Histoire de la Jamaique et du reggae
Tout ce qui suit est extrait du livre : "Tendance Rasta" écrit par Laurent Lavige et Carine Bernardi dans la collection 10-18. Je propose ici une prise de note de ce livre, mais n'hésitez pas à l'acheter car il est vraiment complet, en poche donc pas cher, et nourri de nombreux témoignages d'artistes vraiment intéressants que je ne citerais que très peu.
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Préambule
Première Partie : Histoire de la Jamaïque et du mouvement rasta
Chapitre 1 : "De Plusieurs Peuples, un seul peuple" (devise de la Jamaïque)
Chapitre 2 : La force du rasta c'est sa foi
Chapitre 3 : Un combat et ses représentants
Deuxième Partie: Le reggae
Chapitre 1 : La Naissance du Reggae
Chapitre 2 : Tribute To Reggae
Chapitre 3 : L'Evolution du style
Chapitre 4 : L'influence actuelle du reggae
Chapitre 5 : Le reggae à la française
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Préambule
Les rastas ont une très grande influence culturelle et sociale, et pourtant ils ne représentent que 10% de la population jamaïcaine! Comment cette poignée d'hommes, venue d'une petite île des Caraïbes, a-t-elle pu autant pénétrer nos cultures et marquer nos vies?
Du reggae Bob Marley donne sa définition : "C'est une bonne musique et c'est celle des Jamaïcains. Le reggae est quelque chose de vraiment essentiel, c'est une musique complète, mais qui ne peut s'apprendre, et c'est pour cela que personne ne peut réellement se l'approprier. c'est un art et une attitude mentale qui n'appartiennent qu'à ceux qui partagent la même vie à la Jamaïque."
Sur la pochette de l'inoubliable double album live "Babylone by Bus" trône l'énorme pullman qui emmena la tribu à travers la planète. Durant cette tournée, tous étaient du voyage: femmes, enfants, cuisiniers et même le guérisseur. L'énorme caravane, organisée avec minutie, visait à une autonomie maximale. Même l'herbe était inscrite sur la liste des denrées à approvisionner !
L'engagement primordial du reggae, c'est la lutte pour une rédemption, le combat contre un système. Bob Marley disait : "La Musique est l'arme la plus puissante, parce qu'elle sauve. Elle ne tue pas ! L'autre arme t'arrache la tête." Ou encore: "Etre rasta n'est pas une religion, c'est une réalité. "
La compassion envers ceux qui souffrent, la révolte face aux injustices, armer sa voix et sa musique pour le combat... Est-ce pour cela aussi que Robert Nesta Marley répondit à un journaliste qui lui demandait comment et quand il avait écrit sa première chanson: "En pleurant" ?
Première Partie : Histoire de la Jamaïque et du mouvement rasta
I. "De plusieurs, un seul peuple"
"Out of many, one people", "De plusieurs, un seul peuple, telle est la devise de la Jamaïque. Ou : "Au-delà du nombre, un seul peuple", "Plusieurs racines, un seul peuple". Quelles que soient les traductions que l'on puisse en faire, l'intention reste la même, il s'agit d'unifier un peuple.
Aujourd'hui plus de 2,5 millions d'âmes vivent en Jamaïque, 76% sont d'origine africaine, 15% afro-européenne, 4% d'afro-asiatique, 3% de race blanche et 2% d'autres origines.
Le Temps des colons
Il ya bien longtemps, les Indiens Arawaks qui peuplaient l'île l'ont baptisée Xaymaca ou Xamaica, le "pays des sources" ou le "pays de bois et d'eau". Ils se sont installés sur les onze mille kilomètres carrés qu'offre cette île, une des plus importantes des Antilles. Des gens qui, selon toute apparence, vivent tranquillement jusqu'au débarquement de Christophe Colomb le 3 mai 1494. Le navigateur, toujours en quête d'or pour la couronne d'Espagne, accoste dans une baie de la côte nord (l'actuelle Saint Ann's Bay), pour le malheur de nos paisibles Arawaks. Il dira de ce qu'il nomme l'Isla de Santiago qu'elle "surpasse en beauté et en commodité le reste du monde" et en changera le X en J lors de la retranscription phonétique du nom.
Le peuple pacifiste des Arawaks est disséminé par les conquistadors. En 1511, le roi d'Espagne est officiellement informé que seulement 74 Arawaks ont survécu. Pour remplacer cette main-d'oeuvre nécessaire au développement des cultures (surtout de canne à sucre), les Espagnols organisent la traite des Noirs. En 1517, les premiers bateaux d'esclaves arrivent d'Afrique. Les populations d'esclaves qui peuplent la Jamaïque ont été sans doute les plus indomptables, les plus imposibles à contrôler toute l'histoire de l'esclavage. De 1550 à 1650, l'île compte seulement 1500 habitants.
