Résumé
La bordure Sud de l'Ardenne a connu au La Tène 1 un
peuplement très notable, sans hiatus au IVe siècle.
En témoignent, malgré les destructions dues aux
guerres et aux travaux, plusieurs nécropoles et des habitats.
Autour de Charleville, sur le caIcaire liasique, les deux rives
de la Meuse étaient occupées, tant dans la plaine
alluviale que sur les hauteurs. A l'ouest, la nécropole
tumulaire de la forêt des Pothées, sur le schiste
primaire, fut utilisée du Hallstatt au La Tène Il.
A l'est, des habitats ont été fouillés près
de Sedan, d'autres vus plus au sud, et des enclos entre Meuse
et Ghiers, ainsi qu'une tombe de la fin du La Tène 1plus
à l'est. Il s'agit du Mamien typique dont la présence
explique les importantes "influences" reconnues entre
le Marnien et le groupe Sud des tombelles ardennaises belges.
Les céramiques et la plupart des bijoux ont leurs pendants
dans les tombelles comme dans la zone mamienne, et l'on pourrait
présumer pour les tombelles une durée jusqu'à
la fin du llle siècle. Le hiatus qui persiste actuellement
entre le sillon Ghiers-Meuse et la vallée de l'Aisne est
un phénomène interne au Mamien, il tient probablement
à la nature différente des sous-sols.
Abstract
The Southem Ardenne border was occupied very widely in the La
Tène 1 period, without any hiatus in the 4th century. Several
cemeteries and some dwelling places are still there, in spite
of wars and road-works, an'd can attest this fact. In the surroundings
of Gharleville, on the Lias chalky ground, both banks of the Meuse
river were occupied, as much the alluvial plain as on the hills.
To the West, the barrow cemetery in the "Les Pothées"
forest, on the Primary schist, was used from Hallstatt days to
La Tène Il. To the East, dwelling sites were dug near Sedan,
other sites were perceived farther South, so were enclosing ditches
between Meuse and Ghiers, and a tomb dated end of La Tène
1 further East. All of them were typically Marnian, their existence
there is an explanation to the strong influences recognised between
the Mamian and the Southem group of the Belgian-Ardennian "tombelles".
The pots and most jewels can match with those in the "tombelles"
and in the Mamian area ; for the "tombelles", they might
have been in use till the end of the 3rd century. The hiatus which
still exists between the Ghiers-Meuse valleys and the Aisne valley
is part of the Mamian, it may depend on the opposite subsoil natures.
De très fortes "influences" ont existé
entre le Marnien de la Champagne et les Celtes de l'Ardenne
qui ont établi des tombelles hallstattiennes et laténiennes
et spécialement leur groupe Sud (SteMarie Chevigny, Hamipré
etc.). Les excellents travaux de nos collègues belges (Bonenfant,
1965 ; Cahen-Delahaye1974, 1983, 1987, 1990) l'ont montré
clairement, tout en établissant qu'il s'agit d'un groupe
autonome de population parfaitement défini.
On ne sait pas, en fait, dans quel sens les influences se sont
répandues, ou si ce ne sont pas plutôt les traductions
de communautés d'idées. Au-delà des formes
de la céramique ou des bijoux, ces "influences"
doivent s'interpréter comme une communauté culturelle
et idéologique partielle. En témoignent entre autres
les décors de certains vases funéraires qui ont
un rôle symbolique (évocation des Divinités
tutélaires). D'autres éléments divergent
: tombes plates en Champagne, tumulus en Ardenne (mais il y a
des tombes plates entre les tertres).
Une telle communauté de pensée suppose des contacts
matériels entre voisins, et ceux-ci n'auraient pu avoir
lieu si la zone intermédiaire avait été inhabitée,
occupée par la forêt inexploitée. Le blanc
qui sur les cartes séparait le Mamien des tombelles de
l'Ardenne belge tenait (fig. 1) à une lacune des connaissances.
Ainsi dans l'excellent article de J.-L. Flouest et I. Stead (1977
ai la mention : "Au nord de l'Aisne, pratiquement aucune
tombe de La Tène 1 n'a été découverte"
; la référence à l'ouvrage de D. Bretz-Mahler
(1971) ne fait que souligner une fois de plus la difficulté
de la documentation pour qui ne peut se rendre sur le terrain
et consulter érudits, musées et bibliothèques
locaux.

Fig. l : Marnien, tombelles de l'Ardenne et Nord de la
France.
A Triangles : Hallstatt e Points : La Téne. Au cours des
20 ans écoulés l'isolement géographique du
Mamien a été rompu parles travaux de nos collègues
belges, nordistes et picards. Les sites mamiens du sillon préardennais
Meuse-Chiers achèvent de combler la lacune.
Tout d'abord, la rivière d'Aisne n'est pas en elle-même
un obstacle ni une frontière, comme en témoignent
la nécropole du La Tène Ill de l'Aiguillonà
Château-Porcien (fouilles Larmigny) et la tombe à
char de Voncq, qui sont sur les hauteurs dominant la rive droite
(fig. 2). On ne sait rien de la tombe de Voncq (objets volés
par les Allemands en 1870) qui peut très bien être
du La Tène Ill comme la nécropole de l'Aiguillon.
Par contre, les tombes à char et l'enclos vus sur la hauteur
au nord de Rethel en 1990, à l'extrême limite de
la craie (inédit), sont du La Tène 1, l'habitat
de Barby (Guérin, 1965), aussi au nord de l'Aisne, mais
en bas, est hallstattien, et le site des Auges à Rethel
(Lambot et Guérin, 1979), de même en plaine alluviale
au nord de l'Aisne, a livré des tessons que l'on peut discuter
entre la fin du La Tène 1 et le début du La Tène
Il. Il faut surtout souligner que les conditions géologiques
étaient défavorables entre Aisne et Meuse à
l'identification des sépultures, au moins autant (sinon
plus) qu'à la vie même de nos pères, les Celtes.
Au sud de l'Aisne s'étend en effet la craie qui à
la fois conserve les os et facilite la recherche des tombes. Elle
a induit chez les Celtes champenois, ou tout au moins chez une
partie d'entre eux, des pratiques funéraires spéciales
peu courantes ailleurs (Rozoy, 1963 a, 1988). Aboutissant à
la formation de la "terre noire des tombes", ces techniques
rendent la mise en évidence de celles-ci beaucoup plus
facile.

