organologie 3 - ORGANOLOGIE

Dans la musique Mapuche, il existe une grande variété d’instruments qui représentent les 4 familles de classification conventionnelle utilisée en Occident. C’est le système dit de «Hornbostel et Sachs» (1914), qui consiste à classifier les instruments d’après leur nature :

a) Membranophones, où le son est produit en excitant des membranes sous tension.

b) Cordophones, où le son est produit en excitant des cordes sous tension.

c) Aérophones, dont les instruments dépendent d’une colonne d’air.

d) Idiophones, où le son est produit par la matière même de l’instrument.

Dans l’organologie de la musique Mapuche, il y a 3 instruments qui sont les plus largement représentés, ce sont : le Kultrung, la Trutruka, et la Pifüllka. On trouve ces instruments dans presque toutes les activités «religieuses» ou «profanes» du peuple Mapuche.

DESCRIPTION ET CARACTERISTIQUES DE QUELQUES INSTRUMENTS MAPUCHE.

Avant d’aborder la description de certaines caractéristiques de «facture» des instruments Mapuche, il me paraît opportun de signaler que dans mes observations sur le terrain j’ai pu discerner deux caractéristiques fondamentales de la construction des instruments :

 - D’une part, le «constructeur» d’instruments respecte presque à 100 % les matériaux de base, lorsqu’il s’agit de deux instruments identiques. A titre d’exemple : le Kultrung se construit presque exclusivement de bois de cannelle et peau de bouc. Ce respect des matériaux traditionnels s’applique aussi à tous les autres instruments.

 - Il me semble que cette rigueur dans le choix de matériaux a des racines beaucoup plus profondes qu’une simple question de facture. En effet, lors de la construction, on ne se soucie pas du «timbre», ni de la «hauteur» des instruments, comme c’est le cas en Occident, où l’on établit un «patron» d’accordage, etc. Cette préoccupation ne mérite pas l’attention du Mapuche. J’ai la conviction que ce qui compte vraiment pour lui, c’est l’acte de «construction» lui-même, et que ce qui peut en résulter est réellement secondaire.
 a) Instruments utilisés

 KULTRUNG

Fabriqué généralement en bois de cannelle, il est recouvert d’une membrane en peau de bouc. La taille la plus courante est d’environ 50 centimètres, le corps a la forme d'une demi-sphère.

Le Kultrung appartient à deux groupes de classification : d’une part la famille de la percussion, car il s’agit d’un instrument à membrane frappé à l’aide d’une baguette ; d’autre part, la famille des instruments idiophones, car il contient certains éléments «durs» qui interviennent à l’exécution par sympathie.

La membrane tendue reçoit des dessins qui pour le Mapuche représentent une sorte «d’univers». Le Mapuche les appelle WIRING – KULTRUNG.

 
  TRUTRUKA

Instrument exclusivement destiné aux hommes, il appartient au groupe des aérophones. Certains chercheurs le décrivent comme une grande trompette, car il mesure entre 2 et 3 mètres de long.
Il se fabrique à partir de roseaux («coligue» : Chusquea coleu), doublé de tripe de cheval, avec un pavillon de corne de vache à une extrémité.

Pour en jouer, l’interprète est obligé d’appuyer l’instrument sur le sol. Le Mapuche s’en sert tant pour les cérémonies profanes, comme pour les cérémonies sacrées.

PIFÜLLKA

Instrument fabriqué en bois («lingue» : Persea lingue), d’une longueur qui varie entre 25 et
30 centimètres sur 6 de large, il présente un seul orifice à une extrémité, et ressemble à un sifflet d’enfant. Il appartient à la famille des aérophones.

 KADKAWILLA

Ce sont des clochettes en fer rondes (comme des boules de métal), reliées au nombre de 4 ou 5 par une lanière de cuir. Le son sera produit en les agitant, car elles renferment des petites pierres. Cet instrument appartient à la famille des idiophones
 

TROMPE

On le définit comme un idiophone de pulsation. C’est une lamelle fixée sur un cadre métallique qui vibre entre les dents de l’interprète qui «mord» le cadre métallique, pour créer ainsi une caisse de résonance (guimbarde).
 

 WADA

C'est un idiophone, fabriqué généralement d’une calebasse sèche, qui contient des graines. On en joue en l’agitant pour faire sonner les éléments qu’elle renferme. On l’appelle aussi «guaripola».
 

MAKAWA

Dans certaines communautés, on l’appelle KAKEL-KULTRUNG. C’est un tambour à double membrane, de 30 centimètres de haut sur 25 de diamètre. Le cuir employé peut être de bouc, de vache ou de cheval. Pour en jouer, on le suspend au corps avec une lanière et on le frappe sur les deux faces au moyen d’une baguette. A la différence du Kultrung, le Mukawa n’est pas un instrument consacré, et ne reçoit pas de dessins sur les membranes.
 
 

 b) Instruments tombés en désuétude

 KULLKULL

C'est un instrument fabriqué d’une corne de bovin, coupée à une extrémité pour former une embouchure. Le Mapuche ne le considère pas comme un instrument, car il ne sert qu’à lancer un signal d’appel, et quelques fois, pour l’accompagnement rythmique. Actuellement, on fabrique cet instrument (en particulier les jeunes) qui est aussi un symbole de lutte. (Un instrument semblable est connu dans d’autres régions du continent latino-américain, sous le nom de Pututu qui peut être construit soit en corne, soit d'une conque marine).
 

PILOILOY

Cet instrument est construit à partir d’une plante naturellement creuse à laquelle on fixe une corne de bovin. Il peut être rattaché à la famille des aérophones.

Il se rencontre encore dans quelques communautés mais dont l’usage est rare. Il est décrit comme une flûte de pan en argile avec 4 ou 5 trous. Il était très utilisé par les bergers au cours de leurs longues transhumances.

 KUIVIYUM

Cet instrument est constitué d’un plat en bois posé la tête en bas dans un baquet à moitié rempli d’eau. On le frappe comme le Kultrung.
 

Note :
Il est intéressant de signaler un instrument aujourd’hui abandonné, connu sous le nom de KULKULKAWE. Ce fut un des rares instruments à cordes découverts par les Européens à leur arrivée en Amérique. Cet instrument était fabriqué de 2 arcs de roseau (coligue : Chusquea coleu), unis par une corde que l’interprète frottait.

Dans mon futur travail d’ethnomusicologie, il me paraît important d’étudier pourquoi, sur le continent américain, les instruments à cordes n’ont pas été développés d’une manière plus importante, comme le furent les aérophones et d’autres groupes d’instruments de musique. Tout en remettant cette recherche à un travail postérieur, je me limiterai à mentionner cet instrument dont les caractéristiques sont pratiquement uniques sur tout le continent américain.
 
 
 
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