l'explicitation

DE L'EXPLICITATION EN ARL

L'explicitation, préoccupation de tous les instants :

Situer l'explicitation au sein d'un Atelier de Raisonnement Logique est une tâche ardue, car elle est à la fois partout et nul part ! Ceci est particulièrement vrai quand on observe deux ateliers : un, animé par un expert de l'éducabilité cognitive qui tient son rôle de médiateur à la perfection, un autre, animé par une personne qui commence les ARL ! Cette dernière n'est pas néophyte, elle a beaucoup lu sur le sujet, elle sait bien, par exemple que l'explicitation est "le fait d'énoncer clairement et complètement, sans ambiguïté", elle s'est formée aux ARL, elle a cherché et trouvé les fiches d'exercices, pour se rassurer, avant de les donner aux stagiaires.

Mais "y a pas !" Il faut se lancer et quand on se lance, les préoccupations vers lesquelles petit à petit le médiateur doit tendre sont très loin. Autrement dit l'apprenti médiateur en ARL fait beaucoup plus attention, et c'est normal, au bon déroulement de l'atelier en essayant de bien respecter les cinq temps ritualisés : distribution des fiche-problèmes, lecture des consignes, recherche individuelle, correction discussion, recherche de transferts et en général ce dernier temps provoque un stress important chez l'animateur ce que, bien entendu, les stagiaires perçoivent parfaitement.

L'explicitation est un indicateur de qualité de l'atelier, plus les échanges du groupe de stagiaires (animateur compris) seront explicites, plus l'atelier rendra service aux participants qui pourront alors construire plus consciemment leurs nouvelles connaissances sur leurs anciennes ainsi mis à jour grâce à l'explicitation.

Pour expliciter, il faut être plusieurs :

On ne peut faire expliciter une personne que si cette dernière a commis une action que cela soit une action manuelle ou intellectuelle. Cette affirmation semble triviale mais les travaux de Pierre Vermersch du CNRS montrent qu'il n'est pas si facile de questionner l'action, une action particulière, afin de la rendre explicite. De même, on ne peut s'expliciter soi même, on a besoin de l'autre pour se questionner, améliorer sa prise de conscience au fil de l'explicitation que l'on produit de l'action dont on ne se souvenait plus du "comment on avait réussi". Un peu comme si un médiateur était nécessaire pour aider à aller plus loin dans une pensée pré-réfléchie. Cette explicitation "réfléchirait" dans notre conscient les traces d'action que contiendrait la mémoire concrète intégrée au non-conscient de chaque individu. Cette mémoire serait , par exemple, celle où se trouvent codés des gestes manuels ou intellectuels (comme : marcher à quatre pattes, ...) dont chacun n'a en général aucune mémoire du comment ils ont été réalisés. A force de questionner d'une façon particulière, cette mémoire concrète livre à la conscience de l'individu les traces de l'action considérée. La personne en prend conscience et peut ainsi expliciter ce qui lui semblait avant : " logi-que, ..., ou automatique, c'est comme ça, ...", inexplicable en quelque sorte.

Avec les ARL :

Avec l'ARL, on s'aperçoit que tout ce dispositif de remédiation cognitive a été conçu pour aider à l'explicitation de tout ce que fait chaque participant.

Quand on veut qu'une personne prenne conscience de quelque chose, par exemple d'une opération intellectuelle particulière, on commence par lui faire opérer cette opération à partir de celles qu'elle maîtrise déjà, puis on lui demande d'expliquer ce qu'elle a fait.

Au tout début, elle n'y arrive pas car elle est polarisée sur le résultat et elle n'a aucun souvenir du cheminement intellectuel qu'elle a parcouru pour arriver à produire son résultat. On voit bien ici que pour ce faire on a besoin de mettre en place une pédagogie active, de découverte, de construction d'action et de savoir, de situation problème, ce que font les ARL.

Au début, l'animateur est lui aussi polarisé sur son résultat : "Vont-ils trouver le résultat de cette fiche ? Oh que c'est long ! Et lui, il ne fait rien ! Oh je ne la sens pas cette fiche, ...Qu'est ce que je fais si ils ne réussissent pas" Autant de questions inutiles qui s'estomperont avec l'expérience. Mais au début, les premières correction-discussions sont un peu tendues, on pourrait dire :"pedagogically correct", mais cela n'est certes pas suffisant pour que l'ARL serve les stagiaires, il en faut plus et l'animateur en travaillant sa confiance dans le dispositif abandonnera ses peurs premières pour devenir un créateur de sens du travail fait en ARL, il fera tisser des liens internes entre les connaissances de chacun des stagiaires. Il sera devenu médiateur et son efficacité viendra du degré d'explicite il sera capable de mettre en place dans son ARL.