Fig. 2 : Les Ages du Fer dans le département des
Ardennes.
Les traits renforcés de hachiires indiquent les limites
des zones géologiques : Ardenne primaire, zone jurassique,
zone de la craie. Tous les sites ardennais connus des auteurs
sont figurés. Dans la Marne n'ont été indiqués
que l'Argentelle (à Beine ) et Haulzy : il y en a trop,
et on ne dispose pas d'un relevé exhaustif. Pour les Ardennes,
bon nombre de sites non sûrs ont été omis
(par exemple "éperon barré de Chestres, qui
n'est pas daté). L'inclusion des trouvailles de monnaies
gauloises (44 communes) favorise peut-être le La Téne
III, mais la terre noire des fosses mamiennes favorise cette culture,
tout au moi'ns sur la craie.
Les sols plus argileux au nord de l'Aisne ne devaient pas
permettre les mêmes conditions de culture et d'élevage,
et il est probable que le peuplement y ait été moindre
que sur la craie champenoise. Il y a toutefois des terres légères
et caIcaires dans la bande du Corallien-Argovien, d'autres dans
celles du Bajocien et du Bathonien, à mi-chemin entre Charleville
et Rethel. Ce sont des régions agricoles aujourd'hui faiblement
peuplées, qui n'ont pas comme le Porcien bénéficié
pendant 50 ans de la présence d'un archéologue tel
que J. Carlier : celuIc), lui-même cultivateur, avait la
confiance de ses pairs et assurait un minimum de formation archéologique
dans sa région. L'absence de toute trace identifiée
de la culture marnienne entre Aisne et Meuse contraste toutefois
avec un peuplement très notable au La Tène III (Amagne,
SauIces-Monclin - rouelle en or - ; Thin, Giraumont, Bâalons
- temple avec plusieurs centaines de monnaies, Chémery,
le Flavier - temple avec offrandes d'armes votives et monnaies
- v. fig. 2) et l'on peut présumer que la densité
d'occupation y était au La Tène 1 soit plus faible
qu'en Champagne, soit même nulle. On y a trouvé en
effet de nombreux cimetières mérovingiens, il ne
devait pas y avoir beaucoup de nécropoles marniennes...
perceptibles tout au moins. Mais J. Carlier habitait Hannogne,
dans la zone de la craie, et il n'a découvert aucune
nécropole ni même une seule tombe du Hallstatt ni
du La Tène 1 dans tout le Porcien. Il a su identifier
à Hannogne un habitat du le'Age du Fer. Or en Champagne
la détection des habitats est en général
plus diffIc)le que celle des tombes. On peut penser qu'il y a
eu dans cette région, comme entre Aisne et Meuse, des pratiques
funéraires différentes rendant la détection
des sépultures plus difficile.
La même absence de sépultures du La Tène
1 s'observe, sans qu'on en saisisse la raison, au sud de l'Aisne,
dans toute la partie ouest de la craie ardennaise, en prolongement
du Porcien. Un splendide fourreau d'épée décoré
du IVe siècle a été trouvé en surface
dans un champ à St-Germainmont (Kruta et coll. 1984). Son
origine funéraire est probable, mais ce pouvait être
une sépulture isolée ne témoignant pas d'un
peuplement (des bruits ont couru en 1962-63 sur une fouille clandestine
qui aurait trouvé des tombes avec des récipients
en bronze, mais aucun renseignement sérieux n'a pu être
obtenu). A cette (remarquable) exception près, nous ne
connaissons à l'ouest de la ligne ReimsRethel aucune sépulture
du La Tène 1 ni d'ailleurs du Hallstatt. Les points les
plus occidentaux sont dans les Ardennes Acy-Romance (Lambot, 1989
a, b), L'Ecaille (Le Tombeau), fouilles de 1957 et l'habitat de
Tagnon trouvé à l'été 1992. Avant
la guerre de 1940-1945, la limite connue était encore plus
à l'Est. S'agit-il de répartition des fouilleurs
plus que des sites ? Le cas de J. Carlier, cité ci-dessus,
paraît infirmer cette idée. Toutefois, un sauvetage
de B. Lambot (1982) à Vieux-les-AsfeId a fourni en surface
un torque à petits tampons qui ne peut guère provenir
que d'une tombe attaquée par la charrue. En tous cas, ni
l'Aisne ni la craie ne constituent en elles- mêmes des limites
objectives, naturelles. Qu'il s'agisse de non- ou médiocre
visibilité (par exemple en cas d'incinération),
ou d'absence, les causes en sont d'ordre humain, social, et non
imposées par la Nature.
SEMEUSE (commune de VILLERS-SEMEUSE)
Le groupe de nécropoles des environs de Charleville
(fig. 3), connu parce que proche d'une ville importante, se rattache
de la façon la plus nette au faciès marnien (et
non à d'autres) de la civilisation de La Tène 1.
Certes les objets ont aujourd'hui presque tous disparu, du, fait
des guerres de 1870l871 , 1 914-1918 et 1 939-1 945 avec leurs
cortèges de destructions (en particulier des archives et
des collections de Mr Brissot en 1940) et de pillages (n'a-t-on
pas retrouvé en Allemagne, avec des étiquettes allemandes,
certaines collections scientifiques ardennaises disparues pendant
ces occupations ? ...).

