Ludovic Janvier

Ludovic Janvier

« Je m’acharne à croire aux mots, seulement voilà : on les croit faits pour désigner les choses, or ils désignent le manque d’elles. Leur lointain, si vous préférez. Et c’est ce lointain qui nous écarte de nous. »

Ludovic Janvier - Tue le ! - p 198

Romancier, essayiste, nouvelliste, et poète, Ludovic Janvier reste un auteur peu connu, quoique apprécié dans le milieu littéraire. Il faut dire que l'auteur de Naissance ne choisit pas toujours la facilité : on ne pourra jamais l'accuser de se plier aux contraintes commerciales. Pourtant, Janvier a écrit une œuvre singulière dans laquelle chaque mot semble considérablement pesé. C'est qu'il existe toujours en filigrane l'obsession de la voix. Comme si la voix portait en elle - ou avec elle - le corps et l'âme.

Cette page n'est absolument pas exhaustive, peut-être s'enrichira-t-elle au fur et à mesure que le temps passe. Elle rend juste hommage à un écrivain qui, par plusieurs aspects, a orienté mes choix d'écriture.

Bibliographie

Une parole exigeante, essai, 1964, Minuit (épuisé)
Un essai sur le nouveau roman, que je n'ai malheureusement pas pu lire.

Pour Samuel Beckett, essai, 1966, Minuit,
Samuel Beckett par lui-même, Seuil
Deux essais sur Beckett, l'ami Sam, pour lequel Ludovic & Agnès Janvier ont traduit Watt.

La baigneuse, Roman, 1969 Gallimard, Le chemin (épuisé)
Ce premier roman décrit les journées d'une baigneuse, on ne connaîtra pas son nom, même pas sa vie. C'est le roman d'un voyeur qui devient peintre avec les mots. La vision est fragmentée, les gestes sont lents, très lents. Un texte expérimental qui reste une curiosité, réussie certes, mais une curiosité quand même.


Face, Récit, 1974, Gallimard, le chemin

Le texte le plus difficile de Janvier. Le verbe est cruel, haché. La langue est " âpre ", comme le dit Monique Petillon (article du Monde 09 février 1996). Un livre où le sexe et la mort sont rois.


Naissance, Roman, 1984 Gallimard

La vie d'une femme qui veut "faire l'actrice".


La mer à boire
, Poèmes, 1987, Gallimard
Premier recueil de poésie. Le chant, la voix, le rythme, Janvier s'impose d'emblée comme un des poètes majeurs du vingtième siècle (et du vingt et unième), malheureusement oublié régulièrement dans les diverses anthologies

Monstre, va, Roman, 1988, Gallimard
" J'ai tué maman comme un rien ". Vaste programme. Auto-psychanalyse dérisoire sur fond de meurtre déridé. Drôle et pathétique à la fois. Le roman le plus " accessible " de Janvier.


Entre jour et Sommeil, Poèmes, 1992, Seghers
" C'était violent comme le nerf/qui déchire l'épaisseur ", un recueil indispensable.

Brèves d'amour, Nouvelles, 1993, Gallimard,
En mémoire du lit, Brèves d'amour 2, 1996, Gallimard (Prix Goncourt de la nouvelle)
Ces deux recueils de nouvelles sont autant de soliloques de doux rêveurs, de tendres marcheurs, de "beaux parleurs"...

Bientôt, le Soleil, 1998, Le flohic.
Une réflexion poétique sur le peintre Bonnard.

Doucement avec l'ange, Poèmes, 2001, Gallimard collection L'Arbalète
Ce nouveau recueil est composé du superbe " Entre jour et sommeil " paru en 1992, et " Encore une fois l'infini " composé essentiellement d'inédits. Difficile de raconter la poésie alors écoutons plutôt le poète. " Je mords parce que le mot chien ne mord pas " " assoiffée par le bleu tu brûles la fraîcheur /de nuit tu brusques la lenteur du sang " " Elle dort close face à moi/brusquement j'ai envie de Chine ".
Lyrisme, voix, humour aussi, parcours poétique auquel on a envie sans cesse de revenir, " Doucement avec l'ange " est un livre indispensable à ceux qui croient encore en la poésie.

Encore un coup au cœur, 2002, Gallimard
Troisième volume de "brèves d'amour". Qu'est-ce que des brèves d'amour ? Ce sont des nouvelles, un peu tranche de vie, un peu voix qui soliloque. Ici un marcheur qui se retourne, là un collectionneur de piano, ailleurs un conseil municipal tragico-comique, ailleurs encore des voisins bien singuliers. Janvier est passé maître du texte court, brossant des portraits foncièrement poétiques, souvent pathétiques. L'anecdote devient dilemme de vie, la parole toujours ce métal précieux. On peut reconnaître cette fois l'influence de Kafka (le Kafka des nouvelles), un kafka auquel on aurait expurgé l'aspect fantastique. Reste la voix de Janvier, toujours aussi forte, toujours aussi musicale. Ah j'oubliais, on rit aussi, c'est important de rire. Avec Annie Saumont, Ludovic Janvier réhaussent la nouvelle à sa juste valeur. A découvrir vite...

Tue-le, 2002, L'Arbalète Gallimard
Deuxième ouvrage de Ludovic Janvier paru ce mois-ci, Tue-le ! est aussi un recueil de textes courts. Allons bon. Alors pourquoi deux livres ? Question d’unité, bien entendu. Ici, tous les textes sont à la première personne (sauf le dernier, on y revient), voix en solo d’individus aussi divers qu’un boxeur, une putain, un petit garçon, un géant… Le livre a d’ailleurs pour sous-titre « voix ». De fait, le style est plus âpre, plus exigeant aussi. Le dernier texte, lui, est un dialogue entre une questionneuse et un écrivain, qui ressemble étrangement à l’auteur. Une interview imaginaire qui est comme une ode à l’écrit, à la voix dans l’écrit, la voix dans la vie. « Je préfère l’aveu à la vue » disait Janvier dans un précédent recueil. On y est. Sauvé par les mots.