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section: mon pays
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Voici une discussion, que j’ai eu avec Jean-Pierre, un Français,
à l’hiver 2002, portant sur  l’identité québécoise.

« La nation veut davantage prendre conscience
de sa puissance qu'obtenir l'indépendance.
La possession de cette puissance
est l'indépendance. » Gandhi

 

Salut Jean-Pierre,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt «ta compréhension» du Québec,
la francophonie et le canada. Je crois voir dans ton analyse la clé de ta compréhension de notre discours sur le Québec - canada.

Jean-Pierre, tu  écris:
««Une des choses qui me frappe le plus c'est le caractère en fait extraordinairement complexe de l'identité québécoise. »»

 Dans ta phrase, se trouve la réponse de notre identité.
Comme tu le dis si bien, nous ne sommes pas une ancienne colonie française que vous avez vu grandir, que vous avez accompagné dans son épanouissement, que vous êtes venu aider comme un grand frère quand le petit «frangin» tomba(sauf peut être De Gaulle? Merci).
Nous ne sommes pas non plus, une nation qui du début de son existence, un peu beaucoup involontaire et surtout contre son gré, a décidé de construire une nation qui allait devenir l'envie du monde entier.
Nous ne sommes pas plus issus d'une source ethnique qui décida d'abandonner ses racines pour se fondre dans une autre.
Nous n’avons pas non plus accepté aisément de se lier d'amitié avec nos colonisateurs pour construire un pays nouveau.
Nous ne sommes pas devenus des anglais, notre conquérant, aussi facilement que certains voudraient le laisser croire.

Ce que nous sommes par contre:

Une communauté, un peuple, une nation qui laissé abandonné par ces semblables sur cette banquise nord-américaines, nu devant l'adversité climatique, géographique, et surtout sans défense devant le colonisateur qui avait pour but que de faire une expansion sur ce qui restait du continent nord-américain.

Nos choix fut limités.

Mais contrairement à d'autres aventures humaines sur cette terre, en perspective, nous constatons que nos ancêtres ont vite compris qu'il fallait tous mettre en oeuvre pour survivre.

Sans pleurer trop longtemps cet abandon français(nos ancêtres, avaient-ils le choix?), comme un enfant qui tombe bas, et qui doit immédiatement se mettre sur pilote «vie», la ténacité et la survie étaient à l'ordre du jour.

Contrairement aux anglais qui eux venaient ici pour bien d'autres raisons, le Québécois à accepter plusieurs contrainte pour assurer sa continuité. Au fait sa débrouillardise à été au rendez-vous plus qu'a son tour.
Je suis certain que Sartre en perdrait son latin!

Ils ont assisté à construire un pays pour les «autres» tout en mettant un minimum,
(petit à petit) des mesures pour assurer sa différence, assurer sa société.

Tout au long de l'épanouissement de nos voisins qui étaient à l’œuvre pour construire ce pays; qui avec le temps, trouvaient des façons plus raffinées pour assimiler la petite société que nous étions; nous avons su conserver le peu que nous avions pu récupérer de cette banquise de glace de nos débuts. Avec le temps nous nous sommes taillé une petite place comme un écureuil qui range son butin pour des jours meilleurs. Beaucoup d'effort avec seule modèle, notre mémoire collective, passé de génération en génération.

ET l'éducation formelle? Dois-je te rappeler que, moi, je fais partie de la première génération qui a eu droit à l'éducation pour tous, à tous les niveaux?

Sortir de l'emprise de «l'autre», construire une société moderne, maintenir nos traditions usuelles et familiales; la masse avait-elle vraiment le temps de lire Baudelaire, Voltaire Zola et Hugo?

Mais voilà nous sommes presque arrivés. Aujourd'hui il est permis de rêver de ce que le monde voit, entends et respire. Le diapason est moins mystérieux. N'avons-nous pas ici, la chance d'écouter les actualités à la télé, venant de France, de Belgique, de la Suisse, de l'Angleterre, des États-Unis du canada anglais et en français de chez nous? N'avons-nous pas réellement commencé notre ouverture sur le monde?