Fig. 3. : Sites celtes des environs de Charleville.
Les nécropoles connues du La Téne 1étaient
l'une dans la plaine alluviale de Semeuse, plus un habitat à
La Warenne, les autres sur le plateau à Aiglemont-La Grandville,
130 m plus haut. L'occupation n'était donc pas limitée
à un seul biotope, ni à l'une ou "autre rive
du fleuve. Pour le La Tène III des monnaies ont été
trouvées à Montcy-St-Pierre, peu au-dessus de la
vallée, et au Mont Olympe, des incinérations, des
habitats et des monnaies à Bertaucourt à 60 m plus
haut, et des monnaies à Aiglemont (ferme de Gély,
sur la hauteur schisteuse) et à Ville-sur-Lumes dans la
ville romaine d'Angoury à 100 m au-dessus de la vallée.
De la nécropole La Téne III de Semeuse affirmée
par Mr. Brissot il ne nous reste ri'en et on ne peut la retenir
trop sûrement, mais les fibules (fig. 5) sont du La Téne
II, les monnaies trouvées à Lignicourt confirment
le La Téne III, et il n'apparaît pas non plus de
limitation. D'autres sites qui'ont fourni des monnaies sont en
cours de prospections (Doyen et Lémant 1982) et il n'apparaît
pas opportun de publier leurs emplacements Précis actuellement.
Deux nécropoles celtes au moins sont attestées
à Villers-Semeuse, section de Semeuse, dans l'ancienne
ballastière Dauchy, entre la Meuse et la voie ferrée,
près du lieudit "la Morture". L'une, du La Tène1,
fut attaquée en 1912 et au moins une autre, distincte,
fut découverte par Mr Brissot peu avant la seconde guerre
mondiale et attribuée au La Tène Il et Ill (Anonyme,
1912 ; Dupuis, 1933, 1936 ; Anonyme, 1938 ; Fromols, 1955, p.
6). La céramique et les bijoux découverts dans la
première ne laissent pas de doute sur l'appartenance au
groupe marnien (fig. 4, 5, 6, 7, 8). Deux fibules (fig. 4) ont
une position assez tardive au sein du La Tène 1, L.T. Ic
probablement, mais le torque torsadé est certainement un
peu plus ancien (L.T. la - Ib), peut-être aussi le bracelet
en fer. L'anneau en schiste est ambigu, le bracelet fin est, lui,
à la limite Hallstatt-La Tène. Cette nécropole
couvrait donc tout le La Tène 1.

Fig. 4. Semeuse : torque à torsade large, fibules,
bracelet fin, bracelet fer, anneau schiste, anneau bronze. (M.
C. ).
Les fibules typiquement La Téne 1 évoquent par leur
grand arc en quart de cercle celles de la tombe 3 des Rouliers
et de la tombe 54 du Mont Troté, placées dans la
péri'ode 4 de ces nécropoles, donc au La Téne
Ib. Mais par leurs grosses boules elles rappeli'ent celles de
la tombe Ho 25 placée dans la période 5, au La Téne
Ic, c'est encore une confirmation de la continuité de ces
nécropoles. Le bracelet en fer (dont les boursouflures
de rouille n'ont pas été figurées) évoque
la pénurie de bronze dans le Nord-Chamepnois au 4e siècle,
déjà rencontrée au Mont Troté (MT.81).
Le torque à torsade large (dont on ignore s'il était
dans la même tombe) renvoie à la tombe Ro.36.A placée
dans la période 3, donc au La Téne la, comme l'anneau
plat qui évoque celui de M. T.27. L'anneau en schiste,
qui parait trop petit pour être un bracelet, peut se placer
dans tout le La Téne 1, mais plutôt au début.
Et le bracelet fin sans tampons, avec ses incisions transversales
groupées, ne peut se comparer qu'à la période
de transition Hallstatt-La Téne (Rozoy 1989). La nécropole
de Semeuse couvrait donc tout le La Téne 1.

Fig. 5 : Semeuse : torque, bracelet à bossettes,
fibules (M. C. ) (page précédente ).
Il n'est pas certain, mais probable en raison du style
original, que le torque et le bracelet proviennent d'une même
tombe. Le torque est extraordinairement baroque avec ses 6 bossettes
en très fort relief portant des esses enchaînées.
Les bossettes sont séparées par huit disques. Bossettes
et disques ne saillent pas de l'autre côté, qui est
plat. D'autres esses enchaînées figurent aussi sur
le jonc, à l'opposé des tampons, et sur ceux-ci,
qui sont creux et contiennent encore une substance noirâtre
qui resterait à déterminer. Les 17 bossettes du
bracelet sont elles aussi très fortement saillantes, mais
leur décor d'icisions est plus simple et rappelle, comme
dans la tombe 4 de MénilAnnelles, le style géométrique
précédent. L'exubérance du décor évoque
une évolution au-delà du L T.Ic classique et on
doit être à la limite du LT- Il, sinon déjà
dans cette époque. Les fibules sont le fossile directeur
même du La Téne II, avec leur anneau liant le pied
au haut de l'arc, elles pro viennent très probablement
de tombes distinctes.

Fig. 6 : Semeuse : céramique. (M. C. ).
Le décor de chevrons du vase 429 est dans la tradition
géométrique héritée du Hallstatt,
et qui', dans le Nord-Champenois, a occupé tout le LT.
Ib (Rozoy 1988), mai's c'en est une adaptation libre datée
à MT.133 du LT- Ic, comme aussi'le bourrelet sous le col.
Les rangées de coups d'ongle (426, 427 et 440 sur la fig.
8) sont au Mont Troté à la fin du LT. Ib, mais le
replat du col du 427 est au LT.Ic et va avec des décors
curvilignes, tant sur les pots que sur les biïoux (Rozoy
1989), décors que nous trouvons sur le torque de la figure
5. Le vase 426 a été dessiné d'après
les mensurations et dessins réduits de Mlle Tainturier.

Fig. 7 : Semeuse : céramique. (M.C. ).
La situle curviligne 435 (dans cette coude série
Qui n'est certainement pas représentative) est à
Semeuse, avec le vase-toupie 431 de la fig. 8, le seul vestige
subsistant, et bien éduIcoré, des formes carénées
du V" siècle, qui par contre figurent à La
Warenne et étaient (d'après Mr Dorigny) bien caractérisées
a A iglemon t. Mai's i'l n'y a pas non plus les décors
curvilignes qui au Sud de la Champagne commencent déjà
au Il" siècle, mais au Mont Troté n'apparaissent
qu'au III". Ici les formes globuleuses dominent fortement,
peut-être aussi pour des raisons de conservation, il est
déjà bien beau que ces 15 vases soient parvenus
jusqu'a nous. Les vases-tulipes comme le 433 sont au Mont Troté
au LTIb avec des vases globuleux comme ici. Le vase 428 a été
dessiné d'apres les mensurations et dessins réduits
de Mlle Tainturier.

