historique et je ne parle pas de son intérêt immédiat pour les débats actuels et pour tous les Algériens qui s’intéressent à la politique. Parfois les faits sont tellement durs que le lecteur a de la peine à poursuivre, mais il y apprend tant de choses essentielles, capitales sur le fonctionnement de l’intérieur d’une idéologie, d’une politique de domination  et des institutions et des hommes qui les portent que l’intérêt et l’envie de comprendre l’emportent. Il frappe, en plus, la propagande sioniste en enlevant aux criminels l’argument de l’antisémitisme et de la haine du juif pour faire taire les critiques. La brèche est immense et seul un homme honnête, profondément honnête pouvait trouver en soi la force de dire la vérité contre les siens. Mais déjà, en la disant, il est aussi palestinien.

M. B.

* Le Nettoyage ethnique de la Palestine (éditions Apic, 2008, 389 p. 800 DA) par Ilan Pappe, professeur d’histoire à l’université Exeter (Grande-Bretagne). Article paru dans le quotidien national La Tribune. 

 

 

IlanPappe

 Crimes et déni: Ilan Pappé sur la Nakba

Nadine Picaudou *

Le nettoyage ethnique de la Palestine est le troisième livre traduit en français de l’historien israélien Ilan Pappé, et sa publication constitue un événement historiographique majeur à la veille du soixantième anniversaire de la naissance de l’Etat hébreu. Voix singulière au sein des «nouveaux historiens» israéliens qui s’attachent, depuis les années 1980, à revisiter et à déconstruire le récit national, Ilan Pappé fait ici retour sur 1948 en proposant de substituer au paradigme de la guerre celui du nettoyage ethnique, au nom d’un triple impératif, scientifique, politique et moral.

Le retour aux sources du conflit et l’intelligibilité historique de l’événement conditionnent la réconciliation entre les peuples israéliens et palestiniens, mais, pour le citoyen israélien qu’est Ilan Pappé, il s’y ajoute la nécessité morale de se confronter au crime et, plus encore peut-être, au déni du crime. Car les politiques de nettoyage ethnique menées par l’Etat d’Israël n’ont pas seulement arraché un peuple à sa terre, elles l’ont arraché à la mémoire publique et longtemps voué à l’oubli du monde. Or, c’est l’usage du paradigme de la guerre dans le récit national qui a, selon lui, permis la persistance du déni, faisant obstacle à une véritable révision historiographique comme à une authentique réconciliation politique. Tel est le sens du projet Ilan Pappé: restituer l’histoire du nettoyage ethnique de la Palestine, assimilé à un crime contre l’humanité qu’Israël a voulu nier.

Reprenant à l’intellectuel serbe Drazen Petrovic ses critères de définition du nettoyage ethnique (inscription dans un projet nationaliste, place du massacre dans le dispositif, partage implicite des tâches entre politiques et militaires), il n’en place pas moins le cas palestinien dans la perspective d’une histoire coloniale où l’enjeu n’est pas d’exploiter mais d’expulser l’autochtone. Les stratégies israéliennes s’articulent autour du plan Dalet, jadis étudié par l’historien palestinien Walid Khalidi, mais qu’Ilan Pappé relit à la lumière d’une nouvelle documentation israélienne qui fait la part belle aux correspondances et aux Mémoires des acteurs. Ce plan de conquête apparaît ici comme l’émanation directe de Ben Gourion, flanqué des «figures familières du panthéon de l’héroïsme israélien». L’ouvrage s’ouvre à cet égard sur un saisissant effet de réel: on y voit onze hommes, vétérans sionistes et jeunes officiers dont l’historien a patiemment reconstitué les noms censurés, rejoindre Ben Gourion le 10 mars 1948, par un froid mercredi de printemps, à la Maison rouge, un élégant bâtiment «levantin» de Tel-Aviv, pour y mettre la dernière main à la quatrième version d’un plain qui allait «sceller le sort de la Palestine». Le travail d’Ilan Pappé démontre que le document ne se réduisait pas à des directives politiques générales, mais renfermait des ordres militaires précis et immédiatement exécutoires, sans attendre la fin annoncée du mandat britannique. Ces registres dessinaient une cartographie exhaustive des villages dans leur topographie, leurs ressources économiques, leurs caractéristiques démographiques, les affiliations politiques de leurs habitants et leur degré d’hostilité au sionisme. Les Palestiniens n’y étaient pas traités comme une menace militaire mais comme un simple «problème démographique» à résoudre.

Notons qu’Ilan Pappé n’entre pas très avant dans le débat qui oppose les tenants des causalités idéologiques aux partisans de l’explication par les circonstances, ceux qui voient dans l’expulsion des Palestiniens la mise en œuvre d’une pensée du transfert consubstantielle au sionisme à ceux qui font de l’exode un sous-produit de la guerre. Le plan Dalet est ici conçu à la fois comme l’inévitable produit du sionisme et comme la réponse aux évolutions de terrain.

Ilan Pappé s’attache en réalité à instruire le dossier à charge du nettoyage ethnique de la Palestine, dont il restitue une chronologie scrupuleuse, région par région et village par village.

La périodisation proposée, qui conduit le lecteur de février 1947 à janvier 1949, distingue une première phase de représailles et d’intimidations, avant la rupture qualitative qu’introduit le plan Dalet. Avec son adoption officielle le 10 mars 1948, s’ouvre une deuxième phase de mise en œuvre d’un plan d’expulsion qui n’a donc pas attendu l’entrée des armées arabes en Palestine le 15 mai. Le plus souvent, des attaques préalables, parfois accompagnées de massacres, sont menées contre des villages proches pour semer la terreur et faciliter la reddition des villes. La troisième phase, de juin à septembre 1948, marque une escalade: en Galilée d’abord, où s’expérimentent des stratégies sélectives d’expulsion en fonction des appartenances confessionnelles. La quatrième qui s’étend d’octobre 1948 à janvier 1949, touche la Haute Galilée occidentale, proche de la frontière libanaise, où des expulsions sélectives s’accompagnent parfois de massacres et de déplacements de population qui produiront la catégorie spécifique des réfugiés de l’intérieur.

L’ouvrage d’Ilan Pappé ne réduit pas le nettoyage ethnique à la guerre et à l’expulsion. Il y intègre l’ensemble des politiques destinées à empêcher le retour des réfugiés: destructions des villages, remplacés par des implantations juives ou des forêts de conifères, lutte contre les «infiltrés», processus d’accaparement des terres «abandonnées», régime d’exception infligé aux populations arabes jusqu’en 1966. Il y inclut également toutes les formes d’appropriation symbolique du territoire et d’effacement de la mémoire palestinienne par hébraïsation de la géographie, afin d’explorer «le système cognitif» qui a permis l’oubli.