Mais l'île n'intéresse pas uniquement les Espagnols. En 1655, une expédition britannique, forte de 38 bateaux et de 8000 hommes s'empare de la Jamaïque. Après avoir nourri l'Espagne, la Jamaïque va servir d'usine agricole et de port aux Britanniques. Ces derniers font de la Jamaïque une colonie prospère, exportant sucre, coton, cacao et tabac, et y amènent de plus en plus d'esclaves d'Afrique (600 000 hommes entre 1700 et 1810) pour répondre à la demande croissante du sucre. En 1788 l'île compte 23 000 Blancs et 260 000 Noirs.
"Un pays d'hommes debout"
Il faut attendre 1830 pour que des sectes protestantes dissidentes (les méthodistes et les baptistes) engagent la lutte pour l'abolition de l'esclavage. En 1834, il y a 311 070 esclaves, 45 000 Noirs libres et 15 000 Blancs. L'évolution est engagée et le 1er Août 1834 le Parlement britannique abolit l'esclavage. Sur les 600 000 esclaves importés en Jamaïque, moins de la moitié ont survécu aux mauvais traitements et aux maladies.. Les affranchis vont chercher du travail en ville ou créent des villages libres et développent une nouvelle culture, intégrant à leurs traditions africaines des éléments de la culture coloniale anglaise. Les affranchis se construisent alors un monde parallèle à celui des colons, avec une indépendance maximale.
Une société multiraciale
L'abolition de l'esclavage a bouleversé la structure des plantations qui doivent désormais trouver et payer des employés. Les planteurs réagissent en développant la culture de la banane (1867), et en faisant venir une nouvelle main d'oeuvre. De 1838 à 1917, 33 000 natifs des Indes arrivent en Jamaïque, 5 000 Chinois de 1860 à 1893 et, de 1830 à 1880, 5 000 Européens. Au début du 20ème siècle, l'identité jamaïcaine est un ensemble désormais hétéroclite de peuples arrachés à leurs terres. Et le brassage de ces nombreuses ethnies crée une véritable société multiraciale.
Combats politiques
Après la Première Guerre mondiale, on voit naître de nouveaux mouvements de pensée. Marcus Garvey engage un long combat pour la reconnaissance du peuple noir. En 1938 une grève des coupeurs de canne, réprimée dans le sang, provoque la création des premiers syndicats et des deux partis politiques qui depuis 1944 se relaient à la tête du pays. Pour se faire élire, les deux partis laissent de côté les idéologies et font du clientélisme auprès de leurs électeurs.
Après la Seconde Guerre mondiale, des milliers de Jamaïcains émigrent en Grande-Bretagne. Les partis politiques ennemis s'accordent pour adopter ensemble le drapeau jamaïcain: une croix en X jaune (symbolisant le soleil et les ressources naturelles du pays) sur un fond vert (l'agriculture et le futur) et noir (les épreuves passées et les difficultés présentes... ou la majorité raciale).
La Jamaïque est à cette époque une société violente. Au coeur de cette violence, de cette pauvreté, les jeunes trouvent dans la musique une échappatoire et des racines grâce à la culture rasta. Ils auront alors une chance de s'en sortir, des centaines de musiciens émergeront de ces quartiers pauvres. La communauté rasta décuplera, après la visite de Hailé Sélassié, le 21 avril 1966.
A première vue, la Jamaïque semble un petit paradis sur l'eau, mais la beauté du paysage et les richesses de son sol ne mettent pas les habitants de l'île à l'abri de la pauvreté. En 1994 un quart de la population active se trouvait sans emploi. L'image de la Jamaïque souffre toujours du climat d'insécurité qui règne depuis des années, surtout en ville, pourtant lors du sommet de l'Association des Etats de la Caraïbe (AEC) il a été clairement formulé que le développement de l'industrie touristique était la solution aux énormes problèmes d'emploi et de commerce du pays.
Le monde entier connaît le reggae, danse sur les airs de Bob Marley, Jimmy Cliff, Peter Tosh et les autres, mais cette petite île dont ils sont tous originaires attire et fait peur.
"Une île paradoxale"
L'île jouit d'un climat tropical maritime, chaud et humide, sa température varie entre 20 et 30° tout au long de l'année. Elle possède des paysages multiples: plaines, collines, falaises argentées, montagnes.
La flore abonde, riche et variée, avec plus de deux cents variétés d'orchidées, de lauriers-roses... On dénombre près de deux cent cinquante espèces d'oiseaux...
Actuellement les revenus de l'île sont principalement:
II. La Force du rasta, c'est sa foi
L'idéologie rasta est à l'origine un concept purement jamaïcain. l'interpénétration des courants religieux, des rites africains, a doté l'île d'un culte syncrétique. Il s'érige au carrefour du religieux, du politique et du culturel, et emprunte indifféremment aux cultures africaines, asiatiques et européennes des peuples qui ont émigré sur son sol. il se construit à partir de leur fusion. Le rastafari s'imprègne de la patience asiatique, puise sa magie et ses rites à ses sources africaines et adopte la dialectique européenne.
Contre les Eglises, mais avec la foi
En Jamaïque, les édifices religieux pullulent, des églises bâties par les premiers colons espagnols aux cabanes de bambou des adeptes du revival. Chacun érige son lieu de culte... sauf les rastas: "L'Eglise d'un rasta, c'est l'homme lui-même" (Bob Marley).