Fig. 8 : Semeuse : Céramique. (M.C. ) (ci-dessus).
La coupe à épaulement bas 444.D, la seule
pièce tournée connue à Semeuse, ne peut être
antérieure à la fin du LT.Ic. Le motif des trois
bandes horizontales y est, comme sur le piriforme à col
droit 444.A, très modifié par rapport à ses
expressions antérieures (Rozoy 1988). Le vase-toupie 431,
le seul à Semeuse portant une sorte de carène, évoque
des pots des Rouliers (Ro.36) accompagnant un torque à
torsade large analogue à celui de la fig.4, et surtout
le vase isolé de La Warenne (fig. 11).
Le torque baroque à gros tampons et le braceletà
fortes bossettes (fig. 5) paraissent datables au début
du La Tène II (Rozoy, 1990), ou en tout cas à
la limite L.T. Ic IL-T. Il. On trouve un point de comparaison
pour le bracelet à Ménil-Annelles, tombe 4, où
le bracelet à bossettes est accompagné d'une fibule
typiquement La Tène Il (Flouest et Stead, 1977 b), comme
d'ailleurs la 3e fibule en bronze et la grande fibule en fer de
Semeuse (fig. 5). La nécropole de 1912 abordait donc le
La Tène Il, ou bien la ballastière avait attaqué
la seconde nécropole. Les objets de Semeuse du Musée
de Charleville proviennent de la fouille de 1912, le produit de
celle de 1936 ayant péri en 1940 lors de la destruction
de la maison Brissot, qui nous prive aussi de toute information
sur les structures des tombes, on ignore s'il y avait de la "terre
noire" comme en Champagne et si les nécropoles de
Semeuse étaient en rangées ou à tombes dispersées.
Mais la trouvaille d'une monnaie (Scheers, 146, Doyen et Lémant,
1982) au lieudit Lignicourt, habitat gallo-romain par ailleurs,
à 1.500 m de la ballastière Dauchy, confirme la
réalité de l'habitat La Tène Il1 dans cette
plaine alluviale.
Au Musée de Charleville sont conservés aussi
de la nécropole de Semeuse 15 vases (fig. 6, 7, 8),
heureusement inventoriés, marqués et dessinés
jadis à échelle réduite par Mlle Tainturier,
ce qui a beaucoup diminué les difficultés issues
de l'effondrement du plafond (misère de nos musées...)
et du déménagement consécutif. Par comparaison
avec celles du Mont Troté à Manre et des Rouliers
à Aure (Rozoy 1988), on peut placer ces céramiques
au La Tène Ib et Ic, soit essentiellement aux IVe et llle
siècles. Il n'y ni les carénés avec ou sans
col du Ve siècle (qui étaient présents à
Aiglemont, à La Warenne et à Mairy, voir ci-dessous),
ni les ovoïdes du L.T.l c et du L.T. Il (mais la situle curviligne
440 s'en rapproche beaucoup). Manque aussi le décor de
trois fois trois bandes horizontales, avec ou sans croisillon
dans des métopes, qui est commun à la Champagne
et au groupe sud des tombelles ardennaises. Le caractère
limité de l'échantillon ne permet pas de conclusions
fermes puisqu'on posède pour Semeuse des éléments
antérieurs et postérieurs à l'usage (certainement
symbolique) de ce décor de part et d'autre, les décors
des vases 444.A et 444.D en sont peut-être des avatars (fig.
8).
On trouve pour tous les vases de Semeuse des analogues dans
le Sud du département et aussi, quoique moins exacts, en
Ardenne belge. Les situles curvilignes 428 et 435 (fig. 7)
rappellent celle de la tombe Ro 67 de Aure, le vase globuleux
436 est presque identique au vase-muguet de Ro 52, la soupière
globuleuse 439, à celle de M.T- 23 à Manre, toutes
tombes de la période 4 de ces nécropoles (L.T. Ib),
mais M.T- 23 contenait des carénés avec et sans
cols (Rozoy, 1988). Compte tenu de la tendance manifeste dans
les tombelles ardennaisesà faire des vases plus élevés
que dans le Marnien, on peut comparer ces vases globuleux à
ceux de Léglise-"Gohimont" et de Orgéo-Nevraumont
(Cahen-Delhaye, 1983, p. 253). Là situle décorée
427 (fig. 6) réunit la forme de celle de Ro 38 (L.T. Ic)
et le décor à l'ongle de celles de Ro 65 ou de Ro
21 (classées au L.T. Ib), ce qui la placerait à
la limite des IVe et llle siècles. Elle a pour la forme
son pendant en Ardenne dans la t-15 de Longlier-Massul, où
le décor analogue est fait avec un poinçon en os,
ce qui incite A. Cahen-Delhaye (1983, p. 253) à l'attribuer
au Ve siècle par comparaison avec Vix (mais la forme ne
figure pas à Vix). La toupie curviligne 444.C (fig. 8)
évoque celle de Ro 65 dont nous venons de retrouver le
décor sur la situle 427, décor qui figure aussi
sur les vases globuleux 426 (fig. 6) et 440 (fig. 8). Le petit
vase-toupie 431 évoque celui Ro 36.3, mais avec un segment
supérieur évasé plus tardif, il est surtout
très analogue au petit vase isolé de La Warenne
(fig. l1), à des éléments de Mairy (fig.
17-18) et à une pièce de Loos attribuée par
Mme Leman-Delerive (1990) au L.T. Il.

Fig. 11 : Charleville-Mézières "La
Warenne " : vase de la fosse F-6, vase sauvé du godet.
(M. C. ).
La situle de F6 présente un décor en très
fort relief, très original, auquel nous ne connaissons
pas de point de comparaison, on en trouvera certainement plus
quand on aura fouillé plus d'habitats. Le vase isolé
sauvé du godet renvoie au LT- Il de Loos comme au LT- Ib
des Rouliers et au vase 431 de Semeuse (fig. 8).

Fig. 17 : Mairy, "Hautes Chanvières" :
structures 7375 et autres (page précédente).
A nouveau dans la structure 7375 l'association d'un
grand caréné à col très bas, qui évoque
celui de la tombe à char du Mont Troté, et d'une
situle curviligne à petit rebord, plus de grandes jattes
carénées que l'on retrouve dans d'autres structures.
La faisselle de 5116 montre un souci d'esthétique pour
un vase manifestement utilitaire.