L’épilogue, très engagé, qui conclut l’ouvrage esquisse des continuités entre 1948 et aujourd’hui, à l’heure où le «danger» démographique arabe, inscrit dans le syndrome israélien de la forteresse assiégée, ressurgit dans le débat politique tandis que les citoyens palestiniens d’Israël établissent un lien explicite entre leur lutte pour une pleine citoyenneté et la révision du récit de 1948. Convaincu qu’Israël n’a d’autre choix que de se transformer en Etat civique et démocratique, l’auteur en appelle à la fin de «l’ethnocentrisme sioniste».

* Nadine Picaudou est Professeur à Paris-I. Derniers ouvrages parus: Les Palestiniens, un siècle d’histoire, 2éd., Complexe, 2003 et Territoire palestiniens de mémoire, Karthala/IFPO, 2006. Cet article a été publié dans l’hebdomadaire Politis.

(18 mars 2008)

 

Palestine

Nakba

 

 

 

Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949)

Dominique Vidal *

Il y a soixante ans, presque jour pour jour, l’Assemblée générale des Nations unies décidait, à la majorité requise des deux tiers, de partager la Palestine en un État juif et un État arabe, plus une zone sous «régime international particulier» pour Jérusalem et les Lieux saints.

Un an et demi plus tard, c’est à un tout autre partage qu’a abouti la guerre de 1948: Israël a vu le jour et augmenté d’un tiers son territoire, annexant une partie de l’État palestinien, mort né, dont le reste est passé aux mains de la Jordanie et de l’Égypte. Et surtout plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël, ont dû quitter leurs foyers.

C’est sur ce dernier point que, depuis soixante ans, une intense bataille de propagande oppose deux versions des événements:

Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit d’une expulsion. La majorité de ces 700'000 à 900'000 réfugiés ont été contraints au départ, au cours des affrontements judéo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire jalonné de nombreux massacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai «Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine» (1), et, plus récemment, par Elias Sanbar dans Palestine 1948. L’Expulsion (2).

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés - 500'000 au maximum - seraient partis volontairement, répondant aux appels des dirigeants arabes qui leur auraient promis un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables juifs n’auraient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer – en premier lieu celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948 – auraient été le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

Dès les années 1950, quelques personnalités israéliennes, liées notamment au Parti communiste, contestaient cette thèse. Depuis la seconde moitié des années 1980, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de journalistes et de chercheurs: Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale et inventé l’expression «nouveaux historiens» (3) . Au point de s’attirer les remontrances plus ou moins acerbes d’historiens plus ou moins orthodoxes (4) qui s’efforcent de faire barrage à cette «révision» de l’histoire d’Israël.

Curieusement, pendant plus de dix ans, aucun ouvrage des «nouveaux historiens» consacré à l’analyse de ces événements – les premiers datent pourtant de 1987 – n’a été traduit en français. Comment accepter qu’une contribution aussi importante à des événements fondateurs du Proche-Orient contemporain, disponible en anglais et en hébreu, reste inaccessible au public francophone ? C’est pourquoi, en 1998, j’ai écrit, avec Joseph Algazy, un livre de synthèse de leurs travaux, qui vient d’être republié, dans une version actualisée et augmentée, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949). L’écho de la première édition a sans doute contribué, comme je l’espérais, à débloquer la situation: le fait est que, depuis 1998, Benny Morris, Ilan Pappé, Tom Segev, Avi Shlaïm ont vu six de leurs livres traitant entièrement ou notamment de la guerre de 1948 publiés en français (5).

Ce retard dans la publication en français des travaux des «nouveaux historiens» n’aide pas à comprendre comment cette école s’est développée. En réalité, deux phénomènes se sont conjugués pour inciter ces chercheurs à se pencher sur les origines de l’État d’Israël et du problème des réfugiés palestiniens: le premier, c’est bien sûr l’ouverture, à partir de 1978, des archives israéliennes concernant cette période: les chercheurs y puisent l’essentiel de leurs sources. Or, comme le note à juste titre l’historien palestinien Nur Masalha, «l’histoire et l’historiographie ne devraient pas nécessairement être écrites, exclusivement ou essentiellement, par les vainqueurs» (6)  ; mais la plongée dans les archives israéliennes - ainsi qu’américaines et britanniques - n’aurait pas été si fructueuse si les années suivant leur ouverture n’avaient pas été marquées par la guerre du Liban et le déclenchement de la première Intifada. Bref, les «nouveaux historiens» mettent à jour l’origine du problème palestinien alors même que celui-ci revient au premier plan et appelle des solutions nouvelles.

Encore une précision, avant d’entrer dans le vif du sujet: ces chercheurs ne constituent pas un groupe homogène, ni sur le plan méthodologique ni au niveau idéologique. Pour tenter d’éviter le débat sur le fond, certains polémistes – comme Pierre-André Taguieff – ont pensé pouvoir balayer leurs travaux en les qualifiants d’«intellectuels d’extrême gauche». Absurde: ce qui frappe au contraire, c’est la diversité de leurs opinions politiques et, plus important encore, de leur positionnement par rapport au sionisme. L’enquête que Sébastien Boussois a menée en Israël, pour la postface de mon livre, auprès des «nouveaux historiens» comme de leurs adversaires le démontre clairement.

De tous les historiens de cette école, seul Ilan Pappé se définit comme «antisioniste». Tous les autres s’affirment sionistes, à des degrés divers. Et, comme chacun sait, leur pionnier, Benny Morris, a connu une évolution politique qui l’a amené, après l’échec du sommet de Camp David de juillet 2000, à soutenir de plus en plus nettement la politique menée par Ariel Sharon. Dans une retentissante interview au quotidien Haaretz, le 8 janvier 2004, il est allé jusqu’à défendre l’épuration ethnique: «Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique», déclarait-il. Et de poursuivre: «Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du XXIe siècle, mais, quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide - l’annihilation de votre population - je préfère le nettoyage ethnique (...) C’était la situation. C’était ce que le sionisme affrontait. Un État Juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700'000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner».(7) Curieux gauchiste !

Cette dérive du citoyen Benny Morris n’a pas pour autant amené l’historien Benny Morris à renier les résultats de vint années de recherches. Au contraire: ses recherches, depuis vingt ans, ont approfondi la rupture majeure qu’avait marquée, en 1987, la parution de The Birth of the Palestinian Refugee Problem. C’est en effet à Benny Morris et à son premier livre qu’on doit les révélations les plus novatrices sur la période 1947-1949.