Pour tous les rastas, l'Eglise est une institution, or toutes les institutions, qui n'ont pour but que de pervertir l'homme et de soumettre sa pensée à des intérêts extérieurs à lui, sont à bannir.
La notion de vie est permanente et très forte dans les propos des rastas: "La réalité, les choses réelles. C'est ça qu'on enseigne. Rastafari n'est pas une culture. Notre Dieu est un homme vivant..." (Bob Marley).
La Bible: le livre
Né pendant les années 1930, le rastafari est la religion la plus récente. Les rastas ont décrypté leur histoire dans les versets bibliques, dont ils ont donné une interprétation afrocentriste différente de celle que leur proposaient les Blancs.
Un historien, le cheikh Anta Diop, publie en 1954 ses recherches qui fondent l'afrocentrisme. Les pharaons étaient noirs, ainsi que Moïse et les Juifs. Comme il est dit dans la Genèse que Dieu a fait l'homme à son image, Dieu est noir.
Le principal prophète rasta est Marcus Garvey, dont le second prénom, Mosiah, fait référence à Moïse, le prophète libérateur des Hébreux vendus comme esclaves à Babylone. Ils connaîtront le salut et retourneront vers Sion, pour les rastas en Ethiopie. c'est donc vers l'Ethiopie, souvent mentionnée dans la Bible, que les esclaves tournent naturellement leur regard, vers cette terre promise par les Saintes Ecritures, cette terre de liberté qui n'a pas été colonisée et qui est chrétienne depuis très longtemps.
Le Jamaïcain est un juif errant. Même si la Jamaïque est son île natale, c'est la terre de l'exil auquel l' a contraint Babylone.
Un combat pour la liberté
Babylone, ville de Mésopotamie, cité biblique de toutes les perversions, symbolise pour le rasta les institutions, pour lesquelles il éprouve une profonde aversion. Il rejette les partis et les pouvoirs politiques, bien évidemment le système policier et, par extrapolation, tous les possédants: "Le système tue des gens, alors il faut qu'on tue le système" (Bob Marley).
Les luttes de pouvoir ont entraîné la Jamaïque dans des bains de sang dont elle n'est toujours pas sortie.
Le rastaman est le messager qui transmet la parole de Jah, pour que justice soit faite, que les disciples puissent libérer leur âme de l'aliénation de Babylone. Le mot et le son sont indissociables et primordiaux pour tout rasta. Le reggae sert le combat que mène le rasta, comme l'exprime si directement Marley dans sa chanson "Small Axe" : "Si vous êtes un grand arbre, nous sommes une petite hache, aiguisée pour vous abattre." La solidarité entre les hommes doit vaincre la souffrance, rompre l'isolement et le silence. Les rastas parlent entre eux de Brethen (frères dans la foi).
Qui est Hailé Sélassié ?
Il est né le 23 juillet 1892, à Harar en Ethiopie. Son nom, Tafari, signifie: "Tu seras craint". Son père le ras (prince) Makonnen, gouverneur du Harar, lui assigne un précepteur français, et l'initie très tôt au pouvoir avant de décéder en 1906. Le jeune Ras Tafari montrant du goût et des capacités pour gouverner, son oncle, l'empereur Ménélik II (1844-1913), lui confie en 1905 la province du Gura Muleta. Proclamé négus (roi) en octobre 1928, il est couronné empereur sous le nom de Negusa Nagast (roi des rois) le 2 novembre 1930, à la suite de la mort (mystérieuse) de l'impératrice mère. Il prend le nom de Hailé Sélassié ("force de la Sainte-Trinité") 1er, mais son titre complet est : négus nigesti ("roi des rois"), lion de Juda, défenseur de la foi chrétienne, force de la Trinité, élu de Dieu. Pour beaucoup, il est la dernière réincarnation de Dieu sur terre.
Les croyants adoptent alors le nom de ras tafaris, rastafar-I, rastaman, en l'honneur d'Haïlé Sélassié. L'une des histoires colportées par les rastas est la suivante. L'Ethiopie possédait un sceptre d'or aux pouvoirs magiques qui accordait à son détenteur la domination du monde. Ce sceptre fut dérobé par les Romains et permit à Jules César d'ériger son empire. Puis l'Angleterre à son tour vola le sceptre et hérita de sa puissance. Les années passèrent, et en 1930, à l'occasion du couronnement de Sélassié 1er, le roi Georges V délégua son fils, le duc de Gloucester, en Ethiopie, afin qu'il remette à l'empereur le sceptre symbolique. on raconte que Sélassié retrouva le pouvoir de ses ancêtres, et que le duc, pris de folie, mangea de l'herbe : il se révéla être la réincarnation du roi de Babylone, Nabuchodonosor. La suite est tout aussi mystérieuse: lorsque le duc fut rétabli, Sélassié le renvoya en Angleterre, chargé d'un présent pour son père. Lorsque le roi Georges V vit le cadeau, il tomba malade et mourut peu après.