Fig. 18 : Mairy, "Hautes Chanvières "
: structures diverses (page précédente).
On retrouve l'association de formes carénées
et non carénées, de jattes ou assiettes bombées,
la présence de quelques bords plats, le décor au
peigne. Dans la fosse 16, le replat sous le col que l'on ne rencontre
pas avant le La Téne Ic. Dans la structure 6527 il n'y
a pas de forme bien caractéristique du La Téne,
on pourrai't discuter l'attri'butionà cette époque,
mais c'est dans la zone des fosses celtiques et la qualité
de la céramique est la même.
Le petit vase-tulipe 433 (fig. 7) est identique à
celui de Ro 24 qui faisait partie du système des 4 vases
(L.T. Ib, fin du IVe siècle, système non attesté
en Ardenne). On retrouve les mêmes vases-tulipes en
Ardenne à Hamipré-Offaing (Cahen-Delhaye, 1983,
p. 249, p. 252 attribution au Ve siècle par comparaison
avec des éléments champenois situés plus
au Sud). Le vase piriforme à col droit 444.A (fig. 8) évoque
directement ceux de MT. 134 à Manre et Ro 5 et 51 à
Aure (périodes 2, 3 et 4 de ces nécropoles), il
est toutefois de plus belle facture, sa cuisson est plus poussée,
et la qualité de sa pâte rappelle celle des vases
au croisillon du Mont Troté et des Rouliers (période
4, L.T. Ib, Rozoy, 1988), comme eux il porte le décor symbolique
de trois bandes horizontales, mais dans une forme très
dérivée.
Le vase globuleux décoré 429 (fig. 6) par son
bourrelet sous le col rappelle le vase rouge tardif de M.T.131
a (L.T. Ic), et par son décor de chevrons le grand
caréné peint de M.T.123 a (L.T. Ib, mais les chevrons
y sont plus géométriques) et surtout le gros vase
M.T. 133.3, bien daté au L.T. Ic par le torque à
gros tampons et décor d'esses. Un bourrelet analogue sous
le col est présent en Ardenne à Léglise sur
un grand caréné évoquant les cratères
et portant lui aussi un décor géométrique.
Enfin la coupe à épaulement 444.D, la seule pièce
tournée ce l'ensemble de Semeuse, elle aussi avec un bourrelet
sous le col (fig. 8), rappelle M.T. 131.1 et 131.2 et Ro 38.3,
elle est identique à Ro 25.2 et surtout à Ro 20.2
(toutes au La Tène 1c, les dernières à la
limite du La Tène Ill, et à plusieurs vases des
Pothées (Fromols, 1955, Flouest, 1984, et vases inédits
du Musée de Charleville). Les quelques éléments
céramiques de Semeuse qui ont échappé aux
deux guerres donnent donc une image (peut-être déformée)
où dominent nettement les L-T. Ib et Ic (lve et IIIe siècles),
et où les points communs avec les vases des tombelles ardennaises
(attribuées aux Veet IVe siècles) sont nombreux.
En raison de la continuité typologique de la céramique,
la vacuité de la région au La Tène 1 b
ne peut à l'évidence être retenue, et
l'on pourrait aussi penser que les tombelles de l'Ardenne ont
duré jusqu'au IIIe siècle.
La céramique de Semeuse a été faite d'une
argile contenant naturellement des cristaux de quartz fin bien
classés (vers 50 microns) et quelques ovoïdes
d'oxyde de fer. D'après L. Voisin, que les auteurs remercient
Ic), on peut trouver, entre autres lieux, une association de ce
type à un kilomètre au sud-ouest de la nécropole
dans une formation sédimentaire ou dans le Domérien
voisin. La qualité de ce matériau n'était
pas celle de l'Argonne (Rozoy, 1988, p. 189-190) et les potiers
ont plus fortement complété avec beaucoup de chamotte,
plus des végétaux (paille, foin) mais aussi (dans
5 des 10 vases analysés) avec du sable siliceux assez grossier,
très hétérométrique et très
roulé. lls ont ainsi obtenu un très fort taux de
dégraissant, donnant une céramique robuste. La pâte
apparaît très hétérogène, du
moins à un grossissement notable (x 20 àx 50). Les
vases sont montés au colombin, puis assez bien lissés
(mais des cannelures verticales estompées sont perceptibles
sur le vase-tulipe 433) et certaines formes sont assez gauches,
ainsi la situle 435 est plus haute d'un côté que
de l'autre.
Les pots sont dans l'ensemble plus épais, à
dimension égale, que ceux de Manre "le Mont Troté".
Les vases décorés sont plus soignés que les
autres, la coupe à épaulement 444.D, tournée,
est excellente et a mieux résisté que ses homologues
de Aure "les Rouliers". Sa pâte est différente
des autres, contenant moins de quartz (ou du quartz plus fini
et étant dégraissée aux coquilles, d'où
une couleur plus claire. Avec le tournage, il y a là nettement
un changement de fabrication, comme celui observé au Mont
Troté à la même époque. La toupie à
col 444.C, conservée avec la précédente,
ayant probablement la même origine précise, est aussi
dégraissée aux coquilles, avec un peu de caIcaire
et des traces d'oxyde de fer, mais l'argile contient autant de
quartz que celle des autres vases et elle n'est pas tournée.
L'engobe est à Semeuse faible, laissant apparaître
les plus gros éléments du dégraissant, ou
absent. La pâte est peu ou non litée, la cuisson
peu poussée a produit trois couches (deux couches orangées
assez minces de part et d'autre d'un coeur noir plus épais).
Les vases 427,434 et 444.A ont subi en fin de cuisson un enfumage
leur donnant une couverte noire (brillante et uniforme sur le
444.A, plus terne sur le 427, panachée sur le 433), les
autres sont d'une teinte brune-orangée, assez homogène
en général.

Fig. 9 : Charleville-Mézières "La
Warenne" : céramique sauvée des travaux de
1973. (M. C.).
Les seules formes attestées après ce
massacre sont des situles et assieàes carénées
typiques du La Téne 1, mais les carénés à
col manquent, et la reconnaissance des vases globuleux est beaucoup
plus aléatoire dans ces conditions ; il y a toutefois dans
ce sens le vase de la fosse 5 (W II), dont la panse est éclaboussée
comme celle de la situle de la fosse 7, et d'autres. Le tesson
Fl-9 renvoie au LT.Ib de Gourtrai, ce qui confirme. L'objet El
-18, en os, est expliqué par celui plus complet de Mairy
(fig. 22) qui est un peigne "de tisserand".

