TENTATIVE D'EVALUATION DE LA REPETABILITE DE L'EFFICACITE DES ARL EN LP
L'hypothèse de l'efficacité des ARL (Atelier de Raisonnement Logique) dans le domaine de la logique ayant été montrée par J. Sevczik lors de l'expérience de 92 au LP R. Desnos, le problème est de tenter de montrer que les ARL produisent les mêmes effets sur deux populations d'élèves différentes , qui ont été évaluées de niveau équivalent, d'un point de vue logique. Après un an d'ARL ces deux populations devront avoir un niveau logique toujours équivalent. La répétabilité des ARL sera alors montrée.
I/ Equivalence des deux populations de départ :
L'expérience se déroule au LP i M. GRENET de Compiègne.
Le test de logique utilisé est l'ECDL : échelle collective de développement logique, fait passer collectivement en temps limité par un psychologue et la méthode de comparaison est le khi deux.
Les deux populations d'élèves sont les élèves de seconde électronique de l'année 92/93 nommés : population A ou 2el92 et ceux de seconde électronique 93/94 nommés: population B ou 2el93. Les résultats du test de l'ECDL, fait passer en temps limité par M. Salley psychologue du CIO de Compiègne permettent de répartir les élèves de chaque classe en trois catégories : concret, intermédiaire, formel. Je fais l'hypothèse raisonnable que la répartition dans ces catégories de la population parente des élèves est de type gaussiennne. Le degré de liberté de cette observation est 2. Et la répartition se fait de la sorte :
population A concret intermédiaire formel totaux
fréquence 3 14 4 21
observée (f)
2el92
fréquence
théorique (fth) 1,9 13,84 5,25
population B
fréquence
observée 1 15 7 23
fréquence
théorique 2,1 15,2 5,75
totaux 4 29 11 44
Les populations sont elles significativement différentes ?
Pour répondre à cette question on prend le test des khi deux. On calcul donc une approximation du khi2 suivant la formule standard : khi2 = Somme des (fi-fthi)2/fthi.
Ce qui donne un khi2 de 1,77. L'interprétation est que les populations ne sont pas significativement différentes d'un point de vue logique.
Cette observation entre en résonance avec l'observation de J. Sevczik qui a montré que deux mêmes classes de 2CAS de la même année avait été aussi évaluées équivalentes d'un point de vue logique. Pour l'expérience de compiègne les classes sont les mêmes mais le recrutement espacé d'une année. Cela tendrait à prouver que les modes de recrutement seraient finalement assez fiables puisque équivalents d'un point de vue logique, pour un même type de classe et d'une année sur l'autre. Mais cela n'est pas le problème ...
Si le connaisseur remarquait que l'on travaille sur des fréquences proches des limites de la méthode des khi2 on peut montrer qu'une correction de Yates ne ferait qu'améliorer les résultats en ce qui concerne cette observation.
II/ Les populations A et B sont elles encore équivalentes après une année d'ARL ?
A partir de deux populations A et B équivalentes d'un point de vue logique et représentant deux années différentes de recrutement (92 et 93 dans le bassin de formation de COMPIEGNE, Oise) ; Après un an d'ARL à raison d'une heure par semaine, est ce que ces deux populations sont encore équivalentes d'un point de vue logique ? Autrement dit, est ce que les ARL ont apporté la même aide aux élèves.
Le test de logique est l'ECDL fait passer en temps limité par M. Salley du CIO de Compiègne permet de partager les élèves dans deux catégories : intermédiaire et formel, le degré de liberté de cette observation passe donc à un, car tout simplement il ne se trouve plus d'élève classable en concret. La répartition est alors :
population A intermédiaire formel totaux
fréquence 4 19 23
observée (f)
2el92
fréquence
théorique (fth) 6,17 16,83
population B
fréquence
observée 7 11 18
fréquence
théorique 4,83 13,17
totaux 11 30 41
Les redoublants, ayant par conséquent fait deux années d'ARL ont été gardés dans les fréquences, à cause des faibles valeurs de ces dernières. Peut-être aurait-il fallu enlever ces redoublants mais ceux ci ont effectivement participés à des ARL et ils sont en principe assez faibles scolairement et logiquement, les intégrer dans cette comparaison ne devrait pas avantager les ARL, seul leurs âges sont différents, bien qu'ils ne soient pas toujours les plus vieux et cette étude ne tient pas compte des âges mais du niveau de développement logique de l'adolescent.
