Le cinéma d'Arsinée

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INTERPRETES

Hillary Swank : Teena Brandon / Brandon Teena

Chloe Sévigny : Lana

Peter Sarsgaard : John

Brendan Sexton III : Tom

 

 

LIENS

 

 

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 BOYS DON'T CRY

 

 

Teena Brandon vit dans un petit village perdu au fin fond du Nébraska. Mal dans sa peau de femme, elle se " travestit " en homme, arborant cheveux courts et chemise à carreaux. Elle change même de prénom et devient Brandon. Echouée par hasard dans une autre petite ville, elle rencontre John et Tom, deux loosers qui passent leur vie à végéter. Très vite elle intègre leur bande, sous son apparence de garçon. Elle fait alors la connaissance de Lana, la fille de la bande et en tombe immédiatement amoureuse. Elle signe par là même son arrêt de mort.


Mon avis

Voici un film dont on sort avec la rage au ventre et la nausée. Inspirée d'un fait réel, l'acheminement irrémédiable de Teena / Brandon vers la mort est terrifiant. On se sent impuissant devant ce flot de haine et d'incompréhension qui déferle sur cette fille en quête d'identité.  Kimberly Peirce filme de façon hyperréaliste, ce qui contribue d'autant plus au malaise. Hillary Swank livre une interprétation phénoménale, elle a d'ailleurs obtenu pour ce rôle, l'Oscar de la meilleur actrice au Oscars 2000. Un film dont on ne sort pas indemne et j'espère un peu moins étriqué des neurones.

 


En supplément, voici un article relatif au film paru dans Libération le 5 avril 2000

"Lincoln, Nebraska, n’est certainement pas l’endroit le plus cool au monde lorsque vous avez vingt ans, que vous vous appelez Teena Brandon et que vous aimez vos consœurs. Si Falls City, à cent kilomètres de là (hé, Menphis n’est plus si loin!) n’est pas non plus un paradis lesbien, là-bas au moins personne ne connaît Teena, qui n’aura dès lors aucune difficulté à s’y faire appeler Brandon, en se tenant comme un garçon sensible aux cheveux ras et aux traits légèrement féminins (le genre minet qui, justement, à la cote avec les filles de 16 ans portant un blouson de cuir «Circuit du Touquet 1976») pour pouvoir y vivre sa sexualité dans le secret. Le 31 décembre 1993, la police de Falls City retrouvera le cadavre de Teena Brandon, achevée par les amis et anciens fiancés de sa petite amie du moment, Lana. Ils avaient fini par découvrir le secret de Brandon. Cela constituait pour eux un mobile de meurtre suffisant.

Casting excitant. La première remarque à faire sur Boys Don’t Cry, né de ce fait divers du Nebraska (1), c’est l’entière satisfaction que procure un casting lorsqu’il est à ce point excitant: Chloe Sevigny, entre évanescence mutique et arrogance terrienne, mariant la classe et le Connecticut; Brendan Sexton III, garçon de Staten Island encore boutonneux – mais cette acné agressive et rebelle (il l’aura perdue depuis belle lurette quand les magazines mainstream s’exciteront autour de son angélisme et de sa barbarie) et Hilary Swank, son interprète principale, qui reste le maillon à la fois le plus convoité et le plus faible de ces trois enfants issus d’une génération spontanée et indépendante. Peut-être parce que la seule à jouer avec un sentiment concerné, en prenant à bras le cœur le dossier sociologique chargé de son personnage. Les autres donnent tellement l’air de s’en foutre comme d’une guigne, de n’être là que pour lever les yeux au ciel en consommant tout ce que la station-service compte de bières importées… Ils ne jouent pas, ils sont. Ils donnent au film de Kimberly Peirce un grain de réalité assez soufflant.

Hollywood, on le sait, aura la première donné la marche à suivre en invitant donc un personnage de gouine à sa lugubre remise de prix d’excellence et de bonne tenue.
Une semaine après les oscars, il semble toujours aussi impossible de croire que l’usine à rêves ait soudainement vu aussi clair en désignant Hilary Swank meilleure actrice. Mais, au juste, quel type de performance Hollywood a-t-elle récompensée? Ne rêvons pas, celle d’une freak, d’un monstre, de la même façon qu’elle couvre Dustin Hoffmann de lauriers lorsqu’il incarne un autiste (Rain Man). Une semaine après, il ne reste du geste prétendument exemplaire qu’une marque d’agressivité supplémentaire d’une industrie absolument conformiste envers tout ce qui se détourne de ses codes de beauté et de normalité. Face à elle, Boys Don’t Cry aura joué un jeu dangereux, espérant à la fois tremper dedans sans plus avant se mouiller.

Pédago-radical? Il faut écouter Kimberly Peirce lorsqu’elle dit se battre pour apporter sur les écrans les plus reculés des régions conservatrices des USA une problématique qui tient de la pédagogie (lire ci-contre) en même temps qu’une esthétique importée des fanges les plus radicales et isolées du cinéma américain (essentiellement Harmony Korine – Gummo – ou Sofia Coppola, lire page 39). C’est effectivement par ce retour sur l’autel de l’ennui (l’adolescence suburbaine des années quatre-vingt dans son esthétique disgracieuse) que le film gagne notre confiance. Même si l’on voit très vite que Kimberly Peirce n’a pas le talent ni l’agressivité suffisante pour magnifier complètement ces intuitions nourries de souvenirs, ne tenant pas plus d’une heure la note, frôlant constamment le demi-ton, la baisse de régime. Jusqu’au plongeon: Teena Brandon/Brandon Teena sera violée à l’arrière d’une voiture «springsteenienne», conformément à la réalité. Dans une scène trop longue, démonstrative, voulant jouer l’électrochoc mais frôlant la complaisance. La chronique mélancolique et dure d’une Amérique de l’ombre a cédé le pas à l’instruction d’un fait divers sordide dont le film se met à prendre les couleurs. Boys Don’t Cry ne tient plus dans son cadre mais Kimberly Peirce peut être satisfaite: le débat va pouvoir commencer.