Synthétiser en quelques minutes des années de recherches historiques est une impossible gageure. Disons, pour schématiser, que les «nouveaux historiens» ébranlent en particulier trois mythes de l’historiographie traditionnelle:

Le premier, c’est la menace mortelle qui aurait pesé sur Israël à l’époque. Comme l’écrit Benny Morris dans 1948 and After: «la carte qui montre un minuscule Israël et un environnement arabe géant ne reflétait pas - et, jusqu’ici, ne reflète toujours pas - avec exactitude le véritable rapport des forces militaires dans la région » (8

Contrairement à la légende dépeignant un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les «nouveaux historiens» confirment la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, coordination, motivation...) à la seule exception – peut-être – de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948.

A quoi s’ajoutent, pour Israël, l’appui politique des États-Unis (en tout cas de leur présidence) et le soutien diplomatique et militaire de l’URSS - à l’époque, même lorsque la répression s’abattra sur les juifs soviétiques, le Kremlin continuera de livrer des armes à Israël et de le défendre inconditionnellement à l’ONU.

Dernier élément, décisif, étudié par Avi Shlaïm dans Collusion across the Jordan: l’accord tacite passé le 17 novembre 1947 (douze jours avant le plan de partage des Nations unies) par Golda Meïr avec le roi Abdallah de Transjordanie. Il constitue une garantie stratégique majeure pour Israël: la Légion arabe, seule armée arabe digne ce nom, s’engageait à ne pas franchir les frontières du territoire alloué à l’État juif en échange de la possibilité d’annexer celui prévu pour l’État arabe.

Assuré, dès février 1948, du feu vert explicite du secrétaire au Foreign Office, Ernest Bevin, ce plan sera effectivement mis en œuvre: si la Légion arabe participe à la guerre à partir du 15 mai 1948, elle ne pénètre jamais en territoire israélien et ne prend jamais l’initiative d’une bataille d’envergure contre Tsahal - sauf à Jérusalem, exclue de l’accord. D’ailleurs, le schéma du 17 novembre 1947 se substituera bel et bien, à la fin des hostilités, au plan partage du 29: la Jordanie occupera et annexera la partie arabe de la Palestine, moins les zones conquises par Israël (qui a augmenté sa superficie d’un tiers) et la bande de Gaza occupée par l’Égypte...

Le deuxième mythe concerne la volonté de paix qu’aurait manifestée Israël au lendemain de la guerre. Organisée par la Commission de conciliation sur la Palestine sur décision de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948 – celle qui affirme le droit au retour ou à une compensation des réfugiés – la conférence de Lausanne a notamment été étudiée par Avi Shlaïm, dans le livre déjà cité, et par Ilan Pappé dans The Making of the Arab-Israeli Conflict. Leurs conclusions contredisent largement la thèse traditionnelle.

Les archives montrent en effet qu’Israël est venu à Lausanne uniquement pour complaire aux Américains et aux Européens afin d’obtenir ainsi son admission aux Nations unies. A cette fin, Tel Aviv ratifiera, le 12 mai 1949, un protocole réaffirmant à la fois le plan de partage - jusque-là refusé par les États arabes - et le droit au retour des réfugiés. Mais il reniera aussitôt sa signature: comme l’écrit un mois plus tard Walter Eytan, codirecteur général du ministère israélien des Affaires étrangères, «mon principal objectif était de commencer à saper le protocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies.»(9)  De fait, Lausanne finira dans l’impasse. Et Eliahou Sasson, le chef de la délégation israélienne, confiera: «Le facteur qui bloque, c’est aujourd’hui Israël. Par sa position et ses demandes actuelles, Israël rend la seconde partie de la Palestine inutilisable pour tout projet, sauf un - son annexion par un des États voisins, en l’occurrence la Transjordanie.» (10

La meilleure preuve de la mauvaise volonté israélienne, c’est la manière dont David Ben Gourion rejette l’offre incroyable du nouveau président syrien, Husni Zaïm, qui propose non seulement de faire la paix avec Israël, mais aussi d’accueillir 200'000 à 300'000 réfugiés palestiniens. Le temps que Tel Aviv prenne conscience de l’intérêt de la suggestion, il est trop tard: Zaïm est renversé par un coup d’État militaire...

Bref, conclut Ilan Pappé, «contrairement aux opinions de nombreux historiens et au mythe israélien concernant la guerre de 1948, il y avait bien des leaders arabes qui recherchaient la paix avec le nouvel État juif au milieu d’eux, et certains d’entre eux subirent des rebuffades de la part d’Israël.» (11

Mais le mythe le plus sérieusement ébranlé concerne l’exode des Palestiniens. Résumons. Benny Morris le montre, les archives réfutent formellement la thèse de l’appel arabe à la fuite. «Il n’existe pas de preuve attestant, écrit-il, que les États arabes et le Haut Comité arabe [HCA, palestinien] souhaitaient un exode de masse ou qu’ils aient publié une directive générale ou des appels invitant les Palestiniens à fuir leurs foyers (même si, dans certaines zones, les habitants de villages spécifiques ont reçu de commandants arabes ou du HCA l’ordre de partir, essentiellement pour des raisons stratégiques).» (12) Quant aux fameuses exhortations qu’auraient diffusées les radios arabes, on sait depuis l’étude systématique, à la fin des années 50, de leurs programmes enregistrés par la BBC qu’il s’agit d’inventions pures et simples (13).

Certes, dans les semaines suivant le plan de partage, il y eut quelque 70’000 à 80’000 départs volontaires, pour l’essentiel de riches propriétaires terriens et des membres de la bourgeoisie urbaine. Mais après ? Le premier bilan dressé par les Services de renseignement de la Hagana, daté du 30 juin 1948, estime à 391’000 le nombre de Palestiniens ayant déjà quitté le territoire alors aux mains d’Israël. «Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations», écrivent les experts, qui ajoutent les opérations des dissidents de l’Irgoun et du Lehi «qui ont directement causé environ 15 % de l’émigration». Avec 2 % attribués aux ordres d’expulsion explicites donnés par les soldats juifs et 1 % à leur guerre psychologique, on arrive ainsi à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. De surcroît, dans 22 % de cas, le rapport met en cause les «peurs» et la «crise de confiance» répandues dans la population palestinienne. Quant aux appels arabes à la fuite, ils n’entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas.... Les objections de l’«orthodoxe» Shabtaï Teveth sur ce document doivent certes nous inciter à être prudents dans son utilisation, mais certainement pas à remettre en cause les grandes lignes de l’analyse.

A partir de la reprise des combats, en juillet 1948, la volonté d’expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole: l’opération de Lydda et de Ramleh, le 12 juillet 1948. «Expulsez-les !» a dit David Ben Gourion à Igal Allon et Itzhak Rabin – récit censuré dans les Mémoires de ce dernier, mais publié dans le New York Times (14). De fait, la violente répression (250 morts, dont des prisonniers désarmés) est suivie de l’évacuation forcée, accompagnée d’exécutions sommaires et de pillages, de quelque 70’000 civils palestiniens des deux villes – soit près de 10 % de l’exode total de 1947-1949 ! Des scénarios similaires seront mis en œuvre durant l’été, l’automne et l’hiver du Nord (la Galilée) au Sud (la plaine côtière et le Néguev).