Fig. 10 : Charleville-Mézières "La
Warenne " : assiette carénée El -4, fosse F-10.
(M. C. ).
Le décor de méandres au peigne à
l'extérieur de l'assiette Fl-4, et son bord plat, renvoient
au LT.Ib du Mont Troté. Il n'y a pas dans la fosse F-10
d'élément vrai'ment caractéristique et la
datation pourrai't être discutée, le bord décoré
pourrait être plus ancien que le second Age du Fer, mais
on en verra de semblables à Mairy avec des situles carénées
(fig. 18-19).
A Manre "Le Mont Troté", site comparable
datable le plus proche (Rozoy, 1988), les décors au peigne
analogues à ceux de La Warenne sont placés au La
Tène Ib, et figurent sur des situles utilitaires (le
peigne y est manié verticalement sur les vases cultuels).
Le profil du tesson El -9 rappelle celui de Ro 38.2 classé
au La Tène Ic, du vase 427 de Semeuse (fig. 6) et du La
Tène Ib de Courtrai (Termotte, 1990). Comme les objets
de La Warenne sont trouvés dans une même fosse, cela
confirme la continuité de ces formes et donc l'attribution
au La Tène Ib des fosses séparées du Mont
Troté contenant les situles carénées ainsi
décorées, c'est un élément de plus
prouvant l'occupation continue du Veau Il le siècle.
Le manche d'un peigne "de tisserand" en os vient
aussi de la fosse El (fig. 9). Il est assez semblable à
l'objet complet de Mairy (fig. 22) pour que l'on soit assurés
de sa nature, et donc de la datation au La Tène Ib.
Les fosses 5 à 10 ont fourni aussi de la céramique
du La Tène 1, avec des carènes (situles carénées
probables). Les décors au peigne sont nombreux dans la
fosse 7 (fig. 9, en bas) où les formes de bords évoquent
à nouveau le La Tène 1 c, voire le La Tène
Il. F8-2 est représenté par un seul petit tesson
décoré au peigne, très voisin (mais distinct)
de El -4. Les rangées d'impressions digitales de F9 évoquent
la limite du La Tène Ib et du La Tène Ic. La faisselle
marquée W Il a son pendant (presque intact) à Mairy
(fig.17). Le vase repris sauvé de l'excavateur (fig. l1)
est une sorte de toupie à petit col, assez gauche et où
le potier a laissé des cannelures verticales estompées,
mais elle est solide ; elle évoque des pièces La
Tène Ib de Aure "les Rouliers" (Ro 36.3 et 36.4,
Ro 67.1) et aussi une de Loos, attribuée au début
du La Tène II (Leman-Delerive, 1990). Elle est très
proche du vase 431 de Semeuse (ci-dessus). Apparemment, toutes
ces fosses laténiennes de La Warenne sont en continuité
chronologique au milieu et à la fin du La Tène 1.
Les potiers qui ont fourni Charleville-Mézières
"La Warenne" ont utilisé une argile contenant
naturellement beaucoup (45 % et plus) de cristaux de quartz de
20 à 50 microns, mais nous n'avons pas vu de grains d'oxyde
de fer. Comme ceux de Semeuse, ils ont abondamment complété
avec de la chamotte, de façon à dépasser
constamment un total de 60 % de dégraissants, ce qui permet
une excellente qualité de céramique. Parfois (El
-1, El -7, El -8) il y a quelques gros quartz ronds indiquant
un faible ajout, peut-être accidentel, de sable roulé.
Il ya aussi la base d'un très grand vase (bien plus de
40 cm), isolé, écrasé par les engins, la
pâte est dégraissée aux coquilles, forme inconnue.
Le montage au colombin est suivi généralement d'un
bon lissage, sauf sur les grands vases. L'assiette décorée
El -4 et quelques autres pièces, très analogues
à celles que l'on trouve dans les tombes, sont noires,
non seulement au coeur de la pâte, parfois encadré
de deux faibles couches rouges oxydées, mais aussi à
la surface qui a subi en fin de cuisson un enfumage systématique,
puis un nouveau lissage. La dureté après cuisson
est seulement moyenne, comparable à ce dont nous avons
l'habitude pour les vases funéraires, apparemment issus
des vases domestiques d'usage courant (vases de table ?). Aucune
trace de tournage ni même de tournassage n'a été
relevée, mais la réalisation des formes est bonne
ou excellente pour la plupart des vases petits ou moyens.
Mais d'autres situles carénées moyennes,
ainsi El -10 à 13, et tous les grands ou très grands
vases à provisions, sont au dehors rouges, orangés
ou beiges, soit du simple fait d'une fin de cuisson oxydante,
soit par suite d'un engobage avant celle-ci. Les intérieurs
sont alors soit bruns, soit clairs comme le dehors. La pâte
du grand vase El -15 dont la forme n'est pas connue (diamètre
de plus de 35 cm) contient un peu de caIcaire, d'où sans
doute sa couleur gris clair. Tous les grands vases sont très
fortement cuits, étant souvent rouges à coeur,
et très durs : pour étudier la pâte on ne
peut en casser un petit morceau à la main, il faut employer
un marteau. Cela contraste avec l'aspect extérieur de ces
objets, que l'on pourrait croire négligés : mal'Iissés,
souvent frottés avec des végétaux, ou non
lissés, la surface en est poudreuse ; les grands vases
El-2 et El-8, dont la forme n'est pas connue, mais qui dépassent
des diamètres de 35 ou 40 cm, ont la panse éclaboussée.
La situle El -9 est lissée au-dessus de la carène,
rugueuse et un peu éclaboussée sur la panse. Tout
cela répond à des besoins pratiques : faire des
pots solides et en faciliter la préhension. Dès
le La Tène Ib nos Gaulois savaient très bien cuire
leurs céramiques à coeur en cuisson oxydante quand
ils en ressentaient le besoin, et l'engobage, rare sur les vases
funéraires, leur était familier.
AIGLEMONT ET LA GRANDVILLE
Une nécropole à tombes dispersées fut
trouvée entre les deux guerres (mais bien avant 1936, date
erronée citée par J. Eromols, 1955) lors de l'exploitation
des sables lotharingiens pour les fonderies à Aiglemont-La
Grandville (Dorigny, 1951). Elle couvrait, à l'est de la
route St-Laurent-Aiglemont, aux lieux-dits La Croix Là
Haut, L'Homme Mort, Les Mottes, et jusque sur le terroir
de La Grandville, au lieu-dit Arnival, peut-être 20 ou 40
ha, ou plus probablement il y avait plusieurs cimetières
distincts. Ic) encore, la destruction des collections et des notes
de Mr Brissot en 1940 nous prive de détails, mais nous
en savons un peu plus par des témoins oculaires et par
des recherches postérieures. Mr Dorigny, ancien instituteur
d'Aiglemont, a été frappé par les premiers
vases carénés (et surtout par les situles carénées)
du Mont Troté à Manre lui rappelant de très
près les poteries vues par lui vers 1928-1929 à
l'école d'Aiglemont où il était élève,
poteries qui venaient du lieu-dit "L'Homme Mort" (carrière
Maillard). En 1957 Mr Viot trouva encore quelques vases, depuis
détruits, et MM. Cl. et Fr. Mathieu un torque à
petits tampons et un bracelet, le tout à "L'Homme
Mort", dans cette même carrière MaillardDellys
(Schmittel et Viot, 1958 et fig. 13). Le torque filiforme à
petits tampons jointifs a été attribué
au La Tène II, mais le bracelet torsadé à
petits tampons ébauchés qui l'accompagnait est du
La Tène Ib et les 7 vases (qui ne viennent pas nécessairement
de la même tombe) comportent deux tulipiformes un peu ventrus,
deux situles curvilignes, une jatte carénée, un
semi-ovoïde à fond plat et une jatte tronconique :
il s'agit à l'évidence là aussi du La Tène
la-Ib, plus probablement Ib.
En 1954 Mr Paul Avril trouva au lieu-dit Arnival, à
La Grandville (juste derrière les lieux-dits La Croix Là
Haut et l'Homme Mort d'Aiglemont) un vase La Tène 1
contenant des os (de lapin moderne ?). Les débris en ont
été dispersés entre MM. Détrey (et
ses élèves de l'Ecole Normale) et Godart et d'autres,
et l'un des auteurs a pu personnellement en retrouver quelques
tessons en fouillant à l'entrée de la cabane de
carrier où le vase avait été déposé.
Il s'agissait bien, d'après la qualité de la pâte,
de poterie du La Tène (1 ?) avec un col. Enfin le Musée
de Charleville conserve un bracelet trouvé par Mr
Marteau au lieudit Arnival à La Grandville vers 1936 avec
une fibule, rappelant celles à bec d'oiseau, portant
une chaînette (fig. 12). Ces deux objets sont incontestablement
du La Tène la et plus spécialement du Marnien, comme
d'ailleurs le bracelet fin de Semeuse (fig. 4) dont les analogues
à Manre "le Mont Troté" sont à
la limite Hallstatt-La Tène (Rozoy, 1989).
Les objets d'Aiglemont-La Grandville ont été
trouvés isolément dans le sable de fonderie
lors de l'extraction manuelle. Dans ce milieu très acide
aucun os n'est conservé, en outre il semble que le remplissage
des fosses n'ait pas été différent du sable
encaissant, ce qui rend la recherche systématique presque
impossible. Il n'y avait certainement pas la "terre noire"
des tombes champenoises. Mais il n'y a pas à douter de
l'existence aux confins d'Aiglemont et de La Grandville d'au moins
une nécropole du La Tène 1, à tombes dispersées
(les rares trouvailles faites côte à côte ne
concernaient que des objets pouvant avoir été dans
la même tombe, comme le bracelet et la fibule de la fig.
12). Les fosses à incinération (plus de 20 fosses)
qui ont été vues un peu plus au sud, au lieu-dit
"Les Mottes", fosses de 2 x 1 x 0,7 n1, n'ont fourni
que de très rares indices, se rapportant au Gallo-romain.
Au lieudit "Champ-Bataille", immédiatement à
l'ouest de la route et de la nécropole du La Tène
1, était un cimetière mérovingien. Cette
crête qui domine le village actuel a accueilli à
diverses époques les nécropoles, car les sables
lotharingiens ne sont guère cultivables et c'était
donc un terrain disponible. Le terroir était aussi habité
au La Tène III car on y trouva, lieudit "la ferme
de Gély", plusieurs monnaies gauloises où figurait
le sanglier (H. Colin, s.d., p. 9).

