THEODORE MONOD:passion du desert,defenseur des droits de l'homme et des animaux

THEODORE MONOD: passion du desert,defenseur des droits de l'homme et des animaux



Introduction

La connaissance et l’amour de la nature ont fait de Théodore Monod un écologiste de la première heure. Militant antinucléaire, antimilitariste, défenseur des droits de l’homme et des animaux, Théodore Monod combat sur tous les fronts: pour le respect de toute forme de vie, pour la non-violence et pour la paix. Là se rejoignent en lui le croyant fidèle aux enseignements du Christ,luttant pour un progrès social et pour un monde plus juste. Que ce soit au service de la science ou de ses propres convictions, Théodore Monod a toujours agi avec l’exigence d’une personnalité forgée par la rigueur et la noblesse de cœur.

Savant,chercheur et naturaliste



Savant et naturaliste français connu pour ses nombreux travaux effectués dans le Sahara. Né en 1902 à Rouen, Théodore Monod est le troisième fils de Wilfred Monod, pasteur et théologien protestant dont l’influence spirituelle et culturelle a joué un rôle fondamental dans l’élaboration de sa personnalité. Attiré très jeune par les sciences naturelles, il entre, dès 1922, comme assistant au Muséum national d’histoire naturelle et y soutient sa thèse, en 1926, sur un groupe de Crustacés. Ce sont deux missions de recherche qui lui font connaître le continent africain et plus particulièrement le désert du Sahara, auquel il consacrera sa vie. En 1922, il est envoyé sur la côte de Mauritanie par le laboratoire des pêches et productions coloniales; au terme d’un séjour d’un an, une méharée de trois semaines lui fait découvrir le désert. En 1927-1928, il participe, en tant que naturaliste, à la mission d’exploration Augiéras-Draper qui va parcourir durant quinze mois le Sahara occidental. Sa vocation de naturaliste trouve là un terrain d’élection: le zoologiste devient géologue, botaniste, archéologue, préhistorien... Un troisième séjour, effectué en 1929-1930, durant son service militaire, conduit Théodore Monod dans le Sahara algérien et achève d’orienter ses recherches vers une région du monde dont il est devenu un éminent spécialiste. Dès lors, des dizaines de voyages se succéderont.
En 1938, Théodore Monod est affecté à Dakar pour créer et diriger un institut de recherche. Sous son impulsion, l’Institut français d’Afrique noire (I.F.A.N.) va devenir le plus grand centre scientifique de l’Afrique-Occidentale française: on y étudie toutes les disciplines des sciences naturelles et des sciences humaines, on y rassemble des collections de plantes, d’animaux, de matériel ethnologique et archéologique. Calqué sur le modèle du Muséum, l’I.F.A.N. édite ses propres publications. Lorsque, en 1965, Théodore Monod quitte Dakar, il laisse aux chercheurs africains un formidable outil de travail. Ces années ont également donné à l’explorateur l’occasion de maints voyages sahariens; de 1953 à 1964, Théodore Monod va parcourir quelque 5 200 kilomètres à pied et à dos de chameau à travers le Sahara occidental. Il n’a pas cessé depuis lors d’explorer cet immense désert.
Théodore Monod poursuit par ailleurs ses recherches sur la faune marine. De 1948 à 1954 il participe aux essais du premier bathyscaphe, le F.N.R.S. II, conçu par le physicien suisse Auguste Piccard. Nommé, en 1942, directeur du laboratoire des pêches d’outre-mer au Muséum puis élu à l’Académie des sciences en 1963, il est professeur honoraire du laboratoire d’ichtyologie générale et appliquée depuis 1974, et considéré par ses pairs comme un des meilleurs spécialistes des Poissons et des Crustacés.
Source: Encyclopaedia Universalis