Ces Palestiniens qu’on expulse, on fait en même temps main basse sur leurs biens. L’été 1948 voit se généraliser la politique de destruction des villages arabes, puis, de plus en plus, leur simple restructuration de façon à accueillir rapidement les nouveaux immigrants juifs. La Loi sur les «propriétés abandonnées» – destinée à rendre possible la saisie des biens de toute personne «absente» – «légalise», en décembre 1948, la confiscation. Israël mettra ainsi la main sur 73’000 pièces d’habitation dans des maisons abandonnées, 7800 boutiques, ateliers et entrepôts, 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et - surtout – 300’000 hectares de terres (15).

Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif (16). Dans son Journal, le 20 décembre 1940, ce sioniste aux convictions tranchées confiait sans détours: «Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) et la seule solution, c’est la Terre d’Israël sans Arabes (...) Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins (...) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine

Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-même. Dès janvier 1948, il orchestre, ici et là, l’expulsion des Palestiniens. En avril, il obtient la constitution d’«un organisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que possible». Informel jusqu’à fin juin, officiel ensuite, le «Comité du transfert» supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou leur repeuplement par de nouveaux immigrants juifs. Bref, quand David Ben Gourion déclare au Conseil des ministres, le 16 juin 1948, vouloir éviter «à tout prix» le retour des réfugiés, il s’agit, non d’une phrase en l’air, mais d’un programme politique très concret...

Entre historiens anciens et nouveaux, et au sein même de la nouvelle école, le débat le plus vif porte sur la nature de la politique arabe du Yichouv et de ses forces armées durant les six premiers mois de 1948. Dans son premier livre, The Birth, Benny Morris s’en tenait à une thèse «centriste»: «Le problème palestinien, assurait-il, est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe.»(17) Il a nuancé cette appréciation dans son deuxième livre, 1948, en définissant le transfert comme «un processus cumulatif, aux causes enchevêtrées, mais [avec] un déclencheur majeur, un coup de grâce [en français dans le texte], en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des Forces de défense d’Israël dans chaque localité» (18). Benny Morris nie cependant l’existence d’un plan d’expulsion, et tend à disculper David Ben Gourion, président de l’Agence juive, puis Premier ministre et ministre de la Défense du jeune État d’Israël. Peut-être tactique, cette attitude contredit en tout cas nombre d’éléments que l’historien rapporte lui-même.

Benny Morris souligne l’engagement de longue date de Ben Gourion en faveur du projet de «transfert» (notamment à partir de 1937, en réponse à la Commission Peel). Il nous apprend de surcroît, archives à l’appui, que les textes du mouvement sioniste comme les Journaux de ses dirigeants ont été systématiquement expurgés pour gommer les allusions au «transfert» et les opérations d’expulsion, envisagées ou réalisées.

Benny Morris décrit en permanence Ben Gourion menant d’une main de fer l’entreprise d’expulsion des Arabes et de confiscation de leurs biens. Et il le dépeint toujours soucieux de ne laisser aucune trace de sa responsabilité.

Benny Morris insiste également sur ce qu’il appelle le «facteur atrocité». L’historien montre en effet que, loin de représenter une «bavure» extrémiste, le massacre de Deir Yassine a été précédé et suivi de nombreux autres commis par la Hagana, puis par Tsahal, de la fin 1947 à la fin 1948. L’historien reviendra, dans la seconde édition de The Birth, en 2004, sur l’étendue de ces tueries, à partir des archives récemment ouvertes: «Ce que montrent les nouveaux matériaux, c’est que les Israéliens ont commis bien plus de massacres que je ne l’avais pensé auparavant.»

Enfin Benny Morris admet clairement que l’opération Nahshon et le plan Dalet comportent une indiscutable dimension d’expulsion. A la page 62 de The Birth, il estime que «l’essence» du plan D était «de chasser toutes les forces hostiles et potentiellement hostiles de l’intérieur du territoire futur de l’État juif, d’établir une continuité territoriale entre les principales concentrations de population juive et d’assurer la sécurité des futures frontières avant l’invasion arabe attendue. Comme les irréguliers arabes étaient basés et cantonnés dans les villages, et comme les milices de nombreux villages participaient aux hostilités contre le Yichouv, la Hagana considérait la plupart des villages comme activement ou potentiellement hostiles». A la page suivante, il reconnaît que le plan D représentait «un ancrage stratégico-idéologique pour l’expulsion par les commandants de front, de district, de brigade et de bataillon» auxquels il donnait «post facto une couverture formelle et convaincante pour expliquer leurs actions». Et pourtant, Benny Morris assure, page 62, que «le plan D n’était pas un plan politique d’expulsion des Arabes de Palestine». Après quoi il affirme page 64: «A partir du début avril, il y a des traces claires d’une politique d’expulsion à la fois au niveau national et local en ce qui concerne certains districts et localités stratégiques-clés»...

Le fait que les archives n’aient pas – jusqu’ici – révélé de directive globale d’expulsion suffit-il pour nier le phénomène et les responsabilités de la direction du Yichouv ? Tout indique qu’il existait sur ce point un consensus extrêmement solide dans l’appareil politique et militaire, y compris parmi nombre de cadres du Mapam. Si le Parti sioniste socialiste (Mapam) et ses ministres mènent bataille contre l’expulsion, ses dirigeants et militants directement engagés dans l’affrontement, eux, n’hésitent pas, qu’il s’agisse des combattants du Palmah («unité de choc» de la Hagana]  ou des membres de kibboutzim situés en première ligne.

Comme l’écrit Benny Morris, «Ben Gourion voulait clairement que le moins d’Arabes possible demeurent dans l’État juif. Il espérait les voir partir. Il l’a dit à ses collègues et assistants dans des réunions en août, septembre et octobre. Mais aucune politique d’expulsion n’a jamais été énoncée et Ben Gourion s’est toujours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux "comprennent" ce qu’il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de "grand expulseur" et ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement discutable.» (19

Ilan Pappé va, lui, beaucoup plus loin. Et son dernier livre, The Ethnic Cleansing of Palestine – qui va paraître chez Fayard au printemps 2008 – constitue une somme, sinon définitive (il n’y a jamais de point final dans la recherche historique), en tout cas majeure sur 1948. Certes, l’historien avait déjà écrit plusieurs essais importants qui, tout en s’inscrivant dans le mouvement de la «nouvelle histoire», le distinguaient nettement du pionnier de cette dernière. Dès 1992, avec The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, il opposait aux thèses «centristes» de Benny Morris une analyse plus radicale de l’expulsion des Palestiniens: pour lui, il ne s’agit pas d’une conséquence de la guerre, mais du résultat d’un plan mûrement réfléchi.