Haïlé Sélassié fut néanmoins un dictateur, comme toute personne à qui l'on donne un pouvoir énorme. Il est despotique et dictateur mais pas plus qu'un autre. Il sera cependant le seul pendant la guerre contre l'Italie de Mussolini à aller à Genêve parler devant ce qui n'était pas encore l'ONU, mais la SDN (Société Des Nations) afin de dénoncer les atrocités des Italiens qui ont tué des milliers de noirs. Il fut le seul à le faire. Personne n'a rien fait pour son peuple sauf lui. Hailé Sélassié sera renversé par un putsch organisé par des sous-officiers le 12 septembre 1974. Ras Tafari meurt à Addis-Abeba, le 27 août 1975.
III. Un combat et ses représentants
Marcus Garvey, le Moïse noir
Marcus Moziah (Moziah = Moïse) Garvey est né le 17 août 1887 dans Saint Ann's Bay. En 1914, il fonde l'Universal Negro Improvement Association (Association universelle pour l'amélioration de la condition du peuple noir, UNIA), dot la devise est : "Un Dieu! Un but! Une destinée!". C'est la recherche de l'union de tous les Africains d'Afrique et d'ailleurs.
La force de Garvey réside dans son habilité à mêler le politique et la religieux. Pour que les Noirs puissent bénéficier des mêmes droits civiques que les Blancs, pour l'autonomie d'une nation sur son sol, il revalorise la négritude et contribue à affirmer l'identité d'un peuple.
Garvey dote la lutte d'une vraie structure et de moyens sur le terrain, c'est un homme d'action. Il fonde le PPP, People's Political Party (parti politique du peuple), participe à la création d'usines, d'écoles, de salles de réunion... Marcus Garvey tient un rôle primordial dans l'émancipation des Noirs en amérique, il cherche à renouer des liens avec l'Afrique. De plus en plus impliqué dans le mouvement de retour en Afrique, il voit dans ce continent la patrie de tous les Noirs dispersés dans le monde. L'Ethiopie est alors le seul pays libre, non colonisé d'Afrique. Garvey, estimé trop puissant, devient l'homme à abattre, car la société blanche criant les bouleversements qu'il provoque.
En 1927 à Kingston, Garvey prophétise le couronnement de l'empereur Haïlé Sélassié: "Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, car le jour de la délivrance est proche". Un discours décisif pour tous les rastas. Garvey est le précurseur du nationalisme noir que l'on retrouvera plus tard dans les prêches de Martin Luther King ou les allocutions de Malcolm X (dont le père était pasteur garveyiste).
Douze ans après sa mort, en 1940, ses cendres seront rapatriées et la Jamaïque le proclamera héros national. Le gouvernement jamaïcain a créé le prix Marcus Garvey qui est décerné à titre posthume en 1968 à Martin Luther King.
Leonard Percival Howell, le "Gong"
Si Howell est loin d'être aussi populaire que Marcus Garvey, c'est un personneage charnière. il fut le premier prédicateur rastafari à foner une communauté rasta et à en codifier le mode de vie. Il fonde en 1940, la communauté du Pinnacle. Le Pinnacle c'est la Terre promise du rasta, à l'écart du système de Babylone. D'un point de vue biblique, Le "Pinnacle" est le sommet du temple de Jérusalem où le Christ est transporté après avoir été tenté par Satan. Au Pinnacle, tous les pauvres sont accueillis. Pas d'impôts, pas de police, pas d'église, pour résumer pas de grosses institutions mais des règles: on travaille en communauté, pour la communauté. Howell, en Jamaïque, avait beaucoup côtoyé la communauté indienne et l'on identifie de nombreux éléments de cette culturee dans les us et coutumes rastas: le régime végétarien, la ganka, les locks, la méditation...
Le Pinnacle représenterapidement un contre-pouvoir menaçant et les autorités décident d'endiguer son expansion. Le 1é juillet 1941, la police y effectue sa première descente.
La ganja est sacrée, c'est un don de Dieu qui guide l'homme dans sa méditation. Howell va largement développer sa culture du chanvre. Les plantations de cette région de Saint-Thomas sont très réputées depuis les années 1930. Les rastas du Pinnacle qui jusqu'alors vivaient dans des conditions précaires vont beaucoup s'enrichir. L'argent est pour la communauté, Howell n'y touche pas, il l'a en horreur, car l'argent symbolise le clef de voûte du système babylonien.
Dans les années 1950, le glas a sonné pour le Pinnacle. Howell est arrêté ainsi que 140 rastas, et des milliers de pieds de ganja sont détruits. Les autorités saisissent alors 8 tonnes d'herbe ! Les deux mille rastas du Pinnacle se réfugient alors dans les getthos à l'ouest de Kingston. Après 18 ans dans les montagnes, c'est toutes une génération marquée par l'enseignement rastafari version Howell qui établit désormais son quartier général en plein coeur des getthos. Aux yeux de la police, tout rasta est potentiellement un trafiquant de ganja. La guerre est donc déclarée. Les porteurs de locks, les "barbus" comme on les nommait, sont persécutés, frappés, rasés, humiliés, emprisonnés.