Ce travail d'explicitation a plusieurs niveaux :

Lors de la lecture collective de l'énoncé, l'animateur devra faire en sorte que tout le monde comprenne (littéralement : prenne en lui) de quoi il s'agit, ce qu'il faut chercher. C'est quelque fois lui, si le groupe ne peut le faire, qui apportera le sens spécifique du travail demandé et il faudra sans arrêt, qu'il interprète les signes d'acquiescement ou de non-compréhension des stagiaires afin de réguler son intervention.

Lors de la correction-discussion, l'animateur questionnera l'action que chacun aura faite auparavant. Il ne devra pas se satisfaire de réponse passe partout ou générale. Son rôle est bien de faire expliciter une action particulière et personnelle que la fiche a proposée d'opérer. L'animateur suffisamment explicite sur sa façon de résoudre cette fiche devra néanmoins en faire abstraction lors de la discussion de manière à se centrer sur le raisonnement de chaque stagiaire et tenter de le faire expliciter pour qu'il en prenne mieux conscience.

Une des clés de cette façon d'opérer est de questionner toujours une action spécifique, qui a été fraîchement opérée : "Tu me dis que tu as fait comme Thierry, je te crois, mais c'est quoi faire pareil que Thierry pour toi ? ..." Ensuite, ne jamais porter de jugement de valeur et ne jamais mettre le stagiaire en position de justifier un choix qu'il a fait pendant sa résolution. Une fois explicité mais seulement une fois les explicitations obtenues au niveau du groupe, on pourra avoir une discussion "méta-cognitive" sur les différentes formes de résolution qui ont émergées à propos de cette fiche. Mais pendant l'explicitation , il faut mettre en confiance le stagiaire et lui faciliter la "mise en mot" de ce qu'il a fait. L'animateur devra alors questionner le stagiaire d'une façon empathique, "soft", qui aide le questionné à se dire les choses qu'il a faites : "Comment tu as fait ? ... et quand tu as fait ça, qu'est-ce que tu as fait ensuite ?..." Il devra bannir les questions "justificatrices" qui commencent souvent par "Pourquoi ? ...Pourquoi tu as fait ça ?" Ces questions assure un blocage quasi total de l'explicitation ! Toutes ces techniques sont présentées par P. Vermersch dans son entretien d'explicitation. On trouve également chez F. Clerc une définition très intéressante de l'écoute active.

Au niveau de la recherche de transfert, l'explicitation doit continuer et les moyens précités doivent être pleinement utilisés.

Explicite dés le début :

Mais finalement, c'est dés le début que l'animateur se doit d'être explicite. Dés le début de l'ARL et c'est le plus difficile, surtout si on est débutant dans cette forme de remédiation ! Que l'on n'a pas encore tout à fait confiance dans le dispositif, mais doit on l'avoir un jour ?

Explicite dans ses intentions, ses objectifs à court, moyen, long termes, sur la méthodologie de formation adoptée (pré-test, formation, post-test), sur la présentation des tests et l'éthique que l'on adopte face au dispositif. Tout cela, on peut l'écrire mais seul la pratique et la prise de recul en groupe d'analyse de pratique peuvent améliorer sans cesse les qualités du médiateur en ARL.

Les limites de l'explicitation :

Jean Louis Paours résume fort bien le rôle du médiateur, en même temps qu'il fixe les limites de l'explicitation il propose : "aider le sujet à réussir quand il échoue et chercher à le faire échouer quand il réussit". Il arrive aussi, en ARL, que l'animateur n'explicite pas, volontairement, ce qu'il fait ou propose de faire faire, notamment lorsqu'il endosse le rôle du contradicteur pour renforcer la construction des apprenants et aussi vérifier les fondements de cet apprentissage fraîchement opéré.

Devenir médiateur pour l'Autre :

Ce qui est rassurant, c'est d'observer combien les attitudes au sein du groupe d'ARL changent. Comment chaque participant devient peu à peu un médiateur pour l'Autre, un "explicitateur" performant parce que cela n'est pas contre nature, bien au contraire, cela transforme son propre outil de pensée, d'être plus explicite, de participer à un Atelier de Raisonnement Logique.

Affaire à suivre :

Ce long travail de maturation sur l'explicitation en ARL qui a consisté ... à expliciter ce qui était présent depuis le début de nos formations s'est épanuoi en 94 quand la journée d'approfondissement ARL fut précisément centrée sur l'entretien d'explicitation et animée par Pierre Vermersch. Dans ce processus de va et vient qui caractérise notre GRAF, le GRAF médiation n'y fut pas étranger, de même que le travail de ses membres s'en trouva enrichi. Affaire évidemment à suivre, GRAF ou pas GRAF.

le 1/06/94

TIXIER Philippe

Web :

  1. http://tixierp.multimania.com
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