Non seulement il développe cette approche dans son nouvel ouvrage de manière approfondie et cohérente, mais il le fait à la manière de... Benny Moris: avec forces citations tirées des archives de la Hagana, du Palmah et des Forces de défense d’Israël, ainsi que des Journaux de David Ben Gourion et d’autres dirigeants juifs. Mais, contrairement à son collègue et adversaire, il évoque aussi les travaux d’historiens palestiniens et arabes ainsi que les témoignages de protagonistes palestiniens des événements. Après The Ethnic Cleansing, nul ne pourra plus raconter - honnêtement - 1948 comme avant...

Le livre s’ouvre sur la «Maison rouge», cet immeuble Bauhaus de Tel-Aviv devenu, en 1947, le quartier général de la Hagana. Ce 10 mars 1948, onze hommes, «vieux dirigeants sionistes et jeunes officiers juifs, apportent la touche finale à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine. Le soir même, des ordres militaires sont diffusés aux unités sur le terrain afin qu’elles préparent l’expulsion systématique des Palestiniens de vaste zones du pays. Ces ordres comprenaient une description détaillée des méthodes à employer pour chasser les gens par la force». Six mois après, «plus de la moitié de la population autochtone de la Palestine, soit près de 800 000 personnes, avait été déracinée, 531 villages détruits et onze villes vidées de leurs habitants».

Le plan du 10 mars «et par-dessus tout sa mise en œuvre systématique dans les mois suivants constituent donc un cas évident d’opération de nettoyage ethnique, lequel est désormais considéré par la loi internationale comme un crime contre l’humanité». Avec l’irruption des moyens de communication électroniques, poursuit Pappé, «il est devenu quasiment impossible de dissimuler des crimes contre l’humanité à grande échelle». Et pourtant «un de ces crimes a été presque totalement effacé de la mémoire publique globale: la dépossession des Palestiniens en 1948 par Israël». Pis, il a été «systématiquement nié et n’est toujours pas reconnu aujourd’hui comme un fait historique.» (20

Les «nouveaux historiens» se sont bien sûr efforcés de réviser la version traditionnelle de la guerre de 1948. «J’étais l’un d’eux», ajoute Pappé qui, autocritique, estime néanmoins que ses confrères et lui ont «éludé la question du nettoyage ethnique»: comme les «historiens diplomatiques», ils se sont «concentrés sur les détails». Certes, grâce aux archives militaires israéliennes, lui et ses confrères ont pu non seulement démontrer l’absurdité de la thèse selon laquelle les Palestiniens seraient partis volontairement, mais aussi confirmer «beaucoup de cas d’expulsions massives» de villages et de villes et révéler «un nombre considérable d’atrocités, y compris de massacres.» (21

Mais leur démarche comportait, ajoute Pappé, une limite majeure cependant, évidente chez le précurseur de la «nouvelle histoire»: le fait de s’appuyer exclusivement sur les archives, considérées comme l’expression d’une «vérité absolue», l’a conduit à une appréhension déformée de la réalité sur le terrain. Si Morris et les autres s’étaient tournés vers l’histoire orale, y compris arabe, ils auraient pu mieux saisir la «planification systématique derrière l’expulsion des Palestiniens en 1948» et fournir «une description plus véridique de l’énormité des crimes commis». D’où l’objectif que Pappé assigne à son nouveau livre: «défendre le paradigme du nettoyage ethnique et le substituer à celui de guerre» - pour la recherche universitaire comme pour le débat public sur 1948.

Il est évidemment impossible de résumer ici les 320 pages de The Ethnic Cleansing of Palestine: après une définition du concept de «purification ethnique» et une étude sur la place du «transfert» dans la pensée sioniste, Pappé y décrit dans le détail comment, dès le début des années 1940, la direction du Yichouv a préparé, puis mis en œuvre, étape après étape, l’expulsion des Palestiniens.

Je ne citerai qu’un fait qui, à mes yeux, ébranle la thèse d’une expulsion non planifiée: la constitution, dès avant le Seconde Guerre mondiale, d’un fichier de tous les villages arabes établi dès avant la Seconde Guerre mondiale. C’est un jeune historien de l’Université hébraïque de Jérusalem, Ben-Zion Luria, qui en proposa l’établissement: «Cela aiderait grandement à la rédemption de la terre», écrivit-il au Fonds national juif (FNJ). Recruté pour s’en charger, un topographe de l’Université hébraïque «suggéra de conduire une inspection à l’aide de photographies aériennes». Les meilleurs photographes professionnels du pays contribuèrent au projet, un laboratoire étant installé dans la maison de Margot Sadeh... l’épouse de Itzhak Sadeh, le chef du Palmah !(22)

Ainsi furent constitués des dossiers détaillés sur chacun des villages de Palestine, qui comprenaient, explique Pappé, «les routes d’accès, la qualité de la terre, les sources, les principales sources de revenu, la composition sociologique, les affiliations religieuses, le nom des muktars, les relations avec les autres villages, l’âge des habitants hommes (de 16 à 50 ans) et bien d’autres choses». La plus importante était «un index de l’"hostilité" [à l’égard du projet sioniste], à partir du niveau de la participation du village à la révolte de 1936. Une liste comportait quiconque y avait pris part et les familles de ceux qui avaient perdu quelqu’un dans le combat contre les Britanniques. Une attention particulière était prêtée aux gens qui avaient prétendument tué des Juifs. Comme nous le verrons, en 1948, cette dernière information alimentera les pires atrocités dans les villages, conduisant à des exécutions de masse et à des tortures».

En 1943, Ezra Danin, qui jouera cinq ans plus tard un rôle dirigeant dans l’épuration ethnique, systématisera tout le fichier. À partir de ce moment, les dossiers inclurent «des descriptions détaillées des liens familiaux, les cultures, le nombre d’arbres dans les plantations, la qualité de chaque verger (et même de chaque arbre), la quantité moyenne de terre par famille, le nombre de voiture, les propriétaires de commerces, les membres des ateliers et les noms des artisans dans chaque village avec leurs compétences. Plus tard, s’ajouteront des indications méticuleuses sur chaque clan et son affiliation politique, la stratification sociale entre notables et simples paysans ainsi que les noms des fonctionnaires du gouvernement mandataire.» (23)

Plus la fin du mandat britannique approcha, et plus «l’information s’orienta de manière explicitement militaire: le nombre de gardes (la plupart des villages n’en avaient aucun) et les quantité et qualité des armes à la disposition du village (en général archaïques ou même absentes)». Pour compléter leurs fichiers, Ezra Danin et son assistant, Yaacov Shimoni, recrutèrent deux autres collaborateurs, Yehoshua Palmon et Tuvia Lishanski, mais aussi des «informateurs» palestiniens. «L’actualisation définitive des dossiers des villages, précise l’historien, se déroula en 1947. Elle se focalisa sur la constitution de listes de personnes "recherchées" dans chaque village. En 1948, les troupes juives utilisèrent ces listes pour les opérations de recherche et d’arrestation qu’elles conduisaient dès qu’elles occupaient une localité. Les hommes étaient alignés et ceux qui figuraient sur les listes étaient identifiés, souvent par la même personne qui avait fourni les informations à leur sujet (...), la tête recouverte d’un sac avec deux yeux afin de ne pas être reconnue. Les hommes ainsi choisis étaient souvent abattus sur le champ.»