Une nouvelle génération rasta , fécondée dans les ghettos, prend la relève. Cette culture rasta urbaine confectionne au rasta son habit "de ville", lui donne ses signes de reconnaissance. Argot, dreadlocks, le tricolore éthiopien et le reggae. Avec cette arme musicale, elle va rompre les silences et propager la parole, des trottoirs du ghetto au-delà de toutes les mers.
Les divers mouvements rastas
Deuxième partie : Le Reggae
La musique des origines : Le mento et le burru
La Jamaïque a produit plus de cent mille disques en cinquante ans. Pour un pays de deux millions et demi d'habitants, c'est un record unique au monde !
En Jamaïque, les esclaves arrachés à leur terre d'Afrique ont conservé un attachement très fort à leurs traditions, en particulier à la musique et à la danse, qui ont toujours tenu une place prépondérante dans les sociétés africaines. Elles font partie des formes d'expressions premières, privilégiées. le corps s'abandonne aux pulsions des tambours et se libère, l'esprit peut alors relier l'homme aux forces divines. Danse et musique sont indissociables, cette notion est présente dans toutes les musiques produites par les Jamaïcains.
Les années 1920 voient l'éclosion de petits orchestres qui animent les fêtes de village, et dont le répertoire s'inspire des airs folkloriques pêchés aux quatre coins du monde, en particulier du quadrille venu de France au 19ème siècle et qui connaît un vif succès dans les Antilles. De ce brassage musical naît dans les années 1920 et 1930 une musique spécifiquement jamaïcaine : le mento. Dans celui-ci, le son du banjo ou de la guitare domine l'orchestre, auquel s'adjoint souvent un harmonica. Divers objets sont improvisés comme instruments de percussion pour servir le rythme binaire (2/4) des morceaux: râpe à noix de coco, bout de tuyau, bouteille de bière, plaque de métal... Le reggae doit au mento la structure de sa ligne de basse et son style vocal, son rythme rapide et ses douces mélodies.
Les tambours burrus d'Afrique occidentale sont une source majeure pour le reggae ainsi qu'un illustre percussioniste, Count Ossie. A la fin des années 1940, le burru est une forme musicale encore très vivante en Jamaïque. Les chanteurs et les musiciens improvisent librement, accompagnés par trois tambours recouverts de peau de chèvre.
La diffusion de la musique
Les moyens de diffusion de la musique en Jamaïque sont indissociables de son évolution. Le peuple est pauvre, peu de gens possèdent une radio, les ondes sont de toute façon contrôlées par l'élite blanche qui ne diffuse pas la musique qui plaît au ghetto. Parfois pourtant les Jamaïcains parviennent à capter les stations de radio noires américaines. Là-bas, blues, rythm'n'blues (James Brown est littéralement adulé!) et soul (de Sam Cooke ou Ben E.King) sont à la mode. Les gens n'ont pas de quoi s'acheter un électrophone ou des disques, et souvent les ghettos n'ont pas l'électricité.
Alors on voit apparaître dans les années 1940 les sound-systems, sortes de discothèques ambulantes qui sillonnent l'île en camion. Les sound-systems animent toutes les fêtes de village, le plus souvent en plein air dans un "dancehall", espace ouvert dédié à la danse. La musique et la danse permettent d'oublier les soucis quotidiens et favorisent le défoulement, l'oubli des tensions et des frustrations qui menacent l'équilibre et l'harmonie. Pour faire pulser un lieu ouvert aux quatres, il est essentiel de mettre en avant la rythmique! c'est une des influences majeures des sound-systems sur la production musicale jamaïcaine: le duo basse/batterie est mis en avant (un procédé repris de nos jours dans les "raves parties ")
De la fin des années 1940 au début des années 1950, c'est le swing et le R&B américain qui chauffent le pavé. A la fin des années 1950 l'approvisionnement en disques (qui vient des Etats-Unis) devient très difficile.
Ainsi au début de 1960, Coxsone inaugure son studio monopiste à la bordure de Trench Town, qu'il baptise Studio One. On peut comparer Studio One à un "collège", une pépinière d'où serait issue la crème des artistes jamaïcains. La plupart des musiciens qui ont fait l'aventure reggae ont travaillé pour lui.
Du ska au reggae
Le public est féru de jazz, de soul, de boogie-woogie, et à partir du milieu des années 1950, des orchestres de blues jamaïcains voient le jour partout dans l'île. Vers 1962, dans les quartiers populaires, le rythm'n'blues, revu et épicé à la sauce mento, adopte un contretemps particulier. Un nouveau genre musical au tempo enlevé est né: le Ska. Tout d'abord appelez "staya staya", le ska désigne également une danse acrobatique exécutée sur des échasses.
Le groupe des Skatalites, formé en juin 1964 et composé de musiciens qui avaient fait leurs armes auprès de Count Ossie, est produit par Coxsone Dodd. Les skatalites règnent sur le ska et accompagnent ses premiers pas. Leur réputation est en partie due à une formidable section cuivre. Les Skatalites posent les bases de ce qui va devenir l'instrumental du reggae : une musique sautillante, haletante, avec l'intervention d'une "pompe" (shuffle), de trombones et de saxophones à chaque contretemps.
