26 août 1998
| sommaire | Contrairement à
lagressivité qui prévaut dhabitude dans
cette rubrique, jaimerai cette semaine rendre un
hommage, madresser à deux cons
disparus. Bien que lun soit
célèbre et lautre inconnu, ils partageait, à mes
yeux, une certaine humanité, qualité rare sil en
est de nos jours. Nino Ferrer a mis fin à ses jours à laube de ses 65 ans et Antoine M. sest éteint des suites dune embolie cérébrale à moins de 40 ans. Tristesse, émotion et colère Et toujours cette sempiternelle question : Pourquoi faut-il que ça arrive à ceux quon aime et apprécie et pas à ceux quon déteste et méprise ? Question vaine sil en est, tant il est vrai quaucune réponse satisfaisante ne pourra jamais être apportée à une interrogation métaphysique. Dieu existe-t-il ? Jen connais un paquet qui répondront sans hésiter par laffirmative ou la négative, mais au fond cest juste une question de foi. Il est amusant de constater que lindividu supporte mieux un grand froid, une canicule ou une douleur physique quil ne cohabite avec ses doutes et ses hésitations. Nino Ferrer,
je lavais rencontré lorsque nous travaillions à
lOpéra-Bastille sur le spectacle des 80 ans de
Charles Trenet. Au milieu dune multitude de stars,
il avait su rester simple, convivial et chaleureux, ce
qui nétait pas le cas, loin sen faut, de ses
collègues
Après une journée passée avec lui,
jen avais gardé un souvenir lumineux, celui
dun homme attachant et sincère, reniant les
certitudes de la gloire pour savoir rester parmi ses
semblables. Contrairement à ceux qui était là pour «
faire leur truc et se tirer », lui était resté toute
la journée avec nous, blaguant, sintéressant à
tout et partageant du temps aussi bien avec le metteur en
scène quavec le plus obscur des techniciens. Pour
lui, il ny avait pas de frontière entre les
vedettes et la valetaille. Alors que je lui demandais
pourquoi il restait dans lombre, pourquoi il ne
composait plus, il mavait répondu après un long
silence avec un sourire un peu embêté, quil ne
savait pas. Le fameux doute. Puis il sen était
sorti par une pirouette en me disant : « Eh tu mas
vu ? Et puis il faut laisser la place aux jeunes
». A quoi je lui avais rétorqué que Trenet, lui était
un jeune de 80 balais. Il avait conclu en riant que
Trenet navait pas dâge, comme tous les
monuments
En voilà un bon vivant. Quelquun dont on disait quil avait au mieux un caractère entier et au pire un caractère de cochon. Mais si lon prenait la peine de gratter la couche bourrue, on trouvait une générosité et une humanité peu commune. Antoine, je te voyais devenir vieux, très vieux, avec une ribambelle denfants et petits-enfants autour de toi. Cela ne restera malheureusement qu'une image... Jaimais ton ironie cinglante et ta tendresse bourrue, ton franc-parler et tes colères, ta discrétion et ta sincérité. Ca me rassurait de savoir que ces qualités existaient, sexprimaient et permettaient le contrepoids à la veulerie et à la stupidité ambiante. On dit que les cimetières sont plein de gens irremplaçables et pourtant la vie continue, ni pire, ni meilleure. Et Dieu sait si tu étais bien placé pour le savoir. En ce moment, je pense très fort à ton épouse, seule avec elle-même, son chagrin et sa détresse. Jaimerais lui communiquer un peu de force et dapaisement, même si ces mots ne sont finalement que des mots, jetés en pâture à la froideur dune page blanche. Et pour paraphraser un célèbre potentat, je dirai que « Maintenant, tu sais ». Jespère pour toi que cest fleuri, doux et que règne lharmonie et la paix. Tu las bien mérité. Merci Antoine de ce que tu mas donné et que jespère avoir su prendre. Oli_vert |
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