Toute affiliation au mufti ou à son parti politique «constituait un crime aux yeux des experts sionistes. En consultant les fiches de 1947, nous voyons que des villages de 1’500 habitants comprenaient environ entre vingt et trente de ces suspects». Igaal Yadin l’a reconnu, conclut Pappé: «C’est cette connaissance détaillée de ce qui se passait dans chaque village palestinien qui a permis au commandement militaire sioniste en novembre 1947 de conclure que "les Arabes de Palestine n’avaient personne pour les organiser correctement". Le seul problème sérieux était les Britanniques: "S’il n’y avait pas eu les Britanniques, nous aurions écrasé l’émeute [contre le plan de partage] en un mois.» (24

* Dominique Vidal, membre de la rédaction du Monde Diplomatique est l’auteur de Comment Israël expulsa les Palestiniens : Les nouveaux acquis de l'Histoire (1945-1949), Editions de l’Atelier, novembre 2007


1. In Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau commentaire par le Journal of Palestine Studies, vol. XVIII, n° 69, 1988.

2. Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984.

3. Leurs livres les plus importants sont: Simha Flapan, The Birth of Israel, Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press MacMillan, New York Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Collusion across the Jordan. King Abdallah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, MacMillan, New York, 1988, et The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I. B. Tauris, New York, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, et 1948 and After. Israel and the Palestinians, Clarendon Press, Oxford, 1990.

4. Notamment Shabtaï Teveth, Avraham Sela, Itamar Rabinovich et, dans la rubrique purement polémique, Ephraïm Karsh.

5. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, Bruxelles, 2003 ; Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine et Les Démons de la Nakba, La Fabrique, Paris, respectivement 2000 et 2004 ; Eugène Rogan et Avi Shlaïm (dir.), 1948. La Guerre de Palestine: derrière le mythe, Autrement, Paris, 2002 ; Tom Segev, Les Premiers Israéliens, Calmann-Lévy, Paris, 1998.

6. Nur Masalha, «1948 and After revisited», Journal of Palestine Studies, 96, publié par University of California Press for the Institute of Palestine Studies, Berkeley, vol. XXIV, n° 4, été 1995.

7. Haaretz, Tel-Aviv, 9 janvier 2004.

8. Benny Morris, 1948, op. cit, p. 14.

9. Ilan Pappé, The Making, op. cit., p. 212.

10. Cité par Avi Shlaïm, Collusion...., op. cit., p. 474-475.

11. Ilan Pappé, The Making..., op. cit., p. 193.

12. The Birth..., op. cit, p. 129.

13. Voir Erskine Childers, «The Other Exodus», The Spectator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997, p. 115.

14. 23 octobre 1979.

15. Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.

16. 1948 and After, op. cit., chapitre 4.

17. Benny Morris, The Birth..., op. cit., p. 286.

18. Benny Morris, 1948..., op. cit., p. 32.

19. Benny Morris, The Birth..., op. cit., pp. 292-293.

20. The Ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publication, 2007,, pp. xii et xiii.

21. Ibidem, pp. xiii à xv.

22. Ibidem, pp. 17 et 19.

23. Ibidem, pp. 19 et 20.

24. Ibidem, pp. 20 à 22.

(11 janvier 2008)

 

 

Déclaration de la commission des femmes travailleuses à l'occasion du 8 mars 

Union Générale des Travailleurs Algériens

  COMMISSION NATIONALE DES FEMMES TRAVAILLEUSES

Non à la précarisation qui menace les droits des femmes !

 A l’occasion de ce 8 mars 2003,  il est nécessaire de faire le point sur les chantiers engagés par le programme d’action issu de la conférence nationale des femmes travailleuses du 17 mars 2002 :

 Nous nous réjouissons des promotions de femmes à la SNTF, à Naftal, dans la douane et dans diverses institutions à des responsabilités dont nous étions exclues

-         Mais comment obtenir partout un égal accès à la formation et à la promotion  à l’heure des départs volontaires quand le marasme économique qui résulte de l’absence d’une politique de développement raréfie les postes intéressants qui permettent la promotion dans la société.

-         Mais comment concrétiser l’égalité des droits dans l’entreprise quand l’heure est à la liquidation des entreprises publiques tenues à respecter la législation du travail et que se généralise le travail au noir dans le privé et l’emploi informel qui ne nous garantissent aucun des droits sociaux acquis congé de maternité, heures d’allaitement, l’égalité des salaires,..

 Nous apprécions que notre campagne pour la défense de la dignité de la femme travailleuse dans l’entreprise ait pu briser le tabou sur le harcèlement sexuel,

-         mais il est plus difficile de se faire respecter quand on est vacataire ou non déclarée

-         mais les cas concrets que nous prenons en charge indiquent que le phénomène s’étend avec la peur de perdre son emploi, avec les emplois précaires et la pauvreté

 Nous voulions la défense de la promotion des femmes dans la société, et nous sommes dans l’attente d’une refonte de la législation qui consacre l’égalité juridique et la citoyenneté.

-         Mais si on continue de liquider l’industrie publique beaucoup seront renvoyées au foyer

-         Mais les emplois précaires fréquents dans le privé et les emplois informels qui se développent sont souvent compatibles avec le statut traditionnel des femmes.

 Au lendemain du succès éclatant de notre grève générale, nous devons exprimer ce 8 mars, notre protestation contre les répercussions négatives des réformes libérales sur les femmes

Le 8 mars en effet est une journée de lutte dont la tradition a été instituée depuis 1910 par le mouvement des travailleurs en souvenir d’une grève historique d’ouvrières du textile.