La musique rude boy des garçons du ghetto, notamment des Wailers, marque la transition entre le ska et le rock steady. c'est le début de la désillusion, et les jeunes serrent les poings. Au cours de l'été de 1966, les DJ ralentissent la cadence à la demande des danseurs qui ne peuvent plus suivre le ryhtme endiablé du ska. Une chape de chaleur de fond sur la musique, la pulsation se ralentit, et la basse supplante la guitare. Les cuivres par lesquels s'exprimait l'enthousiasme suscité parl'indépendance s'estompent et cèdent la place au chanteur. L'heure est grave pour les Jamaïcains, on règle des comtes, on y a cru, on n'y croit plus. Les textes sont plus militants et abordent les thèmes sociaux de manière plus virulente. Le ska cède la place. Ceux qui souffrent trouvent leur expression dans le rock steady (rock soutenu). Cette vague dure deux ou trois ans et connaît son apogée vers 1968 et 1969 (les représentants du style sont les Toots & The Maytals).
Dans la forme, le tempo se ralentit, la basse électrique passe au premier plan, soutenant toute la structure rythmique, elle s'impose comme un élément fondamental, épaulée par la batterie sur un rythme syncopé qui frappe les contretemps : "Le ska est rapide, le rock steady est doux. Et le reggae est dur. Bien plus dur." (Bob Marley).
Les artistes de reggae cassent les schémas, et déflorent un nouvel espace musical. Dans ses débuts, le reggae a très souvent une formation vocale en trio; on mêle pour les harmonies une voix de tête soliste et deux voies basses, le choeur des sermons rastas. Musique urbaine née dans la boue du ghetto, le reggae va s'associer à la spiritualité rasta, et puiser directement dans les Bible ses thèmes religieux. Ses chansons ont des objectifs pédagogiques. Les rastas offrent l'échappatoire d'une autre destinée. Le reggae porte leur cri, fait entendre leur révolte, leur blessure. il est dans la voix de leurs souffrances, jusqu'alors murées dans le silence des trottoirs de Kingston.
Le reggae est une musique apaisante, sans effusion. Les paroles expriment souvent la plainte populaire. Il tisse des liens entre les hommes. c'est un acte politique de lutte pour la rédemption du peuple noir, contre l'exploitation, pour la libération de l'homme, contre toutes les formes d'esclavage.
Le rythme du reggae évolue, le piano, la guitare ne jouent plus qu'on rôle secondaire, se contentant de souligner, généralement le deuxième et le quatrième temps de la mesure, alors que la basse s'alourdit encore, annonçant le reggae moderne. Le mouvement hippie adhère aux messages rebelles des rastas, comme lui opposés à l'establishement, et férus de fumette.
De Kingston à Notting Hill
Hors des frontières de la Jamaïque, le reggae gagne tout d'abord le Royaume-Uni qui recense une forte communauté jamaïcaine. Le film-culte "The Harder They Come" donne un coup de pouce déterminant pour la propagation du reggae, propulsant du même coup ses représentant au-delà des frontières de leur pays d'origine. Le public découvre des musiciens comme Jimmy Cliff, Desmond Dekker ou encore The Abysinnians...
Début 1970, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont à l'affût des musiques de la Jamaïque. Le vent qui souffle sur l'île porte une odeur de soufre propre à nourrir les esprits rebelles de la jeunesse. Le reggae commence bien à se vendre en Angleterre...
Rencontre avec le Punk
Le reggae devient le compagnon de révolte du punk. Son rythme s'alourdit davantage et se fait plus lent. Il se fait plus menaçant, comme un poing brandi à la face du pouvoir par la jeunesse jamaïcaine. Un nouveau style de reggae est né: le rockers. Les Clash voient une évolution de leur musique et du mouvement punk. Au-delà du rythme, le groupe pense que le discours du reggae peut répondre à l'attente de la jeunesse blanche désemparée et lui offrir une alternative autre que celle de l'extrême droite. L'explosion du punk correspond avec l'avènement du reggae. Pour couronner l'année 1977, les Clash décident de partir écrire leur prochain album en Jamaïque.
Etonnamment donc, le punk et le reggae deviennent des frères de combat. Tous deux se présentent comme anticonformistes, marginaux, propageant un message de révolte contre les systèmes en place. Le clivage capital entre les punks et les rastas se situe pour le fond du discours au niveau de la foi, et pour la forme sur le plan de l'agressivité.
Du Punk à la Pop music
En 1976, Richard Branson, le fondateur de Virgin Records, tente de rattraper le train jamaïcain en marche. Il crée le label Front Line qui diffuse le son "rockers", et signe avec Peter Tosh ainsi qu'un autre chanteur du nom de U Roy, toaster déjà réputé en Jamaïque.
Le reggae touche tous les publics grâce à la pop en général et au groupe The Police en particulier. Il est l'un des premiers, sinon le premier groupe de Blancs à avoir ouvertement puisé dans les sonorités reggae pour créer un nouveau style de pop music. The Police a construit sa carrière sur une pop à la croisée des tendances punk et reggae.