Le Muséum d'Histoire naturelle

-Cette fleur qui manque à sa collection est ce que Théodore Monod appelle son Graal botanique.
Le Muséum d'Histoire naturelle est sur l'autre rive. Il lui suffit de franchir la Seine par le pont de la Tournelle. Il fait ce chemin tous les matins, vers 8 heures, pour rejoindre son laboratoire d'ichtyologie. Qu'est-ce que l'ichtyologie ? C'est la partie de la zoologie qui traite des poissons. Parole de dictionnaire. Notre savant a publié un « Hippidea brachyuri », une étude sur les crabes de l'Afrique de l'Ouest, une « Anatomie de la queue des poissons téléostéens » et bien d'autres travaux tout aussi sérieux. Comme il ne se désintéresse pas de la botanique, de la géologie, de la biologie, de l'histoire ni de la géographie, on a fait de lui un naturaliste. Ancienne mode.
Théodore Monod est membre de la confrérie des savants du Muséum. Mais on le sait plus à l'aise dans les déserts. Il dit que l'Adrar mauritanien, qu'il arpente en tous sens depuis des années, est son diocèse. A quelle espèce appartient donc cet homme singulier qui a passé sa longue vie à identifier et à classer les êtres vivants trouvés sur son chemin ? C'est un Homo religiosus. De la branche protestante. Qui des Béatitudes a fait son idéal : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux... » (Matthieu, 5, 3-10).
Théodore Monod a laissé l'appartement dans la pénombre d'un après-midi sans couleur. La renommée a frappé ce méhariste infatigable au seuil de sa grande vieillesse, qui se révèle être une insolente jeunesse. Il consacre une partie de sa vie à répondre à des journalistes. Et bien que ces gens ne se lassent jamais de poser les mêmes questions, il répond toujours avec amitié. Il est maintenant rodé. Il parcourt les entretiens comme les vastes étendues de l'Adrar à dos de chameau, sans s'ennuyer tout à fait.
Il est surpris qu'on vienne le rencontrer pour parler du bonheur. Il est enfoncé dans son fauteuil. Abîmé dans ses souve- nirs. « Un poète anglais a écrit : "Don't stop to marvel". Le dé-sert offre un spectacle monotone et changeant à la fois. Il faut savoir accueillir ce qui est donné et s'émerveiller devant le spectacle de la nature. Je rentre d'une petite expédition géologique d'une quinzaine de jours dans les Richat, en Mauritanie. Nous avons repris l'étude systématique d'un accident circulaire très remarquable : 50 kilomètres de diamètre. Vue du ciel, la figure donne l'impression d'avoir été tracée avec un compas. Je suis entré dans les Richat la pre-mière fois en juin 1934. Je voulais qu'on commence à étudier un colossal gisement de galets aménagés, qui sont les instruments humains les plus anciens que nous connaissons. ­ Comment vous êtes-vous approprié l'Adrar mauritanien ? ­ J'avais été nommé directeur de l'Ins- titut français d'Afrique noire, l'IFAN, à Dakar. Je l'ai dirigé pendant vingt-cinq ans. Je n'étais pas très loin alors de la Mauritanie... » Mais, si les déserts l'attiraient, n'aurait-il pas pu tomber en amitié avec un autre paysage ? Sur un autre conti-nent ? Il sourit. « J'ai une devise : Un continent par existence. »
Le désert l'a-t-il aidé à comprendre le sens de cette quête africaine ? « Le désert aide à voir mieux les choses. C'est vrai. Tout est caché et en même temps offert. Pas d'artifices. Il y a bien le Paris-Dakar... » Il s'est tourné un peu plus franchement vers nous. « Vous avez vu qu'ils s'étaient fait faucher trois voitures... C'est de bonne guerre, après tout. C'est insolent d'entrer dans le Sahara en criant. Il y a des choses qu'on ne ferait pas dans une église ou dans une synagogue. On ne doit pas les faire non plus dans un désert. » Il est certain que cet homme a passé sa vie à faire uniquement ce qui le passionnait. Mû par son désir de comprendre. De s'émerveiller. De rendre grâce. « En 1940, à mon retour du Tibesti, mon fils ne m'a pas reconnu et a demandé à ma femme : "Dis, maman, le monsieur, il va habiter avec nous ?" » Il est taillé pour la solitude. On le devine en par- courant du regard cette pièce austère qui nous réunit. Ce n'est pas par hasard qu'Amadou Hampaté Bâ le surnommait son « fleuve silencieux ».
Si son bonheur est de vivre en conformité avec un idéal, cet idéal a quelque chose à voir avec ce respect poussé vers ce qu'Albert Schweitzer appelait la « révérence devant la vie ». « Ce respect que vous avez développé, c'est le désert qui vous l'a appris ? ­ En grande partie, oui. Ce qui émeut dans le désert, c'est que la nature n'y a pas été abîmée. Elle est comme elle était avant l'homme. Comme elle sera après lui. Si l'homme était amené à disparaître, l'évolution continuerait. La nature, en tout cas, ne regretterait pas son bourreau. ­ Vous ne constatez aucun progrès dans la relation de l'homme avec elle ? ­ Si, bien sûr. Notez tout de même que le mot "environnement" ne désigne qu'une forme de lutte contre les péjorations commises par l'homme. Il s'agit de guérir un mal déjà fait. Je voudrais qu'on protège la nature elle-même. Mais dans la société du profit le saccage est fructueux... Les hommes n'ont pas envie de renoncer à leur barbarie. Vous pouvez me dire que l'espèce est trop récente et qu'elle n'a pas encore eu le temps de sortir tout à fait de ses cavernes. Mais en aura-t-elle le temps ? De grands dangers planent au-dessus d'elle. Figurez-vous qu'à la fin du xxe siècle, il y a encore des hommes pour aimer et défendre la guerre ! L'homme ne doit pas sortir seulement des cavernes. Il doit sortir aussi des casernes. »