Opposées comme tout le peuple au projet de dénationalisation des hydrocarbures, et à la politique de liquidation du secteur public de l’emploi et des acquis sociaux, les femmes ont encore plus à perdre avec la politique libérale et doivent massivement adhérer à l’UGTA et s’en saisir : 

-         Contre une politique économique qui détruit l’emploi et les entreprises et sème la pauvreté,

-         Contre la précarisation généralisée, contre le travail au noir et le travail informel, contre la dépermanisation massive dans la fonction publique où se trouve l’essentiel des travailleuses,

-         Pour une stratégie de développement créatrice d’emploi, pour  des infrastructures sociales qui permettent de lever les entraves à l’activité professionnelle de la femme,

-         Pour des emplois décents, pour des droits sociaux qui nous permettent de défendre notre dignité, et d’imposer l’évolution des pratiques sociales. 

Alger, le 1er mars   2003

Mme Salhi Soumia

Présidente de la commission nationale des femmes travailleuses

 

Texte intégral de la déclaration du secrétariat national de l’UGTA présentée lors de la réunion du 17 février 2003 regroupant le secrétariat national et les secrétaires généraux des Fédérations, les SG des unions de wilaya, plusieurs SG de syndicats d'entreprises, de la présidente de la commission des femmes travailleuses. La présidente de la commission des femmes travailleuses a appelé à faire du 8 mars une journée de protestation pour dénoncer les effets négatifs de la politique économique libérale actuelle sur les femmes travailleuses. 

Le 24 février, les travailleuses et travailleurs algériens vont célébrer le 47e anniversaire de la création de l’UGTA et le 32e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures. 
La célébration de ces nobles dates se déroulera dans un contexte international particulier caractérisé par une aggravation sans précédent des tensions et une montée des périls véhiculés par les menaces d’agressions contre le peuple irakien et la guerre faite au peuple palestinien.
Au plan national, cette célébration sera marquée par un contexte social très fortement déprimé et par un climat général porteur de lourdes menaces sur la pérennité des services publics essentiels, du secteur public économique et plus généralement de l’entreprise et partant, de tous les instruments nationaux patiemment mis en place pour assurer un développement harmonieux et durable de notre pays et diffuser le progrès social à toutes les catégories de la société. 
En effet, le monde du travail se trouve, aujourd’hui, confronté à :
- La montée du chômage, le développement de la précarité, l’expansion du secteur informel et du travail au noir ainsi que l’élargissement de la pauvreté dans un contexte de quasi abandon des entreprises publiques et privées aggravé par l’absence d’une véritable stratégie économique élaborée dans la concertation et ayant pour finalité le partage équitable des richesses produites entre l’ensemble des citoyens. 
- La régression continue du pouvoir d’achat des salariés et des citoyens disposant de revenus fixes dont les mesures de rattrapage dernièrement arrachées par notre organisation ne sauraient, à elles seules, corriger sans une véritable politique de revenus, fruit d’une franche et loyale concertation. 
- La fragilisation des systèmes de sécurité sociale, de santé publique, soumis à de très fortes pressions visant à leur démantèlement dans le cadre d’une démarche qui cache mal les desseins inavoués aux relents néolibéraux.
- L’inadéquation des politiques et des ressources mobilisées en faveur de la réhabilitation de l’administration et des services publics. 
- L’absence d’une vision cohérente et appropriée des missions de l’État en cette étape particulière de construction nationale qui exige, à la fois, la consolidation de l’autorité de l’État, de ses capacités pour restaurer la sécurité des personnes et des biens et d’éradication du terrorisme ainsi que le renforcement des assises de l’État de droit et la lutte contre toutes les formes de fraudes et de corruption. 
Face à ces défis, la direction nationale de l’UGTA appelle l’ensemble des travailleuses et travailleurs algériens à faire suivre la célébration du 47e anniversaire de création de l’UGTA par la mobilisation en faveur de l’organisation de deux journées de grève nationale de protestation en la forme d’un arrêt collectif de travail durant les journées des 25 et 26 février 2003, tout en veillant à assurer la continuité des services publics essentiels et en s’attachant à la mise en place concertée du service minimum dans le respect de la législation en vigueur.
Les travailleuses et les travailleurs saisiront cette occasion pour réitérer les revendications maintes fois exprimées et notamment : 
- le refus d’un programme de privatisation unilatéralement élaboré.
- Le rejet du projet de loi sur les hydrocarbures et la confirmation de son retrait. 
- La nécessité d’une évaluation sereine et sans complaisance des réformes mises en œuvre ces dernières années et de leurs conséquences négatives sur le plan social et sur le fonctionnement des entreprises.
- La nécessité d’élaborer une véritable stratégie économique porteuse de bien-être pour l’ensemble des citoyens.
- L’engagement d’un processus autour de la modernisation du système de sécurité sociale et des retraites. 
- La mise en place des moyens et des mécanismes à même de préserver l’entreprise algérienne face à la concurrence déloyale et aux velléités de déstabilisation. 
- La prise en charge du dossier “Fonction publique” dans le sens de la mise en place d’un statut qui consacre et approfondit la culture d’État, réhabilite le fonctionnaire et donne corps aux impératifs de service public en direction de tous les citoyens. 
La plus que nécessaire revalorisation des salaires et autres revenus fixes. 
Vive l’Algérie
Vive l’UGTA
Gloire à nos martyrs  

Surprise une interview de notre camarade Soumia dans El Watan du jeudi 02/01/2003

Soumia Salhi : «La crainte d’être mal vues...»

Syndicaliste dans une entreprise publique, Mme Salhi a été à la Commission exécutive nationale (CEN) lors du 10e congrès de l’UGTA. Elle s’est vu confier la mission de diriger la commission nationale des femmes travailleuses.

Où en êtes-vous dans la campagne sur le harcèlement ?

Nous avons entrepris un travail de formation de nos cadres et encouragé nos structures à se solidariser des victimes. Des cas concrets sont pris en charge. C’est difficile pour une femme de se livrer aux regards de l’entourage, c’est difficile aussi de prouver des violences, en général, sans témoin. Notre campagne publique pour imposer le respect de la dignité de la femme travailleuse dans l’entreprise a brisé le tabou. Elle a eu des échos positifs dans la presse, et divers acteurs sociaux et institutions inscrivent désormais de façon naturelle la question du harcèlement sexuel parmi leurs préoccupations.

Mais concrètement, quels progrès espérez-vous ?

Notre pays n’a pas inventé le harcèlement sexuel. C’est un vieux problème. Il s’agit d’abord d’obtenir, comme nous l’avons demandé à la ministre en juillet, une loi spécifique qui réprime cette violence faite aux femmes. L’idée fait son chemin, et notre commission va saisir officiellement le ministre de la Justice. Nous espérons changer le regard de la société. Si nous faisons déboucher quelques affaires avec le soutien de la presse, nous ferons que les victimes ne soient plus honteuses. Au contraire, ce seront les auteurs des violences qui seront rejetés par les collègues, la famille et le quartier. Bâtir une nouvelle culture par nos luttes.

Votre commission est-elle impliquée dans le débat actuel sur les réformes économiques ?