Le reggae est absorbé par les musiques occidentales. Les rythmes jamaïcains font désormais partie de la musique pop. Parallèlement à cette intégration, le reggae continue son petit bonhomme de chemin. Le groupe Aswad qui, en 1976, connaît le succès avec "Back To Africa", les groupes Abyssinians, Culture, Black Uhuru, ou des artistes comme Pablo Moses, continuent à porter le flambeau... D'autres s'acheminent vers une forme plus tranquille comme le groupe UB40. ce dernier est né dans la banlieue de Birmingham en 1978. C'est le premier groupe majoritairement blanc à avoir consacré sa carrière au reggae.
En 1982, Joe Cocker flirte à son tour avec le reggae et s'acoquine avec Sly & Robbie. Les Rolling Stones ont très tôt fait partie de l'entourage des Wailers. Mick Jagger et Keith Richard tombent fous amoureux du reggae en général et de Bob Marley en particulier.
La mode jamaïcaine gagne les Etats-Unis
Si en Angleterre les artistes s'accordent très vite à reconnaître l'importance du reggae et l'intègrent à leur musique, outre-Atlantique le reggae aura plus de difficultés à être légitimé par ses pairs et mettra plus de temps à émerger.
De Kingston à Sèvres-Babylone
En France, les vibrations jamaïcaines nous parviennent par l'intermédiaire de Serge Gainsbourg. Le 12 janvier 1979, Serge entame les séances d'enregistrement de l'album "Aux armes et caetera", au studio Dynamic Sounds de Kingston. C'est le premier artiste français à employer les talents des musiciens jamaïcains. Il engagera en particulier le formidable duo rythmique Sly & Robbie.
Le 1er juin 1983, Paris inaugure son premier magasin spécialisé dans le reggae. La France a adopté le genre. C'est le début d'une longue histoire d'amour entre la France et la jamaïque, même si aucun lien d'échange politique, économique n'est tissé entre les deux pays.
Débarquement en Côte d'Ivoire
Quelques mois après la sortie de l'album "Survival", la chanson "Zimbabwe" de Bob Marley se répand comme une trainée de poudre en Afrique. De multiples versions de ce morceau voient le jour et participent à l'expansion du reggae. Elles se vendent parallèlement au disque d'Island. Symbole de la lutte contre l'oppresseur, pour la libération du peuple noir, le reggae renoue avec ses racines et retrouve son sens initial.
Alpha Blondy est l'un des frères spirituels de Bob Marley. Son parcours est étroitement lié à la décolonisation du continent noir. Comme tous les Africains gonflé d'espoirs lors de l'éclatement des empires coloniaux, il a souffert des désillusions du postcolonialisme. Ses chansons donnent la parole aux plus démunis. En 1984, Alpha arrive à Paris, devancé par sa popularité. Il fera salle comble au Zénith. De mai à juin 1983, Alpha vendra 25 000 disques et 1 000 cassettes, pulvérisant tous les records de ventes de disques en Afrique noire! Alpha a alors 30 ans. Alpha est le père du reggae africain. Durant sa carrière, il a amassé les disques d'or, c'est une star en Afrique noire. Son reggae, très influencé par Bob Marley, cherche à réunifier l'Afrique. La Côte d'Ivoire est l'épicentre de la scène reggae en Afrique.
Le Dub
Dans la famille reggae, c'est d'abord le dub qui se taille la part du lion. Le dub est né d'une mauvaise manipulation. Vers la fin de l'année 1967, l'ingénieur du son Byron Smith grave un disque de rock steady pour un important sound-system appartenant à Rudolph Redwood. Malencontreusement, lors de l'enregistrement il oublie de connecter la piste des voix. Redwood, qui est présent, lui suggère de tester cette version dépouillée dans son sound-system. ils n'ont rien à perdre: le disque est irrécupérable, et au final l'accompagnement musical avec la rythmique au premier plan est très entraînant. Le morceau fait effectivement un tabac aurpès des danseurs qui l'adoptent immédiatement et en redemandent.
L'ingénieur du son acquiert avec le dub une place inédite dans la production phonographique. Ses remixes sont de pures créations, reconnus et signés. ils ouvrent une voix "royale" aux remixeurs de la house, du rap ou encore de la techno.
Les grands-parents du rap
Le toasting est cette forme d'improvisation parlée et rythmée dont découlera le rap. Ainsi les DJ feront usage de leur micro pour se livrer à l'improvisation.
La Jamaïque, île des poètes
Celui qu'on surnommera très vite LKJ lance un nouveau genre: la poésie sur la musique dub, qui prendra le nom de dub poetry. Il modernise la forme de la contestation tout en gardant la base spirituelle des rastas.
Le raggamuffin
Dans la famille reggae viennent ensuite les raggamuffins qui débitent des paroles mi-parlées, mi-chantées, en cascade sur des rythmes de reggae. Cette nouvelle formule, qui tire son nom de l'anglais "ragamufin" ("gueux"), donnera naissance à une déferlante de DJ, rappeurs et chanteurs de tous poils. Le propos ragga est très éloigné des thèmes traditionnels du reggae. Le chanteur ragga endosse l'image du mauvais garçon rebelle et agressif. Il représente le fier guerrier macho de la jungle urbaine dans laquelle il évolue.