On peut tout de suite remarquer que les élèves ont progressé en logique, mais cette étude ne peut montrer que cela vient de la pratique des ARL, par contre Joël Sevczik l'a montré dans son étude de 93.
Le "khi2 calculé" est de 2,37 ce qui se traduit par l'acceptation raisonnable de l'équivalence des populations A et B après un an d'ARL.
Si on applique la correction de Yates le calcul donne 1,40 ce qui est "encore meilleur" ( khi2 = Somme des (|fi-fthi|-1/2)2/fthi.
III/ Conclusion :
Au départ, on a eu des élèves répartis sur deux ans en Bep électronique (rentrées 92 et 93). J'ai montré que sur ces deux années le recrutement avait été homogène (équivalent d'un point de vue Piagétien).
Pendant la seconde Bep les élèves, à raison d'une heure semaine ont participé à des ARL (cf. projet ARL 92/93 du Bep d'électronique du LP M. Grenet de Compiègne, Oise, et surtout le cahier des charges des ARL in manuel du formateur en ARL éditeur CAFOC de Nancy Auteurs E. Perry, P. Higelé, G. Hommage).
La question était : sur ces deux années d'élèves est-ce que les ARL ont produit la même "chose" (en logique s'entend) ou est-ce que cela a mieux "marché", fonctionné avec une année cohorte particulière ?
Les résultats issus de la méthode de comparaison des khi2 montrent qu'en final après un an d'ARL les classes (les population A et B) sont encore, d'un point de vue logique, équivalentes.
On peut donc dire que l'expérience a été répétée de la même façon d'une année sur l'autre.
Cette conclusion ne m'étonne aucunement car le dispositif pédagogique des ARL ne laisse pas beaucoup de place à l'aléatoire ! En effet, celui ou celle qui se lance dans les ARL à l'issue d'une formation MAFPEN a réfléchi beaucoup sur la question et bien intégré toute le médiation qui est mise en oeuvre dans les ARL. Notamment, la place et le rôle de l'animateur, des élèves, ..., ce que l'on peut attendre des supports pédagogiques, leurs limites ...
Le cadre théorique et pratique, l'utilisation et ce que l'on peut attendre des ARL ont été très précisément étudiés par les auteurs des ARL eux-mêmes : E. Perry, G. Hommage, P. Higelé, et leurs propos se sont toujours révélés rempli de véracité.
IV/ Perspective :
Je pense que cette étude restreinte, succincte, honnête :
·
restreinte : car elle prend en compte de petits échantillons qui, de fait, nous place sur une fiabilité limite au niveau des outils de comparaison utilisés.·
succincte : on pourrait évaluer beaucoup d'autres choses aussi intéressantes que la logique et que travaille les ARL : la lecture d'énoncé, l'attention, la socialisation, l'âge du capitaine, l'absentéisme en ARL, l'avis des élèves sur les ARL, ...·
honnête : faite dans un but légitime du pédagogue qui a envie de mesurer, aussi objectivement que possible, son travail.n'est qu'un défrichage, certes encourageant, mais défrichage pour une étude plus poussée des effets répétitifs et cumulatifs des ARL sur les élèves.
Un des objectifs des ARL est bien de donner une plus grande autonomie cognitive et sociale à tous les membres actifs des ateliers. Ils sont fait pour réduire la fourchette séparant les "faibles" des "forts", non pour l'accroître. Bien évidemment, on se doit de rechercher, autant que faire se peut, la preuve de leur efficacité dans ces domaines
V/ Remerciements :
Je tiens à souligner que cette étude n'aurait pu se tenir sans le dévouement des Animateurs ARL de cette expérience : M. Cuelhes, C. Jacquot, G. Kaczmarczyk, M. Riquart, A. Vasseur, j. marc pour sa relecture, et l'objectivité des psychologues scolaire du CIO de Compiègne : C. Marichale, M. Salley, et enfin Joël Sevczik qui m'a fait découvrir ce que le test des khi2 pouvait rendre comme service à un pauvre animateur ARL en recherche. Que toute ces personnes, et spécialement Monsieur Guidès proviseur du LP sans qui toute cette expérimentation n'aurait pu avoir lieu, soient remerciées ici à leur juste valeur.
Philippe Tixier le 10/01/95 vers. 2.2