Tu rajoutes les 2 modèles:

««Le premier modèle privilégie une appartenance ethnique sur toutes autres formes de types de liens. (On est déjà noir, ou hispano, ou anglo - puis membre d'une Nation, par exemple Américain - puis viennent ensuite d'autres types d'appartenance plus secondaires , sensibilités politiques ou religieuses etc...) »»

ET

««Dans le second le sentiment premier va plutôt être la Nation commune (Être français ou autre), puis être libre de choisir ou affirmer une ou des appartenances particulières (suivant sa culture d'origine, sa région de naissance, ses opinions religieuses, ou autres)»»

 

Dans notre quête de liberté, il y a beaucoup de découpage aux niveaux de nos connaissances. Qu'est-ce qu'on peut faire bien et qu'est-ce qu'on fait moins bien. Avec le lot de nos connaissances, je crois que les deux modèles se chevauchent chez nous, d'où la confusion persistante de nos limites et nos contraintes. Entre autre, pour arriver à une société de «nation commune», n’est-il pas naturel de se questionner sur le comment?
Comment une minorité à l'intérieur d'un pays, arrive à intégrer d'autres nations quand les outils de l'immigration, les influences politiques doubles (venant de deux vues gouvernementales différentes) sur un découpage de territoire flou avec une-non reconnaissance de une de ces nations, par l'autre?

 Ni pays, ni province, ni français, ni américain, ni anglais, en effet, le caractère extraordinairement complexe de l'identité québécoise, nous préoccupe encore après tant d'années passées à assurer notre survivance.

Au plaisir
NorduNord

Réponse   de Jean-Pierre:

Je garde précieusement ta réponse NorduNord, car je crois qu'elle aide effectivement à mieux cerner cette identité Québécoise qui se construit dans toute sa singularité et la difficulté qui est la sienne. Je connais peu d'ailleurs d'identité qui n'ait pas eu de grandes difficultés à naître, à s'affirmer, à subsister et à se transformer quand besoin est. Je retiens le caractère tenace, et à la fois merveilleusement pacifiste dans lequel cette identité a su très majoritairement se protégée et existée aujourd'hui, ainsi que la constante nécessité d'allier le rêve à la réalité, l'aspiration naturelle au pragmatisme du quotidien ...

Tu me rappelles un fait concernant l'éducation qui est assez incroyable en effet. C'est un peu du même ordre que ce je rappelle concernant les épreuves de mes grands-parents sous l'occupation dans une autre contribution. Des réalités humaines tellement difficiles à même imaginer pour de nouvelles générations qui ne l'ont pas vécu.

Ca touche à la nécessité de mémoire collective, sans laquelle on caricature le passé, ou on le nie, pour le réécrire selon sa volonté. Ce peut être très grave, car je suis aussi convaincu que c'est par un regard sur le passé, qu'on battit son avenir. C'est vrai pour une personne, c'est vrai pour un peuple aussi.

Tu développes ensuite l'idée que le Québec est (ou devrait être) quelque part naturellement une synthèse entre son histoire, son parcours, ses influences, sa situation géographique. Quelque part ni plus , ni moins que tous les autres peuples en fait.

Je me demande d'ailleurs, si pour prolonger ta pensée , il n'existe pas une difficulté supplémentaire pour les Québécois à devoir affirmer ou parachever cette quête aujourd'hui, alors que nous vivons dans un monde de plus en plus ' global ' , où les enjeux deviennent mondiaux, et qui poussent beaucoup de gens à penser que son pays n'est plus assez grand, plus assez pertinent pour faire face aux problèmes ou défis du moment. Et qu'il était sans doute plus facile d'établir et de construire sa «maison» il y a un ou deux siècles, lorsque l'économie n'était pas si imbriquée et mondialisée.

Pour ma part je ne pense pas les deux phénomènes contradictoires. Il faut souvent partir du petit (son pays) pour contribuer au plus grand (monde), en construisant parfois un palier intermédiaire (pour moi l' Europe).

hiver 2002

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