Le rap
Tandis que le ragga explose, les Noirs américains immergent leur pays sous une vague de rap, qui prend sa source dans le reggae: les fameux toasters jamaïcains qui faisaient la joie des ghettos se sont mués en DJ.
Le Hip-Hop
Parmi les pionniers du fameux et très actuel hip-hop: Diana King. Issue d'une famille de quinze enfants, elle fait ses débuts sur scène dès l'âge de 13 ans. Après avoir écumé les salons des hôtels de luxe, elle silonne les Etats-Unis et l'Europe avec Shabba Ranks. Son style innove en mélangeant reggae et ses racines tropicales au funk et au groove du rythm'n'blues américain.
Quand l'électro s'en mêle...
Le trip-hop est né à Bristol, au début des années 90. Trip signifie "voyage" et hop marque l'association avec le hip-hop. Cette musique adopte des rythmes enrobés d'ambiances. Des nappes d'atmosphères épaisses, étranges, sombres. Parmi les groupes les plus significatifs: Massive Attack, Tricky, Smith & Mighty, Portishead.
Eté 1994, la seconde génération jamaïcaine d'Angleterre donne le jour à un nouveau style: jungle. Un rythme endiablé s'est emparé de la techno. On accélère, tout en contrebalançant avec une basse empruntée au reggae, qui conserve à la musique un tempo plus tempéré, profond.
Aujourd'hui, en Jamaïque, le reggae reste fermement enraciné dans la vie quotidienne et s'inspire des thèmes vécus. L'évolution du reggae, comme toutes les évolutions de style, est liée aux avancées techniques. Les procédés de la numérisation vont notamment être déterminants dans la progression de sa forme.
IV. L'influence actuelle du reggae
La génération actuelle des DJ/remixeurs a inévitablement subi l'influence du reggae. Les artistes piochent à loisir dans le patrimoine jamaïcain et le réactualisent grâce à la technique du sampling. Au-delà de la réutilisation de l'héritage jamaïcain, les jeunes générations reconnaissent l'empreinte du reggae sur leur musique.
En 1998, Eagle Eye Cherry sort un premier album, "Desireless", qui l'expose fortement sur les scènes du monde avec des tubves évidents.
Un des jeunes grands artistes de ce nouveau millénaire est sans nul doute Ben Harper. Après avoir été longtemps boudé par les radios américaines, il doit le démarrage de sa carrière à la France; notre pays a justement reconnu son talent. Loin des sons électroniques, Ben Harper a un style qui conjugue les musiques noires américaines traditionnelles (la country et le blues) avec la musique noire (la soul, le reggae), le rock et la pop.
L'influence du reggae est énorme:
Depuis 1976 la France est tombée amoureuse de Bob Marley. Son passage a fait germer dans notre pays une multitude de fans qui se sont réclamés du maître. Mais si à l'époque les Français sont ouverts aux sonorités venues de l'île, ils n'attachent cependant aucun intérêt à la scène reggae hexagonale. Le reggae français est confiné essentiellement aux réseaux underground, et malgré quelques succès commerciaux, son développement est un véritable parcours du combattant. Il faut attendre la fin des années 1980 pour apercevoir les prémices de son émergence.
A l'orée des années 1990, les radios diffusent les premiers enfants de cette scène: Saï Saï, Mickey Mossman et surtout Princesse Erika qui crée l'évènement avec son tube "Trop de Blabla".
A Marseille se développe, conduit par Jo Corbeau, l'un des moteurs de la scène marseillaise, et également Massilia Sound System qui va devenir la figure de proue de ce nouveau courant.
Dans la première moitié des années 1990, Tonton David vit sur un petit nuage, son reggae enflamme le pays et les ventes d'albums comblent sa maison de disques
Pierpoljack est une autre figure emblématique de notre reggae.
Mais ce sont surtout des groupes comme K2R Riddim, Orange Street, Spook & The Guay, Sinsemilia, Marcel et son orchestre, Baobab, Tryo, Mister Gang, Marousse, Rastabigoud, La Ruda Salska.... que le public commence à suivre des groupes. Leur musique renoue avec un côté bon enfant et une certaine forme d'authenticité.
Le reggae à la française n'est pas vidé de sens, il formule ses engagements, ses positions et ses révoltes. Sur les planches, ces groupes sont comme des poissons dans l'eau. La scène est leur lieu de prédilection, au détriment parfois de la qualité de leurs albums.
Tryo, un trio de chansonniers libertaire de la région parisienne, interprète sur scène avec trois guitares des compositions reggae originales qui séduisent le public. Il mêle la chanson traditionnelle et le reggae acoustique au spectacle de rue. Ce reggae s'appuie sur la fête certes, mais il n'en demeure pas moins à l'écoute des préoccupations de sa génération. Sur certains titres, Tryo tient un discours proche de groupes comme NTM.
Contrairement au reggae jamaïcain qui continue à se durcir, le reggae à la française est une musique de proximité, conviviale et festive. L'urgence et les enjeux ne sont pas les mêmes.