Fig. 12 : La Grandville, lieudit "Arnival" : bracelet
et fibule. (M.C. ).
Fibule à grand arc en anse de panier, gros ressort à
4 spires (2 + 2), corde interne. Le pied se recourbe vers l'arc
qu'il touche à mi-hauteur, il porte une protubérance
et de part et d'autre 3 et 3 incisions transversales. L'évocation
d'un bec d'oiseau est assez lointaine. La chaînette enfilée
sur l'ardillon par ses 2 extrémités comprend 28
anneaux, tous doubles, dont les diamètres varient de 5
à 10 mm. Bracelet fin à tampons ébauchés,
à décor d'incisions obliques alternées très
eUacé par l'usure. Les deux objets ont été
trouvés ensemble et étaient très probablement
dans la même tombe. Les points de comparaison sont au début
du La Téne Ia.

Fig. 13 : Aiglemont, "l'Homme Mort" : vases, torque,
bracelet. (Photos J. Héraux).
(d'après Etudes Ardennaises 13 (avril 1958)
(ci-dessus). Le bracelet torsadé à petits tampons
ébauchés et les 7 vases sont à l'évidence
du La Téné Ib. Le torque initialement attribué
au La Téne Il doit raisonnablement être restitué
à cette période également.

Fig. 14 (page précédente) : Mairy, "Hautes
Chanvières " : fosses 14 et 32, vases entiers isolés.
La fosse 32 associe de grandes situles carénées
à panse éclaboussée ou non, certaines décorées
au peigne, à d'autres sans carène avec ou sans décor
de ponctuations alignées. Il y a au moins un caréné
à col, et des bords plats saillant en dehors. Les trois
vases entiers, à l'évidence du début du La
Téne 1, étaient dans de petites fosses spéciales
et pourraient avoir eu un caractère d'offrandes. Dans la
fosse 14 les deux fragments de bords évoquent les coupes
du La Téne Ic (Rouliers 25.2). Le décor croisillonné
dans cette fosse, comme sur le gobelet à carène
basse de la structure 4719, est peint à la barbotine claire
sur fond brun foncé. Mais cela ne signifie pas nécessairement
une contemporanéité avec 4 719, qui paraît
exclue en fonction des formes d'accompagnement dans la fosse 14.