PHILIPPE AZOURY

(1) Ce fait divers a suscité un site Internet, créé par l’artiste Shu Lea Chang pour le musée Guggenheim. www. Brandon. guggenheim. org.



«Pas l’adaptation froide d’un fait divers»
La cinéaste a investi cinq ans dans «Boys Don’t Cry».

Née en 1969, diplômée en littérature anglaise et japonaise, la réalisatrice de Boys Don’t Cry a touché sa première caméra à l’université Columbia de New York. Elle a vécu au Japon, écrit quelques critiques et fait de la photo avant de passer à la mise en scène.

«Mon sujet». J’ai mis cinq ans à monter ce film. C’est vraiment mon sujet. Depuis ma sortie de l’école de cinéma, toute mon énergie y est passée. J’ai aujourd’hui trente-deux ans et je sais avoir fait un film personnel, le seul qui me tenait à cœur. J’ai écrit le scénario, supervisé la musique, la décoration, le stylisme, réglé le moindre détail. Il ne s’agissait surtout pas de me contenter d’adapter froidement un fait divers. Pour réaliser ce projet, j’ai reconstitué moi-même le trajet de Teena Brandon, refait l’enquête, rencontré les filles qui étaient tombées amoureuses d’elle, les gens qui pensaient avoir été abusés par cette personnalité fascinante. Les plaies étaient encore si vives à Falls City que nous avons dû tourner à Dallas. Le meurtre de Brandon Teena a eu une répercussion immense aux Etats-Unis. Il s’agissait de lui donner de la chair, de la faire aimer par ceux-là mêmes qui, avant le film, en lisant la presse, la jugeaient.

«Swank devait être méconnaissable.» Le casting a été laborieux, des mois de recherche. Pour Chloe Sevigny, je savais qu’elle venait du Connecticut, de la province, et c’était important pour moi. Mais elle ne voulait pas faire d’essai.
Je me suis donc mis à chercher ailleurs, alors que pendant ce temps Chloe racontait partout qu’elle allait faire le film. En la revoyant dans Last Days of Disco, j’ai compris que c’était elle qui devait jouer Lana, je l’ai compris sur un battement de cils, dans une scène où elle rentre du club en taxi, sur un air déterminé et à la fois absent, détaché de tout. Entre temps je savais que le rôle de Brandon revenait à Hilary Swank (1), qui venait d’ailleurs, de séries télé mainstream comme Beverly Hills, Camp Wilder ou Buffy et les vampires.

Aucun des fans de ces séries ne l’a reconnue dans le film, les cheveux courts, masculinisée. Il était important pour moi que la fille qui joue ce rôle transformiste vienne d’un paysage connu, accepté, et soit absolument méconnaissable y compris par ses fans – surtout par ses fans qui sont pour la plupart des adolescents.

Mon ambition n’étant pas de prêcher des convertis, des gens qui savent que l’homosexualité masculine et féminine existe, la reconnaissent et vivent avec. Ceux-là savent déjà combien Teena souffrait pour faire vivre en elle ses désirs. Ils le savent par expérience, ou parce qu’un de leur amis leur a transmis ça.

«Presque un combat». Mon ambition, c’est peut-être prétentieux, c’est de parler aux gens du Connecticut, du Texas ou du Nebraska, à l’Amérique profonde, pour éduquer les masses. Je dis cela sans mépris, c’est juste que l’homosexualité, et a fortiori l’homosexualité féminine, est un tel tabou aux États-Unis que mener à bien ce film tenait presque du combat.

L’idée de refuser son sexe et de se rêver comme un être de l’autre sexe y est impensable. Tourner des scènes classiques sur l’adolescence en pervertissant les données, perturbe le public le plus homophobe. Le jeu avec eux commence là. Et même si je ne peux que me réjouir de l’oscar d’Hilary Swank, si je ne peux l’interpréter que comme un signe positif envers la reconnaissance de toute une communauté, je suis consciente que la partie est loin d’être gagnée.

C’est un travail énorme: l’homosexualité aux Etats-Unis est rejetée hors de New York, perçue comme une maladie mentale ou au mieux comme une perversion. J’aimerais juste que ceux qui croient, a priori, que ce film n’est pas pour eux tombent amoureux du personnage de Teena Brandon, comprennent combien elle était heureuse en garçon. J’aimerais que par ce film, elle ne soit pas morte pour rien."

 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE

 

Etats-Unis, 1998, 115 min.

Réalisation : Kimberly Peirce

Scénario : Kimberly Peirce et Andy Bienen

Musique : Nathan Larsen

Montage : Lee Percy, Tracy Granger

Production : Fox Searchlights Pictures

 

 

EN BREF...

Ce tragique fait divers a défrayé la chronique en 1993 aux Etats-Unis

Les deux tueurs de Brandon Teena ont été condamnés par la justice américaine, l’un à la prison à perpétuité, l’autre à la peine capitale par injection létale

Hillary Swank est l'épouse de Chad Lowe, le frère de Rob Lowe, il est également acteur.

 

 

 

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