J’allais intervenir quand a eu lieu le clash avec Temmar qui ne comprenait pas que le syndicat critique la politique de son gouvernement ! Nous avons préféré sortir. En tant qu’élues syndicales, toutes les sœurs de la commission sont impliquées dans cette bataille pour préserver les entreprises publiques, sauver l’emploi et les acquis sociaux menacés par le suicide économique libéral. Les travailleuses sont souvent les premières concernées par les compressions, elles souffriront plus que les hommes de la disparition du secteur public, elles sont mises en danger par la précarisation qui se généralise et perdent leur meilleur atout si l’Etat se désengage de l’effort d’éducation généralisée.

Mais du point de vue des femmes, les sociétés libérales ne sont-elles pas meilleures ?

On nous fait rêver à la Suède, mais ce qui est prévu pour nous, c’est la Thaïlande ou la Côte d’Ivoire. La précarisation des salariés, érigée en idéal, fragilise la femme travailleuse qui doit compter avec l’environnement social hostile. Et la prostitution sévit quand la misère avance. La privatisation menace de priver les femmes de la protection du droit algérien du travail qui garantit l’égalité des droits et du salaire et qui protège la femme durant sa maternité. Car dans le privé, nous ne sommes souvent pas déclarées, et la possibilité de se syndiquer est faible. L’effondrement programmé de l’industrie publique renvoie au foyer un secteur important de l’emploi féminin qui sera remplacé par des emplois informels compatibles avec le rôle traditionnel de la femme. L’émancipation des femmes aurait eu besoin de la possibilité concrète d’occuper des emplois décents au niveau de formation acquis, de la possibilité concrète pour les jeunes couples, pour les travailleuses d’accéder à un logement, alors que la pénurie actuelle retarde l’évolution des pratiques sociales. Sans parler des crèches et des cantines scolaires nécessaires pour que les obligations familiales ne soient pas vite déclarées incompatibles avec le travail de la femme. Avec les menaces sur l’université, que restera-t-il de nos espoirs et de la marche des femmes vers la citoyenneté ?

Il y a aussi le débat actuel sur le code de la famille...

Ce code inégalitaire, contradictoire avec la Constitution, est à abroger. Il réprime les secteurs de la société qui avancent, il empêche la femme, cadre ou simple travailleuse, qui a réussi à se faire respecter dans le monde des hommes, de décider de sa propre vie.
Une femme wali a besoin d’un wali pour décider à sa place de sa propre vie !!! Même les traditionalistes n’acceptent plus que leur sœur ou leur fille soit coincée dans un mariage sans issue. Bien sûr, tout progrès est le bienvenu. Mais des lois civiles égalitaires sont nécessaires.

Que pensez-vous de ce que dit la ministre de la Famille ?

Mme Cheriet propose le débat. Mais qu’a-t-on débattu au long des quinze dernières années plus que cette question ? En 1998, Mme Mechernène proposait quelques trop modestes améliorations. Le 8 mars 2001, Bouteflika semblait nous promettre des progrès et la levée des réserves sur la convention de Copenhague. Ouyahia, ministre de la Justice, annonçait l’abrogation du code. Et là, on nous dit d’attendre l’avis des exégètes. Ce n’est pas la bonne piste. Il faut parler du droit de la citoyenne à disposer de sa propre vie dans l’Algérie de 2003. Assurer l’égalité et le respect mutuel lors du mariage et de sa rupture dans le couple en fonction des aspirations d’aujourd’hui.   


Par Karim Amoura.

Sommaire


Victimes du harcèlement

Les femmes algériennes n’ont plus à prouver leurs compétences, elles ont seulement besoin qu’on ne les empêche pas de les exercer», cette réflexion a été faite par une enseignante en droit lors de la rencontre organisée par l’Institut national du travail.


Cette discussion a porté sur le thème «Les femmes cadres au travail : pratiques discriminatoires et harcèlement».  D’aucuns estiment qu’aujourd’hui la femme algérienne a investi pratiquement tous les domaines. Elle est majoritaire dans le secteur de l’éducation et de la santé. Toutefois, la représentation féminine dans les institutions étatiques reste très réduite et l'accès des femmes à des postes importants dans les sphères du pouvoir est aussi très minime. Pourquoi ?   C’est la question qui se pose et qu’actuellement personne ne peut y apporter une réponse concrète ou convaincante. «Nul n’est en position d’avancer des réponses à cette question. Nous ignorons toujours où se situe le blocage. Il est cependant important d’analyser les mécanismes qui empêchent l’ascension des femmes vers les postes de responsabilité», affirme une sociologue. Néanmoins, pour permettre à de plus en plus de femmes de travailler dans des conditions qui soient égales à celles des hommes, il faudra trouver des solutions permettant de concilier vie familiale et vie professionnelle. Il est en effet difficile d’accepter des responsabilités pour les femmes quand c’est encore sur elles que reposent exclusivement l’essentiel des tâches ménagères et l’éducation des enfants. En outre, la gent féminine est confrontée à d’énormes problèmes dans l’exercice de sa profession, entre autres le harcèlement, les intimidations, la discrimination... Pour ce qui est du harcèlement, qu’il soit moral, verbal ou bien sexuel en milieu de travail, la plupart des observateurs et des personnes qui luttent contre ce phénomène soutiennent que la femme, pour de multiples raisons, notamment la peur d’être licenciée, la crainte d’être mal vue par sa famille et son entourage, ne dépose pas plainte pour harcèlement. «Nous n’avons pas de statistiques sur ce phénomène, et ce, parce que les femmes ne dénoncent pas ce genre de pratiques. Dans la plupart du temps, elles ont peur des représailles de la part de leur agresseur et également, il faut le dire, elles ne connaissent pas bien les lois», déclare une syndicaliste. Il reste que la lutte contre la discrimination constitue un élément majeur pour asseoir les principes de liberté, de démocratie, du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’Etat de droit. L’emploi et le travail sont des éléments essentiels pour garantir l’égalité des chances pour tous et contribuent, dans une large mesure, à la pleine participation des citoyens à la vie économique, sociale et culturelle. Même si l’interdiction des discriminations en matière d’emploi et de travail a été consacrée par la législation du travail, la portée de cette interdiction, son contenu et sa force exécutoire ne sont pas évidents. C’est dans ce sens que l’ensemble des organisations et associations féminines se battent pour une meilleure prise en charge des problèmes des femmes.

Par Nabila Amir

A la veille d'un odieux crime contre l'humanité, Gérard Amelineau que nous remercions a fait circuler cette radioscopie du discours US qui permet d'identifier les tumeurs malignes qui expliquent tout.

Voici un courrier que j'ai reçu de G. W. BUSH en personne.
bonne lecture.  Gégé 
 
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