Défense des animaux et végétarisme



Théodore Monod proteste contre la chasse et le sort qu'on réserve aux animaux. Il constate que nos grands textes sacrés minimisent d'une manière pour lui scandaleuse la place des animaux dans la création. Il demande qu'on travaille à une théologie de la nature. Il est même devenu végétarien. Il tentait une traversée au long cours dans une région que les nomades eux-mêmes ne fréquentent guère. Mille kilomètres sans un point d'eau : « Je voulais prouver qu'on pouvait faire un effort physique considérable sans manger de viande. » Puis Monod livre son vrai motif : « J'ai horreur des méthodes d'abattage sémitiques. Egorger les animaux à vif avec un couteau parfois rouillé, ça me déplaît souverainement. Je suis devenu végétarien à la suite de cette aventure. Mais il y a des millions d'hommes qui sont végétariens. »
Le destin de Théodore Monod s'est forgé dans la main d'un désert ; celui d'Albert Schweitzer, à l'hôpital de Lambaréné, au Gabon. Faut-il ces conditions hors du commun pour ouvrir les yeux ? Pour goûter toutes les beautés de notre jardin terrestre ? Pour témoigner de cette exceptionnelle réussite qu'est la vie sur Terre ? « Je n'ai jamais séparé ma vie quotidienne du sentiment de l'infini, que ce soit au désert ou dans la cité », a-t-il écrit.
Le pessimisme de Monod se marie mystérieusement avec l'espérance. Il est croyant. « A ma façon. » Pour lui, l'ère chrétienne s'est arrêtée le 5 août 1945, la veille du largage de la bombe sur Hiroshima. Ils sont une vingtaine à se retrouver tous les ans à Taverny, le siège du commandement des forces stratégiques françaises, du 6 au 9 août, pour un jeûne de quatre jours.

Le christianisme n'a pas échoué


Et cela depuis douze ans. « Le christianisme n'a pas échoué, nous dit-il. Il n'a pas été essayé. » L'entretien touche à sa fin. « Je prépare un voyage dans le Sud algérien pour chercher une plante, baptisée Monodiella flexuosa, que j'ai découverte le 18 mars 1940 dans le sud de la Libye. Je ne l'ai jamais retrouvée depuis ce jour. » Le Petit Prince n'était donc pas le seul à avoir un problème avec une fleur. « Vous avez toujours eu besoin de ces prétextes pour partir ? Vous couriez autrefois derrière une météorite que vous n'avez pas retrouvée. ­ Mais des météorites de grande taille sont bien tombées sur la Terre. Au Miocène, par exemple, une grosse météorite est tombée en Bavière, où elle a laissé un cratère de 20 kilomètres de diamètre. » Cette fleur qui manque à sa collection est ce qu'il appelle communément son Graal botanique. La motivation de sa nouvelle escapade est ailleurs.
Tout l'équipement du méhariste attend déjà dans la pièce voisine : la selle de chameau, des chaussures de marche, un sac à dos, une trousse à pharmacie, une flore de l'Afrique du Nord-Ouest. Puis ce jeune homme de quatre-vingt-dix-sept ans nous reconduit jusqu'à l'ascenseur et nous remercie de notre visite.
Par Jean-Philippe de Tonnac


Quelques réflexions sur le désert

-On entre dans le désert comme on entre en religion
-L'Homme ne peut que parvenir à saisir une partie du mystère du monde
-"Prends ton bâton et marche vers ta douleur" Ernest Psichari
-Les trois grands monothéismes sont quand même nés dans le désert,"Le désert est monothéiste"
-Fils de la terre et enfant du ciel,il y a une seule direction horizontale et une direction verticale,c'est le propre de toute destinée humaine "Teillard de Chardin"
-Le désert est beau parce qu'il est propre et ne meurt jamais
-Mieux vaut voir de ses yeux qu'être informé par autrui (proverbe touareg)
-Malgré les doutes,malgré les blessures,il faut croire quand même,espérer quand même,aimer quand même...(Philosophie du père de T.Monod)
-Je suis partisan d'un certain ascétisme,cela évite au découragement du monde
-Je préfèrerais que l'homme avance plus vite dans la direction de la non-violence et de la paix,en direction de la réconciliation de tous les êtres vivants entre eux...


Liens

-De l'Occident à l'Orient

-Réfexion sur le monde animal

-Hommage à Théodore Monod qui nous a quitté le 22 novembre 2000 par la presse

-Respect de la Vie

-Plaidoyer pour l'être vivant

-L'avenir de l'homme?





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