Fig. 15 (page précédente) : Mairy, "Hautes
Chanvières " : fosse 34, structure 5136.
La structure 5136, à nouveau, associe des situles
carénées et d'autres qui ne le sont pas, certaines
décorées au peigne, et des assiettes bombées,
décorées au peigne ou non. Ces éléments
sont antérieurs au gobelet caréné à
col entier de la figure 14, qui était dans une petite fosse
spéciale creusée aux dépens du remplissage
de la structure 5136. Dans la fosse 34 une coupe à bord
ourlé ("coupe parasol") vol'sine avec les débris
d'un vase caréné à col, d'un piédouche
et d'une situle carénée, mais l'un des bords évoque
le vase isolé de La Warenne (fig. ii ) et le vase 431 de
Semeuse (fig. 8). Il y a donc de larges recouvrements chronologiques
entre ces formes que l'on donne partais pour exclusives les unes
des autres.

Fig.16 (page précédente) : Mairy, "Hautes
Chanvières" : structures 3220 et 4720, fossé
7435.
Ces vases curvilignes paraissent plus récents que les éléments
des figures 14 et 15 (sauf la fosse 14). Celui du haut était
couché entier au fond du petit fossé 7435, un fossé
d'enclos présentant un angle droit (le reste était
détruit). Il pourrait donc avoir une valeur idéologique,
comme les gobelets de la figure 14. Les deux autres vases (structures
3220 et 4720), trouvés dans des fosses à détritus,
sont incomplets.

Fig. 19 (page précédente) : Mairy, "Hautes
Chanvières" : structures 5689 et 6772.
A nouveau "association (str. 5689) d'assiettes
et de situles carénées, et même d'un caréné
à col peint, avec des bords plats, des méandres
au peigne et des segments supérieurs évasés.
D'ailleurs le décor peint, par ses bandes verticales, évoque
aussi la période 4 du Mont Troté et le La Téne
Ib. La coupe à bord festonné ("parasol")
paraît bien durer tout le long du La Téne 1. Dans
la str. 6772, de même, assiette et écuelle carénée
accompagnent une situle curviligne et un décor de chevrons
couchés qui à MT.68A est associé à
un torque à gros tampons. Curieux petits vases d'accompagnement,
dont un avec une division interne à laquelle les auteurs
ne connaissent pas d'analogue.

Fig. 20 (page précédente) : Mairy, "Hautes
Chanvières " : structures diverses.
Les fosses 23 et surtout 24 et le carré AE.
64 (couche 2a1) sont apparemment très précoces avec
des vases à fond rond et épaulement bas. Par contre
les fosses 20 et 22, voisines, et la fosse 38, semblent plus tardives
avec le décor couvrant et les segments supérieurs
évasés, également présents dans 6765.
Dans le carré AG. 69 (couche 2a1), une sorte d'anse (cuiller
?) inconnue dans les nécropoles. Et dans les structures
6765 et 6597, de très grands vases, pas très beaux
mai's très solides, que l'on ne trouve pas non plus dans
les tombes.

Fig. 21 (page précédente) : Mairy, "Hautes
Chanvières " : assiettes et jattes carénées
et curvilignes.
Dans diverses fosses voisines, des assiettes basses
ou bombées avec baguette au bord et des jattes, l'une carénée
et baguettée, "autre curviligne et portant le décor
au peigne. La dimension de ces vases est dans l'ensemble nettement
supérieure à ce qu'on trouve dans les tombes : 2
sur 32 en dessous de 20 cm, contre 18 sur 28 au Mont Troté
et aux Rouliers.


Fig. 23 : Torque "de Montcy-St-Pierre ". (M. C.
).
Beau torque à petits tampons du La Téne la, mais
"origine locale en est douteuse.
Rappelons enfin la nécropole de la forêt des
Pothées (Hégly, 1938 ; Fromols, 1955 ; Toumeux,
1990) qui est maintenant attribuée par J.-L. Flouest (1984,
1990 b) au Hallstatt avec poursuite de l'utilisation au La Tène
Ic Ill, ce qui la rapproche beaucoup de Haulzy (Goury, 1911) et
des nécropoles hallstattiennes belges de Gédinne
et de Louette StPierre. Son ampleur était considérable
(2.000 hectares, 200 tumulus annoncés, 70 effectivement
repérés, mais l'un des auteurs en a retrouvé
d'autres). Elle supposait donc un peuplement important, et d'autant
plus qu'apparemment on n'y enterrait que des pri,vilégiés.
De ce peuplement témoigne encore le vase à incinération
du La Tène Il trouvé comme sépulture adventice
dans le tumulus'de l'allée couverte de Ganguille à
Giraumont (commune de StMarcel), près des Pothées
(Rozoy, 1963 b). Ce vase est toutefois discuté, il est
maintenant revendiqué par les spécialistes du ChaIcolithique
(on pourrait résoudre l'ambiguïté en datant
le charbon de bois qui l'accompagnait, qui est conservé
chez les auteurs).
La découverte par photographie aérienne d'enclos
analogues à ceux de Manre "le Mont Troté"
entre la Meuse et la Chiers, au-dessus d'Amblimont, demande
confirmation au sol. Enfin il y a encore la sépulture isolée
sauvée au bord d'une route à Sapogne-sur-Marche
par J.-P. Lémant (1985-86). Elle a fourni un fourreau d'épée
du type d'Hatvan-BoIdog, donc de la fin du La Tène 1, et
trois vases fragmentaires dont l'un (n° 6) évoque celui
de la t. Ill d'Hamipré-"La Hasse" en Ardenne
(CahenDelhaye, 1983, p. 253). C'est un nouvel élément
suggérant que le peuplement du massif ardennais a pu durer
un peu plus longtemps qu'on ne le pensait.
Sauf exceptions, seule la bibliographie moderne a été
indiquée. Pour la bibliographie ancienne, consulter Rozoy
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M.S.A.C.SA.M. : Mémoires de la Société
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B.SA.C. : Bulletin de la Société Archéologique
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4-18, 1 carte hi.
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faites dans le département des Ardennes, suite. B-S.A.C.,
30e année, n° 1, 2, 3, 4, janvier-décembre 1936,
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surtout les époques historiques).
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Il de La Hourgnotte, commune de Liry, Ardennes. Antiquités
Nationales 3, p. 53-62, pl. 1-4 et 4, p. 35-62.
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