APPRENDRE, UNE DECISION GRAVE

APPRENDRE, UNE DECISION GRAVE

 

Une décision mal connue :

La décision d'apprendre peut sembler aller de soi !

Il est vrai qu'elle vient de soi et personne ne peut la prendre à votre place, sinon, on tombe vite dans le conditionnement.

Pour le bébé, elle vient de lui, mais il semble qu'elle lui soit non consciente. Il faut être très prudent pour cette période car le bébé peut aussi tomber dans l'autisme, on ne sait évidemment que très peu de choses de cette période.

Mais à l'adolescence et à l'âge adulte, une prise de conscience se prend par rapport à l'apprentissage. De cette prise de conscience, des décisions peuvent être prises quant à continuer à apprendre, moins apprendre, refuser d'apprendre, …

 

Conscientiser l'apprentissage :

Pour accompagner cette prise de conscience, le sens des apprentissages doit être travaillé ; cela aidera à prendre des décisions que seule la personne peut prendre.

On apprend pour soi, …, pour faire comme tout le monde, pour montrer ses différences, s'offrir des largesses d'autres, …, pour se donner les moyens de son projet personnel à plus ou moins long terme.

 

L'adolescent qui n'apprend pas :

On ne peut nourrir une personne qui n'a pas faim !

L'adolescent qui n'apprend pas, n'a pas envie d'apprendre. Sous cette sentence qui peut paraître triviale se cache une évidence que les enseignants sous-estiment peut-être. La paresse est une raison tellement invoquée qu'elle en devient douteuse !

Prendre du temps à peser le pour et le contre :

Quand ces deux points ne sont pas rencontrés (du temps, des bénéfices), il existe de fortes chances (malchances) que la personne se détourne de l'apprentissage de nouvelles connaissances. Cette "patte d'oie" se rencontre plusieurs fois dans une vie et chaque fois, l'âge avançant, la composante personnelle prime de plus en plus.

Ne pas se poser de question sur ses apprentissages ne fait que reculer le problème de l'apprentissage conscientisé nécessaire à la vie du citoyen dans une démocratie.

 

 

On apprend rien pour rien :

Tant qu'on n'investit pas cette décision d'une composante personnelle conscientisée, la décision d'apprendre peut s'arrêter du jour au lendemain !

Une multitude de raisons peuvent arrêter quelqu'un d'apprendre : un chagrin, un conflit, une rupture (et l'adolescence en est une ), un sentiment désagréable, un gavage qui écœure , …, ne pas savoir pourquoi on apprend.

Tous ces motifs suffiront largement, en l'absence de toute interrogation personnelle sur le pourquoi de l'apprentissage. Et comme on ne peut soumettre cette "conscientisation" sans tomber dans l'injonction paradoxale (ex. soi toi même !), on ne peut que constater l'abandon de la volonté, du désir d'apprendre.

Aide à l'apprentissage :

Aider une personne à apprendre passe donc par favoriser la dimension personnelle de l'apprentissage chez l'apprenant. Cela peut se faire dés le plus jeune âge, mais semble indispensable dés l'adolescence voire la pré-adolescence.

Passer de l'apprendre par cœur à l'apprendre pour soi :

Une période intéressante pour provoquer cet investissement personnel dans la décision d'apprendre semble être celle où le jeune éprouve de plus en plus de difficultés à apprendre par cœur des connaissances. A cette période le jeune à besoin pour continuer à apprendre, d'étudier le contenu de ce que l'on lui donne à apprendre. Je situerai cette période entre la fin du primaire et le début du lycée.

Si cette "conscientisation" ne s'est pas opérée pendant cette période, il existe de forts risques pour qu'il apparaisse un blocage face à l'apprentissage. Le cloisonnement des disciplines fait que le blocage peut se moduler en fonction de ces disciplines.

Quand penser son apprentissage :

Depuis plusieurs années, l'aide individualisée (AI) fait surface dans le paysage éducatif. Cette émergence est jeune, on est donc à la genèse de cette révolution copernicienne (celle de 1989 qui a mis l'élève au centre du dispositif éducatif).

Ces temps d'aide délivrés de la contrainte du programme sont, me semble-t-il, des temps où il devrait être possible de se poser les questions fondamentales de l'apprentissage : du pourquoi on apprend et du comment on apprend. On devrait se poser la question du pourquoi avant même celle du comment. Cette dernière a pris une place prépondérante en AI, le pourquoi est aussi important car il ne va pas de soi. Ce n'est certes pas une question dont la réponse est facile, il faut quelques fois plusieurs semaines avant d'y répondre et nécessairement ne rien faire pendant que l'on y réfléchit sinon on aboutit à une contradiction ! D'ailleurs ces jeunes qui doivent se poser cette question ne travaillent déjà plus, ou font semblant, donc il est préférable qu'ils se consacrent entièrement à ce sujet.

Une fois qu'ils auront un élément de réponse (cette réponse évolue tout au long de notre vie, cf. les pattes d'oie), ils sauront et travailleront beaucoup plus efficacement, j'en ai heureusement eu plusieurs fois la preuve.

Apprendre est vraiment une décision grave ! Philippe Tixier

tixierp@minitel.net Formateur en Atelier de Raisonnement Logique (ARL) et ANalyse de PRATique (ANAPRAT) pour l'IUFM de Picardie